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Articles avec #je n'aime pas

Une vie cachée

Pour apprécier ce nouveau Malick, il faut d'abord aimer l'ensemble de ses tics formels (certains diront son style) : montage cut à l'intérieur d'une même scène, personnages coupés au niveau de la tête, voix off omniprésente, longueur excessive, grand angle qui déforme, personnages dont on entend la voix alors qu'ils ne parlent pas, légère contre-plongée, soleil avec de petites étoiles, musique envahissante, montage qui mixe des scènes n'ayant aucun rapport entre elles, etc.

Pour ma part, l'ensemble de ces petits artifices me lassent et m'empêchent d'éprouver une réelle empathie pour les personnages, même s'il faut reconnaître ici une consistance au propos narratif qui avait disparu du récent cinéma malickien. 

Je suis donc resté à l'extérieur de ce looong pensum (presque 3 heures), intéressant d'un point de vue formel, mais un peu gnangnan quant à son contenu, plein de bondieuseries et de bouillie poético-mystique.

Pour le reste, disons que les paysages et les travaux des champs sont très bien filmés et que l'acteur principal incarne son personnage avec tant de conviction qu'on ne sait pas trop s'il est la victime d'un entêtement maladif ou le vecteur d'une rectitude morale exemplaire. Un comble.

 

2e

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Proxima

Proxima est ce genre de film qui se résume à son pitch : la difficile séparation d'une mère et de sa fille pour raison professionnelle.

A part ça, pas grand-chose.

Eva Green est plutôt bien, les autres rôles aussi (en particulier Sandra Hüller - Toni Erdmann, toujours parfaite). La vie quotidienne des apprentis astronautes est montrée de façon réaliste, que ce soit dans les steppes du Kazakhstan ou dans les tristounets bureaux de l'Agence Spatiale Européenne. Thomas Pesquet vient donner des conseils, les machines sont impressionnantes, les Russes pas commodes. Rien que du classique donc, mais plutôt bien filmé. 

Le scénario est anémique, l'ambiance lugubre (pourquoi ne ressent on jamais l'envie de partir dans l'espace ?), et le sentimentalisme est évité jusqu'au dernier quart d'heure.

Le film est finalement ennuyeux, et ressemble à un projet de fin d'étude de la FEMIS (dont est issue Alice Winocour), qui aurait des moyens.

 

2e

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It must be heaven

Il y a dans le cinéma d'Elia Suleiman un aspect prétentieux qui me gêne vraiment. J'ai l'impression que le réalisateur toise le spectateur de son air supérieur, exactement comme le personnage qu'il campe dans le film le fait avec le reste du monde. Silencieusement.

L'extrême formalisme du film, son parti-pris de découpage sous forme de vignettes tatiesques, ses allusions politiques parfois difficilement compréhensibles (la scène de la boîte de nuit), ses clichés éculés (ah, les belles femmes de Paris) ne contribuent pas à rendre le film aimable.

J'ai oscillé entre l'indifférence polie, la curiosité amusée (rarement) et l'énervement policé. Une scène m'a vraiment semblé bienvenue, c'est celle du jardin des Tuileries. A ce moment-là, l'acuité de l'observation se conjugue parfaitement avec l'aspect guindé de la réalisation, et le réalisateur s'efface. C'est, avec celle de l'oiseau, les deux seules qui m'ont vraiment convaincues.

Vous risquez fort d'être déçu, car les critiques surestiment à l'évidence le froid talent de Suleiman.

 

2e

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Le chant du loup

Il y a quelque chose de fascinant à voir une idée de scénario assez intéressante devenir une bouillie indigeste à l'écran par la seule magie de l'incompétence d'un réalisateur (ou de son équipe).

Le monde des sous-marins, la reconnaissance acoustique, la dissuasion nucléaire : tous ces sujets auraient pu donner un bon film, à la fois distrayant et crédible.

Ce n'est malheureusement pas le cas ici. Le premier défaut du film est son casting : si Kassovitz est plutôt à l'aise dans un rôle ou il peut reprendre les habits du Bureau des légendes, Omar Sy ne parvient pas à rendre son personnage crédible (on s'attend à ce qu'il sorte une blague à chaque dialogue) et François Civil est absolument décalé, avec sa mèche flottante et sa façon de jouer qui convenait bien mieux à Mon inconnue.

Le scénario se perd ensuite dans une succession de clichés, d'invraisemblances risibles et de fioritures ringardes (la romance entre Chanteraide et Diane), avant que les carences évidentes de la mise en scène (problèmes de rythme, direction d'acteur catastrophique) ne finissent par faire couler définitivement le film.

Mieux vaut revoir A la poursuite d'octobre rouge.

 

1e

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Little Joe

L'idée originale du film n'est pas mauvaise : une plante est capable d'influencer les sentiments des hommes à son profit, pour survivre, du fait qu'elle a été créée génétiquement stérile. Du coup, les humains l'entourant deviennent possédés par elle, façon bodysnatchers.

De ce concept fumeux, on imagine que certains réalisateurs auraient pu tirer quelque chose de décapant et potable (Lanthimos, Ostlund, Ozon ?). Ce n'est pas le cas de Jessica Hausner, qui propose un exercice de style théorique et peu incarné. Les intérieurs, les extérieurs, les lumières, les couleurs, les vêtements vraiment affreux  : tout concourt à inspirer un sentiment clinique de froideur très calculé.

Les acteurs jouent assez mal (regardez la photo ci-dessus pour vous en convaincre) et ne contribuent aucunement à la crédibilité du propos. La progression de l'histoire est surlignée de façon outrancière, notamment par une bande-son qui semble faite pour éprouver notre résistance au stress auditif (stridence, balle qui rebondit et aboiement de chien).

Regarder ce film absolument raté constitue une véritable souffrance.

 

1e

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On va tout péter

Le film de l'activiste - cinéaste Lech Kowalski sur les GM&S représente le degré 0 du documentaire. On dirait une suite de rushes sans queue ni tête : pas de choix de montage, aucun point de vue extra-conflit qui donnerait de l'humanité aux personnages (à part la pêche à la truite inaugurale), un manque d'épaisseur humaine, une mise en scène qui s'apparente à celle du JT de 20h (d'ailleurs, le réalisateur se mêle bien souvent au troupeau des journalistes télé).

L'absence de contrechamps et le manque d'approfondissement des enjeux nuit à la crédibilité du film. Son aspect outrageusement militant rend son contenu suspect.

On ne peut que déconseiller ce pensum lourdingue qui semble être le brouillon d'En guerre, réussissant la prouesse de sembler moins réaliste que la fiction de Brizé.

La présentation du film à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, lors de laquelle les ouvriers se sont exhibés sur la scène comme des bêtes de foire (cornes de brume et drapeaux de la CGT compris) était très gênante : ils donnaient à voir une caricature d'eux-mêmes.

Il y a un seul bon moment dans le film, c'est le passage surréaliste où un huluberlu évoque la reprise de l'usine pour fabriquer des voitures bios. C'est trop peu.

 

1e

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Matthias et Maxime

Dans ce film intime et modeste, Xavier Dolan, surdoué parfois hystérique, semble essayer de marquer une pause.

On retrouve ici certaines de ses préoccupations habituelles (le rapport à la mère toxique, les relations amoureuses) et d'autres plus nouvelles (la bande de potes bruyants). 

Il y a peut-être un peu moins de tics que d'habitude, même si on a droit à l'habituelle pluie de confettis / particules et aussi à la bande-son à fond, caméra rivée au macadam.

C'est décousu, souvent répétitif, parfois touchant, et un peu juste pour remplir tout un long-métrage. Il y a aussi une sorte de hiatus entre l'âge réel de Xavier Dolan et celui du personnage qu'il joue. Le film n'est pas exempt de maladresses criardes (le coup de fil pour avoir une recommandation), flotte de façon constante entre différentes intentions et n'est pas vraiment convaincant.

Une initiative sympathique, mais qui n'arrive pas à me convaincre totalement.

Xavier Dolan sur Christoblog : J'ai tué ma mère - 2009 (**) / Les amours imaginaires - 2010 (**) / Tom à la ferme - 2012 (**) / Laurence anyways - 2012 (***) /  Mommy - 2014 (****) / Juste la fin du monde - 2016 (*) / Ma vie avec John F. Donovan - 2019 (*)

 

2e

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Downton abbey

Si comme moi vous avez été captivé par la série Downton abbey, vous ne pourrez pas faire autrement que d'aller voir cette sorte de conclusion cinématographique. 

Vous aurez sans nul doute plaisir à retrouver l'intégralité de ce casting incroyable, comme on retrouve de vieux amis. Rarement une série aura permis de s'attacher à un aussi grand nombre de personnages (au moins 25), chacun disposant de son histoire et de sa personnalité propres.

Au-delà du plaisir des retrouvailles, comparable  à celui de glisser ses pieds dans de bonne vieilles pantoufles, la déception poindra certainement. En effet les caractéristiques narratives de la série (une propension à ne pas éviter les drames, une réflexion sur la fin d'un monde et la naissance d'un autre) sont ici sacrifiées au profit de l'anecdote (une visite de la reine et du roi) et du conventionnel (ce vieux monde finira peut-être par subsister, puisque même notre irlandais de Tom Branson y contribue).

Le seul personnage qui donne un peu de profondeur au propos est celui joué par l'exceptionnelle Maggie Smith, toujours aussi jouissivement méchante.  Les autres micro-histoires qui ponctuent ces deux heures de films ne présentent pratiquement aucun intérêt. La réalisation, elle, monte d'un cran par rapport à la série : les travellings sont plus aériens, la direction artistique plus fastueuse. 

Je ne le conseille qu'aux aficionados.

 

2e

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Atlantique

J'avais vraiment envie d'aimer Atlantique : de brillantes intentions, une première réalisatrice noire en compétition à Cannes, de la douceur, des bons sentiments, une originalité de ton, le sujet des migrants... mais malheureusement je ne suis jamais entré dans le film. 

La première demi-heure est quelconque : mise en scène et photographie terne, plans de remplissage à foison (l'océan filmé de trente-six façon différentes).  Une fois l'intrigue principale lancée, le film se teinte d'une tonalité irréelle assez belle et intrigante, assez vite gâchée par des choix de scénario vraiment douteux (la réincarnation de Souleymane dans le corps du policier, la différence entre ceux qui reviennent et ceux qui se réincarnent, etc). 

Le film manque de limpidité et de cohérence, il s'égare dans une rêverie dont Mati Diop espère qu'elle se suffira à elle-même, ce qui n'est au final pas le cas, même si on apprécie au passage quelques belles ambiances nocturnes et nonchalantes.

Un film plein de promesses, mais qui n'en finalise vraiment aucune.

 

2e

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Ceux qui travaillent

Je n'avais initialement pas prévu d'aller voir ce film, mais porté par de bonnes critiques et une tendresse pour Olivier Gourmet, je me suis laissé tenté, hélas.

Ce premier film du Suisse Antoine Russbach ne présente en effet aucun intérêt notable, semblant réchauffer de nombreuses problématiques déjà abordées mille fois au cinéma : l'homme qui perd son boulot et fait semblant de continuer à y aller pour sauver les apparences (façon Jean-Claude Romand), la dureté du capitalisme mondial (vraiment, certains n'ont aucun scrupule), la facilité de prendre des décisions impliquant la vie des autres en ne quittant pas son écran d'ordinateur (une variante de l'expérience de Milgram), l'aspect désincarné des relations en entreprise, la charge mentale qui pèse sur les cadres, etc.

De tout cela il ne ressort rien d'original ou de simplement crédible. Tout est survolé sans approfondissement (la famille potiche en est une bonne illustration) et comme le jeu de Gourmet est bien trop monotone, on s'ennuie ferme, le réalisateur étirant les scènes sans raison (le film dure 1h42).

Seule éclaircie bien timide, l'escapade dans le port belge avec sa fille empêche Ceux qui travaillent d'être absolument catastrophique.

A éviter.

 

1e

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Ad astra

Le nouveau James Gray commence comme se déroulait le précédent, le très beau The lost city of Z :  une narration douce et empathique, quelques morceaux de bravoure relativement peu spectaculaires, un personnage éthéré et neurasthénique, des péripéties assez inattendues.  

La partie de déroulant sur terre puis sur la lune est ainsi assez plaisante à regarder, même si les films d'auteurs se déroulant dans l'espace commencent un peu trop à se multiplier, et parfois à se ressembler (de Seul sur Mars à Gravity, en passant par High life et  First man, en attendant Proxima).

Arrivé sur mars, les choses de gâtent. Alors que les qualités de filmeur poétique de Gray s'exacerbent (les salles de repos, le lac), les défauts du Gray scénariste s'aggravent. On est de moins en moins intéressé par cette relation au père beaucoup trop simpliste, et le personnage de ce dernier s'avérera tristement quelconque. 

Dans toute la dernière partie, le producteur Brad Pitt regarde beaucoup trop James Gray en train de se regarder filmer son acteur Brad Pitt, et je me suis bien ennuyé. Le film sombre progressivement dans une sorte de panthéisme malickien assez détestable pour se finir de la pire des façons possibles.

C'est dommage car Ad astra commençait plutôt bien.

James Gray sur Christoblog : The lost city of Z - 2016 (***) / The immigrant - 2013 (*) / Two lovers - 2008 (***) / La nuit nous appartient - 2007 (**)

 

2e

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Portrait de la jeune fille en feu

A l'inverse de la quasi totalité de la critique, je me suis copieusement ennuyé lors de la projection du dernier film de Céline Sciamma.

Il m'a semblé que dès les premières minutes la totalité du programme proposé par le film était exposé aux yeux de tous : claustration, attente, apparition divine de l'élue, séduction, approches, passage à l'acte, conventions qui empêchent, rencontre fortuite ultérieure. Tout, absolument tout, est prévisible dans ce film : que ce soit dans sa forme (oh, les belles images de la nature qui émoustille les sens) que dans ce qu'il raconte. 

Les clichés s'enchaînent (les quatre saisons, la côte bretonne au coucher du soleil, Adèle en robe de mariée / fantôme) et finissent par constituer un brouet à l'eau de rose déjà vu mille fois, incapable de générer la moindre émotion, échouant là où d'autres ont brillamment réussi (j'ai souvent pensé à Bright star de Jane Campion). Les dialogues m'ont parus par ailleurs très artificiels, et la prestation d'Adèle Haenel, dans sa zone de confort à la mine boudeuse-séductrice, ne m'a pas convaincu.

Au final, j'ai souvent l'impression que les bonnes opinions sur ce film sont de principe, opposant presque d'un point de vue moral (ou politique) la vision d'une femme sur un couple lesbien au fameux male gaze à l'oeuvre dans La vie d'Adèle. Je préfère pour ma part mille fois l'impression extraordinaire de vie brute que dégageait le film de Kechiche à l'exercice de style froid et désincarné que propose Sciamma.

Céline Sciamma sur Christoblog : Bande de filles - 2015 (*)

 

1e

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Fête de famille

On a déjà vu mille fois au cinéma le thème de la réunion de famille qui tourne au règlement de compte par le biais de révélations successives, le mètre-étalon en la matière étant bien entendu Festen.

La contribution qu'apporte Cédric Kahn au genre n'apporte pas grand-chose : les frères dissemblables s'engueulent, les enfants courent partout, la grand-mère toute puissante est bienveillante, et la fille qui a disparu depuis trois ans cache un lourd secret.

Je pourrais, au regard de la prestation par moment très prenante d'Emmanuelle Bercot, être indulgent vis à vis de ce film quelconque, s'il n'était pas aussi mal écrit. Les dialogues semblent souvent plaqués, certaines scènes ne fonctionnent pas du tout (l'accident de voiture par exemple) et globalement tout le film souffre d'un manque de rythme.

Dispensable.

Cédric Kahn sur Christoblog : La prière - 2018 (**)

 

2e

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Le gangster, le flic et l'assassin

Présenté en séance de minuit au dernier Festival de Cannes, le film coréen Le gangster, le flic et l'assassin peine à soutenir la comparaison avec ses illustres prédécesseurs, au nombre desquels le superbe The spy gone north, projeté en 2018.

Ici, seule l'idée du film - tiré d'un véritable fait divers -  est véritablement intéressante : un gangster humilié (par hasard) par un tueur en série s'allie (temporairement) avec un flic, pour coincer son agresseur. 

C'est efficace comme un film d'action américain, assez peu subtil, mais émaillé de trouvailles dans le sordide ou le gore comme seuls les asiatiques semblent en trouver (par exemple le coup du punching ball, assez amusant).

Sinon, les travers habituels de la société coréenne sont mis en évidence (les flics ripoux) et les rebondissements inattendus qui arrivent à point nommé sont bien là. Les scènes marquantes sont filmées avec moult ralentis et le film est à la fois énervé et inoffensif. 

Ce n'est pas le meilleur du cinéma coréen, loin de là.

 

2e

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La vie scolaire

Autant le dire tout de suite, La vie scolaire ne présente pratiquement aucun intérêt.

Ce tableau de la vie quotidienne dans un collège du 93 est construit autour de clichés rebattus et baigne dans un sentimentalisme qui le dessert du début à la fin. Le scénario n'hésite pas à enfiler les situations déjà vues mille fois en s'appuyant sur une galerie de personnages hyper caricaturaux (le bon prof est vraiment très bon, le prof inadapté est vraiment obtus).

Il ressort de ce concentré de bien pensance l'impression d'assister à une fade bleuette qui échappe au désastre total par la grâce du personnage principal jouée par la très convaincante Zita Hanrot et par le dynamisme communicatif de la bande de jeunes.

Pour le reste (s'intéresser à un vrai contexte, saisir la profondeur d'enjeux complexes, surprendre par une narration décomplexée) il vaut mieux revoir la palme d'or Entre les murs, ou attendre la sortie du film Ladj Ly (qui est tourné en banlieue mais n'est pas consacré à un établissement scolaire), Les misérables.

Très décevant de la part du duo Grand Corps Malade / Mehdi Idir, qui nous avait donné un premier film plutôt réussi : Patients.

 

1e

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Yesterday

L'idée qui fonde Yesterday (un monde dans lequel tout le monde a oublié les Beatles, sauf quelques personnes) est amusante, même si elle rappelle un peu trop celle de Jean-Philippe (une France dans laquelle seul Fabrice Luchini sait que Johnny Hallyday a existé).

Le film de Danny Boyle peine pourtant a nous intéresser : il s'avère être finalement une comédie romantique un peu mièvre, indigne du scénariste Richard Curtis (Coup de foudre à Notting Hill, Quatre mariages et un enterrement).

Yesterday n'exploite que faiblement le potentiel immense que la musique des Beatles offrait au film : la faute probablement à une mise en scène peu inspirée, à l'interprétation complètement atone du médiocre Himesh Patel, à une série de gags pas drôles et à une accumulation de poncifs. Il n'y a guère que la prestation décalée d'Ed Sheeran pour donner par instant au film le second degré qui lui manque cruellement.

Ce qui aurait pu être une ode nostalgique au génie des Fab Four ne s'avère être qu'une acceptable bleuette estivale.

Danny Boyle sur Christoblog : Trainspotting - 1996 (***) / Slumdog millionnaire - 2008 (***) / 127 heures - 2010 (*) / T2 Trainspotting - 2017 (**)

 

2e

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Yves

Sur le papier, l'idée est séduisante : un frigo connecté envahit la vie d'un rappeur en mal d'inspiration. On imagine tout de suite les développements potentiels : Black mirror rigolo, fantaisie potache sur la digitalisation galopante, voire ode poétique à la création assistée.

Las ! Après un début qui semble prometteur la soupe s'avère rapidement trop sucrée puis trop aigre, virant à la comédie romantique frelatée. L'humour s'épaissit progressivement jusqu'à devenir indigeste (le frigo éjacule des glaçons dans un improbable plan à trois) et il manque à Yves l'étincelle de loufoquerie absolue qui rendrait plaisantes ses élucubrations lourdingues.

L'impression générale que dégage le film, c'est celle d'un amateurisme complet. On imagine trois copains sur un coin de table qui y vont de leur "Et si on ferait ça, ce serait rigolo". Le film n'a ni les élans poétiques du cinéma de Dupieux, ni l'aptitude à élaborer des constructions vertigineuses à la Monty Python : le résultat est fade et décevant.

Même Philippe Katerine est un peu moins convaincant que d'habitude.

 

2e

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Zombi child

On le sait, le cinéma de Bonello vaut principalement par sa capacité à saisir l'esprit d'un lieu ou d'un moment, plutôt que pour sa narration ou pour la façon dont les personnages interagissent entre eux.

Rien de bizarre, donc, à ce que le début de Zombi child soit plutôt réussi : la mise en scène souveraine de Bonello expose très bien les deux territoires du film, Haïti dans les années 1960 et le pensionnat pour filles de la Légion d'honneur à Paris de nos jours.

Il y a une vraie idée de film à décrire en parallèle les deux univers, différents en tout : noir/blanc, hommes/filles, jour/nuit, passé/présent, riches/pauvres. La description de la sororité est très réussie, les plans en nuit américaine dans la nature haïtienne également.

Les choses se gâtent malheureusement vers la fin du film, quand la réconciliation des deux histoires a lieu à travers la piètre péripétie de l'amour pour Pablo et d'une cérémonie vaudou plutôt risible qu'éprouvante. On mesure là à quel point Bonello n'est pas doué pour faire peur.

C'est dommage, car le film est par éclat très beau.

Bertrand Bonello sur Christoblog : L'Apollonide, souvenirs de la maison close - 2011 (****) / Saint-Laurent - 2014 (**) / Nocturama - 2016 (*)

 

2e

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Lune de miel

Un film pavé de bonnes intentions et pétri dans une substance visiblement très autobiographique. Malheureusement, comme cela arrive parfois dans ces cas-là, les bonnes idées ne fonctionnent pas et on s'ennuie ferme devant ce road movie qui montre un jeune couple juif parisien très peu religieux, en quête de ces origines polonaises.

Entre vues touristiques de Cracovie, exploitation forcenée des clichés (les Polonais boivent comme des trous) et répliques humoristiques qui tombent à plat, le film s'enlise tranquillement dans un conformisme bancal. La jeune réalisatrice Elise Otzenberger est pleine de bonne volonté mais peine dans tous les domaines : réalisation tristounette, écriture maladroite et direction d'acteurs pour le moins flottante. 

Judith Chemla, qui ressemble physiquement de plus en plus à Juliette Binoche jeune, joue assez mal la névrosée à fleur de peau. 

Une seule scène dans le film trouve grâce à mes yeux : celle de la dispute dans la voiture, lors de laquelle les deux personnages semblent enfin se livrer sans fard et qui se termine par une réplique saisissante : "J'ai épousé un juif antisémite !".

A éviter sauf peut-être si vous avez des ascendant juifs polonais.

 

1e

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Piranhas

Le film de mafia est un sous-genre de cinéma à part entière, depuis les sagas dramatico-romantiques de Scorsese, De Palma et Coppola, jusqu'aux dernières productions italiennes traitant plutôt du sujet des repentis et de la lutte anti-mafia (il faut voir par exemple le très beau Léa de Marco Tullio Giordania).

Dans cette galaxie, le nouveau film de Claudio Giovannesi, adaptation d'un roman de Roberto Saviano (Gomorra), s'intéresse à l'entrée en criminalité des plus jeunes napolitains. On suit donc l'évolution progressive d'une bande d'ados d'une quinzaine années : premiers rackets, premières armes, mais aussi premiers amours, premières déceptions amicales.

Piranhas est réalisé de façon plutôt efficace, mais son propos n'est pas très intéressant : le cheminement d'escalade dans la violence qu'il expose a été vu mille fois, et je n'ai pas ressenti d'empathie envers le personnage principal, une jolie gueule d'ange assez peu charismatique joué par le jeune Francesco Di Napoli, dont c'est le premier film.

Le scénario est à la fois délayé et poreux (j'ai du mal à comprendre comment ces jeunes blanc-becs peuvent conquérir un territoire sans plus de résistance des adultes), la fin est franchement lourdingue et les péripéties convenues.

Pas beaucoup d'intérêt, à moins de rechercher une visite touristique des petites rues de Naples.

 

1e

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