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Poetry

Yoon Jung-hee. Diaphana DistributionPoetry possède le même défaut et les mêmes qualités que le précédent film de Lee Chang-Dong : Secret Sunshine.

Le défaut, c'est d'être un peu trop long (2h19).

Les qualités sont nombreuses : d'abord une faculté à construire un écheveau d'intrigues qui paraissent totalement indépendantes (le vieux malade, le fils, la poésie, la maladie), et qui progressivement se rassemblent, se croisent, se répondent. Une qualité de direction d'acteurs exceptionnelle : dans les deux films, les performances d'actrices sont remarquables.

Enfin, une délicatesse à la fois tendre et sensuelle pour décrire des évènements, qui, si y on réfléchit deux minutes, sont absolument terrifiants. Dans ce registre les conciliabules des 5 pères, l'attitude du journaliste, l'indifférence du fils sont d'une noirceur absolue.

Lee Chang-Dong a aussi cette faculté de faire naître l'émotion au détour d'une scène (les plans qui montrent les inconnus raconter le plus beau moment de leur vie), et aussi de filmer la douleur (la mère qui s'effondre dans la rue au début du film).

2010 est donc l'année les grands mères asiatiques pleines de force mentale et d'énergie, aux prises avec des hommes (et des fils) faiblards et incompétents, comme dans Mother et Lola.


3e

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Christophe 05/10/2010 00:53

Crituqe publiée sur mon blog

Poetry est comme le pendant coréen de Lola, le magnifique film de Brillante Mendoza. Les deux cinéastes mettent en effet en scène deux grands-mères confrontées à un fait divers ignoble : l’une, Lola Sepa, lutte pour que justice soit faite à son petit-fils assassiné par un voleur de téléphone mobile ; l’autre, Mija, doit trouver l’argent nécessaire pour éviter à Wook la prison. Dans les deux cas, les deux femmes, physiquement affaiblies, font preuve d’une volonté remarquable, Mija allant jusqu’à s’offrir à son employeur afin d’obtenir la somme qui lui manque. Et toutes deux, malgré les humiliations dont elles sont victimes, conservent une dignité rare.

Poetry est d’abord illuminé par son interprète principale, Yoon Jung-hee, une immense star du cinéma coréen (sa filmographie sur KMDb compte plus de 260 films !), particulièrement active entre 1967 et 1969 (plus d'une centaine de fois à l'affiche !). Poetry marque son retour à l'écran après une interruption de carrière de presque seize années. Sa grâce aérienne lui permet d'incarner magnifiquement ce personnage dont la haute valeur morale est sans cesse heurtée par un monde qu'elle ne semble plus comprendre : suicide de la collégienne, absence de remord de Wook, propos graveleux du policier amateur de poésie... En fait, on peut se demander si ses pertes de mémoire ne sont pas davantage un moyen inconscient d'échapper au cynisme auquel elle doit faire face, qu'un symptôme de la maladie qui la frappe. En témoigne peut-être cette scène où, envoyée auprès de la mère de la jeune fille qui a mis fin à ses jours par les parents des autres enfants complices de son petit-fils, elle oublie la raison de sa mission indigne (à savoir convaincre cette femme d'accepter un dédommagement financier en contrepartie de l'abandon de ses poursuites), pour s'intéresser à la maturation des fruits du verger qu'elle traverse. A la réalité sordide, elle substitue une autre vérité. Une manière de réenchanter la vie, comme le poète recourt à la métaphore pour révéler les beautés secrètes du monde...

Comme Breathless (de Yang Ik-june) ou The chaser (Na Hong-jin), Poetry est aussi une peinture assez sombre des rapports humains dans la société coréenne d'aujourd'hui, même si le style de Lee Chang-dong est beaucoup plus apaisé que celui de ses deux confrères. Le quotidien de Mija n'est d'ailleurs pas sans évoquer celui de Yeon-hee, la lycéenne de Breathless. Les liens de celle-ci avec son frère sont en effet de même nature que ceux qui unissent Mija à Wook.

Si l'on devait apporter un bémol à Poetry, tout juste pourrait-on relever le portrait un rien caricatural de l'adolescent, ainsi que la pudeur un peu excessive qui caractérise ce film. Une retenue en soit louable, puisqu'elle permet de faire passer les situations les plus scabreuses (voir la scène où Mija accède à la demande obscène du vieil homme dont elle s'occupe), mais qui finalement tient le spectateur un peu à distance. Malgré cela, Poetry est une pure merveille, un authentique chef-d'oeuvre. Un peu d'humain dans ce monde de brutes, cela fait du bien...

Vance 04/10/2010 22:38

J'ai adoré ce film, mais surtout rétrospectivement, notamment pour la manière exceptionnellement élégante de raconter des choses atroces.