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L'origine du monde

Sortie 11 février 2021

L'origine du monde est une comédie qui n'est pas très drôle, construite sur un pitch qui se veut à la fois transgressif et bizarre : pour faire rebattre son coeur, Jean Louis doit donner une photo du sexe de sa mère à une guérisseuse.

Toutes les péripéties qu'on voit à l'écran ne sont que des scénettes qui progressent lourdement vers le but ultime que j'ai énoncé en introduction.

Le film est globalement indigeste dans son intention et pataud dans sa réalisation, alternant maladroitement des styles différents, de l'introspection inquiète (les scènes d'introduction et leurs gros plans signifiants) au burlesque débridé (les acteurs qui se déshabillent), sans que l'amalgame ne prenne jamais vraiment.

Si l'ensemble ne tient que moyennement la route, il subsiste tout de même ici où là quelques éclairs drôles et une curiosité : voir pour une fois Vincent Macaigne en autre chose qu'en bobo barbu et infantile. Quant à Laurent Lafitte, il faut espérer qu'il est moins hautain et désagréable que son personnage, même si sa prestation le soir de l'avant-première à l'UGC de Lille me permet d'en douter.

 

2e

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Hors normes

Reconnaissons d'abord à Toledano et Nakache d'avoir eu le mérite d'utiliser leur notoriété pour mettre sur le devant de la scène un sujet délicat et a priori peu porteur : l'absence de lieux adaptés pour gérer les cas les plus lourds d'autisme, et le dévouement absolu dont font preuve les animateurs d'associations que l'on voit à l'écran.

Il est renversant (et formidable) de voir des salles UGC bourrées de bouffeurs de pop-corn se figer silencieusement à la vue des tribulations de Joseph et Valentin.

En ce qui concerne le cinéma, le film vaut surtout pour deux points : l'interprétation phénoménale de Vincent Cassel (un acteur que j'aime détester, mais qui est ici formidable d'humanité) et son aspect documentaire, qui donne à voir le travail quotidien des accompagnateurs d'une façon particulièrement vivante.

Pour le reste, Hors normes n'est pas exempt de quelques défauts : une musique envahissante et un peu trop tire-larmes par moment, quelques facilités de scénario inutiles (par exemple la romance entre Dylan et la jeune orthophoniste, jouée par Lyna Khoudri, formidable dans le récent Papicha). Mais ces quelques défauts ne pèsent pas bien lourds si on les met en balance avec l'extrême utilité du film, son efficacité immédiate et l'énergie qu'il dégage.

Le duo Toledano Nakache sur Christoblog, c'est : Intouchables - 2011 (***) / Samba - 2015 (**) / Le sens de la fête - 2018 (**)

 

3e

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Grâce à Dieu

En choisissant de s'attacher au cheminement personnel de trois des victimes du père Preynat, plutôt qu'à l'enquête en elle-même, François Ozon réussit un coup de maître.

Son film évite en effet du coup le piège du film-dossier et celui du film à charge : Grâce à Dieu est avant tout le portrait sensible de trois personnalités fort dissemblables qui vont devoir lutter contre le même démon, avec des armes bien différentes, mais une pugnacité équivalente.

Le spectateur est plus d'une fois submergé par l'émotion durant ce film. Le scénario à la fois fin et détaillé, la mise en scène sobre et prenante : tout concourt à nous prendre à la gorge, au coeur, et aux tripes.

Mais le plus remarquable dans ce très beau film, c'est la prestation des trois acteurs principaux. Melvil Poupaud, en fervent catholique tenace et un peu naïf, est comme d'habitude parfait. Denis Ménochet trouve dans ce film un rôle qui lui convient à merveille : athée gouailleur et gentiment éruptif, il a un petit quelque chose de Depardieu. Quant à Swann Arlaud, il livre une prestation exceptionnelle, donnant ici le meilleur de lui-même : sensible, écorché et fragile.

Le film est un miracle : il parvient à émouvoir constamment sans accabler les bourreaux, qui paraissent au final faibles et ridicules. 

Le meilleur film d'Ozon, et probablement un des meilleurs films français de 2019.

François Ozon sur Christoblog :   8 femmes - 2001 (**) / Potiche - 2010 (***) / Dans la maison - 2012 (**) /  Jeune et jolie - 2013 (*) / Une nouvelle amie - 2014 (***) /  Frantz - 2016 (***/ L'amant double - 2017 (**)

 

4e 

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Le petit locataire

Elles ne sont pas si nombreuses les comédies françaises un peu décalées, qui savent manier l'humour et pas la démagogie, en trouvant le rythme qui sied au genre.

Le petit locataire fait partie de ces raretés. 

Le casting ébouriffant y est pour beaucoup : qui mieux que Karin Viard et Philippe  Rebbot pourraient camper des personnages de loosers sympathiques sans les rendre pitoyables ? Ils sont tous les deux magnifiques.

Il plane sur ce portrait d'une famille déjantée l'ombre d'Affreux, sales et méchants, la causticité en moins, et le rythme en plus. Les personnages s'habillent mal et parlent mal, la grand-mère est indigne, les mâles évitent le travail autant que possible, les jeunes mères fuient leur responsabilités : c'est à la fois réjouissant et bienveillant.

Une comédie solide, enlevée et dynamique. Je la conseille pour une soirée déprimante, quand il est nécessaire de se remonter le moral.

 

2e

 

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Quelques heures de printemps

Disons-le tout net, Quelques heures de printemps est un bijou, un chef-d'oeuvre en creux, un film réduit à l'os, qui vous laisse pantelant et apaisé.

L'idéal est d'aller voir le film sans en connaître le thème, comme je l'ai fait. On a alors le plaisir de découvrir petit à petit, par allusions successives, le drame qui est en train de se jouer. Stéphane Brizé réduit sa mise en scène à ce qui fait l'essence du cinéma : un cadrage discret et recherché, une façon de filmer les visages comme des paysages, de prendre son temps pour tenter d'approcher au plus près de la réalité.

C'est très souvent vertigineux tellement le jeu des acteurs y est intense. Vincent Lindon est utilisé à la perfection. Certes il joue une sorte d'essence de Lindon, mais sa prestation est parfaite. On se souviendra longtemps de son pétage de plomb. C'est son plus beau rôle. Hélène Vincent, quant à elle, est au-delà de tous les compliments qu'on peut inventer : il faut courir voir le film, ne serait-ce pour sa prestation, qui défie les lois du jeu. Elle est bouleversante.

Même la bêtise abyssale d'Emmanuelle Seigner est parfaitement utilisée (oups, ça m'a échappé). Olivier Perrier, à l'unisson, est aussi particulièrement émouvant.

Précis, intense, chirurgical et psychologiquement très riche : on pense à Bergman et à Kieslowski...

Si vous n'allez voir qu'un film en cette rentrée allez voir celui-ci. Vous en sortirez bouleversé, probablement après avoir trempé l'écharpe dont vous aurez pris le soin de vous doter pour éviter de trop renifler. Bouleversé, mais heureux.

 

4e

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