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Christoblog

Articles avec #lee chang-dong

Burning

Le nouveau film de Lee Chang-Dong, cinéaste brillant et peu prolifique (son dernier film, le très beau Poetry, date de 2010), est à la fois délectable et insaisissable. 

Il commence comme une bleuette girl power : une rencontre fortuite, la jeune fille plutôt dégourdie drague un jeune homme timide. Elle couche tout de suite, a des préservatifs sous son lit et un chat qu'on ne verra jamais (mais qui existe probablement car il semble manger ses croquettes).  Elle part ensuite au Kenya avec un autre garçon très riche, et à son retour les trois jeunes gens sortent ensemble.

Lui dit brûler des serres en plastique, elle être tombé dans un puits quand elle était petite. On sent dès le début du film un vertige s'insinuer dans chaque plan : qui ment ? qui est qui ? est-ce que ce qu'on voit est bien la réalité ? Sans effet spécifique (et on reconnait bien là la patte de Murakami, auteur du texte dont le film est tiré), l'étrangeté s'installe dans chaque plan, en même temps qu'une sourde banalité.

Vers le mitan du film, un non-évènement chamboule l'équilibre précaire du trio, et Lee Chang-Dong se complait alors à nous égarer encore plus dans une sorte de vapeur confuse en multipliant les embryons de révélations et les fausses pistes. Il parvient avec beaucoup d'habileté à mêler poésie et politique (les rapports de classes constituent un thème en creux de la narration). Le film atteint alors un niveau de perfection qu'on voit rarement au cinéma et qui culmine dans deux scènes d'une beauté stupéfiante : la scène de danse au coucher du soleil sur Miles Davies et la scène finale (dont je ne dirai rien) incroyable de précision glacée.

Les trois acteurs sont magnifiques, et la mise en scène est exceptionnelle de fluidité. Le film a longtemps fait figure de favori à Cannes 2018... avant de repartir bredouille, comme cela arrive parfois. La Critique Internationale l'a cependant récompensé, concrétisant la considération dont Burning avait bénéficié de la part d'une grande majorité de festivaliers.

Lee Chang Dong sur Christoblog : Secret Sunshine - 2007 (***) / Poetry - 2010 (***)

 

4e 

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Poetry

Yoon Jung-hee. Diaphana DistributionPoetry possède le même défaut et les mêmes qualités que le précédent film de Lee Chang-Dong : Secret Sunshine.

Le défaut, c'est d'être un peu trop long (2h19).

Les qualités sont nombreuses : d'abord une faculté à construire un écheveau d'intrigues qui paraissent totalement indépendantes (le vieux malade, le fils, la poésie, la maladie), et qui progressivement se rassemblent, se croisent, se répondent. Une qualité de direction d'acteurs exceptionnelle : dans les deux films, les performances d'actrices sont remarquables.

Enfin, une délicatesse à la fois tendre et sensuelle pour décrire des évènements, qui, si y on réfléchit deux minutes, sont absolument terrifiants. Dans ce registre les conciliabules des 5 pères, l'attitude du journaliste, l'indifférence du fils sont d'une noirceur absolue.

Lee Chang-Dong a aussi cette faculté de faire naître l'émotion au détour d'une scène (les plans qui montrent les inconnus raconter le plus beau moment de leur vie), et aussi de filmer la douleur (la mère qui s'effondre dans la rue au début du film).

2010 est donc l'année les grands mères asiatiques pleines de force mentale et d'énergie, aux prises avec des hommes (et des fils) faiblards et incompétents, comme dans Mother et Lola.


3e

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The president's last bang

Bénéficiant d'une très belle édition DVD chez Potemkine voici l'occasion de découvrir un film dont on a dit beaucoup de bien, par Im Sang-soo, le réalisateur d'Une femme coréenne et du Vieux Jardin.

Le thème du film est la reconstitution de l'assassinat du président/dictateur Park Chung-hee en 1979. Il montre la journée avant, puis la nuit suivant le crime.

Tout d'abord, et comme dans beaucoup de films coréens on est fasciné par la qualité technique de la production : mise en scène, photo, jeu des acteurs. Ensuite surpris par la première demi-heure, un peu pagailleuse, passant d'un personnage à l'autre sans que l'on comprenne bien ce qui se passe, ni qu'on s'attache aux personnages. La scène du crime est assez ahurissante, l'assassin (directeur de la CIA coréenne si je ne m'abuse) se décidant semble-t'il sur un coup de tête, entraînant ses collaborateurs dans un plan dont le moins qu'on puisse dire est qu'il est complètement foireux. La dernière partie, qui montre les suites de l'assassinat est dans la même veine surréaliste, le meurtrier n'a rien anticipé et vogue à vue, ses aides ne savent plus quoi faire et tournent en rond dans la ville déserte, le conseil des ministres se réunit dans une ambiance délétère. On se croirait dans un drame shakespearien revu en opéra-bouffe.

Comme dans beaucoup d'autres films coréens, les personnages masculins sont tournés en ridicule et se révèlent incapables, quelque soit leur niveau : du général qu'on découvre en slip, jusqu'au trouffion qui ne connaît pas son chef et au garde du corps qui hésite à partir. Truffé de scènes tout à fait étonnantes et originales (comme le nettoyage des cadavres à la mitraillette, ou de longs et somptueux travellings), The president's last bang est une curiosité à découvrir.

Le coeur a un peu de mal à s'impliquer dans la narration, mais la tête y trouve son compte.

 

2e

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Secret sunshine

Jeon Do-Yeon. Diaphana FilmsSecret Sunshine est une belle manifestation du talent subtil de Lee Chang-dong, ancien ministre de la culture de son pays de 2002 à 2004.

Le film, tout en étant un mélo d'une noirceur abyssale, arrive à multiplier les changements de ton.

Comédie de moeurs d'abord, à travers le personnage du garagiste simplet interprété par l'extraordinaire Song Kang-ho, probablement le meilleur acteur coréen. Mais aussi critique de la société sud coréenne (excellente analyse de l'influence des sectes), tragédie classique (la rencontre en prison), thriller flou, drame psychologique, voire farce burlesque.

Le tout est sobre, rarement ennuyeux, mis en scène de façon classique mais élégante. Un film attachant, empreint d'une sourde tristesse, mais aussi d'une belle espérance. L'actrice est exceptionnelle et mérite 1000 fois son prix d'interprétation à Cannes.

Parfait pour découvrir un cinéma coréen hors des polars et thrillers.

 

3e

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