Christoblog

Phantom thread

On peut dire à propos de Phantom thread les mêmes choses qu'à propos de There will be blood : la mise en scène est virtuose, Daniel Day Lewis est exceptionnel, le nappage musical incessant gâche tout, le film est beaucoup trop long ramené à son scénario squelettique et le maniérisme de Paul Thomas Anderson confine parfois au mauvais goût.

On s'ennuie d'abord lourdement. Même si les mouvements de caméra sont brillants, la naphtaline qui engonce le récit endort tout intérêt. 

Il faudra attendre le dernier tiers du film pour que le scénario se réveille un peu, d'une façon d'ailleurs toute relative. On peut dire que l'essentiel de l'histoire pourrait faire l'objet d'un moyen-métrage d'une heure environ. De toute façon, la musique, envahissante et disgracieuse, aura détourné votre attention depuis longtemps quand les évènements commenceront à devenir un tout petit peu originaux. Il faut vraiment insister sur la façon dont ces nappes de violons, cette sorte de free jazz maladroit et cet ersatz de musique baroque pourrissent véritablement le film, comme un nappage de gros sel polluerait un bon gâteau au chocolat.

La réalisation de PTA n'évite pas par ailleurs les lourdeurs. Pour n'en citer que quelques unes : l'insistance sur la cueillette des champignons, la scène de Nouvel an résolument ratée, l'amplification des bruits quand Alma mange et la scène au ski avec la neige qui tombe, d'une laideur remarquable.

Un beau gâchis.

PTA dans Christoblog : Punch-drunk love - 2001 (*) / There will be blood - 2008 (**) / The master - 2012 (*)

 

2e

Commenter cet article

dasola 26/02/2018 20:15

Bonsoir Chris, en ce qui me concerne, la musique m'a plu et ne m'a pas dérangée du tout. Elle accompagne tout le film et c'est très bien ainsi. Bonne soirée.

Bellin 20/02/2018 07:32

« Tout ce qui est exagéré est insignifiant. » Le Diable Boiteux avait-il raison ? Ce que je sais, c’est que chaque fois que je tombe, ici ou ailleurs, sur une critique implacable, impitoyable, aussi subtile qu’un coup de masse, aussitôt un clignotant rouge s’allume dans mon cortex et je me précipite pour juger par moi-même du potentiel chef-d’œuvre en grand péril. (Ce que je fis récemment à propos du dernier opus de Woody Allen, ici aussi dépecé tout vif et avec quelle rage méprisante !)
Bref, le dernier opus de celui qu’on surnomme PTA m’a séduit au plus au point. C’est subtil, sinueux, insidieux, arachnéen, un brin pervers, à la fois extrêmement décoratif et profond, esthétisant et humain donc bouleversant. L’enjeu artistique et psychanalytique va bien au-delà du reportage sur un grand couturier londonien à la Balenciaga et la description d’une relation amoureuse désaccordée entre un Pygmalion maniacodépressif et sa jeune créature, une serveuse sans histoire mais non sans ambition amoureuse. Tisser ces deux thèmes serait déjà une gageure. Mais l’objectif de Paul Thomas Anderson est ailleurs, plus subtil, plus retors, avec ici ou là des saillies ironiques voire goguenardes. Son ambition artistique : broder d’infinies variations sur un thème peu connu et rarement abordé à ma connaissance au cinéma, à savoir « le syndrome de Münchhausen par procuration » : on rend quelqu’un malade pour pouvoir le soigner. Dans le film, Alma, qui a perdu sa mère très jeune, a donc besoin qu’on ait besoin d’elle et le couturier narcissique, hanté par le fantôme maternel pour qui il créa sa première robe de mariée devenue suaire immaculé (!), va devenir une proie, d’abord fascinée, peu à peu consentante, se débattant pourtant avec frénésie… puis totalement paralysée dans la toile d’araignée des brocarts que lui-même faufile éperdument , sous l’œil d’une sœur qui lui tient la bride et régente tout ! Quel programme ! Ni répit ni ennui. Tout est délectable au second voire au troisième degré. Ainsi, la libido étrangement absente et hors-champ trouve son correspondant dans la débauche d’aliments, de breakfast, de somptueux déjeuners qui affriandent ou enveniment les relations du couple, du duo/duel frère-sœur, du travail à l’atelier, des rituels mondains, etc. Quel appétit à s’entredévorer façon british ! En fait, le film aurait pu s’appeler “The Master”. Du grand Art, septième du nom, tant l’ensemble de la réalisation est accordé au projet : écriture du scénario, mise en scène, montage, mise en images et en musique (néoromantique), interprétation triplement habitée, décor raffiné de W. Morris, designer socialiste… issu de l’aristocratie victorienne ! Un paradoxe de plus. Un clin d’œil au personnage d’Alma, jeune émigrée partant à la conquête d’un monstre à deux têtes. Evidemment, à un tel degré de sophistication, de délicieuse perversité (car plusieurs visions de PHANTOM THREAD ne sauraient en épuiser les innombrables pistes et méandres) on est loin, très loin du plaisir brut de décoffrage que peut procurer un blockbuster ! Ceci dit, je l’admets volontiers : nul n’est obligé d’aimer et on peut légitimement préférer un jambon-beurre à un Parmentier de queue de bœuf aux truffes ou bien un jean déchiré aux genoux à un déshabillé de Chantilly parme !
Mais nul critique, cher Chris, ne peut ni ne doit – sous prétexte qu’il a mal digéré ce jour-là et qu’il a maintes fois bâillé – se laisser aller à un billet désinvolte qui confine au pur mépris !

Chris 21/02/2018 21:36

Cher ami, mon article n'est pas si mauvais que cela : je mets quand même 2 **, et je souligne l'interprétation de DD Lewis et la virtuosité de la mise en scène. On ne peut pas dire que ma critique est impitoyable.
D'autre part elle est argumentée : c'est la musique qui m'a empêché d'adhérer au projet au film. Pendant la projection, je me bouchas les oreilles, et le film me paraissait tout à coup bien meilleur.
De plus, je ne vois pas du tout pourquoi tu fais référence au syndrome de Munchausen par procuration, dans lequel il s'agit d'attirer l'attention du corps médical, ce qui n'est pas du tout le cas ici (on pourrait dire empoisonnement, non ?)

anne 15/02/2018 08:54

je comptais voir ce film mais le fait d'avoir à subir une musique forte et très envahissante arrête totalement mon projet ; avec des boules Quiès peut être !

Bellin 22/02/2018 03:07

Je voulais bien sûr écrire : "... le problème n'est pas que TU TE SOIS EGARE dans cette œuvre labyrinthique etc. "

Bellin 22/02/2018 03:00

Dans une interview au Monde, c’est l’auteur lui-même qui donne cette piste du syndrome. Par ailleurs, personnellement je n’ai pas ressenti, mais vraiment pas du tout, l’envahissement musical ni sa médiocrité, improbable alliance de "free jazz maladroit" et d' "ersatz baroque" (?). Bref, cher Chris, j’en conviens, tu commences par concéder quelques petites qualités pour asséner le couperet final : « un beau gâchis » ! Le problème (mineur), à mon avis, n’est pas que tu ne sois pas entré dans cette œuvre raffinée particulièrement labyrinthique mais que tu n’y sois tout bonnement pas entré ! Cela arrive. Il est donc logique que certains de tes fidèles lecteurs – dont je m’honore d’être – aient été floués de ne pas pouvoir saisir le "Phantom thread" d’Ariane ! Pour ta pénitence, comme autrefois pour les contempteurs de Carmen ou du Sacre, je te suggère une seconde expérience. Chiche ? Et bien sûr sans rancune.