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Christoblog

Articles avec #anthony bajon

Un autre monde

Stéphane Brizé conclut avec Un autre monde sa trilogie du travail, commencée par La loi du marché, puis poursuivie par En guerre, et le moins que l'on puisse dire, c'est que la profondeur du propos s'est dégradée au fil des trois films.

Dans son dernier opus, Brizé dresse le tableau d'un patron d'usine obligé par son méchant actionnaire américain de licencier 10% de ses effectifs. Et c'est pratiquement tout.

Evidemment, cela ne suffit pas à remplir tout un film. Il faut donc ajouter un peu de drama familial à travers le tableau touchant (même si pas très bien dessiné) d'un fils qui pète les plombs sous la pression d'une école de commerce.

Si les acteurs sont formidables (Lindon, Kiberlain, Bajon) et certaines situations criantes de vérité (la scène formidable du divorce), le film pêche tout de même par un manque de densité et de vraisemblance. Les passages en entreprise sont particulièrement peu convaincants. Un seul exemple : le travail du personnage joué par Lindon semble consister à annoter des papiers devant un ordinateur allumé. Une petite dizaine de plans de ce genre ponctuent le film, comme si Brizé était incapable d'inventer une autre activité pour un directeur d'usine.

Quant à la fin pontifiante et sentimentale, elle couronne le contenu programmatique d'un film malheureusement très balisé.

Stéphane Brizé sur Christoblog : Quelques heures de printemps - 2012 (****) / La loi du marché - 2015 (****) / Une vie - 2016 (***) / En guerre - 2018 (**)

 

2e

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Une jeune fille qui va bien

Curieux film, particulièrement culotté, que ce premier essai de Sandrine Kiberlain.

Une jeune fille qui va bien est basé sur un principe pas si courant au cinéma : on suit une histoire commune (une jeune fille est amoureuse, et nourrit beaucoup d'espoir pour l'avenir), tout en connaissant le contexte historique de l'histoire que nous découvrons, alors que les personnages, eux, en ignore tout.

Nous savons l'horreur de ce qui attend Irène et sa famille, mais pendant une demi-heure, rien n'arrive de spécifique concernant cette famille juive prise dans le vif de son quotidien de 1942. L'identification de l'époque n'est pas évidente. Cela rend d'autant plus touchant la manière dont les premières mesures anti-juives viennent heurter le récit d'apprentissage qui nous est présenté.

L'ensemble du film, et son principe fondateur à la fois léger et casse-gueule, ne fonctionne que par la grâce d'un casting plus que parfait : Rebecca Marder est absolument époustouflante, André Marcon parfait, Anthony Bajon convaincant à l'extrême (comme d'habitude...) et Françoise Widhoff génialement attendrissante en grand-mère compréhensive.

Une bonne idée de sortie !

 

3e

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La troisième guerre

La troisième guerre est une sorte de Désert des Tartares de notre temps. Le principe en est simple : il s’agit de pointer du doigt le sentiment d’inutilité des soldats qui participent à l‘opération Sentinelle, de confronter ce sentiment aux valeurs habituelles de l’armée (respect des ordres et de la hiérarchie, volonté de servir les autres, besoin de dépassement de soi et de combattre, virile camaraderie), et enfin de tirer de tout cela des implications d’ordre psychologique.

Si les déambulations parisiennes des soldats laissent entrevoir une belle sensibilité, le reste du programme énoncé ci-dessus est suivi avec trop d’application et pas assez d’imagination pour être pleinement convaincant.

L’exposé des différentes situations auxquelles sont exposés les soldats est très didactique, et suit des chemins à la fois prévisibles et inintéressants. Les seconds rôles, par exemple, manquent cruellement de profondeur (le complotiste ne fait que comploter, le gueulard ne fait que gueuler, etc).

Heureusement qu’Anthony Bajon est ici une nouvelle fois exceptionnel, à l’inverse d’une Leïla Bekhti complètement transparente. C’est lui qui donne un peu d’intérêt à ce film bourré d’intentions, mais vide d’émotions.

 

2e

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Teddy

Teddy apporte d'une façon indiscutable une nouvelle preuve qu'un cinéma de genre à la française est en train d'émerger de façon durable.

Le premier film de la fratrie Boukherma mêle avec beaucoup de bonheur plusieurs registres. Au début du film, on pense être dans une chronique un peu azimutée de France profonde. On pense immédiatement au P'tit quinquin de Dumont : personnages plus ou moins cinglés, photographie pétante, mise en scène moqueuse.

Mais le film se teinte rapidement d'une coloration gentiment mais sûrement gore, comme le faisait Grave dans un genre un peu différent. Le sujet de Teddy devient alors le changement du corps au moment du passage de l'adolescence à l'âge adulte.

Et puis tout à coup, Teddy s'impose comme le récit d'une humiliation sociale et de la vengeance qu'elle implique, avant de se résoudre dans un final plutôt dramatique, parfaitement calibré.

Le résultat est délectable, magnifiquement servi par l'abattage sidérant d'Anthony Bajon, qui confirme de film en film son talent si singulier.

Une réussite indiscutable.

 

3e

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Au nom de la terre

Cela me fait mal de dire que ce film est vraiment mauvais, eu égard au fait que le réalisateur raconte ici l'histoire tragique de son propre père.

Peut-être est-ce d'ailleurs ce manque de distance qui le conduit à produire une oeuvre sans aucune imagination, si proche de l'illustration que cela en devient gênant. Il ne faut pas chercher dans Au nom de la terre la moindre sensation de réalisme, tant le film déroule un programme convenu d'images d'Epinal sur le thème douloureux des suicides d'agriculteurs.

Les péripéties nous indiffèrent, les clichés sont légion, les personnages sont spectraux, leur évolution psychologique semble issue d'un algorithme programmant la survenue du pire après le pire, sans que les véritables raisons de la déchéance ne soient jamais réellement abordées.

C'est franchement, radicalement raté.

 

1e

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La prière

La principale qualité du nouveau film de Cédric Kahn, c'est sa rusticité.

Si on s'en tient à l'histoire, La prière n'a en effet rien d'original.  La rédemption possible d'un adolescent en grande difficulté au contact d'adultes compatissants est en effet un grand classique, ici teinté de religiosité. Il faut imaginer le croisement de La tête haute et Des hommes et des Dieux.

La force qui irrigue cette intrigue assez quelconque, c'est celle que dégage le jeune acteur Anthony Bajon, formidable par sa présence animale (Ours d'argent mérité au dernier Festival de Berlin). C'est lui qui fait tenir le film debout et qui le sauve parfois de l'ennui. La mise en scène épurée, la lumière crue, la direction artistique sans afféterie servent également le propos d'un film qui sans être génial se laisse regarder.

Certaines séquences sont franchement émouvantes, et l'atmosphère de bienveillance exacerbée qui peut irriter au début du film finit par intriguer et par séduire. D'une certaine façon, le film peut rassurer sur la nature humaine et faire du bien : à vous de voir si vous en avez besoin.

 

2e

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