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Articles avec #autoportrait

Autoportrait #2 / Piet Mondrian

Autoportrait - 1918
Kunstmuseum, La Haye
 
Mondrian peint ce tableau en 1918. Même s'il ne fut pas conçu pour lui, il devient en 1920 la possession de son bienfaiteur et ami de toujours, Salomon Slijper. Entre 1915 et 1920, le peintre ne parvient pas subvenir à ses besoins et seuls les achats de Slijper lui permettent de s'en sortir (et notamment d'effectuer un important séjour à Paris en 1919). Ce tableau est donc indirectement le gage d'une reconnaissance vis à vis du mécène qui lui a véritablement permis de devenir peintre.
 
La fameuse première composition aux rectangles rouges, jaunes et bleus n'apparaît qu'en 1921. Jusqu'alors, Mondrian n'a quasiment peint que des tableaux figuratifs, parfois très stylisés, mais quasiment toujours connectés d'une façon ou d'une autre à la réalité.
 
Depuis quelques années, Mondrian s'essaye à quelque chose de différent, quelque chose de radicalement abstrait. A l'arrière plan de cet autoportrait figure d'ailleurs des cartons préfigurant un tableau de ce type, qui pourrait ressembler à la Composition illustrée ci-dessous, peinte en 1917.
 
L'artiste est à un tournant de son art : du figuratif (son propre portrait) il est en train de basculer dans l'abstrait, qu'il représente dans ce tableau, comme une prémonition du fait que cette nouvelle voie va le rendre immensément célèbre.
 
Salomon Slijper, qui assurait la promotion des oeuvres de Mondrian jusque là, ne va pas suivre le peintre dans la voie qu'il entrevoit, pour de multiples raisons. Ce bel autoportrait, à la fois sévère et pénétré, est donc une image à double détente : il marque la transition d'un style à un autre, en même temps qu'il dit au revoir à ami. 
 
Malgré le peu de goût du collectionneur de la Haye pour l'abstraction que peint exclusivement  à partir de 1920 Mondrian, les deux hommes ne cesseront toutefois d'échanger et de s'apprécier très longtemps (amitié à peine ternie par le léger anti-sémitisme de Mondrian - Slijper était juif), leur amitié scellant un curieux paradoxe : Mondrian a pu devenir un des maîtres de l'abstraction grâce à un homme qui a surtout aimé sa production figurative, aujourd'hui quasiment oubliée. 
 
Voir aussi sur Christoblog :
- Autoportrait #1 : Frida Kahlo

 

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Autoportrait #1 / Frida Kahlo

Autoportrait dédié à Trotski - 1937
National Museum of Women in the Arts, Washington

 

En janvier 1937, Léon Trotski se voit accorder l'asile politique par le Mexique, grâce à l'intervention de Diego Rivera auprès du président mexicain. Le révolutionnaire russe et sa femme sont accueillis par Frida Kahlo et son mari, fervents communistes, à Coyoacan, en banlieue de Mexico. Sur la photo ci-dessous, prise au moment de l'arrivée, Trotski semble déjà sous le charme de Frida Kahlo.

Une liaison passionnée se développe entre Frida et Trotski, d'une trentaine d'années son aîné. À la fin de cette aventure, l'artiste offre à son ex-amant, pour son cinquante-huitème anniversaire, cet Autoportrait dédié à Léon Trotski, qui sera renommé ultérieurement Entre les rideaux.

Frida se présente ici sous ses plus beaux atours : des fleurs dans les cheveux et à la main, parée de somptueux bijoux en or, revêtant une jolie robe tehuane, une belle écharpe traditionnelle (un rebozo). Sur le papier qu'elle tient à la main on peut lire : "Je dédie ce portrait à Léon Trotski, avec tout mon amour, le 7 novembre 1937. Frida Kahlo à San Angel, Mexico".

Le style du tableau est étonnamment naïf, un peu à la manière d'Henri Rousseau. Il présente Frida Kahlo comme une simple amoureuse, présentée à son amant sur une estrade, rideaux écartés, entrant en quelque sorte sur scène comme elle est entrée dans la vie de Trotski quelques mois plus tôt. La posture des bras et les vêtements de la jeune femme (elle a 29 ans) sont très similaires à ceux de la photo de leur première rencontre.

Lorsque André Breton visite le couple Kahlo Rivera en 1938, il est frappé par deux tableaux : celui-ci, et Ce que l'eau me donne, une oeuvre à consonance beaucoup plus surréaliste. Le coup de foudre artistique de Breton conduit  à l'organisation d'une exposition à Paris en mars 1939, présentant dix-huit oeuvres de Frida Kahlo. 

L'Autoportrait dédié à Trotski ne fait cependant pas le voyage de Paris. Début 1939,  il est encore en possession de Léon Trotski, accroché dans son cabinet de travail. Peu de temps après, suite à une brouille avec Rivera, Trotski quitte la Caza Azul pour une petite maison non loin de là. Il sera tué un an plus tard sur les ordres de Staline par Ramon Mercader, d'un coup de piolet dans la tête.

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