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Quelques heures de printemps

Disons-le tout net, Quelques heures de printemps est un bijou, un chef-d'oeuvre en creux, un film réduit à l'os, qui vous laisse pantelant et apaisé.

L'idéal est d'aller voir le film sans en connaître le thème, comme je l'ai fait. On a alors le plaisir de découvrir petit à petit, par allusions successives, le drame qui est en train de se jouer. Stéphane Brizé réduit sa mise en scène à ce qui fait l'essence du cinéma : un cadrage discret et recherché, une façon de filmer les visages comme des paysages, de prendre son temps pour tenter d'approcher au plus près de la réalité.

C'est très souvent vertigineux tellement le jeu des acteurs y est intense. Vincent Lindon est utilisé à la perfection. Certes il joue une sorte d'essence de Lindon, mais sa prestation est parfaite. On se souviendra longtemps de son pétage de plomb. C'est son plus beau rôle. Hélène Vincent, quant à elle, est au-delà de tous les compliments qu'on peut inventer : il faut courir voir le film, ne serait-ce pour sa prestation, qui défie les lois du jeu. Elle est bouleversante.

Même la bêtise abyssale d'Emmanuelle Seigner est parfaitement utilisée (oups, ça m'a échappé). Olivier Perrier, à l'unisson, est aussi particulièrement émouvant.

Précis, intense, chirurgical et psychologiquement très riche : on pense à Bergman et à Kieslowski...

Si vous n'allez voir qu'un film en cette rentrée allez voir celui-ci. Vous en sortirez bouleversé, probablement après avoir trempé l'écharpe dont vous aurez pris le soin de vous doter pour éviter de trop renifler. Bouleversé, mais heureux.

 

4e

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Bannish 19/01/2013 16:20

Allo oui bonjour, c’est votre amie de l’Association. Vous avez choisi le service « aide à l’auto-délivrance », et vous avez bien fait. Vous le verrez, chez nous, tout est très serein et vous
partirez sans douleur, vraiment très digne…

Nous avons mis un léger goût d’orange pour masquer un peu l’amertume du second produit…’tain, la mort, ça deviendrait presque séduisant, on est au calme, au grand air, on part réconcilié, enfin
décontracté. Bref, une belle apologie du « droit à mourir dans la dignité », parce que bien sûr quand tu es malade, et gravement en plus, tu n’as plus de dignité, c’est bien connu. Il faut donc
partir tant qu’il est temps, en bonne forme. C’est d’ailleurs plutôt une bonne nouvelle, et même le corbillard n’est pas de couleur noire, mais gris bleuté. C’est très très digne et c’est si
mignon.

Un film militant, dont j’ai beaucoup aimé la lourde atmosphère de la première partie, qui va en s’apaisant à partir du choix de ce « service plus ». La scène principale de dispute entre la mère et
son fils est d’une intensité rare, vraiment superbe. Et la scène pitoyable de tentative d’empoisonnement de Cali, ce pauvre chien déjà affublé d’un patronyme bien lourd à porter, est pourtant celle
qui rapprochera immédiatement les deux comparses.

Le tout est magnifiquement joué pour un très beau film, qui marque fort habilement des points dans le match qui l'oppose à la cause peu entendue du
devoir-de-ne-pas-disposer-soi-même-de-sa-propre-vie-car-je-n’en-ai-que-l’usufruit-et-en-plus-je-ne-peux-pas-faire-de-l’autre-un-assassin ;)

Chris 20/01/2013 16:59



En fait, ce qui m'a le plus plu dans le film, c'est toute la partie du début durant laquelle on ne connait pas la rélaité de la maladie (moi en tout cas je ne connaissais pas le sujet du film, et
la révélation m'a fait l'effet d'une bombe).



Nelly Moaligou 16/10/2012 13:33

Excellentissime en effet, Chris, admirable côté interprétation, toujours juste et bien dans notre époque. Il peut rassurer ou au contraire révulser sur le fond selon l'approche qu'on a de la
souffrance, celle d'autrui ou la sienne, de sa propre fin, des assureurs aussi, du coût de l'opération... Croisé en sortie de salle des spectateurs gênés, soulagés ou très en colère !

Chris 22/10/2012 21:49



Superbe !



Félix 03/10/2012 14:03

Absolument d'accord avec toi ! La dernière scène du film est pour ma part la plus belle que j'ai pu voir cette année. Il faut aimer le style Brizé, mais quiconque a aimé ses précédents films
adorera celui-ci !

Chris 05/10/2012 20:41



Oui, la dernière scène est désarmante de simplicité.



pierreAfeu 29/09/2012 12:39

Un film profondément honnête et une expérience intime rare. Merci Chris de m'avoir "poussé" à le voir ;)

Chris 30/09/2012 20:25



De rien, Fabrice était du même avis que moi...



Pantoliano 27/09/2012 23:29

Rien à voir avec un chef d'oeuvre du cinéma roumain comme La Mort de Dante Lazarescu...

Chris 30/09/2012 20:25



En effet un très beau film.