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Le procès de Viviane Amsalem

Le propos du dernier film de Ronit et Shlomi Elkabetz est assez limpide : une femme israélienne souhaite divorcer de son mari, car elle ne l'aime plus (et probablement ne l'a jamais aimé). Comme les divorces sont sous l'autorité d'un tribunal rabbinique, il est nécessaire d'obtenir l'accord du mari. Ce dernier ne souhaite pas lui donner, bien qu'il n'ait rien à lui reprocher (ils sont séparés depuis 3 ans).

A partir de cette trame psychologiquement puissante, le film étire un long huis-clos passionnant. Les audiences, tantôt courtes, tantôt plus longues, se suivent sans qu'on ait jamais le sentiment de redite. Il faut dire que le scénario étonne par son inventivité : production de témoins inattendus, renversements de situation, mise en cause de l'impartialité des parties prenantes, crise de nerfs.

L'intrigue se mue progressivement en thriller (le divorce sera-t-il prononcé, oui ou non ?), tout en interrrogeant avec une belle acuité la société israélienne, et la place qui y est faite aux femmes. Les dialogues sont d'une finesse extrême, on pense on cinéma de Farhadi, et surtout au début d'Une séparation. Miracle du film : même l'époux ne parvient pas à être complètement antipathique, alors qu'il est en train de détruire la vie de son épouse.

Une franche réussite, un excellent moment.

 

3e 

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Bellin 07/07/2014 23:20

Tout à fait d'accord avec toi, Chris, ce film est très fort, juste, intense, littéralement stupéfiant. Chose étonnante : dans cette unité de lieu - pas de temps hélas tant les mois et les années s'étirent au fil des séquences (cinq ans d'attente !) - pas un seul moment d'ennui, de redite ; pas une chute de tension. Et dire qu'une caméra se meut dans une pièce aussi exiguë, traquant chaque visage, chaque rictus, chaque larme ! Cette œuvre brûlante et combattive est donc tout sauf du théâtre filmé. Chaque fois, un ressort inattendu, un rebondissement psychologique, une faille dans un raisonnement, un détail (souvent sordide) remontant du passé de ce couple en miettes. Et en filigrane, sans que le mari soit totalement antipathique (ni le trio rabbinique totalement obtus et grotesque), transparaît une sorte d'amour impossible et désespéré tant la haine et la passion sont proches. Il vaut mieux alors que l'autre soit punie pour l’Éternité. C'est le choix de ce mari puritain et complètement bloqué psychologiquement, davantage que pervers. J'ai particulièrement apprécié cette scène splendide quand Ronit Elkabetz (actrice et coréalisatrice), vêtue de rouge, dénoue lentement ses cheveux ! Pure provocation, éblouissant manifeste d'érotisme. Une sorte de parabole en acte : le symbole de l'asservissement de la femme en Israël et de sa libération prochaine.
Juste une perplexité de ma part (étais-je fatigué après 1h 55 de dialogues intenses ?) : je n'ai pas compris l'ultime séquence, juste avant le générique, quand on voit des jambes de femmes, en espadrilles et non plus en talons hauts, qui s'éloignent ou plutôt se rapprochent. Vers la porte du tribunal ? Quel deal entre Viviane Amsalem et son mari Elisha qui vient de refuser le divorce pour la énième fois ? Lui a-t-elle promis qu'en échange du précieux sésame elle n'aimera plus jamais un autre homme ? Merci de confirmer, en tout cas de m'éclairer car il ne peut pas s'agir à proprement parler d'un happy end, n'est-ce pas ? Non, réflexion faite, il vaut peut-être mieux ne rien expliquer ici afin que chacun(e) puisse se faire sa propre exégèse en gardant jusqu'à la dernière image une attention plus affutée que la mienne.