Christoblog

Articles avec #joachim lafosse

L'économie du couple

Joachim Lafosse aime s'emparer de sujets dérangeants, et au premier abord peu engageants : une mère qui tue ses quatre enfants dans A perdre la raison, l'affaire de l'Arche de Zoé dans Les chevaliers blancs.

Il propose ici de décrire dans le détail le quotidien d'un couple qui se défait, et de montrer comment les conditions matérielles de la séparation influe sur la vie quotidienne. Le sujet semble plus anodin que celui de ses films précédents, mais il n'est pas moins ardu.

De fait, L'économie du couple remplit parfaitement son programme : on voit bien comment les problèmes d'argent peuvent devenir les vecteurs (et les agents) de la discorde. On parle gros sous, on estime le prix du travail et on le compare à celui du capital hérité, on chipote sur l'utilisation des différents étages du réfrigérateur. 

Tout cela est à la fois édifiant et malheureusement un peu sclérosant. On n'apprend pas grand-chose qu'on ne sait déjà sur la nature humaine : oui, la mauvaise foi n'est jamais loin lors des séparations, et oui, aucune des deux parties n'est innocente.

Les limites de la démarche d'entomologiste de Lafosse sont parfois dépassées par le brio de sa mise en scène, parfois exceptionnellement fluide dans un espace qui n'est pas si grand. 

Si Bérénice Béjo est parfaite, on a un peu de mal à voir en Cédric Kahn un travailleur manuel, malgré tous les efforts qu'il déploie. Le pauvre est également desservi par une scène particulirement ratée, qu'il doit assumer en grande partie (la douloureuse scène de repas avec les amis).

Malgré d'évidentes qualités, une petite déception de la part d'un cinéaste dont j'attends beaucoup.

Joachim Lafosse sur Christoblog : A perdre la raison - 2012 (***) / Les chevaliers blancs - 2015 (**) 

 

2e

Voir les commentaires

Les chevaliers blancs

Le cinéma de Joachim Lafosse a quelque chose de froid et d'intrigant.

On ne sait jamais trop quoi penser de ce qu'il nous montre : faut-il prendre les choses au premier ou au deuxième, voire troisième degré ?

De ce tableau très réaliste de ce que fut l'épopée picaresque et ridicule de l'Arche de Zoé, on ne sait pas exactement quoi retenir. Peut-être simplement cette évidence : la détermination n'a pas besoin d'être malhonnête pour être dangereuse, il lui suffit d'être stupide.

Le point faible du film est de ne pas ménager assez de suspense sur la motivation des uns et des autres, les cartes sont trop rapidement abattues dans un contexte qui nécessiterait (encore) plus de subtilité machiavélique dans l'écriture du scénario.

Le point du fort du film est de placer Vincent Lindon, icone de l'intransigeance morale depuis La loi du marché, dans la position amigüe de celui qui se trompe de combat.

Au final, malgré ses indéniables qualités de mise en scène, il n'est pas naturel de conseiller sans états d'âme la vision des Chevalier blancs : à vous de voir. 

Joachim Lafosse sur Christoblog : A perdre la raison (***)

 

2e

Voir les commentaires

A perdre la raison

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/56/97/20137392.jpgBelle soirée avant-hier soir au Katorza. Le film projeté en avant-première n'était pas d'une gaieté folle (nous y reviendrons), mais sa densité en fait une oeuvre remarquable, portée par un trio d'acteurs au sommet de leur art.

Alors d'abord, si vous voulez sortir votre copain (copine) pour une bonne soirée ciné, évitez de lui dire : "on va aller voir un film qui retrace l'histoire vraie d'une mère qui a tué ses 4 enfants de moins de 6 ans au couteau", dites plutôt : "on va aller voir un thriller psychologique, chronique d'un enfermement progressif dans une relation perverse, servie par une actrice en état de grâce". Parce que le sujet du film est bien plutôt la dissection des rapports humains entre 3 personnes (un jeune marocain, sa femme, son bienfaiteur riche et âgé) que la chronique malsaine d'un fait divers. D'ailleurs en exposant dans les quelques scènes d'ouverture la conclusion du drame (d'une bien délicate façon) Joachim Lafosse expose son projet : de suspens quant à l'issue il n'y aura pas, donc préoccupons nous du cheminement qui aboutira à cette situation de tragédie absolue, une femme tuant ses enfants, une Médée contemporaine.

Quand on passe 45 minutes après le film à discuter avec un réalisateur (exercice auquel Joachim Lafosse s'est prêté de bonne grâce alors qu'un perturbant problème à l'oeil l'handicapait), on ne sait plus trop ce qui résulte de sa propre appréciation du film et de ce que nous a expliqué le réalisateur. Ceci dit, je vais essayer d'exprimer un ressenti qui ne dévoile pas trop l'intrigue du film. D'abord, il faut saluer l'exceptionnelle prestation d'Emilie Dequenne, servie par deux acteurs au meilleur de leur forme : Niels Arestrup égal à lui-même (glaçant, capable d'énoncer une vacherie ou un compliment avec le même air de ne pas y toucher) et Tahar Rahim que j'ai trouvé personnellement exceptionnel, capable de faire passer 4 ou 5 émotions dans un même plan, tout en retenue low-fi. On ne pense pas un instant à leur duo d'Un prophète, c'est dire.

Le film peut se prêter à tout un paquet d'exégèses de différents niveaux : historique (et en particulier colonial), psychanalytique, mythologique, sentimental, sociologique, psychologique... c'est sa richesse. Même si la progression est lente, et que le moment du déclic fatal n'est pas discernable (mais peut-il l'être ?), Joachim Lafosse parvient à maintenir une sorte de tension perpétuelle, de suspens psychologique (le médecin cache-t-il quelque chose ? comment l'irréparable va-t-il survenir ?) qui assure au film une structure interne solide, et qui évite l'ennui. Il utilise superbement pour l'aider des morceaux de musique baroque qui contribuent à sacraliser la narration. 

A perdre la raison n'est pas un feel good movie endiablé, vous l'avez compris, mais si vous aimez les thrillers psychologiques profonds et travaillés, je vous le conseille.

 

3e

Voir les commentaires