Christoblog

Juste la fin du monde

C'est raté.

A vrai dire, on pouvait s'en douter un peu, tellement le casting sentait la fausse bonne idée et la succession de numéros d'acteur.

Après un prégénérique plutôt réussi et typiquement dolanien (moult ralentis et une bande-son poussée à fond), le film s'écroule selon nos pires craintes dès la première scène.

On sait alors en une minute que l'on va devoir assister à une succession de stéréotypes outrés.

Ainsi, Vincent Cassel fait du Vincent Cassel : il ne semble ouvrir la bouche que pour humilier et être agressif. Léa Seydoux lui répond sur un mode ado-rebelle (elle n'est pas un peu âgée pour ce type de rôle ?) qui se drogue et crie tout le temps. Car Juste la fin du monde ne ménage pas de répit : c'est ce type de film où on hurle des répliques comme "ARRETE DE CRIER".

Marion Cotillard joue la cruche. Evidemment. Pour bien nous faire comprendre à quel point elle est bête, elle bégaye sans cesse et ne finit une phrase qu'au bout de 1h10 de film. Nathalie Baye, peinturlurée et méconnaissable, est certainement le personnage le plus intéressant du film, alors que Gaspard Ulliel joue le silencieux taciturne avec une monotonie rebutante (mais comment peut-il ne rien dire à ce point !).

Le film n'est malheureusement qu'une juxtaposition de monologues. Chaque personnage joue sa partition indépendamment des autres et jamais l'intrigue ne progresse du fait de l'intéraction entre les différents membres de la famille, chacun étant réduit à incarner sa propre caricature.

Le cinéma de Dolan, pour fonctionner, nécessite d'emporter le spectateur dans un tourbillon irrésistible, comme c'était notamment le cas dans Laurence anyways et Mommy, qui sont des films épiques, au sens dolanien.

Le huis clos ne sied pas au jeune canadien : son cinéma paraît tout à coup factice et désincarné. A ce titre, il est étonnant de constater à quel point la géographie de la maison de famille n'imprime pas le film. Alors que le Festival de Cannes était cette année plein de maisons incarnées et superbement filmées (dans Aquarius, Sieranevada ou L'économie du couple par exemple), celle de Juste la fin du monde est transparente, et peu habitée, à l'image de tout le film. 

Xavier Dolan sur Christoblog : J'ai tué ma mère 2009 (**) / Les amours imaginaires - 2010 (**) / Tom à la ferme - 2012 (**) / Laurence anyways - 2012 (***) /  Mommy - 2014 (****)

 

1e

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Jeremy 22/09/2016 18:09

Que vous n'aimiez pas, c'est votre droit.
Mais est-ce que vous pourriez au moins lire la pièce dont le film est adapté, au moins pour faire correctement votre travail et pousser votre réflexion, pour que nous n'ayons pas à lire une critique aussi peu habitée et aussi racoleuse, que ça aille plus loin que "J'aime pas-les acteurs sont mauvais".

Merci.

Chris 22/09/2016 18:51

Que le film soit tiré d'une pièce ou pas ne présente pour moi aucune importance. Si je devais lire toutes les oeuvres dont sont tirées les films que je vois, je n'irais plus au cinéma ! Je critique simplement le film pour ce qu'il est.
De plus, il me semble que j'apporte dans mon billet toute une série d'arguments, non ? Quels seraient les vôtres pour défendre le film ?

Matheron Jean Luc 22/09/2016 18:15

Tout à fait d'accord et en matière d'adaptation intelligente c'est réussi , c'est autre chose que le texte de Lagarce lu ou mis en scène au théâtre, mais ça converge et ça souligne, ça ne trahit jamais
is

Matheron Jean Luc 22/09/2016 07:21

Désolé de vous contrarier mais partant de l'oeuvre testament de Lagarce, biographique mais universelle à la fois, Dolan l'a transfigure et nous la transmet dans son art, le 7e. Ce film tant sur le fond que sur la forme m'apparaît magistral et chacun des acteurs à son top . Qu'il divise par ses choix radicaux et qu'on puisse l'apprécier ou le détester est aussi une preuve du risque pris . Moi c'est ce que je cherche au cinéma des cinéastes qui osent, comme Dumont dans Ma Loute ou Dolan ....Loach fut bien une palme de consensus car qui détesterait Ken Loach !

Matheron Jean Luc 22/09/2016 13:28

Les choix radicaux ....Effectivement ce film est sûrement le plus sobre de Dolan , ce que certains apprécieront, mais restent une image - ou un filmage quand même atypique, gros plans majoritairement , et une bande son toujours dolanesque, ce qui n'en fait pas et n'en fera pas un film grand public , accessible à tous , et explique l'ennui de certains spectateurs voire l'exaspération qui peut amener à quitter la salle où resteront les conquis comme pour Ma Loute , Rester Vertical et quelques autres films cannois qui sortent des sentiers battus ( Sierranevada, Tony Erman ...)

Chris 22/09/2016 13:04

Jean Luc, vous ne me contrariez pas, tous les avis sont les bienvenus.
Une observation tout de même : je ne vois pas de choix radicaux dans Juste la fin du monde. Au contraire, tout ce qui faisait le sel des films de Dolan parait ici sacrifié aux stars du casting.

Bellin 21/09/2016 16:19

Tout à fait d'accord, Chris, c'est vraiment raté. Ce psychodrame plein de bruit et de fureur m'a paru laborieux et pesant. Donc épuisant. Et consternant, s'agissant du petit génie canadien (qui m'a jusqu'à présent enthousiasmé). Peut-être le succès lui rogne-t-il les ailes comme le malheureux coucou qui s'échappe (?!) de sa pendule à la fin du film – oh ! la puissante métaphore !!!. Pire, je n'ai rien ressenti, jamais ému ni concerné. Même l'épée de Damoclès de la mort annoncée mais jamais dite m'a laissé de glace. Et pourtant, Ulliel a déclaré : "Ce personnage qui avance inévitablement vers la mort, c'est le seul qui soit véritablement en vie." Ah bon ? C'est ça, la vie ? La vie de famille ? Une clique de pantins, une juxtaposition de monologues surjoués ? Eh bien, non, Gaspard, ça, c'est du théâtre, et du genre emmerdant et factice. En fait, ici le casting bouffe le film, le rendant démonstratif et asphyxiant, chacun jouant sa partition fortissimo selon le contrat signé ("Chouette, j'ai décroché l'un des 5 rôles, bingo !") : Cotillard fait la bécasse soumise avec un talent épuisant, Léa Seydoux l'hystérique prolongée, Cassel pousse ses habituels coups de gueule virils... (J'avoue toutefois que mon seul moment d'émotion, fugace et tardif, c'est lorsque le macho incompris pète un plomb tout à la fin). Sinon, rien... En fait, ce scénario, déjà faiblard et rabâché dans la pièce, n'était pas fait pour Dolan qui, à mon avis, nous donne le remake de "Tom à la ferme", autrement sobre et inspiré. J'ajoute qu'il y avait ce matin beaucoup de monde à la séance du MK2. Je me suis demandé en sortant, consterné et épuisé, combien, comme moi, osaient s'avouer qu'ils se sont emm... , qu'ils sont terriblement déçus et que la Palme d'or 2016 est surfaite ?
Nostalgie... Elle n'est décidément plus ce qu'elle était. "J'ai tué ma mère", c'est si loin... c'était si inventif, si vrai, si hors casting de rêve ?!...

Chris 21/09/2016 22:15

Merci de ton commentaire, toujours très fouillé !
PS : le film a eu le Grand Prix du jury, et non la Palme d'or...