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Christoblog

Articles avec #taiwan

Yi Yi

Disons-le simplement : Yi Yi, d'Edward Yang, est probablement l'un des meilleurs films jamais réalisé.

L'histoire qu'il conte est celle de la vie ordinaire : on suit les membres d'une famille dans un quotidien marqué par les évènements et les sensations que chacun de nous a éprouvé ou éprouvera. Rien de spectaculaire, donc.

Le génie du film tient dans la façon dont ces évènements sont racontés. La mise en scène ample et élégante, principalement constituée de plans larges et distanciés, donne au film une tonalité à la fois intime et sacrée. C'est comme si Edward Yang nous donnait à voir l'envers mystique d'une réalité triviale, exactement comme le petit garçon renfermé prend en photo la nuque des gens pour leur montrer ensuite (car personne ne voit jamais sa nuque, au final).

L'écoulement majestueux du film, qui dure 2h53 mais ne semble jamais long, est servi par un montage d'une intelligence rare. Les scènes se répondent, s'interpellent d'une partie à l'autre du film, et parfois nous laissent suspendus dans une expectative rêveuse et chargée d'émotion (je pense par exemple à celle du petit garçon dans la piscine, ou celle de la jeune fille avec la grand-mère).

Le jeu de la caméra avec les reflets et les transparences, l'utilisation poétique et parfois éclatante des couleurs (le rouge et le rose de mariage), le jeu au cordeau des acteurs et actrices : il ne manque rien à ce chef-d'oeuvre intemporel, dont on mesure mieux aujourd'hui à quel point il fut la matrice féconde de tout un courant du cinéma asiatique, consacré à la famille et au temps qui passe.

A voir absolument.

 

4e

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Nina Wu

Voici un film très étonnant, qui tente de nous faire entrer dans la psyché d'une actrice ayant subi un viol dans son milieu professionnel, tout en assumant une grande ambition formelle.

Disons-le, on ne comprend tout d'abord pas exactement ce qu'on voit à l'écran. Une actrice passe un casting et semble échouer. Puis on la voit tourner le film. Cette première partie est très belle formellement, et assez angoissante. Puis Nina Wu bascule dans une chronique intime au ton très différent (drame familial, histoire d'amour), avant de basculer finalement dans un chaos mental qui dessine progressivement la résolution du film, étonamment assez claire.

Comme on le voit, la narration est alambiquée, mais contribue à l'intérêt que suscite ce film taïwanais. Qu'il soit écrit par l'actrice principale ajoute à son charme. Wu Ke-Xi est en effet impressionnante au sein de cette histoire qu'elle a elle-même écrite et qui semble la posséder. La mise en scène du réalisateur Midi Z est de toute beauté, et parfois même virtuose.

Un exercice de style très intéressant, qu'il faut avoir la curiosité de décrypter.

 

3e

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Days

Le dernier opus de Tsai Ming-Liang, présenté à Berlin, n'est pas sorti dans les salles françaises, et je comprends pourquoi.

Difficile en effet d'imaginer film plus exigeant : quasiment muet, comportant des plans d'une longueur infinie, montrant la plupart du temps des évènements insignifiants de la vie quotidienne.

Il faut vraiment être un grand fan du réalisateur malaisien pour trouver son plaisir dans cette oeuvre qui s'approche plus de l'art contemporain que du cinéma, aussi bien par ses intentions (donner à sentir l'écoulement du temps et de la vie) que par sa réalisation (je me suis souvent dit que l'enjeu principal de chaque plan était de déterminer à quel moment il s'arrêtait).

Le propos du film tient sur un timbre poste : un homme mûr souffre du cou, il rencontre un jeune réfugié laotien pour un rapport sexuel tarifé. Comme souvent pour les oeuvres conceptuelles, il y a beaucoup d'éléments inaccessibles au spectateur lambda qui peuvent enrichir la vision (par exemple l'acteur, véritable alter ego du réalisateur, souffre réellement du mal terrible qu'on voit dans le film), mais malheureusement ces éléments ne seront accessibles qu'à quelques happy few.

A voir si vous êtes prêts à observer la confection muette d'une soupe asiatique dans un appartement miteux pendant 16 minutes.

Tsai Ming-Liang sur Christoblog : The hole - 1999 (**)

 

2e

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The assassin

Evidemment, aller voir un film de Hou Hsiao-Hsien un vendredi soir à 21 heures, après une semaine crevante, ce n'était pas une très bonne idée.

Donc j'ai dormi. Mais pas tout le temps. 

Au début, j'ai essayé de comprendre ce que je voyais, mais mon pauvre cerveau épuisé a vite abandonné. Pas facile d'établir des relations narratives logiques entre ces différents princes, gouverneurs, chevaliers, et autres dignitaires, dont les émotions et les volontés m'ont semblé indéchiffrables.

En réalité, le fait de comprendre quelque chose importe probablement peu, les adeptes du maître de la lenteur taïwanais diront peut-être qu'il s'agit de se laisser porter par l'atmosphère envoûtante des tableaux proposés.

Pour ma part, j'ai été peu sensible aux qualités esthétiques du film, pourtant louées unanimement comme exceptionnelles. Certes, certains plans sont plutôt réussis et poétiques, mais pas plus que dans beaucoup de films.

Ses qualités plastiques ne suffisent en tout cas pas à compenser l'ennui profond que génère la vision de The assassin : dialogues clairsemés, longues plages de silence et d'immobilité (certainement signifiant à un degré qui m'est inconnu), mouvements  des personnages au ralenti, etc.

Le début du film fut pour moi un calvaire : impatiences dans les jambes, envie d'assassiner mon voisin de devant et d'énucléer à la petite cuillère celui de derrière qui mangeait des bonbons, tentation d'hurler et de vociférer en me tapant la tête contre les murs.

La seconde partie fut plus supportable : je n'ai plus vu du film que des tranches de trente secondes toutes les trois minutes.

 

1e

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The hole

Vu au festival de La Roche sur Yon 2012.

The hole est un film apocalyptique lent et humide.

Nous approchons de l'an 2000 et un virus étrange se développe à Taipei. Les personnes touchées adoptent un comportement proche de celui du cafard : elles rampent, cherchent à se terrer dans les endroits humides et sombres.

L'eau potable manque, mais des trombes de pluie s'abattent sans discontinuer à l'extérieur.

Un homme dans son appartement, une femme dans celui d'en-dessous et un trou entre les deux, produit par un plombier peu scrupuleux : voilà les éléments autour desquels Tsai Ming-Liang construit son oeuvre. C'est lent, un peu ennuyeux par moment, mais globalement puissamment évocateur et complètement maîtrisé. Le film est parsemé de scénettes de comédie musicale kitsch, qui tranchent incroyablement avec l'atmosphère mortifère du film : un bel exemple de l'effet de contraste produit (patientez 44 secondes SVP) : Achoo-Cha-Cha

Le film est très intéressant, s'appuyant sur une bande-son remarquable et un sens des décors très sûr (magasins déserts, murs suintants). La copie projetée à La Roche m'a semblé très abîmée et cela m'a un peu gâché le plaisir, mais du coup j'ai très envie de voir La saveur de la pastèque, du même Tsai Ming-Liang. A suivre...

 

2e

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