Christoblog

Articles avec #je n'aime pas

Sibyl

Qui trop embrasse mal étreint : voilà qui pourrait résumer Sibyl

Sur le papier tout est formidable : un scénario hitchcokien, une actrice au sommet, une réalisatrice en pleine phase ascendante. 

Pourtant, rien ne parvient à fonctionner à l'écran. Les tonalités tout le temps changeantes du film, le découpage inutilement compliqué, les commentaires en voix off qui alourdissent le film, les redites qui surlignent le propos : Sibyl croule finalement sous l'accumulation de ses intentions. 

Si Virginie Efira est magnifique et Sandra Hüller parfaite, les autres acteurs tournent un peu en mode automatique : Adèle Exarchopoulos excelle dans ce qu'elle sait le mieux faire (pleurer avec excrétion), Niels Schneider est joli à regarder et Gaspard Ulliel est très mauvais, comme d'habitude (un moment du film amène d'ailleurs d'une façon surréaliste  son personnage à dire ce qu'il est en réalité, une coquille vide).

En somme, le film aurait pu être bon, mais il patine, faute à une surabondance d'effets. On n'en voudra pas à Justine Triet, qui ne parvient jamais à nous intéresser vraiment à ces personnages, et on attendra l'essai suivant.

Justine Triet sur Christoblog : La bataille de Solférino - 2013 (**) / Victoria - 2016 (**)

 

2e

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The dead don't die

Quelle mouche à bien pu piquer Jim Jarmusch de se lancer dans un projet qui mêle film de zombie, comédie froidement décalée, critique de la société de consommation et film à message politique ?

De cet assemblage hétéroclite ne ressortent que très peu de points positifs : une galerie de portraits-vignettes plutôt réussis dans la première partie du film, un Bill Murray au sommet de son art, certaines scènes joliment menées et une ambiance cohérente qui pourrait évoquer un Twin Peaks de peinture naïve.

Le film accumule par ailleurs toute une série de défauts dont le principal est le scénario, absolument catastrophique : il sacrifie le développement de certains personnages (les jeunes du Centre par exemple), accumule les pirouettes gênantes (les personnages qui connaissent le script comme dans un mauvais Blier) et les situations sans queue ni tête (le personnage joué par Tilda Swinton).

Au final, The dead don't die apparaît plus comme une succession de scènes tournées au bénéfice de copains / acteurs qu'une oeuvre pensée dans sa globalité. Si le résultat n'est pas totalement méprisable, c'est parce qu'il y a dans la caméra de Jarmusch une délicatesse qui parvient parfois à faire mouche. De justesse.

 

2e

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Le chant de la forêt

Le propos de ce film brésilien est tout à fait estimable. Pour faire simple, il donne à voir la réalité du quotidien d'une tribu indienne isolée en forêt, sous le prétexte d'une fiction aux contours un peu lâche (un jeune homme a du mal à faire le deuil de son père, alors qu'il est en train de devenir chaman).

Si le début du film est assez beau et suffisamment intrigant pour titiller notre curiosité, il perd assez rapidement de son pouvoir d'attraction, notamment lors d'une longue séquence urbaine dont l'intérêt m'a en grande partie échappé.

Le manque d'expressivité des acteurs, le regret de ne pas voir creusés les dessous socio-politiques, l'image en 16mm loin d'être parfaite : tous ces éléments pénalisent un peu le film de Joao Salaviza et Renée Nader Messora, dont j'aurais aimé pouvoir dire plus de bien.

En matière de films tentant de restituer la magie de la forêt tropicale, ceux de Weerasethakul (Tropical malady) et Ciro Guerra (L'étreinte du serpent) ont, il est vrai, placé la barre très haut. 

A voir si l'aspect documentaire vous intéresse avant tout, car de ce point de vue, Le chant de la forêt est tout à fait digne d'intérêt.

 

2e

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Nous finirons ensemble

Tout ce qu'on pouvait dire de mal à propos des Petits mouchoirs peut être ici redit avec autant de force.

En vrac, et sans être très original, on peut déplorer la pauvreté du scénario qui n'effleure que les drames profonds pour ne s'intéresser qu'aux coucheries de tous les personnages, l'aspect promo-clip du bassin d'Arcachon et cette fois-ci de l'initiation au saut en parachute, l'impression désagréable d'entre-soi chichiteux, les plans mièvres et/ou clichés (dont les couchers de soleil, mon Dieu !), le cabotinage de certains acteurs (Cluzet en fait trop et Garcia est insupportable), etc.

L'impression que donne au final le film, c'est que Guillaume Canet est un réalisateur enthousiaste et techniquement plutôt bon, qui ne peut malheureusement pas s'empêcher de commettre inévitablement d'énormes fautes de goût.

C'est d'autant plus dommage que le film commence beaucoup mieux qu'il ne finit. La première demi-heure est plutôt agréable, prodiguant une ambiance en demi-teinte d'ouverture de maison et de ressassements mélancoliques. Cotillard, Lelouch et surtout Lafitte sont alors tous plutôt convaincants.  

A voir éventuellement si vous avez vu le premier, pour vous faire une idée. Pour moi, c'est kif-kif.

Guillaume Canet sur Christoblog : Les petits mouchoirs - 2010 (**) / Blood ties - 2013 (*) / Rock'n roll - 2016 (**)

 

2e

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En liberté !

Rarement les phrases d'accroche figurant sur une affiche m'auront parues plus mensongères que pour ce film.

En effet, en ce qui me concerne, pas de "rires en cascade" à la vision de En liberté !, mais simplement quelques sourires intermittents et de grands moments de gêne quand un pseudo-gag tombe à plat (comme les apparitions successives du serial killer aux sacs en plastique).

Cette comédie qui n'est pas pour moi "hilarante", n'est pas non plus "bourrée d'émotion". Le rôle tenu par Mio Marmaï m'a plus énervé qu'il ne m'a ému. Ce dernier surjoue le déprimé injustement emprisonné, à moins que son personnage ne soit mal écrit, ou que l'impression générale de raté résulte d'un mélange de ces deux carences.

C'est en fait tout le film qui me semble bancal. Pierre Salvadori semble essayer de paraître décalé à tout prix. Que la plupart des critiques se déclarent séduits par ce pensum me laisse complètement interdit. Mettre dans la bouche d'Adèle Haenel un "putain" tous les trois mots, imaginer un cambriolage en vêtement sado-maso, faire fumer un personnage un sac en plastique sur la tête : toutes ces idées semblent avoir germé dans le cerveau d'un élève de collège à qui on aurait donné les moyens de tourner un long-métrage.

Sans rythme, approximativement écrit et laborieusement filmé, En liberté ! ne mérite pas le dixième du bien qu'on a écrit sur lui.

Pierre Salvadori sur Christoblog : Dans la cour -  2014 (***)

 

1e

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Synonymes

Synonymes est ce genre de film qui propose des scènes où l'on ne comprend pas pourquoi les personnages font ce qu'ils font. Ce genre de film dans lequel pullulent les tics en tous genres (de mise en scène, de scénario, de dialogues, de situations) et qui aime à placer dans la bouche des acteurs des phrases absconses qui sont prononcées d'un air pénétré, comme : "Jouer du hautbois dans un conservatoire d'arrondissement est ce qui se rapproche le plus de cultiver des pommes de terre". 

En un mot, un film d'auteur formaté pour les grands festivals (celui-ci a obtenu l'Ours d'or à Berlin), qui ne se soucie pas du confort du spectateur. Si l'auteur est un génie qui sait nous happer dans son monde par la force d'évocation des images ou la poésie intrinsèque de son propos, on peut tenir un chef-d'oeuvre (Holy motors). Sinon, cela donne les films de Carlos Reygadas.

Ici l'exercice est tellement cérébral et désincarné qu'on ne peut être à mon sens qu'au mieux intéressé par la mise en scène parfois brillante, mais malheureusement jamais vraiment séduit et encore moins ému. La prestation très intense de l'acteur Tom Mercier sauve un peu Synonymes du labyrinthe nombriliste dans lequel il nous entraîne. C'est trop peu pour que l'on puisse conseiller d'aller voir ce film que je ne peux m'empêcher de trouver froidement poseur.

Nadav Lapid sur Christoblog : L'institutrice - 2014 (**)

 

2e

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Sunset

Dans Sunset, Laszlo Nemes reprend exactement les mêmes techniques que dans Le fils de Saul : caméra toujours très proche du visage du personnage principal, absence de profondeur de champ exacerbée, bande-son hyper-travaillée au point de paraître parfois artificielle, confusion volontaire dans la narration.

Alors que le sujet de son film précédent se prêtait admirablement bien à ses effets qui concourent tous à obscurcir et rendre flou (au propre comme au figuré) le hors champ, celui de Sunset aurait eu à l'inverse besoin d'éclaircissements.

On ne comprend en effet pas grand-chose à cette histoire de chapelière qui cherche son frère à Budapest, alors que l'Empire austro-hongrois entame son déclin. Il est question de drame familial passé, de persécution des Juifs, de terrorisme anarchiste (je crois) et sûrement d'autres choses qui m'ont échappées.

Si on accepte donc de ne pas tout comprendre d'un film, disons-même de ne pas en comprendre la plus grande partie, alors Sunset pourra impressionner par son formalisme brillant et ses qualités de mise en scène exceptionnelles. Peut-être certains pourront se laisser pénétrer par ce manque d'intrigue et cette narration atmosphérique, qui ne possède toutefois pas le pouvoir de fascination quasi-mystique que certains autres grands réalisateurs ont su porter à l'écran (Tarkowski, Angelopoulos).

Je me suis ennuyé.

Laszlo Nemes sur Christoblog : Le fils de Saul - 2015 (****)

 

2e

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Celle que vous croyez

Celle que vous croyez est divisé en deux parties.

Lors de la première, on suit l'avancée poussive d'une intrigue simpliste qui détaille la façon dont une cinquantenaire drague un jeune homme sur internet en se faisant passer pour une jeune fille de 23 ans. Juliette Binoche multiplie les minauderies excessives pour faire exister son personnage et le film se résume principalement à une accumulation de poncifs éculés (oui, "payer au lance-pierre" est une expression de vieux) et de péripéties prévisibles.

Dans sa seconde partie, le film de Safy Nebbou change du tout au tout. Le scénario, dont je ne mesure pas la fidélité au roman de Camille Laurens dont il est tiré, procède alors à une sorte d'escalade de rebondissements qui redonne un peu d'intérêt au film, même si l'accumulation de situations improbables finit aussi par lasser.

Celle que vous croyez est donc un petit film bancal qui alterne le pire (la séance de masturbation dans la voiture) et le moyen (au moins un des twists est bien vu), sans jamais convaincre totalement. Juliette Binoche surjoue l'énamourement d'une telle façon que cela en devient parfois gênant (sa façon de sourire béatement lors de longs travellings arrière), et seule la vague explication que son rôle est au fond celui d'une psychopathe peut excuser ses maladresses. 

 

2e

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Les éternels

Le nouveau Jia Zhang-Ke ressemble tellement au précédent (Au-delà des montagnes) que cela en devient gênant : récit elliptique sur le temps long, découpage en trois parties, rémanence des sentiments, occasions manquées, fuite irrémédiable du temps, rôle cathartique d'une chanson pop.

Le problème est qu'ici tout le charme du cinéma de Jia Zhang-Ke paraît plaqué. Quelque chose s'est brisé. 

L'élégance devient parfois maniérisme, l'allusion approximation, et l'originalité prétention. L'ensemble donne l'impression de redite.

Au rayon des points positifs (il faut quand même dire que le réalisateur chinois est un styliste hors pair) : la mise en scène fluide et le jeu de l'actrice Zhao Tao (par ailleurs compagne de Jia Zhang-Ke). C'est assez peu pour compenser le sentiment de gâchis et de bégaiement que procure la vision des Eternels.

Jia Zhang-Ke sur Christoblog :  A touch of sin - 2013 (***) / Au-delà des montagnes - 2015 (****)

 

2e

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Une intime conviction

L'intention du réalisateur Antoine Raimbault est louable : donner à sentir l'ambiance d'un procès, situer les enjeux de la Justice, explorer les limites entre les preuves et l'intime conviction et accessoirement assurer le show en confiant à Olivier Gourmet le rôle du volcanique Eric Dupond-Moretti.

Le souci du film est de trouver son équilibre. D'un côté il expose des bribes de l'affaire Viguier (mais on est parfois un peu frustrés de ne pas avoir toutes les cartes en main), de l'autre il plaque sur un aspect documentaire le personnage inventé de Nora, réduit à la simple expression de son obsession : Nora a été jurée du premier procès et possède l'intime conviction que Viguier est innocent. Les deux parties ne se marient qu'imparfaitement.

Le personnage de Nora, interprété par Marina Foïs, m'a paru sur-écrit. Le scénario semble surligné à chacune de ses interventions : Nora est tellement à fond qu'elle (cochez les cases) expédie sa sexualité, ne peut pas tomber amoureuse, va perdre son boulot, fout le feu à sa maison, néglige son fils, ne voit plus les voitures dans la rue, etc. C'est lourdingue et surtout dépourvu de finesse psychologique.

Par contraste le personnage de Dupond-Moretti est plus intéressant, et on se demande pourquoi Raimbault n'a pas concentré son film sur ce qu'il représente. Il y aurait eu probablement de belles choses à creuser dans sa façon de penser la meilleure manière de rendre la justice.

Une intime conviction est un film bancal, qui ne convainc pas totalement et confirme la difficulté du cinéma français à produire de bons "films de prétoire", à la hauteur de 12 hommes en colère. On est parfaitement en droit de préférer le récent film de Chritain Vincent, L'hermine, à celui de Raimbault.

 

2e

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My beautiful boy

Felix Van Groeningen a souvent montré son goût pour la mièvrerie, mais celui-ci était  pour l'instant dissimulé par un burlesque grinçant typiquement belge (Belgica, La merditude des choses)  ou une mélancolie mélodramatique sur-développée (Alabama Monroe).

Ici, le rouleau compresseur de la normalité américaine renvoie malheureusement le réalisateur à ses limites : My beautiful boy est affreusement convenu et ses tentatives d'émouvoir échouent lamentablement.

La faute en revient principalement aux acteurs. Rarement l'expression "balai dans le cul" aura connu meilleure illustration que celle fournie par la prestation terne et guindée de Steve Carell. Quant à Timothée Chamalet, trop propre et mignon pour être crédible en junkie jusqu'au-boutiste, il fatigue par ses minauderies tiédasses.

Félix Van Groeningen tente de masquer l'incurie de son scénario derrière des afféteries inutiles (le montage mélangeant différentes périodes), et on reste interdit devant l'exploit que constitue ce film : laisser complètement froid le spectateur, avec une histoire qui intrinsèquement devrait être bouleversante.

Une franche déception.

Felix Van Groeningen sur Christoblog : La merditude des choses - 2009 (***) / Alabama Monroe - 2012 (***) / Belgica - 2016 (**)

 

1e

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A cause des filles..?

J'ai une sympathie particulière pour Pascal Thomas, qui trouve sa source dans le plaisir éprouvé il y a bien longtemps à la vision de films comme Pleure pas la bouche pleine (1973), ou Les maris, les femmes, les amants (1988).

Malheureusement, je ne peux pas dire autre chose que beaucoup de mal de sa dernière production, qui est une véritable catastrophe artistique. Le film est une succession de saynètes autour des relations amoureuses, basées sur les confidences que s'échangent les participants à un mariage raté (le futur mari s'est barré).

Ces petits tableaux composés poussivement ne sont ni drôles, ni originaux. Je ne sauverai de cette calamiteuse série que l'histoire de la jeune femme qui ne supporte pas que les poèmes de Beaudelaire (sic) tatoués sur tout le corps de son amant soient entâchés de fautes d'orthographe.

Le casting, pourtant séduisant sur le papier (José Garcia, François Morel, Rossy de Palma, Irène Jacob), est outrageusement mal dirigé. La scène finale est un massacre hideux, dans lequel une figure tutélaire de la comédie française (Pierre Richard) est sacrifiée. 

Un naufrage à éviter par tout moyen à votre disposition.

 

1e

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La mule

A la question "Que vaudrait le même film sans Clint Eastwood acteur ?", on peut objectivement répondre "Pas grand-chose", voire "Rien du tout".

La mule est en effet un film médiocre de plusieurs points de vue : un montage lymphatique, des personnages secondaires caricaturaux, un scénario anorexique, une mise en scène fainéante.

Le film ne vaut que par l'autoportrait un brin complaisant qu'il constitue. 

Pour résumer, voici ce que l'acteur veut nous faire comprendre : certes, je suis un égoïste insensible aux autres, un poil misogyne, raciste et homophobe, mais en réalité il faut me pardonner parce qu'à la fin tout le monde finit par m'aimer. Le film se résume en effet à cette démonstration : sa femme le déteste puis finit par mourir réconcilié avec lui, sa fille (jouée par Alison Eastwood, sa propre fille) le hait puis finit par l'inviter pour thanksgiving, le policier qui parvient à l'arrêter l'admire, les mafieux mexicains finissent tous par l'apprécier, même les plus durs d'entre eux, les Noirs qu'il traite de niggers lui répondent gentiment.

Le personnage d'Earl suscite l'attendrissement compassionnel comme le ferait un bébé. On pardonne tout au vieux et roué briscard, qu'on devine plutôt soutien de Trump que de Clinton ou Obama, comme l'est Eastwood lui-même.

Les effets émollients de cette auto-hagiographie finissent par atteindre aussi les spectateurs et les commentateurs, qui tous semblent perdre leur sens critique devant ce qui n'est qu'une pochade maladroite qui n'attirerait que les sarcasmes si elle était réalisée par un quidam : les courses se suivent d'une façon très ennuyeuse, les enjeux dramatiques sont ridiculement faibles et l'évolution des relations familiales versent finalement dans des torrents de mièvrerie lors de la réunion familiale.

A ne voir que si vous êtes fan du presque nonagénaire et réactionnaire réalisateur.

Clint Eastwood sur Christoblog : Gran Torino - 2008 (***) / Invictus - 2009 (**) / Au-delà - 2010 (*) / J. Edgar - 2011 (**) / American sniper - 2015 (**) / Sully - 2016 (***)

 

1e

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L'heure de la sortie

Le film part d'une bonne idée : le professeur d'une classe de surdoués se suicide. Son successeur (Laurent Lafitte, assez peu convaincant) enquête sur un groupe de six  jeunes, beaucoup trop lucides pour leur âge.

Le problème est que le réalisateur, Sébastien Marnier (on lui doit Irréprochable), lorgne dans beaucoup de directions sans en choisir vraiment une. Le film oscille donc entre une enquête fantastique à la mode de Stephen King, un thriller messianique façon Jeff Nichols et une chronique sociale ... à la française. 

L'heure de la sortie est au final une mayonnaise ratée : les effets fantastiques (les bêtes sauvages envahissent la ville, l'électricité varie mystérieusement d'intensité, les cafards sortent de l'évier) surnagent comme de l'huile au-dessus d'un magma informe qui comprend des seconds rôles ratés, une intrigue étirée à l'excès, un évident manque d'imagination et une scène finale très moche.

De bonnes intentions et une ambiance de mystère qui par instant fait mouche : voilà ce qui sauve le film de l'échec total.  

 

2e

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Doubles vies

Le dernier Olivier Assayas mêle de façon assez grossière une réflexion lourdingue (et déjà datée) sur la révolution numérique et des histoires quelconques de coucheries entre bobos.

Sur le premier sujet le film se contente d'enfiler les poncifs tout au long de séquences verbeuses et de longs exposés didactiques qui sonnent particulièrement faux. Cela donne des débats de haute volée dans le genre : "Une liseuse ne remplace pas la bonne odeur du papier ", suivi de :  "Oui, mais on peut partir avec plus de livres en vacances". Passionnant.

Les interactions entre les personnages sont absolument inintéressantes. On retrouve une jeune fille bisexuelle et carriériste qui semble le clone de Kristen Stewart, jouée par une Christa Théret transparente, un Vincent Macaigne égal à lui-même en écrivain raté et une Juliette Binoche en roue libre. Guillaume Canet est un tout petit peu plus intéressant que d'habitude, mais c'est surtout le personnage jouée par l'excellente Nora Hamzawi qui empêche le film d'être complètement nul.

En ce qui concerne le cadre, on navigue dans un univers bourgeois bon chic bon genre sans caractère : propriétés cossues, villa de bord de mer et appartements parisiens platement filmés. La mise en scène est paresseuse.

Tout cela sent l'entre-soi chichiteux, le rance et le roussi. 

N'est pas Alain Resnais qui veut. Le marivaudage sonne ici triste et même pas cruel.

Olivier Assayas sur Christoblog : Après mai - 2012 (*) / Sils Maria - 2014 (****) / Personal shopper - 2016 (**)

 

1e

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L'homme fidèle

Il y a quelque chose de platement germanopratin dans L'homme fidèle : un manque d'ambition dans la mise en  scène, un quant-à-soi satisfait et ronronnant, un réseau de références qui essaye de tenir lieu de talent.

Dans ce film, tout le monde est le quelqu'un de quelqu'un de connu  : Louis Garrel (fils et petit-fils de), Lily-Rose Depp (doublement fille de) et Laetitia Casta (compagne de l'acteur principal / réalisateur).

Le résultat est sans saveur et sans relief. Il comprend deux bonnes idées de scénario non développées (le prétendu meurtre du père et le pari de jeter son homme dans les bras de sa rivale), et pour le reste il se contente d'empiler des scènes superficielles, quelque part entre le marivaudage à la Emmanuel Mouret (sans sa perversité) et le spleen truffaldien (sans sa profondeur, malgré l'usage abondant de la voix off).

Ce n'est pas vraiment désagréable, mais on oublie L'homme fidèle dans les trente minutes suivant sa projection.

Louis Garrel sur Christoblog  : Petit tailleur - 2010 (***) / Les deux amis - 2014 (**)

 

2e

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Utøya, 22 juillet

Il y a dans la démarche du réalisateur Erik Poppe une fausse modestie qui rend son film insupportable.

Pour faire simple, disons que la caméra suit en temps réel et en un seul long plan-séquence une jeune fille durant les 72 longues minutes que durèrent le massacre sur l'île d'Utøya, le 22 juillet 2011. 

Cela pourrait paraître modeste, mais le dispositif tourne vite à la performance : Erik Poppe semble très absorbé par la façon dont il va faire bouger sa caméra, quitte à filmer des choses insignifiantes pour meubler. Comme il fait de son personnage principal une bonne samaritaine qui veut sauver tout le monde (contrairement aux autres jeunes gens qui courent dans tous les sens d'un bout à l'autre du cadre), on doute vite du réalisme de ce qu'on voit, ce qui est un comble quand on sait que le film s'inspire de témoignages des victimes.

On n'est donc pas très à l'aise en regardant le film, malaise aggravé par la séquence où l'on voit une jeune fille mourrir lentement en direct, filmée avec beaucoup de complaisance et des effets très maladroits (la maman appelle sa fille pile au moment où celle-ci vient de rendre l'âme). Utoya, 22 juillet qui aurait pu être un bel hommage aux victimes ou un film instructif sur ce qui s'est passé ce jour-là, est plus énervant qu'émouvant ou dérangeant.

Au final, on ne tire rien de ce film creux qui se regarde le nombril.

 

1e

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Pupille

Pupille aurait pu être un documentaire intéressant. La manière dont Jeanne Henry expose tous les rouages administratifs qui mène de l'accouchement sous X à l'adoption est en effet riche de découvertes (le constat rédigé par l'assistante sociale, la famille d'accueil transitoire, etc).

Le rythme du film, qui mène son récit sur un tempo de thriller, contribue à capter l'attention du spectateur.

Malheureusement, cette sécheresse évocatrice de la trame narrative est inutilement gâchée par des acrobaties scénaristiques (le bébé va beaucoup mieux une fois que l'assistante sociale lui a parlé de sa maman), des atermoiements longuets (le visage de bébé est au film ce qu'est le chaton à certains comptes Facebook) et des intrigues annexes accessoires (le crush de Karine / Sandrine Kiberlain pour Jean / Gilles Lellouch). 

Pupille perd ainsi de sa force dramatique pour verser dans un pathos qu'il fait mine d'éviter. C'est dommage.

 

2e

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The Mumbai murders

On peut se demander pourquoi Edouard Waintrop, l'excellent délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs de 2011 à 2018, s'est entiché de cet obscur cinéaste indien au point de lui offrir régulièrement une vitrine cannoise.

Waintrop a en effet proposé en quelques années dans sa programmation l'immense fresque Gangs of Wasseypur, Ugly, puis Raman Raghav 2.0, qui sort plus d'un an et demi après son exposition cannoise sous le nom de The Mumbai murders.  

Anurag Kashyap est un cinéaste de la démesure maîtrisée. On retrouve dans son cinéma la même exubérance que dans les films de Bollywood, mais elle est ici mise sous contrôle au service de genres plus conformes à nos goûts d'occidentaux : le thriller, le film policier, l'horreur.

Ce dernier opus est donc dans la lignée des précédents. On ne s'ennuie pas à suivre le périple d'un tueur en série plutôt jovial ("Je tue par passion"), qui parle avec Dieu et cherche un alter ego. Il est poursuivi par un flic plutôt antipathique, pourri, junkie et insomniaque.

Là où le film trouve rapidement une limite, c'est dans le désir forcené de nous imposer un point de fuite évident dès le départ : les deux personnages sont les mêmes, ils se valent. Le scénario, qui avance à marche forcée vers la conclusion de cette idée, manque en conséquence de subtilité. Restent à porter au crédit du film les imposantes scène tournées au sein des quartier pauvres de Bombay, qui sont formidables.

A voir si vous aimez ce type de cinéma indien décomplexé et jamais très loin du mauvais goût.

Anurag Kashyap sur Christoblog : Gangs of Wasseypur - 2012 (**) / Ugly- 2013 (**)

 

2e

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Les confins du monde

Avec ce film, Guillaume Nicloux se rate dans les grandes largeurs. D'une certaine façon, le projet est à la base plus que casse-gueule : porter ses pas dans ceux de Coppola ou Cimino avec un casting incluant Gaspard Ulliel et Guillaume Gouix, c'est osé. Le film n'a pas les moyens de ses ambitions.

Dès le premier plan, très long, très formel, le réalisateur s'affiche comme le Grand Créateur de ce qu'on va voir. Avec le second plan du film, une vision bien trash de charnier, il prend le spectateur en otage. La suite des Confins du monde va sans cesse actionner ces deux ressorts  ("Vous allez déguster" et "Regardez-moi filmer") tout en accumulant les poncifs sur la guerre, la jungle et la vie : les Viets sont des salauds, les serpents ça pique, les putes ont en fait un grand coeur.

En dépit d'une production qu'on devine onéreuse, le film ne fait pas vrai, il est peu incarné et donne à voir des personnages improbables (Depardieu en médecin désabusé) et des péripéties hasardeuses. On pense bien sûr à Apocalypse Now, mais au lieu des hélicos et de Wagner, on a le sexe d'Ulliel et une pauvre batterie de jazz. Pas vraiment la même dimension.

Guillaume Nicloux sur Christoblog : Valley of love - 2015 (***)

 

1e

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