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L'amant double

A chaque Ozon, ou presque, le constat est le même : le garçon est sacrément doué pour raconter des histoires intrigantes, et assez dilettante pour ne jamais produire un chef d'oeuvre. 

L'amant double ne déroge pas à cet énoncé un peu sommaire. Le film est malin, efficace dans ses effets, bien rythmé. Ozon est joueur et à la marge provocateur.

Le souci est que l'intrigue atteint ici des sommets de complexité tarabiscotée. En multipliant les fausses pistes, le film perd en efficacité. Le twist final est tellement brutal (et en même temps peu surprenant) qu'il devrait s'appuyer sur une précision diabolique, ce qui n'est pas le cas. Ozon n'a ni la méticulosité de Hitchcock, ni l'appétence pour le malsain de Cronenberg : son film a donc tous les oripeaux de la provocation sans en avoir la moelle.

La toute fin (les deux derniers plans) renforce ce sentiment qu'Ozon souhaite encore ajouter une couche d'interprétation à un mille-feuille psychanalytique déjà passablement indigeste. On a envie de dire : François, tu as du talent, apprends à le discipliner, respire un grand coup, et calme toi.

François Ozon sur Christoblog :   8 femmes - 2001 (**) / Potiche - 2010 (***) / Dans la maison - 2012 (**) /  Jeune et jolie - 2013 (*) / Une nouvelle amie - 2014 (***) /  Frantz - 2016 (***) 

 

2e

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Frantz

Il faut reconnaître à François Ozon une capacité unique à changer totalement d'univers d'un film à l'autre, tout en restant fidèle à ses problématiques préférées.

C'est plus ou moins réussi suivant les films, mais on a toujours le plaisir de la découverte et de la surprise. 

Avec Frantz, Ozon tente un pari risqué : faire un remake d'un film oublié de Lubitsch (et son plus gros échec commercial), en noir et blanc, et en allemand. On imagine la moue dubitative des producteurs...

Le résultat est très réussi. Je me suis laissé emporté par cette intrigue étonnante, qui semble au départ limpide et tendue comme un arc, avant de bifurquer vers des directions tout à fait improbables. Durant toute la première partie, Ozon joue habilement avec ce qu'on croit savoir de lui et de son cinéma (j'essaye de ne pas trop spoiler), et c'est très bien fait.

Le film présente de nombreuses qualités au rang desquelles on peut citer une interprétation parfaite (quelle découverte que l'actrice Paula Beer !), une grande finesse dans les approches psychologiques, un suspense teinté de nostalgie qui m'a rappellé les récents films d'Almodovar, une science aigüe des décors (intérieurs et extérieurs), une résonance politique avec l'actualité (Brexit, réconciliation), etc.

Un bon moment de cinéma, étonnamment chaste et retenu pour un Ozon !

François Ozon sur Christoblog :   8 femmes - 2001 (**) / Potiche - 2010 (***) / Dans la maison - 2012 (**) /  Jeune et jolie - 2013 (*) / Une nouvelle amie - 2014 (***)

 

3e

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Une nouvelle amie

Le 20 octobre 2014 à l'UGC de Lille, projection du nouveau film de François Ozon en présence de la rayonnante Anaïs Demoustier et de Raphael Personnaz. 

Parlons d'abord du film. Plutôt un bon cru à mon goût. Depuis le début de sa carrière, Ozon semble s'adoucir petit à petit, un peu comme l'a fait Almodovar : son cinéma, très violent au départ (Sitcom, Les amants criminels) devient petit à petit plus feutré, plus classique, même si le feu couve toujours sous le glaçage apparent. Il évolue progressivement vers un aspect hitchckokien qui est assez agréable, sauf quand il tourne à la caricature (Dans la maison). 

Une nouvelle amie, tourné au Canada, commence comme une parade de lieux communs à la sauce été indien. On assiste à une succession de plan brillante, qui dessine brièvement la trajectoire d'une vie pour aboutir dans un cercueil. Tous les paradoxes de Ozon sont déjà dans ce début : images glacées, effets un peu faciles mais redoutablement efficaces.

Le film m'a fait oscillé constamment entre deux pôles : me laisser entraîner dans une histoire plutôt originale et bien jouée, ou m'arrêter sur quelques faiblesses de scénario. Le bilan de ces oscillations est une sorte de vertige plutôt agréable qui aboutit, dans un dernier plan compliqué, à une certaine perplexité. 

En fin de séance, la politesse bienveillante d'Ozon, le caractère taquin de Personnaz et le rayonnement enjoué d'Anaïs Demoustier ont littéralement scotché sur leur siège la totalité des spectateurs de la salle 6 de l'UGC. Des échanges ressort : que Personnaz a été casté pour le rôle finalement tenu par Romain Duris (mais y a été de son propre aveu très mauvais), qu'un des extraits du film qu'on entend dans Une nouvelle amie est Angel d'Ozon (car on ne paye pas dans ce cas de droit d'auteur, nous dit-il !), et que Ozon était terrifié à l'idée de jouer dans son propre film (le pervers dans le cinéma) et qu'il a même réalisé une autre prise de cette scène avec un "vrai" acteur, au cas où il se trouve vraiment trop mauvais. 

La salle lilloise a posé des questions plutôt pertinentes et les réponses d'Ozon ont mis en valeur le film. Une excellente soirée.

François Ozon sur Christoblog : Dans la maison (**) / Jeune et jolie (*) / Potiche (***) / 8 femmes (**)

 

3e

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Jeune et jolie

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/059/21005999_20130515122731147.jpg Au premier jour du festival de Cannes 2013, la jeune Marine Vacth fit sensation sur la Croisette.Inconnue jusqu'alors, son physique de mannequin (elle est l'est l'égérie du parfum Parisienne, d'Yves Saint-Laurent), associée à son rôle sulfureux, enflamma l'imagination des festivaliers. Il faut dire qu'en début de Festival, toute étincelle suffit à provoquer un incendie tellement le peuple cannois est disposé à l'inflammabilité (et peu aux amabilités).

Plus tard dans la semaine, de vraies actrices (Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux, par exemple) ont renvoyé avec justesse Marine Vacth au rayon des starlettes insignifiantes, mais c'est une autre histoire.

Je m'étends un peu sur le sujet de Marine Vacth, parce que je n'ai pas grand-chose à dire sur le film par ailleurs, qui est assez faible, Ozon étant visiblement tellement fasciné par son actrice qu'il en oublie de filmer. Le pitch du film est intrigant : montrer sans pathos et sans jugement comment une jeune fille de 17 ans est amenée à ce prostituer sans raison et sans vice. Le problème, c'est qu'il fait partie de cette catégorie de films qui s'arrêtent où leur pitch finit. Le programme est donc suivi sans imagination. Isabelle fait des passes. Elle en fait de plus en plus. On ne comprend pas exactement pourquoi. Elle ne voit pas le mal. Point.

Filmé par Haneke, cela aurait pu être malsain. Filmé par Ozon, c'est insignifiant. Il faut un cinéaste d'une autre trempe pour filmer le vide, l'absence de motivations. Le mauvais goût du réalisateur ne colle pas du tout à la tonalité de l'histoire, et certaines scènes (quand son beau-père se laisse draguer par exemple, où quand elle dit au psy à propos du tarif de la séance "C'est pas cher") suscitent des ricanements dans le public.

Marine Vacth n'est pas très bonne actrice à mon goût, mais il faut dire que les autres personnages sont encore pires. Toute la distribution (à l'exception peut-être de Géraldine Pailhas) est à jeter, ma prime à Frédéric Pierrot, pitoyable. Le film, sous ses dehors pseudo-naturalistes un peu gauches, est donc peu intéressant, peu profond, peu plausible. Un exploit à signaler : rendre Charlotte Rampling ridicule dans une absurde dernière scène. La chair n'est même pas triste dans Jeune et jolie, elle est absente.

François Ozon sur Christoblog.

 

1e

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Dans la maison

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/17/25/20254556.jpgDans la maison n'est pas un film infâme. Il bénéficie d'un scénario intéressant, et la réalisation de François Ozon est comme toujours très maîtrisée, et même parfois brillante.

Il y a pourtant des éléments dans le film qui m'ont empêché d'y adhérer vraiment.

Je trouve d'abord que tous les personnages sont hyper-caricaturaux, rabaissés en quelque sorte à leur simple silhouette. Prenons la famille Rapha : le père est ridicule avec son goût pour le basket (il ne joue même pas correctement), la mère réduite à son tropisme pour la décoration et le fils à une vague entité quasi décérébrée. Le tout ne fonctionne tout simplement pas, à tel point que j'ai cru pendant toute une partie de film que toute cette famille allait s'avérer n'être qu'une oeuvre d'imagination.

Luchini est artificiel (pléonasme ?), Kristin Scott-Thomas l'est encore plus, les enseignants et proviseurs ne sont absolument pas réalistes, les jumelles jouées par Yolande Moreau n'existent par vraiment, etc... Même les décors semblent surjouer ! Quant au personnage de Claude, sensé être diabolique, il se résume tristement à un petit rictus qu'on ne qualifiera même pas de pervers.

L'univers usuellement fantaisiste d'Ozon, avec son côté dessiné à gros traits, s'adaptait bien aux trames de 8 femmes et de Potiche. Ici le mélange ne prend pas, par manque de réalisme. Pour que l'histoire fonctionne parfaitement, il faudrait que nous croyions à la vérité des situations, et ce n'est pas le cas.

Le film est enfin franchement mou du genou dans ses parti-pris : j'attendais plus de transgressions, plus d'audace, à la fois dans la matière narrative du film (on est loin des relations sulfureuses du modèle revendiqué, le Théorème de Pasolini), et aussi dans son jeu autour de l'imagination (les scènes rejouées pourraient être beaucoup plus stimulantes).

Dans la dernière partie, Ozon utilise carrément le bulldozer à symboles (Germain assommé par une lourde version du Voyage au bout de la nuit ?!?). Le film se finit en capilotade, accumulant raccourcis et ellipses improbables.

Prometteur sur le papier, Dans la maison accouche d'une souris en pleine cure de Xanax.

François Ozon sur Christoblog.

 

2e

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8 femmes

Virginie Ledoyen et Fanny Ardant. Mars DistributionAprès la réussite Potiche, j'ai eu envie de découvrir 8 femmes, un autre film d'Ozon avec Catherine Deneuve.Il y a bien des points communs entre les deux films : une atmosphère de théâtre de boulevard, des couleurs criardes, des performances d'actrices. Pourtant, la où Potiche réussit parfaitement à créer une dynamique comique et nostalgique, 8 femmes reste bloqué sur son concept de base : numéros successifs parfois brillants, parfois ratés, qui cumulés ne font pas un vrai film.

Catherine Deneuve, Danièle Darrieux, Firmine Richard et Ludivine Sagnier assurent le minimum. Huppert est très bonne et Fanny Ardant assez performante dans un rôle de femme fatale qui lui va comme un gant (cette robe rouge !). Mais mes deux préférées sont Emmanuelle Béart, bombe sexuelle comme jamais, et Virginie Ledoyen, irrésistible en jeune fille modèle. Leurs confrontations sont les meilleurs moments de ce film, pas désagréable à regarder, mais qui n'arrive jamais à se départir de son côté artificiel.

Les 8 passages chantés sont de qualité variables mais contribuent à casser le rythme du film. A chaque fois, certaines actrices regardent la performance de l'autre en semblant apprécier la chansonnette, oublieuses de leur propre personnage. Ces passages sont alors révélateurs du problème principal du film : tout le monde regarde tout le monde jouer.

Trop de stars tue les stars.

François Ozon sur Christoblog.

 

2e

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Potiche

Catherine Deneuve. Mars DistributionEtonnant et jouissif.Je n'attendais pas grand-chose de Potiche. Une collection de personnalités frenchies bankable pour un salmigondis indigeste : j'avais déjà prévu l'intro de ma descente en flamme.

Et puis zut, je me suis passablement marré. Catherine Deneuve y trouve probablement le meilleur rôle de sa fin de carrière : elle y déploie une palette très étendue, épouse bafouée, femme de tête, politicarde, ex-nymphomane, en gardant toujours un maintien absolument parfait et un positivisme renversant. Toute en subtilité. Du grand art : triple bravo !

Luchini est parfaitement en phase avec son personnage, goujat archétypal, et  son association avec Karin Viard est très plaisante. Judith Godrèche et Jérémie Renier sont parfaits. Seul Depardieu est une fois de plus un ton en-dessous, et son embonpoint augmente dramatiquement à chaque film : d'ici peu, il devrait avoir explosé comme l'obèse du Sens de la vie, des Monty Python.

L'intrigue se déroule tranquillement dans une atmosphère boulevardière agréable, et délicieusement pimentée à la sauce seventies. On a droit à des allusions à l'actualité (casse toi pauv'con) et à une réflexion finalement assez intéressante sur ce qui a changé (ou pas) depuis ces années-là.

Ozon affiche un mauvais goût assumé et adulte qui tranche franchement sur les tergiversations habituelles d'un certain cinéma français. Cet aspect du film, qui rappelle par plusieurs côtés les audaces de  Demy (les couleurs, les sentiments - et les retours de bâton - assumés, les chansons, Catherine Deneuve), est le plus intéressant. Il culmine dans une dernière scène abracadabrante mais parfaite.

Film concept et film plaisir, film sûr de lui et pas si bête  : il faut aller voir Potiche.

François Ozon sur Christoblog.

 

3e

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