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Articles avec #jean dujardin

J'accuse

Le principal intérêt du film de Polanski est de raconter froidement le déroulement de l'affaire Dreyfus, vu du côté de l'enquêteur Picquart. 

L'aspect didactique du film, qui m'a fait enfin comprendre de quoi il retournait de façon parfaitement limpide, est donc sa qualité principale. La réalisation, sage et efficace, parfois un peu maladroite, n'est pas spécialement à remarquer.

C'est plutôt du côté de l'interprétation qu'il faut chercher les points forts de J'accuse. Si Emmanuelle Seigner est toujours aussi nulle (si elle n'était pas la femme de Polanski, elle ne serait évidemment pas là), le reste du casting est assez impressionnant, avec une pléiade d'acteurs de la Comédie Française, et un Jean Dujardin absolument parfait, sec comme un coup de trique. Sous son influence, le film semble filer vers son dénouement comme une flèche, tendu et ramassé, parfaitement servi par la musique obsédante d'Alexandre Desplat.

Le film donne aussi - et surtout - à penser : la rectitude morale et la volonté de justice sont des sentiments assez forts pour qu'un homme borné et raciste adopte une attitude de Juste. C'est vertigineux.

 

3e

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Le daim

Les films de Quentin Dupieux m'ont toujours semblé d'une certaine façon inachevés. Les intentions de loufoqueries me paraissaient toujours desservies par un scénario mal maîtrisé et une mise en scène dilettante.

La bonne surprise de ce dernier opus, c'est l'extrême cohérence du projet, qui pour une fois ne part pas en vrille, et se permet au passage une jolie réflexion sur l'art du cinéma. Le synopsis est enfin tenu du début à la fin, le décor de montagne colle parfaitement au sujet, la photographie un peu terne est parfaitement au diapason de l'intrigue. 

Jean Dujardin est extraordinaire dans ce rôle. On ne peut s'empêcher de penser qu'il y a peut-être perdu un peu de sa santé mentale. Il parvient à être successivement (et parfois simultanément) drôle, inquiétant et bouleversant. Adèle Haenel, qui parfois en fait trop, semble ici se résigner à jouer un ton en-dessous de son incroyable partenaire, et c'est très bien. Elle retrouve un rôle qui rappelle celui qu'elle tenait avec brio dans Les combattants, celui de la fille cash et volontaire.

Enfin, Le daim est une réussite esthétique indéniable : son camaïeu de bruns et de marrons est un délice pour les yeux, sa bande-son une friandise pour les oreilles et sa mise en scène un régal pour l'intelligence.

Court (1h17 minutes, c'est presque un moyen-métrage), mais intense.

Quentin Dupieux sur Christoblog : Rubber - 2009 (*) / Wrong cops - 2013 (*) / Réalité - 2014 (**)

 

3e

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Le retour du héros

Difficile de dire du mal de ce petit film mignon qui tente de renouer avec une certaine comédie française enlevée : on pense par exemple aux films de Philippe de Broca, et Dujardin a des airs de Bébel.

Si ce dernier s'en sort à merveille en goujat amoureux, Mélanie Laurent est encore meilleure. On savoure sa verve imaginative, et le film peut d'ailleurs s'envisager comme une ode à l'écriture, qui finit pas façonner la réalité.

Malgré ces qualités sympathiques, il faut bien reconnaître par ailleurs que Le retour du héros souffre de quelques faiblesses criardes : péripéties téléphonées, scènes d'action ratées (la charge héroïque), essoufflement de l'intrigue, dialogues parfois lourdingues. 

Le film se laisse toutefois regarder avec un plaisir coupable, un dimanche soir pluvieux par exemple.

 

2e

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La French

Un film qui fait vieux, avec des acteurs pas tout jeunes, pour une histoire des années 70/80. 

La French est un produit hors d'âge, qui joue sur tous les tons la po(au)se vintage.

C'est franchement pas affriolant, comme un dimanche après-midi chez Drucker qui enquêterait sur le milieu marseillais.

Dujardin n'est pas très bon (mais peut-il l'être ?), Lellouche est un peu plus crédible.

A porter au crédit du film : de très bons seconds rôles, un caractère documentaire instructif pour les jeunes générations, une jolie photographie de Marseille. A décharge : le reste.

Engoncé dans sa mollesse intrinsèque, le film parvient à susciter plus l'ennui curieux que le dégoût, ce qui n'est déjà pas si mal.

 

2e  

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9 mois ferme

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/229/21022954_20130726170741603.jpgLe burlesque est un exercice difficile dans lequel nous Français avons de la peine à exceller. La réussite magistrale de Dupontel dans son dernier film n'en est que plus remarquable.

Il faut bien le dire, j'ai eu un peu peur au début : mise en scène virtuose (quelle scène de générique, avec un mouvement de caméra ébouriffant !), jeu au cordeau des acteurs, montage speed, le film part sur les chapeaux de roue. Après dix minutes à ce train d'enfer, j'en suis venu à guetter une faiblesse, une faute de goût, un léger dérapage, mais non, Dupontel tiendra ferme la barre jusqu'au bout.

9 mois ferme est donc un moment d'intense jubilation, durant lequel on ne rit pas forcément souvent aux éclats, mais qui donne l'impression d'être tout à coup plus drôle et plus intelligent.

Parmi les points forts du film, citons entre autres les apparitions hilarantes de Jean Dujardin en traducteur de langage des signes, les faux journaux télévisés, les deux scénarios du suicide et de l'accident, tous les seconds rôles (et l'avocat en particulier), et le jeu tout en subtilité de Sandrine Kiberlain, son meilleur rôle à ce jour.

C'est parfait de bout en bout, avec un sens du rythme imparable. Une réussite majeure de la comédie française.

 

4e

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Un balcon sur la mer

Marie-Josée Croze. Les Productions du Trésor - Europacorp - France 3 Cinema - Pauline's AngelJe n'attendais que très peu du film, et c'est ce que j'ai eu.

Le début est pourtant pas mal du tout. Belle mise en scène, intrigue légèrement hitchcockienne sur le thème de l'usurpation d'identité sur fond d'Algérie française, beaux parallèles présent/passé, enfants/adultes... peut-on rattraper le temps perdu ? Si Dujardin ne me convainc toujours pas dans les rôles sérieux, Marie-Josée Croze est plutôt bonne. Une belle lumière aussi.

Pourquoi le film se saborde-t'il brusquement vers son premier tiers en révélant platement et gauchement (pauvre Claudia Cardinale, c'est bien triste de la voir dans cet état) son mystère nodal, puis en greffant des intrigues improbables et inintéressantes (l'arnaque, la romance entre l'héroïne et l'italien) : on se le demande.

Plus le film avance, plus il devient insipide et sans âme, finissant carrément dans le pathétique ridicule, pélerinage nimbé de bonnes intentions en Algérie, et final sous la pluie étiré au possible ("Je me suis perdu" !) en passant par une tirade très mal écrite de Dujardin dans un appartement vide.

Probablement Nicole Garcia a mis trop d'elle même dans ce film, son implication l'a paralysée dans son expression, et le résultat réussit à ne pas être émouvant alors que sa matière première est potentiellement super-mélodramatique.

Bien essayé, mais donc raté au final.

 

2e

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