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Les drôles de poissons-chats

Alors évidemment, on pourra dire que ce film est un effroyable tire-larmes reposant sur une intrigue minimaliste : une jeune fille solitaire rencontre à l'hôpital une femme malade du SIDA et s'incruste dans sa famille.

Cela serait sans compter avec la grande délicatesse qu'emploie la réalisatrice, Claudia Sainte-Luce, pour décrire chacun des membres de cette famille un peu dysfonctionnelle. Martha a en effet 4 enfants de 3 pères différents : Alejandra, la plus grande, doit assumer beaucoup de responsabilités, Wendy est en surpoid et les deux petits derniers, Mariana et Armando, doivent gérer leurs sentiments complexes... Parce que la mort est bien présente dès le début du film, et planera jusqu'au bout sur cette singulière équipe. 

Le plus intéressant dans le film est la façon dont la jeune fille, Claudia, s'insère progressivement dans le dispositif familial, dans lequel chacun souffre en silence, et comment elle prend sa part de douleur.

Le final, qui enchaîne une virée désespérée à la mer, des plans en voiture très émouvants, puis des plans fixes sur chacun des 5 personnages, est calibré pour vous arracher des larmes, et au vu des multiples reniflements, sortie précipitées en enlevant ses lunettes, pinçage discret de nez, il atteint parfaitement son but.

La mise en scène très fluide de la réalisatrice fait de ce premier film mexicain un très joli moment.

 

3e    

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Bellin 14/06/2014 19:27

Bonjour, Chris. Je partage ton commentaire. Ce film m'a touché, sans me faire larmoyer. Nuance. Parce que cette famille sonne juste, chaque personnage est bien caractérisé, avec de brèves escarmouches parfois drôles et un climat de connivence aimante. Parce qu'aussi - c'est très important - la mise en scène n'est pas académique, mais fluide, parfois inventive. Le visage de cette mère en bout de course rayonne et sa façon discrète d'adopter, à quelques semaines de sa mort, cette 4ème fille est bouleversante : toutes les deux, sans se connaître, se sont reconnues ! Chapeau et un talent prometteur pour la jeune réalisatrice et son premier film à l'évidence autobiographique. (A noter qu'elle a été magnifiquement épaulée par Agnès Godard, la chef opératrice de Claire Denis.)