Christoblog

L'homme irrationnel

Avant de parler d'un film de Woody Allen, il convient de préciser l'angle avec lequel on l'observe. 

En ce qui me concerne, j'ai de sérieuses difficultés à le considérer comme un film normal. Autrement dit, je ne peux guère que le comparer aux autres Woody Allen.

Dans cette optique, L'homme irrationnel s'avère être un met autrement plus épicé que les précédents opus, passablement insipides à mon goût. Le film est fluide, direct, sans temps morts, et réserve de belles surprises scénaristiques. Mieux vaut d'ailleurs ne rien savoir de l'intrigue pour bien en profiter. 

Les personnages paraissent au départ archétypaux, avant qu'une scène pivot dans un bar fasse basculer l'histoire dans un tout autre registre. On retrouve alors un peu de cette noirceur qui était tellement plaisante dans Match point.

Si Joaquin Phoenix assure le minimum, Emma Stone est très convaincante. La scène finale en forme de pirouette rappelle elle aussi Match point (balle de tennis vs lampe torche), et donne à la fin du film un air à la fois féministe et pragmatique.

Malgré quelques scories résiduelles (la lumière toujours trop dorée de Darius Khondji, les discours philosophiques trop superficiels), L'homme irrationnel est une vraie gourmandise.

Woody sur Christoblog : 

Scoop (**) / Vicky Cristina Barcelona (**) / Whatever works (**) / Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (*) / Minuit à Paris (**) / To Rome with love (**) / Blue Jasmine (**) / Magic in the moonlight (**)

 

3e

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monsieur prudhomme 20/10/2015 20:48

C'est décevant en effet, bâclé par certains cotés, mais ce n'est certainement pas le pire de ces dernières années (Scoop serait un bien meilleur candidat à ce titre). Le film se laisse regarder et donne envie de relire Crime et châtiment, ce qui n'est déjà pas si mal.

bannish 15/10/2015 01:07

Oopss...pas du tout d'accord Christophe ! Avant que la séance ne démarre, je disais à ma chère voisine mon étonnement (mêlé d’admiration) pour ce Woody qui parvient depuis presque 50 ans à écrire et filmer chaque année un long-métrage de fiction, avec constance, avec régularité, dans les délais requis. Il y a un truc. Mais alors c’est quoi ? What’s the deal ? Comment est-ce possible ?

Tout s’éclairait 1h36 plus tard : bingo, got it, c’était pourtant évident ; le miroir se brisa...
On le savait, mais il faut se rendre à l’évidence : Woody pisse du film comme d’autres pissent de la copie, avec un résultat artistique tellement variable/aléatoire que sa valeur peut embrasser à peu près toute la gamme des louanges, de passable à chef d’œuvre (mais ça c’était avant). Là, patatra, c’est le « bocou pire ».

Est-ce sous l’effet de la déception ? Je ne me souviens pas d’une si piètre livraison. C’est (très) mauvais, et ce film restera comme une tâche dans sa filmographie. A double titre. D’abord parce que c’est impensé, zéro crédible, mal écrit, bâclé. Du début jusqu’à la fin, en passant par le milieu aussi (à noter une des fins les plus ridicules du cinéma de ces dernières années). Des clowns plutôt que des personnages, des moments ennuyeux, un déroulé sans réelle progression pour une signature de plus en plus formatée du maestro, qui ne s’abrite plus que sous le grain si caractéristique de la pellicule, et dans la BO, toujours bien trouvée par Woody le mélomane. Parler d’un sous-sous-Match Point serait déjà faire bien trop d’honneur.

Mais il y a plusss : Woody Allen « l’intello » est trahi par son film, qui le dévoile tel qu’il est vraiment : un (génial) intuitif, sympathique amateur de psychologie de la vie, familier du divan (de préférence garni), mais définitivement pas un intellectuel, son bagage philosophique semblant ne résider in fine qu’en quelques citations bien renardes; un mythe s’écroule. Nous sommes à l’Université de Newport et un Professeur de philosophie précédé d’une solide bien qu’originale réputation débarque ; de charisme il ne sera jamais question, et si son profil vulgaire, alcoolique et grossièrement suicidaire (à peine arrivé, le type joue à la roulette russe dans une soirée étudiante) peuvent à la rigueur s’entendre (en fait, non, même pas), le niveau supposé élevé de ses cours est renversant. Pensez donc, « comme le dit Sartre, l’enfer c’est les autres », et tout à l’avenant (ici je marque un temps de recueillement). En réalité, on savait que Woody avait sans doute passé plus de temps que les autres au stade annal, mais on ignorait son fol espoir d’atteindre un jour peut-être un niveau de formation philosophique qui le rapprocherait d'un bon élève de Cours Moyen 2ème année.

Et pendant ce temps-là, Joaquim Phoenix confirme sa grande spécialité pour le navet. Et de ce traquenard peu glorieux, je sauve évidemment Emma Stone qui parvient à donner un semblant de colonne vertébrale à cette chose fade, informe, dénuée de toute finesse et de tout humour. Déçu, déçu, déçu.