Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Christoblog

Articles avec #je n'aime pas

L'Odyssée

Alors que j'ai été déçu par le dernier film de Christopher Nolan, je vais commencer par ce qui m'a plutôt plu.

Au rayon des satisfactions, il faut d'abord parler des décors naturels, de toute beauté. Les lieux de tournage (Sicile, Grèce, Maroc, Islande, Ecosse) sont bien choisis, et toujours en adéquation avec l'esprit de l'épisode qui s'y déroule.

L'absence de numérique à dose massive fait également du bien, et les effets spéciaux qui donnent vie aux monstres, géants et cyclopes, sont parfaits. Le rythme du film est également une de ses qualités : on ne s'ennuie (quasiment) pas durant les 2h53 du film.

L'impression générale que me laisse pourtant L'Odyssée est globalement négative. La raison principale en est certainement la façon dont Nolan transforme la puissance tellurique du texte homérique en clichés hollywoodiens, mal servi par un casting parfois peu convaincant.

Quelques exemples pour illustrer ce point de vue : Charlize Theron en Calypso ressemble a une James Bond girl qui émerge de la mer, Robert Pattinson semble jouer une dark romance à deux sous avec force roulements d'yeux pervers, Zendaya parait échappée de Dune en costume de fremen, elle est bien loin d'incarner la toute puissance intimidante d'Athéna.

Matt Damon lui même n'incarne pas, avec son physique body-buildé et sa moue permanente, toute l'ingéniosité vivace du toujours en mouvement Ulysse. 

Tout cette conformité finit par rendre le film du Britannique assez insipide, d'autant plus que Nolan, pour une fois, se contente d'une mise en scène extrêmement conventionnelle. 

Le résultat est un beau livre d'image qu'on a plaisir à feuilleter, mais dont la joliesse n'approche jamais en intensité la puissance du mythe et de ses réflexions quant à la guerre, l'amour, le temps.

Mieux vaut relire Homère.

 

2e

Voir les commentaires

La chaleur

J'aime beaucoup le cinéma de Stéphane Demoustier, aussi étais-je très impatient de découvrir son nouveau film.

Ce nouvel opus se situe quelque part entre le film de vacances (avec des clins d'oeil à Mektoub my love, la sensualité en moins) et le thriller psychologique versant culpabilité (on peut penser à Kieslowski), sans vraiment choisir sa voie.

Tout est ici esquissé, et on voit bien à la fois où Demoustier voudrait nous emmener, et la façon dont il rate son film : des facilités d'écriture, des personnages trop grossièrement dessinés, une intrigue qui se dilue vite (alors que le film ne dure que 1h33).

Restent tout de même d'évidentes qualités de direction d'acteurs (belle découverte de la jeune Martina la Manna) et la capacité qu'à Demoustier à tisser une atmosphère propre au film, ici de nature amère et cotonneuse.

A moitié réussi, à moitié raté : je vous laisse juge. 

 

2e

Voir les commentaires

Disclosure day

Qu'apporte Disclosure day à la filmographie de Spielberg, et plus globalement au sous-genre de la science-fiction qui nous parle des extra-terrestres ?

Eh bien, par grand-chose, et c'est là le problème du film, qui paraît par bien des aspects terriblement daté, comme d'un autre temps. 

Si le savoir-faire du maître sauve un peu les apparences, il faut dire qu'on s'ennuie un peu, perdu que l'on est parmi une myriade d'idées et de concepts tous plus éculés les uns que les autres : des artefacts qui sont capables de tout faire (de la cape d'invisibilité à la prise de contrôle d'un esprit à distance), des illuminations sublimes qui font parler en coréen couramment quand on ne l'a jamais appris, des extra-terrestres capables de se transformer en animaux, une poupée à la grosse tête façon ET, etc.

Tout cela a été vu mille fois, et la répétition énervante de certains gimmicks (les méchants arrivent toujours dans dix voitures noires avec gyrophare) rend l'expérience parfois très pesante.

Ce n'est donc vraiment pas très bon. Dernier point : le film semble involontairement donner des argument aux théories complotistes de type Rosswell, et cela pourra en choquer certains.

Josh O'Connor et Emily Blunt font leur maximum, mais cela ne suffit pas à extraire Disclosure day de sa gangue de médiocrité façon 80's.

 

2e

Voir les commentaires

L'être aimé

Il y a un an, au Festival de Cannes, un film mettait en scène une actrice pas très bien dans sa peau, à laquelle un père réalisateur, et jusque là absent, proposait un rôle. Il s'agissait de Valeur sentimentale, de Joachim Trier, qui séduisait par sa virtuosité et la variété des thèmes qu'il abordait.

Cette année, Rodrigo Sorogoyen propose pratiquement le même canevas pour son nouveau film L'être aimé : Javier Bardem est presque aussi désagréable que Stellan Skarsgård, et Victoria Luengo campe un personnage aussi instable que celui qu'interprétait Renate Reinsve.

Le niveau est pourtant bien plus faible dans le film espagnol, et c'est à mon avis dû aux manques de développement du scénario. Les personnages principaux sont figés dans leur posture (sourcils broussailleux et regard ombrageux pour Bardem), sans que leur relation soit véritablement l'enjeu d'un développement narratif. Les personnages secondaires sont sacrifiés, à l'image d'une Marina Foïs transparente, et les thématiques annexes juste esquissées.

Il manque à la fois un peu plus de chair et de profondeur à L'être aimé pour susciter un véritable intérêt. Le film est aussi beaucoup trop long, et ce ne sont pas ses inutiles coquetteries (quelques plans en noir et blanc) qui peuvent nous distraire. 

A noter que c'est le troisième film de la compétition de Cannes 2026 qui montre à la fois un créateur et sa création. Cette répétition excessive donne au final une impression d'entre-soi chichiteux. Autrement dit, on commence à en avoir marre des états d'âmes de ces artistes mal dans leur peau (et par ailleurs pleins aux as).

Pour être tout à fait juste, deux scènes méritent d'être sauvées : la première conversation, merveille de champ/contrechamp au plus proche des visages, et la scène de tournage du repas, qui donne une vue à mon avis assez juste de l'emprise harcelante que peut avoir un cinéaste sur son équipe.

 

2e

Voir les commentaires

Autofiction

Dans son dernier film, Pedro Almodovar propose une double mise en abyme, puisqu'il met en scène un cinéaste qui lui ressemble beaucoup, et qui lui-même écrit un scénario sur une réalisatrice qui lui ressemble.

Le sujet principal du film, c'est la faculté (le droit ?) qu'ont les créateurs de s'inspirer de personnages réels de leur entourage pour créer des fictions. Cela pourrait être intéressant, mais le procédé ne fonctionne pas réellement ici, pour trois raisons principales.

La première est qu'il faut attendre la fin du film pour que les véritables enjeux éclatent, et comme la première partie d'exposition est assez insipide, on s'ennuie légèrement. La deuxième est l'inconvénient de l'autofiction est ici bien anodin (il s'agit d'une vague ressemblance avec une amie de la secrétaire du cinéaste), surtout à l'aune de ce qu'on a pu connaître dans le microcosme français (pensons aux livres d'Emmanuel Carrère ou de Christine Angot).

La troisième est que le vertige narratif qui pourrait nous saisir n'existe pas, par manque d'imagination : on ne doute jamais de ce que l'on voit, le scénario ne ménage aucune surprise (par exemple des repentirs qui reprendrait l'histoire différemment). En bref, Almodovar semble avoir été un peu dilettante sur ce point.

Le résultat final est donc légèrement décevant en ce qui me concerne, manquant de jus et d'énergie. Notons toutefois le plaisir de retrouver les intérieurs almodovariens toujours aussi chics, une belle fluidité dans la mise en scène (toutefois aussi en retrait par rapport à d'autres films du réalisateur espagnol) et une direction d'acteur toujours aussi sûre.  

C'est le deuxième film de la compétition Cannes 2026 qui montre à la fois un créateur en train d'écrire et ce qu'il écrit, et la deuxième déception (après Histoire Parallèles)

 

2e

Voir les commentaires

Histoires parallèles

Comme c'est très souvent le cas pour les réalisateurs étrangers tournant en France, le cinéma de l'Iranien Farhadi semble totalement se dénaturer au contact des professionnels de l'hexagone.

Alors que le scénario, un peu convenu, pourrait être rendu intéressant par une belle mise en scène, il est ici gâté par un ensemble d'éléments qui le tire irrésistiblement vers les abysses de la médiocrité : une écriture inutilement alambiquée, des personnages mal dessinés (le falot Adam, joué par Adam Bessa), des dialogues artificiels parfois annoncés sans conviction (le dialogue Deneuve / Huppert est une catastrophe), un montage poussif, une durée excessive, une direction artistique sans inspiration, des impasses scénaristiques.

On peine à trouver dans ce fade imbroglio une ou deux qualités. Peut-être les prestations de Vincent Cassel, vulnérable et empâté, et de Virginie Efira, parfait girl next door, sont-elles à sauver. Pour le reste, il faut bien reconnaître que rien n'est réussi et que toutes les idées semblent tomber à côté de plaque.

Histoires parallèles, à mille lieues du joyau de sèche concision qu'était Une séparation, paraît n'être qu'un essai boursouflé et insipide, qui génère au mieux un ennui distancié, au pire une irritation qui va croissante au fil de ses 2 heures et 19 minutes.

A éviter.

Asghar Farhadi sur Christoblog : Les enfants de Belleville - 2004 (***) / A propos d'Elly - 2009 (***) / Une séparation - 2010 (****) / A propos d'Une séparation : le vide avec un film autour / Le passé - 2013 (**) / Le client- 2016 (***) / Everybody knows - 2018 (**) / Un héros - 2021 (****)

 

1e

Voir les commentaires

Die my love

Le nouveau film de Lynne Ramsay présente plusieurs défauts majeurs.

Tout d'abord, sa progression dramatique très lente et chaotique ne favorise pas l'intérêt.

Le jeu de Jennifer Lawrence, qu'on a connu plus inspirée, est outrancier dès le début du film, et ne permet pas de ressentir l'évolution intérieure de cette femme dont la dépression post-partum flirte avec la psychose.

Ainsi, l'expression du mal-être de son personnage passe par des messages aussi subtils que : marcher à quatre pattes, fantasmer sur le premier venu (un motard noir qui fait de gros vroum-vroum), lécher les vitres. On ne croit pas un instant à tout cela.

Quant à la relation qui la lie à son partenaire de jeu, Robert Patinson, je ne l'ai ni comprise ni éprouvée. On peut aussi s'étonner de voir cette mère, à l'évidence dangereuse, laissée si seule avec son enfant (alors que le couple semble très entouré, par exemple à son mariage).

D'incohérences en esbroufe de mise en scène inutile, le film ballote son spectateur tout au long de scènes gênantes ou ennuyeuses. La bande-son envahissante est horrible. J'ai beau chercher, je ne vois aucune qualité au film : une catastrophe. 

 

1e

Voir les commentaires

Fantastique

Il est rare qu'un documentaire, a fortiori sur un sujet qui concerne l'Afrique, trouve le chemin des salles françaises.

Il faut donc saluer la distribution de ce film de la Belge Marjolijn Prins, qui dresse le portrait de la petite Fanta, 14 ans et contorsioniste, tentée par l'aventure d'un spectacle avec le cirque Amoukanama.

Les images sont belles, la vie quotidienne en Guinée est bien rendue, les scènes domestiques avec la mère de Fanta sont assez jolies. Malheureusement le film n'a pas grand-chose à raconter et Fanta est tellement silencieuse qu'on ne sait jamais trop ce qu'elle pense : il faut donc meubler, même si le film ne dure que 1h et 11mn, ce qui amène la réalisatrice à insérer des images un peu ésotériques, flirtant avec le fantastique.

Du fait de sa pauvreté narrative, je n'ai pas été enthousiasmé par le film, qui de plus m'a laissé un doute désagréable sur le véritable libre-arbitre de la petite fille, à la fois vis à vis du cirque et du tournage.

A vous de voir, Fantastique semble plaire au public lorsqu'il est présenté en festival. 

 

2e

Voir les commentaires

Connemara

Dans Connemara, Alex Lutz applique toute une série de procédés de mise en scène, un peu artificiels.

En vrac : des effets de flous, de profondeurs de champ variables, d'image en partie masquée, de pensées intérieures en voix off, de sons issus d'autres scènes plaqués sur ce qu'on est en train de regarder, de superposition de musique extradiégétique et de dialogues à peine audibles. Bref, il fait oeuvre d'auteur (au pire sens du terme, celui qui veut impressionner), alors que le sujet lui-même requérait à mon sens la plus grande sobriété.  

En frimant ainsi pour raconter le retour d'une transfuge de classe dans les Vosges, Alex Lutz dénature son sujet : une modestie contenue aurait mieux servi son propos. En ce sens la comparaison avec le génial Partir un jour joue en nette défaveur de Connemara :  les deux films partagent ne nombreux points commun (une intellectuelle revient dans sa région natale et re-tombe amoureuse de son petit ami d'enfance, joué par Bastien Bouillon - avec une scène de patinoire), mais le film d'Amélie Bonnin semblait beaucoup plus respecter le milieu modeste qu'il décrivait que ne le fait celui d'Alex Lutz.

Même si Bastien Bouillon et Mélanie Thierry donnent de leur personne avec conviction (et avec une certaine sensualité), le film échoue curieusement à générer de véritables émotions. Tout y parait compassé et artificiel, sans relief et sans chair, peuplé de personnages creux et factices (le mari d'Hélène et ses filles, Christophe adolescent).

Un raté presque total.

 

1e

Voir les commentaires

Un jour avec mon père

Un jour avec mon père est un film nigérian assez pointu : se déroulant dans les années 1990, il fait référence à d'obscurs évènements politiques qui vous laisseront totalement à côté du chemin si vous n'êtes pas un fin connaisseur du pays.

Sa construction est aussi très recherchée, à l'image des premières scènes, qui, associées à la dernière, semblent indiquer que tout le film n'est peut-être qu'un rêve.

Si on n'est pas très attaché à comprendre le sens d'une oeuvre, on pourra peut-être apprécier le style du réalisateur Akinola Davies Jr, qui emprunte beaucoup de codes au cinéma d'auteur européen : couleurs délavées, tournage en 35mm, gros plans signifiants, écrans blancs.

J'ai trouvé pour ma part que malgré ses qualités (on est parfois happé par une atmosphère ou un plan), le film manquait d'énergie et se perdait un peu dans l'ambition de son écriture sophistiquée. L'acteur principal britannique, Sope Dirisu, a une belle présence (on peut le voir dans la série Gangs of London). 

A voir éventuellement.

 

2e

Voir les commentaires

Avignon

J'ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi cette comédie romantique sans aucune originalité a eu d'aussi bonnes critiques.

Rien n'y est en effet très bon. Le scénario est paresseux, les péripéties convenues, les acteurs inconsistants.

Baptiste Lecaplain y joue avec une médiocrité épanouie un rôle de ravi de la crèche amoureux, dans un style aimablement consensuel qui nous rappelle son premier métier, animateur de colonie de vacance. Alison Wheeler est un peu plus piquante, sans être exceptionnelle.

Ce doit être le décor que fournit le Festival d'Avignon qui a poussé à cette mansuétude : les rédacteurs ont dû prendre du plaisir à retrouver l'ambiance du Festival et l'animation de ses rues.

Pourtant, dans ce film qui parle de théâtre, la magie de la représentation n'est absolument pas présente, ni dans la pièce de boulevard, ni dans le Cid. Ce qui est montré à l'écran de la scène est convenu, triste et plat : l'effervescence créatrice d'Avignon n'est pas du tout restituée.

Avignon est une petite chose proprette sans aspérité, une sorte de Plus belle la vie à prétexte culturel, de laquelle on sort instantanément amnésique.

 

1e

Voir les commentaires

Le son des souvenirs

Dans le projet du cinéaste sud-africain Oliver Hermanus, il y avait beaucoup de choses intéressantes : un duo d'acteurs au sommet de la hype (Paul Mescal / Josh O'Connor), un sujet touchant (une histoire d'amour gay sur le long terme dans l'Amérique du début du XXème siècle), une toile de fond passionnante (la collecte de chansons folkloriques traditionnelles).

Las ! L'assemblage final de tous ces bons ingrédients est insipide. On s'ennuie à suivre cette romance tout juste sortie de la naphtaline, qui ne parvient pas à donner de la profondeur aux interactions entre les deux personnages principaux.

L'aspect documentaire sur la recherche de chansons est de loin le point le plus intéressant du film, mais il ne parvient pas non plus à nous captiver, par manque d'approfondissement.

La réalisation est propre, les paysages magnifiques, et on se demande au final comment il est possible avec autant d'atouts d'arriver à ne générer aucune vraie émotion. Un coup de maître en matière de ratage.

 

2e

Voir les commentaires

Hamnet

J'ai tellement adoré les trois premiers films de Chloé Zhao qu'écrire ce texte va me faire un mal de chien, mais l'honnêteté intellectuelle m'oblige à le faire.

Hamnet est terriblement raté de bout en bout.

La première partie nous montre un jeune professeur fauché et sa femme se rencontrer, faire des enfants, puis en perdre un. Rien d'original là-dedans, on a vu cela mille fois, en beaucoup plus émouvant et surtout en moins larmoyant. Dans Hamnet tous les éléments sont en effet pointés dans le même sens : essayer de nous arracher des larmes à tout prix, ne reculant devant aucun procédé, aussi vulgaire soit-il.

Nous avons donc droit à un jeu très appuyé de Jessie Buckley, une musique horripilante de Max Richter, des effets d'un symbolisme douteux (ouh, le trou noir prémonitoire au pied de l'arbre dans la forêt) et une esthétique intasgrammable à base de feuilles bien vertes et de jolis faucons.

Quand commence la deuxième partie, on se demande bien quel est l'intérêt d'avoir accolé la petitesse de cette existence à l'immense talent du grand William. Le film tente une réponse bien maladroite, qui frôle le révisionnisme historique, puisque le rapport entre la pièce Hamlet et le fils décédé de Shakespeare est pour le moins factuellement vaporeux (Hamlet est vraisemblablement plutôt en rapport avec Amleth, un personnage médiéval de Saxo Grammaticus, dont l'histoire est très similaire à celle racontée par Shakespeare).

Bref, tout cela ne serait peut-être pas rédhibitoire si dans cette partie Hamnet ne parvenait pas à des sommets d'irréalisme et de tentatives indécentes d'extraction lacrymale forcée, à travers un dispositif d'une artificialité sidérante.

Le jeu de Jessie Buckley, qui tente d'imiter une sorte d'orgasme mystique dans lequel son deuil semble se dissoudre, franchit alors les limites du ridicule. 

Il n'y a qu'une lettre de différence entre les titres Hamlet et Hamnet, mais il y a un monde entre les deux oeuvres : celui qui sépare le génie intemporel de la médiocrité larmoyante. 

Il ne me reste plus qu'à attendre le prochain Chloé Zhao avec impatience (et inquiétude).

Chloé Zhao sur Christoblog : Les chansons que mes frères m'ont apprises - 2015 (****) / The rider - 2017 (****) / Nomadland - 2021 (****)

 

1e

Voir les commentaires

Magellan

J'aurais beaucoup aimé apprécier ce film. Le sujet, la renommée du réalisateur philippin Lav Diaz, le point de vue du réalisateur sur l'invasion "vue des autochtones", les partis pris esthétiques : tout me semblait séduisant et excitant.

Mais j'ai été très déçu tout du long de ce (très) long film, 2h43.

Le manque de moyens explique en partie ce sentiment. Pour les parties maritimes par exemple, le sentiment d'immersion est nul. On n'éprouve jamais le sentiment d'oppression que devrait générer une épopée qui traverse la moitié du globe sur les océans. On a l'impression que la pire des tempêtes est signifiée par des seaux d'eau renversés sur la tête des acteurs.

Les partis pris de scénario et de mise en scène n'aident pas beaucoup non plus à générer du plaisir ou de l'admiration chez le spectateur : on ne comprend pas vraiment ce qu'on voit, le contexte n'est jamais précisé (par exemple dans la première partie à Malacca), la caméra est souvent fixe et les plans parfois inutilement rallongés. Le tout respire un hiératisme esthétisant et poseur.

On s'ennuie donc ferme à suivre le personnage sur le fond très antipathique de Magellan, qui ne semble vraiment humain que dans son rapport avec sa femme, puis son fantôme (des effets fantastiques qui ne fonctionnent pas et qui tranchent avec le réalisme de la reconstitution).

Mieux vaut relire la biographie impeccable de Stephan Zweig.

 

1e

Voir les commentaires

Here - Les plus belles années de notre vie

A partir d'une idée originale et intrigante (poser sa caméra à un endroit et ne plus la bouger de tout le film), Robert Zemeckis construit une oeuvre qui alterne le moyen et le moins bon.

Au rayon des relatives satisfactions, il faut signaler la qualité du jeu du duo Tom Hanks / Robin Wright qu'on a plaisir à retrouver trente ans après Forrest Gump, l'ivresse ponctuelle de sentir la matérialité du temps qui passe dans cette maison plus que centenaire, quelques trouvailles de mise en scène qui jouent avec la contrainte de fixité de la caméra (un écran LED qui permet une variation infinie de ce qu'on voit par la fenêtre, quelques jeux de miroirs qui permettent de voir derrière la caméra, un système d'incrustation original dans l'enchaînement des scènes).

En ce qui concerne les points faibles du film, il y en a malheureusement beaucoup. Pour commencer, toutes les séquences qui ne concernent pas la famille principale sont très ennuyeuses et piteusement réalisées : les dinosaures de la préhistoire, les amérindiens amoureux, les premiers habitants de la maison dont on ne connaîtra pas l'évolution. On est aussi troublé par le processus de de-aging qui rajeunit le couple principal : cela introduit un je ne sais quoi d'artificiel dans l'image.

Les mésaventures de toute cette petite famille manquent aussi de relief. Les peines et les bonheurs s'enchaînent (mort, maladie, mariage, naissance, problèmes financiers) sans grande excitation et sans générer beaucoup d'émotions, comme si le dispositif adopté gelait notre empathie.

Bien tenté, donc, mais pas totalement réussi.

 

2e

Voir les commentaires

Father mother sister brother

Drôle d'idée que de donner le Lion d'or de la Mostra de Venise à cette oeuvre de Jarmush, somme toute mineure.

Dans ce film à sketch, le premier est le meilleur, et le seul vraiment intéressant, selon moi. Une fille et un fils rendent visite à leur père, joué par un Tom Waits égal à lui-même, c'est à dire roublard et inquiétant.

Adam Driver (probablement le meilleur acteur en activité) et l'excellente Mayim Bialik rendent cette réunion génialement gênante. On perçoit la plupart des non-dits et l'évolution de la conversation est très bien menée.

La deuxième partie est nettement moins bonne. Elle vaut surtout pour son casting de luxe (Charlotte Rampling, Vicky Krieps, Cate Blanchett) et la façon dont Jarmusch parsème des éléments qui résonnent avec la première partie, à la manière d'un Hong Sang-Soo, à qui j'ai énormément pensé. En vrac : une même expression (Bob's your uncle), le fait de trinquer (et se demander si on peut trinquer avec n'importe quoi), des Rolex, des harmonies de couleur dans les vêtements, etc.

Contrairement à la première partie, on ne perçoit pas vraiment les états d'âme des trois protagonistes, on ne comprend pas réellement leur relation, et le film semble progressivement tourner alors au procédé.

Quant à la troisième partie, elle n'a à proprement parler aucun intérêt. Les deux acteurs sont insignifiants et la situation (un frère et soeur viennent de perdre leur parent dans un accident) est sans originalité. Jarmusch ne nous épargne aucun cliché, y compris l'examen ému de vieilles photos, dans un Paris de carte postale dans lequel il y a toujours une place pour se garer devant le bar où l'on veut aller boire un coup. 

Un ensemble inégal, donc, et au final décevant.

 

2e

Voir les commentaires

L'engloutie

Format 4:3, absence d'éclairage artificiel, musique introductive à base d'onomatopées : dès les premières images on sent que le voyage proposé sera de type "auteuriste, âpre et sans concession ".

Et ce sera effectivement le cas. 

Si le film commence comme une plongée naturaliste dans une micro-communauté d'altitude en 1899, il évolue progressivement vers un fantastique lo-fi, bizarrement sexuel (utiliser une stalactite comme godemiché, vraiment ?) et comme sabordé par une mise en scène peu imaginative (l'avalanche comme métaphore du plaisir sexuel féminin).

Le manque d'impact, le casting hasardeux (on ne croit pas un instant à Samuel Kircher en montagnard du XIXème siècle), la fin approximative et la longueur excessive du film (1h37) rendent cette variation brouillonne sur le thème de la sorcière plutôt antipathique.

Récemment, le cinéma italien a proposé des portraits de jeunes femmes confrontées à la nature dans les siècles passés autrement plus enthousiasmants : je pense au splendide Piccolo Corpo de Laura Samani dans un genre fantastique, ou dans une veine plus réaliste au beau Vermiglio de Mauro Delpero.

C'est raté. 

 

1e

Voir les commentaires

Laurent dans le vent

Laurent est un jeune qui cherche sa place. Sans domicile, sans métier, psychologiquement instable, il échoue dans la station de ski des Orres.

Ce deuxième film du trio de réalisateurs Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon dresse donc le portrait de Laurent et de ses rencontres : une vieile femme grabataire, un géant qui veut fonder des colonies viking en Sibérie, une chèvre magique, Béatrice Dalle qui ramasse des plantes.

Baptiste Pérusat fournit une belle performance d'acteur, avec une candeur inquiétante qui peut rappeler par moment le Terence Stamp de Théorème.

Il y a dans ce (trop) long essai d'une heure quarante beaucoup du cinéma de Guiraudie. En vrac, la fluidité sexuelle, la mort, les bizarreries, le choc de solitudes dans une nature plus grande que l'homme, des personnages opaques et souvent légèrement antipathiques, une atmosphère qui flirte avec le fantastique.

Mais le résultat n'a pas la fantaisie grinçante du réalisateur du merveilleux Miséricorde. Il lui manque un surcroît de méchanceté, un grain de folie ou une bonne dose d'humour pour vraiment captiver. 

J'avoue m'être ennuyé, même si le film met en évidence la capacité du trio de réalisateurs à capter avec sensibilité les sentiments d'une jeunesse déboussolée et comme hors du monde.

 

2e

Voir les commentaires

La condition

Il y a beaucoup de choses intéressantes dans La condition

La reconstitution d'époque (le début du XXième siècle) est tout d'abord admirable. Les décors, les vêtements, la vie quotidienne, les rapports entre classes font l'objet d'une reconstitution minutieuse, baignée par une photographie admirable. On se retrouve vraiment immergé dans l'époque : ébloui par la flamme d'une bougie, fasciné par l'arrivée d'une automobile.

Le casting ensuite est très bon. Swann Arlaud sait comme personne d'autre jouer le machisme ordinaire, subtil mélange de tendresse, de violence instinctive, de frustration sexuelle, de mépris de classe et de personnalité névrosée. Les deux femmes sont également parfaites : Louise Chevillotte excellente en bourgeoise emmurée dans son temps et Galatea Bellugi qui confirme son talent brut découvert dans l'excellent Chien de la casse

Mais malgré toutes ces qualités, l'ennui n'a pas tardé pas à gagner le spectateur que je suis : peut-être par la faute d'un scénario extrêmement balisé, qui semble suivre scrupuleusement son programme initial jusqu'à un dénouement que l'on voit arriver de loin. Les quelques pas-de-côté de l'intrigue dans la dernière partie du film ne suffisent pas à ressusciter un intérêt qui s'est déjà bien délité durant la première heure.

Jérôme Bonnell sur Christoblog : Le temps de l'aventure - 2013 (*) / A trois on y va - 2014 (**)

 

2e

Voir les commentaires

La voix de Hind Rajab

Pari osé que tente ici Kaouther Ben Ania : habiller d'images de fiction les véritables enregistrements téléphoniques qui documentent le supplice enduré par une petite fille enfermée dans une voiture prise dans les tirs de l'armée israélienne à Gaza.

Si au départ la frontière entre fiction et réalité est assez claire, elle se brouille progressivement pour aboutir à une mise en abyme qui m'a laissé perplexe : les acteurs sont filmés en train de jouer des scènes réelles qu'on voit simultanément sur l'écran d'un téléphone portable.

Tous ces artifices de mise en scène aboutissent finalement à nous perdre et à désamorcer l'émotion que nous devrions éprouver, égarés que nous sommes entre les injonctions à compatir à la situation tragique de la petite fille réelle (photos bien émouvantes à l'appui), l'effort intellectuel de comprendre ce que nous voyons et le léger agacement que nous éprouvons face aux crises de nerf à répétition des acteurs jouant ceux qui ont traité les appels de la petite fille (mais dont la souffrance est à mille lieues de celle qui se joue sur le terrain).

Le film erre dans une sorte de no man's land décharné, situé entre le "thriller huis-clos téléphonique" à la façon du film danois The guilty et reconstitution sans véritable enjeu narratif, tant au final l'intrigue est atrocement simple.

On est loin de la richesse et des nuances du film précédent de Ben Ania, Les filles d'Olfa.

Kaouther Ben Ania sur Christoblog : Les filles d'Olfa - 2023 (****)

 

2e

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>