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Deux

Le pitch du film est intéressant.

Deux lesbiennes âgées qui n’ont pas fait leur coming out (alors qu’elles se connaissent depuis leur jeunesse) sont victimes d’un terrible accident de la vie : l’une des deux est victime d’un AVC.

Barbara Sukowa, qui joue avec beaucoup de conviction « celle qui reste », est impressionnante de classe et de détermination. La mise en scène, d’abord intrigante lors de premières scènes plutôt réussies, tourne rapidement à vide, et finit par paraître un peu prétentieuse.

Les seconds rôles ne sont pas vraiment convaincants : la femme de ménage, le fils, et la fille (jouée abruptement par Léa Drucker) sont réduits à de pauvres stéréotypes.

Je me suis progressivement désintéressé de l’intrigue qui avance vers un dénouement assez prévisible, après avoir suivi un chemin à la fois très balisé et parfois approximatif. L’impression finale, sans être catastrophique, est mitigée.

 

2e

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Jusqu'à la garde

Xavier Legrand, avec ce premier film récompensé doublement à Venise, et encensé par la critique, signe une entrée retentissante dans le cinéma français.

Il reprend approximativement  les deux personnages de son précédent court-métrage (Avant que de tout perdre) là où il les avaient laissé. Denis Ménochet et Léa Drucker jouent toujours Miriam et Antoine. Le divorce a maintenant eu lieu, et il s'agit d'organiser la garde des enfants.

Ceux qui connaissent le court-métrage seront probablement moins surpris par l'évolution de l'histoire que ceux qui découvrent cette famille classique - et infernale. 

La grande force du film est de revisiter intégralement le naturalisme à la française. Si la première scène au tribunal est de facture relativement classique (champ/contrechamp, montage ordinaire bien que millimétré) Xavier Legrand enchaîne ensuite avec une mise en scène étouffante, originale et très maîtrisée. L'attention portée aux sons est par exemple incroyable : le bruit de la ceinture de sécurité ou celui de l'interphone sont des personnages de l'histoire. La scène de la fête d'anniversaire, filmée en condition réelle par de longs mouvements de caméra, est de toute beauté.

La densité du jeu des acteurs, le dépouillement spartiate des péripéties, le travail sur la banalisation des décors : beaucoup d'éléments dans le film contribuent à en faire une oeuvre d'exception dans le paysage du cinéma français actuel, qui n'avait encore jamais montré avec cette acuité l'emprise psychologique d'un homme violent sur sa famille.

Il ne manque pas grand-chose pour la note maximale : peut-être le besoin de ressentir un peu plus le film, plutôt que de l'admirer.

 

3e

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La chambre bleue

Il y a plusieurs films dans La chambre bleue.

Le premier pourrait être le polar, dans lequel on se demande qui a tué qui, avec la complicité de qui. Ce film là n'est pas très passionnant : Amalric ne cherche d'ailleurs pas à maintenir un incroyable suspense sur ce plan.

Le deuxième film dans le film pourrait être la chronique de la vie provinciale (ici les Pays de Loire) . Cet aspect est assez bien traité, dans une optique finalement assez fidèle à l'esprit de Simenon : le coin de rue de la pharmacie, la plage des Sables d'Olonnes, les machines agricoles, le tribunal d'une petite ville de province, tous ces éléments dessinent le décor d'une tragédie ordinaire d'une façon convaincante.

Le troisième film est peut-être le moins convaincant à mon goût : c'est l'histoire d'amour, censément être puissamment érotique. Je n'y ai pas vraiment cru, je n'ai jamais senti l'attirance réciproque des deux corps.

Au final, l'assemblage de tous ces aspects sur une durée très courte (le film dure 1h15) pourrait être intéressant, s'il n'était gâché par des afféteries que j'ai jugé assez insupportables : une musique beaucoup trop envahissante, des dialogues qui sonnent faux, des voix qui semblent volontairement mal synchronisées (lors de la première rencontre entre les deux amants par exemple, au bord de la route), un découpage alambiqué, des inserts sans rapport avec la trame principale.

Un film ambitieux, dont les ingrédients ne s'assemblent pas vraiment pour former une oeuvre parfaitement cohérente. 

 

2e 

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