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Christoblog

Articles avec #bosnie

La voix d'Aida

J'avais fait connaissance avec Jasmila Zbanic en visionnant un de ses très bons précédents films, Le choix de Luna.

On retrouve dans La voix d'Aida les qualités détectées à cette époque chez la réalisatrice  bosniaque : un sens très aiguisé du récit, une impression de réalisme extraordinaire et des personnages hors du commun.

Le film évoque le massacre de Srebrenica à travers la destinée d'une interprète qui parle la langue des victimes, et doit donc dialoguer avec les bourreaux. L'idée du film est formidable : elle permet tout à la fois de passer facilement d'un côté à l'autre, de maintenir un suspense continu et de susciter un grand nombre de dilemmes dramatiques.

Le film raconte l'horreur avec une distance et une absence totale de pathos, qui lui donne des airs de tragédie grecque. La mise en scène est d'une élégance rare, à la fois virtuose et ample. La direction artistique, l'utilisation de la masse des figurants, la justesse des comédiens et le rythme parfait du film font de La voix d'Aida un must de l'année et un des meilleurs films jamais réalisé sur un acte génocidaire.

A ne rater sous aucun prétexte.

Jasmila Zbanic sur Christoblog : Le choix de Luna - 2011 (***)

 

4e

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Le choix de Luna

Un des plaisirs essentiels du cinéma est de ne nous faire voyager à bon compte.

Le premier intérêt du Choix de Luna réside d'abord dans le portrait parfaitement dessiné de Sarajevo et de sa région. Ville martyr, ville séduisante et moche, profondément exotique au coeur de l'Europe, avec ses minarets pointant fièrement vers le ciel dans un décor de montagne qui évoque la Suisse.

Dans ce cadre enchanteur, un jeune couple actif et moderne : elle est hôtesse de l'air, lui contrôleur aérien. Ils ne peuvent avoir d'enfant. Il est alcoolique. Ils sont issus d'un milieu musulman sans être croyants eux-mêmes. Leurs familles ont été marquées par la guerre, encore toute proche dans les mémoires.

Un jour, tout bascule. Lui (Amar) est viré de son travail. Il rencontre par hasard une vieille connaissance devenue intégriste. Petit à petit, il va se laisser fasciner par le groupe salafiste retiré du monde, au bord d'un merveilleux lac. Le film a ceci de remarquable qu'il arrive à nous faire douter de ce qui est bien, ou mal. Au départ nos gentils religieux semblent bien inoffensifs, et même leurs chants, leur solidarité peut leur attirer notre sympathie. Les choses se gâtent quand Amar ne veut plus serrer la main des femmes, puis quand il refuse les relations sexuelles avec sa copine avant le mariage, et enfin quand son ami devient polygame.

Le film est donc tout à la fois le tableau saisissant d'un pays encore balafré par les stigmates d'une guerre terrible, et la chronique habile d'un amour qui se défait sous le regard (par la faute) de Dieu. Le tout n'est pas sans quelques maladresses ici où là, largement compensées par une actrice très séduisante, des acteurs convaincants et une mise en scène très maîtrisée. Le rythme du film est vif et inspiré.

A voir, sur les quelques écrans qui le diffusent...  

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