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Canine

J'étais assez curieux de voir le premier film distribué en France de Yorgos Lanthimos, qui fut couronné par l'estimable prix Un certain regard à Cannes 2009.

Autant le dire d'entrée, Canine est plus proche de l'exercice de style calculé que de l'oeuvre totale que sera plus tard The lobster. Même si les prémisses sont les mêmes (un scénario abracadabrant qui pourtant tient debout, une maîtrise formelle totale), le résultat est assez différent : Canine apparaissant comme un brouillon des films suivants.

Si les délires de Lanthimos tiennent la route, c'est par la grâce d'une imagination qui semble s'enrichir au fur et à mesure qu'elle produit. Dans le quotidien bizarre de cette famille pour le moins dysfonctionnelle (les enfants sont élevés dans une sorte de mythologie déviante qui leur cache ce qu'est le monde réel), ce sont les multiples incises qui font le sel du film. On ne peut pas croire à ce que l'on voit, et pourtant on fini par adhérer aux situations proposées, pour trois raisons principales : une direction d'acteur au cordeau, un savant mélange d'humour et de finesse d'observation, et enfin une direction artistique de toute beauté. 

Canine marque l'arrivée d'un réalisateur promis à un destin remarquable, sorte de Haneke drolatique, qui filmerait avec la méticulosité d'un Kubrick.

Yorgos Lanthimos sur Christoblog : The lobster - 2015 (****) / Mise à mort du cerf sacré - 2017 (***) / La favorite - 2018 (***)

 

2e

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Adults in the room

Le nouveau film de Costa Gavras raconte les difficiles négociations entre Yanis Varoufakis et la "troïka", suite à l'accession au pouvoir du parti Syriza.

Le sujet est sur le papier passionnant. Il s'avère plutôt décevant à l'écran, et ce, pour deux raisons principales.

Le film est d'abord bien mal écrit. Son scénario ne suit aucune ligne directrice, s'égare dans des méandres inutiles et répétitifs, est bien trop long, et enfin se cherche un style sans jamais parvenir à en trouver un (jusqu'à cette fin ridiculement onirique). 

Le deuxième point est l'angle choisit par le réalisateur, celui d'un panégyrique sans nuance de Tsipras et Varoufakis : ils sont beaux, intelligents, pragmatiques, alors que leurs interlocuteurs sont moches, bêtes, doctrinaires. On se doute que bien des anecdotes figurant dans le film sont vraies, mais l'aspect inutilement caricatural des adversaires est trop fort pour qu'on s'attache réellement aux vicissitudes rencontrées par les preux chevaliers grecs.

Les bons sentiments conduisent ici à un pamphlet démonstratif, qui ne vaut que par son sujet : l'univers kafkaïen des instances européennes.

 

2e

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The lobster

On éprouve une jouissance intellectuelle immense à la vision de The lobster, dont l'argument de départ peut être résumé ainsi : "Tout célibataire est sommé de trouver une âme soeur en 45 jours, sous peine de se trouver transformé en animal de son choix".

Yorgos Lanthimos nous captive par un tour de passe-passe d'une habileté extrême. Il parvient, à partir d'une situation absurde, à tirer tous les développements logiques - et émotionnels - du postulat de départ.

Et non seulement il étire sa pelote de laine initiale, mais en plus il se permet de sortir brutalement du cadre au milieu du film pour nous projeter dans une autre logique, tout aussi absurde que la première, mais qui nous semble sur le moment absolument raisonnable.

La mise en scène est sobre, intelligente. La direction artistique (décors, musique, photo, accessoires) est parfaite. Les détails parsemés tout au long du film, par exemple les animaux en liberté, donne un vernis de réalisme poétique charmant à l'intrigue. La fable qui pourrait paraître grinçante et cruelle au début prend petit à petit par ce biais une véritable épaisseur psychologique qui culmine dans une dernière scène de toute beauté.

Un film admirable, dont le vrai sujet est le caractère inconséquent de l'amour : vous devez le trouver à tout prix, il vous échappe, vous devez l'éviter absolument, il vous envahit.

 

 4e 

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Red rose

Réalisé en Grèce par une réalisatrice qui vit désormais à Paris, Red rose est un bijou comme seuls les cinéastes iraniens semblent pouvoir en proposer.

Le film raconte la rencontre fortuite à Téhéran d'un homme de cinquante ans et d'une jeune femme contestataire, qui manifeste durant les évènements de 2009.

Lui ne sort pratiquement plus de son appartement, elle se bat pour la liberté en twittant et en postant des vidéos des manifestations.

Red rose est conçu comme un huis clos (on pense bien sûr au film de Jafar Panahi Ceci n'est pas un film) et fonctionne parfaitement comme cela : le monde extérieur pénètre dans l'appartement d'Ali par le biais de multiples personnages, et ce dernier ne sortira pas indemne de cette aventure.

Sepideh Farsi construit son film habilement, en dirigeant avec finesse d'excellents acteurs iraniens et en proposant une progression psychologique très intéressante du personnage d'Ali. Elle enlace de façon remarquable les scènes tournées en studio et les petits films de téléphones portables (véritables !), récupérés sur Internet. 

Le tout donne à l'ambiance du film une tonalité à la fois crépusculaire et sensuelle. Une réussite.

 

3e

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Xenia

Bonne nouvelle en provenance de Grèce. On savait que ce pays pouvait proposer des oeuvres pointues (Athina Tsangari, Yorgos Lanthimos), on découvre aujourd'hui qu'il peut produire un cinéma touchant, exigeant et original.

Xenia commence comme un clip hyper kitsch, et franchement queer, avec des visions délirantes qui donnent au film une tonalité quasi fantastique. On voit passer au large un paquebot sur lequel chante celle qui  sera le fil rouge du film : la chanteuse italienne des années 70 Patty Pravo.

Habilement manipulé par le réalisateur qui multiplie les pistes, on s'attache très vite au personnage de Dany, jeune gay de 16 ans, joué par le formidable Kostas Nikouli.

Sa rencontre avec son frère Odysseas, puis leur recherche d'un père hypothétique, est pleine de charme et de surprise. Le scénario du film, même s'il n'est pas férocement original dans sa deuxième partie, s'avère bourré d'émotion, alors que la mise en scène de Panos Koutras varie ses effets avec un talent certain.

Un réalisateur à suivre.

 

3e  

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