Christoblog

Wonder wheel

Rien à sauver dans le dernier Woody Allen, un océan de médiocrité noyé dans les pires éclairages que j'ai vu au cinéma. 

Il faudrait empaler le directeur de la photographie Vittorio Storaro (c'est déjà celui de Cafe Society) pour avoir osé proposer des lumières aussi outrageusement oranges, ou roses, ou rouges, ou parfois les trois à la fois. J'en avais la nausée.

Le décor, un Coney Island de carton-pâte, est à l'unisson de l'image : factice, moche, invraisemblable. 

Chaque personnage évolue dans son registre sans aucune subtilité (la Palme de la la nullité est attribuée à Justin Timberlake) et la pauvre Kate Winslet erre dans tout le film comme une âme en peine, surjouant un rôle qui ne lui convient pas du tout. Le scénario - en réalité celui d'une tragédie antique - éclate dans le film comme le bruit dérangeant d'un coussin péteur.

On a honte de voir Woody Allen descendre aussi bas.

Woody Allen sur Christoblog : Scoop - 2006 (**)  / Vicky Cristina Barcelona - 2008 (**) Whatever works - 2009 (**) Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu - 2010 (*) Minuit à Paris - 2011 (**)  / To Rome with love - 2012 (**) Blue Jasmine - 2013 (**) / Magic in the moonlight - 2014 (**) / L'homme irrationnel - 2015 (***) / Cafe society - 2016 (**)

 

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Yann Leloup 20/09/2018 01:25

Quand on lit ce que vous écrivez, on a envie d'être virulent tellement vous ne prenez pas en compte ce que le film vous propose pour y apposer votre grille lapidaire. Les éclairages si chatoyants ne sont pas là par hasard, notamment par le fait qu'ils viennent du parc d'attractions et qu'ils s'opposent tout en épousant les sentiments des personnages donnant un aspect volontairement cruellement coloré. Théâtral comme dans la scène où l'éclairage éclaire crûment le visage de Ginny, qui, comme par hasard, tend un couteau (comme sur une scène tragique, c'est une ancienne comédienne) alors qu'elle vient de mentir effrontément. Ce style d'éclairage avait été utilisé par Coppola dans One from the heart à d'autres fins. Volonté ici d'artifices dans un film réaliste.

Le film est inspiré par les pièces d'Eugène O'Neill qui ont apporté un réalisme cru dans sur la scène américaine. Les personnages sont victimes de leur propre passion, répètent les mêmes leurres et les mêmes illusions, accablés par leur sort. Enfin, si l'on met le film à plat, il est minutieusement composé et joué.

Chris 22/09/2018 15:06

La pertinence ?
Probablement la confiance qu'accorde mes 400 lecteurs réguliers à mon jugement, je suppose. Sinon, mon article comprend bien des éléments de débats à discuter : l'aspect factice des décors, le jeu stéréotypés des acteurs, l'inadéquation entre le contenu et le contenant.

Yann Leloup 21/09/2018 19:07

Sauf que ce que vous dites pourrait s'appliquer à n'importe quel film (ça prend ou ça ne prend pas!) Et ? Quelle pertinence ?

Chris 20/09/2018 19:33

Merci d'avoir pris le temps de déposer ce long argumentaire très argumenté. Ma critique est un peu saignante, il est vrai, comme cela m'arrive parfois quand un de mes réalisateurs préférés me déçoit. Votre analyse n'est pas si différente de la mienne : effectivement je ne doute pas que les éclairages (comme le reste) soient parfaitement volontaires, ce que je dis, c'est que le résultat ne fonctionne pas. L'assemblage maîtrisé de bons ingrédients donne parfois un brouet, ou une mayonnaise qui ne prend pas.

Mattéo Sco 21/02/2018 21:01

J'ai trouvé, au contraire, la photographie de Storaro intéressante. L'opposition entre les couleurs vives et les situations dramatiques marque un contraste entre la réalité et la manière de la percevoir.
Je serai ravi de débattre avec vous à propos de ce film.
Voici ma critique de Wonder Wheel : http://matteosco.fr/wonder-wheel/
Au plaisir d'échanger,
M.S.

Chris 21/02/2018 21:14

Bonsoir Mattéo, sûrement question de goût mais je n'ai pas aimé du tout l'aspect "caricatural" de la photo, comme vous dites dans votre article.

Strum 15/02/2018 18:12

La photographie de Storaro fait quasiment penser à une parodie de Tennesse Williams par moment. Elle est en effet outrancière. Cela dit, elle va bien dans certaines scènes avec le mauvais théâtre qu'est devenue la vie du personnage de Winslet qui mène sa vie comme on joue un mauvais rôle. Et vous ne parlez pas du personnage le plus intéressant du film : le petit garçon roux (celui de Annie Hall, et donc Allen lui-même) qui déclenche des feux partout (métaphore sans doute de ces vies qui brûlent).

Cyclo 04/02/2018 20:22

Vraiment si mauvais que ça !!!
Personnellement, le dernier film que j'ai trouvé médiocre, bien qu'encensé par la critique, c'est "La douleur", à cent coudées au-dessous du livre de Marguerite Duras.
Je n'avais pas encore vu le dernier Woody Allen, pensais y aller la semaine qui vient, mais tu me fais hésiter !

Cyclo 08/02/2018 10:17

Sans commentaire : ce sera un des Woody que je ne verrai pas (y en a eu cinq ou six déjà).
Parce que si c'est en-dessous de La douleur, ça peut pas être terrible !

Chris 07/02/2018 20:06

Je n'ai pas du tout aimé La douleur non plus, que je place cependant au-dessus de Wonder wheel !