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La fille au bracelet

Après La dernière vie de Simon, voici de nouveau un très bon film français sur les écrans, avec les mêmes qualités : subtil, équilibré, inventif.

La fille au bracelet est un film de procès. Dans ce genre qu'on voit régulièrement sur nos écrans (L'hermine, Une intime conviction) il se distingue par sa ligne claire qui sert une ambiguïté profonde. Il ne s'agit pas ici de mettre en scène des coups de théâtre (même si la progression dramatique est très bien dosée), mais plutôt de montrer comment la longue durée de l'instruction influe sur le comportement des uns et des autres.

Indirectement le réalisateur Stéphane Demoustier parvient à aborder de nombreux thèmes, tous passionnants : le rapport entre générations, les raisons qui nous amènent à croire quelqu'un coupable ou non, la manière dont les jeunes gèrent leur sexualité, la manière différente qu'ont les parents de réagir à un tel drame.

L'interprétation est très haut de gamme avec les tout juste césarisés Roschdy Zem et Anaïs Demoustier, mais aussi une Chiara Mastroianni méconnaissable, la jeune actrice Melissa Guers qui parvient parfaitement à nous troubler par son comportement, et Pascal-Pierre Gasbarini, qui joue à la perfection un juge précis et attentionné. 

Un film très agréable, plein de qualités.

 

3e

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Chambre 212

Chambre 212 est parfois présenté comme un film mineur de Christophe Honoré, une sorte de divertimento ne prêtant pas à conséquence.

Il y a pourtant dans la légèreté du film, dans sa folle inventivité, dans sa douce noirceur et sa façon de traiter la bien-séance par-dessus la jambe, quelque chose de la quintessence du cinéma de Honoré.

Le scénario est d'abord une merveille d'invention. Des époques et des personnages qui se croisent dans d'infinis jeux de miroir, des trouvailles improbables et poétiques (la volonté en Charles Aznavour) : Honoré est un orfèvre en matière de narration, de dispositif scénique et de dialogues.

La mise en scène invente perpétuellement de nouveaux axes : la maquette de la rue, les vues en plongée absolue dans les appartement, le jeu avec les portes. Le labyrinthe émotionnel dans lequel se débattent les personnages est rendu sensible par le cinéaste.

Le casting est magistral est Lacoste n'a jamais été autant Lacoste. 

Tour à tour drôle et mélancolique, le film interroge la notion de couple qui dure plutôt que celle d'amour. Ce n'est pas si courant au cinéma et quand c'est fait avec autant de subtilité et de maestria, c'est jouissif.

Christophe Honoré sur Christoblog : Les chansons d'amour - 2007 (****) / La belle personne - 2008 (***) / Non ma fille, tu n'iras pas danser - 2009 (**) / Les bien-aimés - 2011 (****) / Métamorphoses - 2014 (***) / Plaire, aimer et courir vite - 2017 (***)

 

4e

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Les bien-aimés

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/84/25/84/19733616.jpgDans Les Biens-aimés Christophe Honoré renoue avec le style qui fit le succès des Chansons d'amour : des passages chantés écrits par Alex Beaupain, une histoire mêlant amour et mort, homo et hétérosexualité, et enfin une pléiade d'acteurs tout entiers acquis à la cause du film.

Les deux films, au-delà de leur parenté formelle, sont pourtant assez différents. Les chansons d'amour creusaient en effet un sillon éminemment parisien, et son ton était délibérément romanesque (à l'image d'un Louis Garrel plus cabotin que jamais).

Ici, Christophe Honoré paraît assagi, mélancolique. L'histoire s'étire au long de plusieurs décennies, visite quantité de lieux (Prague, Paris, Londres) et se frotte à quelques grands évènement (le printemps de Prague, l'apparition du sida, le 11 septembre). Honoré sort donc apparemment de ses tropismes habituels, tout en y restant, car sous la surface rutilante du monde et de ses changements (chaque époque est très bien rendue) les sujets du film sont typiques d'Honoré : l'Amour, la Légèreté, la Deuil.

Au coeur du film, les deux personnages féminins sont merveilleux : Madeleine (jouée jeune par une incroyable Ludivine Sagnier, puis par une Catherine Deneuve plus coquine que jamais) et sa fille Véra (magnifique Chiara Mastroianni). La mère est une femme légère dans une époque qui s'y prête (les années 60), la fillle voudrait l'être mais croise un amour impossible dans une époque qui est bien pesante (les années 2000). Le fil conducteur du film, comme le refrain d'une des chansons le dit, pourrait donc être : "Les filles légères ont le coeur lourd". La scène durant laquelle est chantée ce morceau est représentative de ce qui fait la qualité du film : sobriété, intensité dramatique de ce qui se dit, mouvements de caméra discrets mais parfaitement au service de la scène (oh les beaux travellings !), jeu parfait des actrices.

Autour de ces deux phares féminins gravitent des hommes qui les vénèrent, les aiment, mais peinent à les rendre heureuses. Il faut noter que Milos Forman et Michel Delpech sont tous deux excellents. Louis Garrel, pour une fois, fait preuve d'une certaine retenue, tout en lâchant quelques saillies dont il a le secret. Deux quasi-inconnus - en tout cas pour moi - (Paul Schneider et Rasha Bukvic) complètent à merveille la plus belle distribution de l'année.

Les chansons de Beaupain surprennent toujours, à la fois simples, profondes, osées (les rimes délite/trique/(or)bite/(spout)nik). Elles constituent un élément important du film en éclairant les personnages de l'intérieur. La façon dont se répondent la première (Je peux vivre sans toi, pleine d'espièglerie) et la dernière (Je ne peux vivre sans t'aimer, pleine de tristesse) donne la juste mesure de ce film ambitieux et idéalement réussi : il conte le temps qui passe.

Si Christophe Honoré n'existait pas, qui nous parlerait d'amour ?

 

Christophe Honoré sur Christoblog : Les chansons d'amour / La belle personne / Non ma fille, tu n'iras pas danser

 

4e

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Non ma fille, tu n'iras pas danser

Chiara Mastroianni. Le Pacte Alors d'abord, il y a le titre, d'une sophistication inutile.

Ensuite le film.

On a accompagné Honoré dans un tryptique parisien (excellent) qui se termine sur un quai de gare (dit comme ça, on dirait du Lelouch).

En l'occurrence celui de la gare Montparnasse, dans une scène bizarre, hybride, pas entièrement satisfaisante, voire franchement énervante, à l'image de tout le film.

En Bretagne, dans la première partie du film et sur sa terre natale, Honoré fait (en gros et pour résumer) du Desplechin façon Un conte de Noel, en moins bien. Maison familiale, intrigues entre membres de la famille, parents très forts, les points communs sont légion. Chiara Mastroianni jouait dans le Desplechin, la mère était Catherine Deneuve (vraie mère de Chiara), etc... on pourrait multiplier les effets de miroir à l'infini. Cette partie n'est pas convaincante. Honoré à la campagne c'est un peu comme le prince Charles pelletant du fumier, on n'y croit pas trop.

D'ailleurs, le fait de vouloir mettre un bébé animal dans les bras de chaque personnage prouve qu'Honoré n'est pas à l'aise. Faire jouer Julien Honoré (son frère) comme Garrel, pour ensuite mieux le confronter au vrai, bien plus fort, est aussi une marque d'indécision. Et je ne parle même pas des intrigues avortées, indignes d'un cinéaste de la trempe d'Honoré (la maladie du père, a priori très grave, qui disparait ensuite).

La deuxième partie, à Paris, n'est pas bien meilleure. On retrouve un peu le Garrel qu'on aime (ou qu'on aime détester, mais c'est pareil), un Jean Marc Barr quand même un peu salaud sous ses dehors très lisses et un coup de théâtre dramatique comme on les aime chez Honoré, mais sans relief véritable. Chiara Mastroianni, sans inspirer l'antipathie, ne suscite pas des tonnes d'empathie.

Bon, alors, pourquoi je ne peux pas me résoudre à dire que ce film est mauvais ?

A cause de la scène centrale - et bretonnante, représentation muette, superbe, de l'histoire de Katell, scène magistrale et qui éclaire le film de toute sa beauté. C'est peu et c'est beaucoup, mais c'est comme ça.

Aussi loin que ma mémoire puisse aller, je ne trouve pas de film qui se sauve (qui se redresse) par le biais d'une seule scène, allégorique qui plus est.


2e

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La belle personne

Louis Garrel. Le PacteEvidemment, Les chansons d'amour vont marquer pour lontemps le cinéma de Christophe Honoré. Ce film était si puissant, si plein, si entier, si rythmé, qu'il emportait tout sur son passage, comme un fleuve romantique.

La belle personne n'évite pas d'une certaine façon la redite ou la nostalgie : mêmes acteurs (Garrel, Leprince Ringuet, Clotilde Hesme), apparition en guest star de Chiara Mastroianni, vues de Paris en hiver, et acteur chantant du Beaupain au plus fort de la crise.

Cette filiation n'est pourtant pas dérangeante. La belle personne est comme un addenda élégiaque aux Chansons d'amour, qui lui exploitait plutôt une veine lyrique et romantique.

La première partie du film patine un peu. Les jeunes acteurs ont du mal a trouver leurs marques, je trouve qu'il y a des problèmes de bande-son qui rendent une partie des dialogues inaudibles et les cours de l'upper-class parisienne, observés après avoir vu Entre les murs, ont un peu de mal à passer.

Dans la deuxième partie, lorsque le scénario se concentre sur les personnages principaux, le film devient captivant et atteint des sommets (le nettoyage de la cour par exemple, les derniers plans). Rarement la douleur quasi physique de l'amour aura été aussi bien montré au cinéma. La musique triste du barde folk et maudit qu'était Nick Drake contribue a instaurer une ambiance envoûtante.

Christophe Honoré se révèle de film en film un cinéaste étonnant et extraordinairement doué. Ses mouvements de caméra, ses montages cut, sa façon de carresser les personnages, ses innovations stylistiques : il y a de grandes promesses dans ce cinéma-là, et l'ombre de Truffaut commence sérieusement à recouvrir Honoré.

Enfin impossible de conclure cette critique sans un hommage particulier à l'actrice principale, Léa Seydoux, perle opaque au teint blanc et aux cheveux noirs, qui irradie le film de sa beauté et de sa présence.


3e

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Un conte de Noël

Mathieu Amalric. JC Lother / Why Not ProductionsC'est parti pour les films de Cannes avec le film de Desplechin, qui frappe tout de suite fort.

Un conte de Noel est en effet un film profond, amusant, virtuose, émouvant, captivant, bref, une Palme d'Or en puissance.

Premier point : les acteurs. Amalric est absolument prodigieux. Il signe une performance époustouflante, tour à tour cabot, insupportable, séduisant, inquiétant. Il dégage une vitalité quasi sur-humaine : qu'il tombe face contre terre, qu'il se shoote au cocktail médocs+alcool, qu'il subisse une ponction lombaire, il se relève toujours alors que les autres le croient mort (et sa soeur en particulier).

Force de la nature, ou force de l'imaginaire desplechinesque plutôt, toujours prêt à désescalader les murs de brique. Toute la distribution est à l'avenant : Catherine Deneuve, comme un sphynx, et surtout son mari (Jean Paul Roussillon), adorable. Chiara Mastroianni, pleine de sensualité. Anne Consigny comme une vitalité à l'envers, un trou noir qui absorbe tout sentiment, toute joie. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu une distribution aussi éblouissante (et j'oublie Emmanuelle Devos, craquante en juive imperturbable au milieu de ce joyeux bordel). Et Melvil Poupaud, transparent et tellement commun qu'il en devient attendrissant.

Deuxième point : un scénario magnifique. Une intrigue au départ assez simple (une soeur bannit son frère, puis ce frère s'avère un donneur de moelle osseuse potentiel susceptible de sauver la mère) vite ramifiée, puis débordée par d'autres intrigues, petites, grandes, sauvages ou tristes. Le tout est foisonnant de vie, bruissant de cinéma.

Troisième point : une mise en scène à montrer dans toutes les écoles de cinéma. Inventive, percutante, inspirée. Les personnages qui s'adressent à la caméra, le diaphragme qui isole une partie de l'image, les cadrages inhabituels, le théâtre d'ombre, etc... on n'en finirait pas d'énumérer les preuves de virtuosité, mais cette virtuosité n'est pas gratuite, elle est au service des histoires que raconte de film, et c'est ce qui est merveilleux.

Que dire de plus ? ... le jeu subtil autour des concepts temporels. A l'enchainement quasi théâtral (unités de lieu, d'action, de temps) sur quelques jours de la deuxième partie du film, répond la profondeur que donne la première partie avec ses flash back 5 ans en arrière, et bien au delà pour tout ce qui concerne la mort du petit Joseph, ombre tutélaire qui plane sur tout le récit.

Et ce sens du rythme, exprimé dans un montage à la fois haletant et maîtrisé ! Et la façon de filmer les paysages urbains de Roubaix, terre natale de Desplechin ! Et comment un simple cadrage sur une photo ancienne peut susciter l'émotion ! Et la neige, simplement la neige ! Et le choix des musiques !

Si Sean Penn, que j'adore comme réalisateur, n'avait pas dit bêtement qu'il récompenserait un film "social" (ce qui aurait du le disqualifier immédiatement en tant que président du jury), nul doute que Un conte de Noel aurait été très proche de la Palme, ou au moins du prix spécial du jury.

Le lot de consolation attribué à Catherine Deneuve est triste, mais comme elle l'a reçu avec beaucoup de dignité (ou aurait dit le personnage du film), on le prendra comme un coup de chapeau à l'oeuvre toute entière.

Du grand art. 2h23 qui s'écoulent comme un rêve tissé de cruauté et d'élans, d'émotions et de beautés.

Les références vont bien sûr du côté de Bergman, mais d'un Bergman polisson, ou un peu bourré. D'un Dostoievski chez les Ch'tis, mais avec l'intensité d'un polar, l'insolence d'un Woody Allen et un sens de la réplique vacharde jouissif (le "elle conduisait mal" pourrait rester dans les annales).

Sûrement ce qui se fait de mieux dans le cinéma français aujourd'hui, et s'il vous plait à ne rater sous aucun prétexte. 

 

4e

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