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The neon demon

Au moins, maintenant, Nicolas Winding Refn ne cache plus son jeu.

Ce qui m'avait si fortement déplu sans ses deux derniers opus (en gros, une outrancière primauté du style sur le fond) est ici pleinement assumé. 

Cela commence fort, avec dans les cartons du générique les initiales NWR comme gravées en arrière plan. Refn n'est plus un cinéaste, il est devenu une marque. 

On n'est donc plus vraiment dans du cinéma, mais dans une sorte d'egotrip qui n'a que peu d'équivalent dans l'histoire du cinéma - je ne vois que Fellini pour avoir proposé des oeuvres aussi esthétisantes, certes dans un style très différent, dont le contenu narratif devient complètement accessoire. 

Au début du film, l'arrivée du personnage jouée par la diaphane (et redoutable) Elle Fanning dans l'impitoyable monde de la mode essaye de maintenir encore une sorte de canevas narratif. On pense subrepticement à Mulholland Drive pour l'aspect "jeune et innocente" dans un milieu hostile, filmé bizarrement, mais NWR n'arrive qu'au mollet de Lynch.

L'impression fait long feu, The neon demon évoluant tout à coup dans une abstraction absconse et tape-à-l'oeil (les triangles et tout le barnum géométrique). On nage en plein porno soft lesbien type pub pour Chanel : c'est très mauvais.

La fin du film revient à son climat esthétique minimaliste du début dans un dernier volet que j'ai trouvé particulièrement réussi. NWR cadre alors pour le plaisir des créatures improbables qui évoluent dans une sorte de non-sens onirique particulièrement flippant, dans lequel on gobe un oeil avec une voracité goulue. Ca me plait.

A ce moment-là, NWR approche de l'art contemporain plutôt que du cinéma et on a envie de lui dire : Allez mon gars, encore un effort.

NWR sur Christoblog : Le guerrier silencieux - 2009 (**) / Drive - 2011 (*) / Only god forgives - 2013 (*)

 

2e

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Only god forgives

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/091/21009179_20130529135745784.jpgRegardez bien l'image ci-contre et imaginez Ryan Gosling en train d'essayer de garder exactement cette même expresssion pendant 1h30.

Voilà à quoi ressemble le dernier film de Nicolas Winding Refn, dont on peut dire qu'il est effroyablement raté. Scénario affligeant, personnages mutiques et caricaturaux, tics visuels vus un million de fois en mieux ailleurs, suspense inexistant, violence aseptisée qui ne fait même pas peur, le film est désastreux du début à la fin.

Only god forgives (au passage, quel titre ridicule, on dirait un James Bond) reprend nombre de situations de Drive, en thaï et en pire, comme la scène rigolote ou un homme se fait littéralement épinglé devant une assemblée de jeunes femmes se fermant les yeux, scène qui fait écho à celle du cassage de gueule dans Drive, perpétré devant un parterre de danseuses topless.

Pour fonctionner, un film de genre comme celui-ci doit pousser les limites, être super-inventif ou terriblement rythmé, sinon il déclenche une vague d'ennui effroyable.

Alors, pour me distraire durant la projection, j'ai imaginé toutes les façons de dérider Ryan Gosling :

  • lui chatouiller l'oreille avec une plume
  • pyro-graver ses pectoraux au fer à souder
  • le teindre en rouge, pour qu'il soit raccord avec la lumière du film
  • lui demander pourquoi il n'a pas eu le cran de venir à Cannes se faire siffler (au lieu d'inventer cette stupide histoire d'assurance à la noix)
  • lui dire que Winding Refn veut tourner une comédie avec lui (aïe, aïe, aïe) 

Plat, creux, glacé, c'est comme si toutes les défauts de NWR et aucune de ses qualités étaient réunis dans un seul film. Je ne suis même pas sûr que Dieu lui pardonne.

Nicolas Winding Refn sur Christoblog : Le guerrier silencieux / Drive

 

1e

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Drive

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/85/83/31/19814326.jpg

Avertissement : L'article que vous allez lire ne reflète que l'avis de son auteur. Il est parfaitement subjectif. Il comprend des phrases assez dures, susceptibles de heurter la sensibilité de jeunes lecteurs admiratifs du film.

Carey Mulligan fait la lessive. Carey Mulligan descend les poubelles. Carey Mulligan fait les courses. Quand elle rencontre Ryan Gosling, elle est heureuse et pose sa main sur la sienne. Cela pourrait être beau comme du James Gray, mais c'est profond comme La Boum. Notre couple de tourtereaux transis fait une virée bucolique dans les égouts à ciel ouvert - ou les réseaux de collecte d'eaux de pluie -  de LA (comme dans Grease). Ils échouent au bord d'une rivière où le soleil brille. Andrea Arnold ou Terence Malick ont récemment tourné des scènes de bord de l'eau intenses : ici on est plutôt dans un reportage réalisé par un stagiaire de France 3 Meuse. Ryan Gosling est content. Il regarde la télé avec le petit Benicio. C'est mimi tout plein.

Carey Mulligan est donc la potiche domestique. Elle regarde le bon Ryan défoncer le crâne d'un méchant à coup de talons avec un air un peu bovin, mais qui semble pétri d'intelligence à côté de celui d'autres potiches : celles, complètement dénudées dans le club, qui regardent sans un frémissement une autre scène de violence. La première scène fait bien sûr penser à Gaspar Noé, la seconde à Tarantino. Le problème est que Refn n'a pas le courage jusqu'au-boutiste du premier, ni la verve nerveuse du second.

Soit, si ce film n'est pas celui des femmes, alors peut-être est-ce celui des hommes ? Ryan Gosling hausse une première fois le sourcil après 45 minutes de film, alors qu'il est sur le point d'être tué. A ce stade du film il a dit 17 mots et exprimé 3 sentiments différents : le néant, l'ennui, la surprise amusée. Exactement comme Mads Mikkelsen dans Le guerrier silencieux. L'impassibilité de commande semble donc être la marque de fabrique de notre ami Refn. Les autres acteurs sont des parodies de malfrats, cruels et bêtes, montrés déjà mille fois par Scorsese et tout le cinéma de Hong Kong. Les soudaines explosions de violence ont été vues et revues cent mille fois depuis le choc de Reservoir dogs et la découverte du cinéma coréen. Drive n'apporte strictement rien de neuf de ce côté là. La fourchette plantée dans l'oeil n'impressionne plus personne.

Alors peut-être un peu de mise en scène, qui justifierait le prix du même nom donné à Cannes ? Et bien non, les efforts de Refn se résument à : filmer les visages décadrés, multiplier les ralentis sur les battements de paupières de Gosling et filmer des ombres sur le sol (procédé utilisé de façon autrement plus convaincante dans The Tree of life). La bande son (hors musique) ressemble au bruit d'une scie mal réglée et essaye de faire naître une tension que l'intrigue n'arrive pas à produire elle-même. Ce sont jusqu'au générique de début (très moche) et aux plans de fin qui sont effroyablement quelconques.

Qu'est ce que le film présente d'original ou de digne d'être noté ? A part la séance d'ouverture, superbe d'intensité, je ne vois pas. Le film est empesé, pesant et poseur. C'est donc sans discussion que je décerne le prix de film le plus surestimé de l'année à ce Drive pas du tout in.

Nicolas Winding Refn sur Christoblog : Le guerrier silencieux

 

Vincent Malausa dans les Cahiers du cinéma : " A jouer sur tous les tableaux - hommage, ironie ou pure fascination - Drive multiplie les effets de saute qui menacent sa belle ligne d'intensité. Lorsque cette instabilité affecte la forme même du film - autrement dit son Graal : la question du style - dans la dernière partie, un certain pompiérisme menace même le travail maniériste de l'auteur. "

Jean Baptiste Thoret dans Charlie Hebdo : "... du style mais aucune vision, de belles idées de plans et un sens incontestable de l'épate mais aucune idée de fond, un sens de la surface et du design mais aucune densité. "

La blogosphère est toute acquise à la cause de Refn, sauf Gagor et pierreAfeu, grâce auxquels je ne me sens pas complètement seul.

 

1e

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Le guerrier silencieux, valhalla rising

Mads Mikkelsen. Le PacteNicolas Winding Refn est le réalisateur de films cultes réputés pour leur violence et leur caractère minimaliste (la trilogie Pusher, Bronson). Avec Le guerrier silencieux, il propose une expérience cinématographique radicale.

Le héros principal, One eye, outre le fait d'être borgne comme son nom l'indique, est en plus muet et ne prononce pas un mot du film.

Les autres personnages ne sont guère plus loquaces : l'ensemble des dialogues doit tenir sur une feuille A4 recto verso.

Il y a deux façons de recevoir le film :

1 - Vous êtes éblouis par la splendeur des paysages, la qualité de l'ambiance, l'aspect panthéiste du film et la façon dont il donne réellement à sentir la puissance - l'indifférence - de la nature. Il y a du Terrence Malick (version Le nouveau monde) et du Werner Herzog (Aguirre) chez Refn. Si c'est le cas, l'envoûtement peut être puissant et durable.

2 - Vous considérez que le film est une version nordique et violente du calamiteux et méridional Chant des oiseaux. Même ésotérisme à 2 centimes d'euros, même tics de mise en scène. L'éviscération à main nue et l'éclatement de crâne à coups de pierre ne vous semblent pas les moyens les plus adaptés pour décrire la psychologie des personnages.

Pour ma part j'ai oscillé pendant tout le film entre les deux postures, la première finissant par l'emporter (de peu) sur la seconde. Ceci dit, pour être tout à fait franc, il y a quelque chose d'incroyable dans le fait de ne pas s'ennuyer en regardant ce film. Et c'est pourtant le cas.

J'ai oublié de vous parler du scénario, mais après tout, cela n'a peut-être pas beaucoup d'importance. Sachez qu'il est question d'un guerrier viking en colère, d'un enfant blond, de premiers chrétiens, d'une traversée (oppressante) en bateau, de l'Amérique comme terre promise, d'un enfer, puis d'un sacrifice.

Pour les aventuriers des salles obscures uniquement.

 

2e

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