Christoblog

Café society

Je vois bien ce que Woody Allen a voulu faire dans Café society : donner à voir les hasards de la vie, tout en peignant une époque, et en ressassant quelques-unes de ses obsessions.

Le première partie du projet est la plus réussie. Allen parvient à transformer une trame de marivaudage classique en une histoire plus banale, qui présente la particularité de ne désigner aucun de ses personnages en trompeur ou trompé. Une femme qui hésite, deux hommes dont un qui hésite aussi : tout le monde est honnête. Cette façon de construire le film est assez originale et touchante, même si dans sa deuxième partie je trouve qu'Allen échoue en partie à nous faire ressentir le poids du temps qui passe. 

Jesse Eisenberg, qui n'est pas un acteur que j'apprécie particulièrement, est ici très bon. Je ne dirais pas la même chose de Kristen Stewart, qui traîne sa dégaine de garçon manqué (dos vouté et rictus du coin des lèvres) avec un manque de nuance assez notable. Steve Carell est méconnaissable et Blake Lively convaincante dans une sorte de normalité en totale opposition avec son physique.

Tout ce qui entoure cette belle histoire d'aiguillage de vie est un peu fade, et trop souvent vu chez Allen : humour juif de base, amour du monde du cinéma, perfection des reconstitutions d'époque. La photographie est toujours trop jaune à mon goût, même si le directeur de la photographie a changé (Vittorio Storario a remplacé Darius Khondji, qui collaborait avec Woody Allen depuis Minuit à Paris).

Dans la litanie un peu monotone qu'est devenue la filmographie de Woody Allen, oscillant désormais entre moyen plus et moyen moins, Café society est donc un cru typique : on ne s'y ennuie pas vraiment, mais l'émotion n'est pas au rendez-vous.

Woody Allen sur Christoblog : Scoop - 2006 (**) / Vicky Cristina Barcelona - 2008 (**) / Whatever works - 2009 (**) / Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu - 2010 (*) / Minuit à Paris - 2011 (**) / To Rome with love - 2012 (**) / Blue Jasmine - 2013 (**) / Magic in the moonlight - 2014 (**) / L'homme irrationnel - 2015 (***)

 

 2e

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Laura 29/05/2016 15:04

En grande fan de Woody Allen je pense appréciée du coup cette oeuvre.
J'ai hate de voir Blake Lively sous sa direction !
Apres je comprend ton point vu et ton avis qui sont coherent !!!
Merci pour ton article en tout cas !!!

Bellin 28/05/2016 19:46

Bonne critique ne portant pas aux nues une oeuvrette un brin surfaite. On s'est extasié sur ce film, le meilleur depuis... Certes, je confirme, je ne me suis (trop) pas ennuyé mais toute cette histoire ne m'a guère concerné. Tout y est gentiment vieillot et inoffensif. Heureusement qu'il y a de l'humour ! Si ce n'était pas W.A. qui avait été derrière la caméra, on aurait dit : "désuet et charmant". La critique s'est aussi beaucoup extasiée devant la photographie dorée. Tu as raison, Chris, c'est franchement jaune. Et pourquoi pas sépia tant qu'on y est, pour faire "années 20" ! Bref, voilà un auteur qui se la joue nostalgique et qui radote aimablement avec néanmoins beaucoup de savoir-faire. Normal, affaire de métier. Mais de ce réalisateur et du 7e Art, un spectateur attend évidemment bien davantage que ce genre de reconstitution surannée ! Faut-il encore attendre... ?