Christoblog

Mommy

On attendait la grande oeuvre de Xavier Dolan, la voici.

Tout ce que promettait le jeune prodige québécois explose ici avec une maîtrise exceptionnelle : direction d'acteurs admirable, énergie électrisante, sens de la mise en scène époustouflant. Je me souviendrai longtemps de la trouvaille visuelle qui accompagne la scène du skateboard et la musique d'Oasis (je ne veux pas en dire plus, au risque de gâcher l'effet de surprise) : je crois que c'est le moment de cinéma qui m'a le plus impressionné de toute ma vie de cinéphile. Mon coeur s'est littéralement dilaté. Des idées géniales commes celle-ci, le talent inné et complet de Dolan semble pouvoir en produire plusieurs à la minute.

Mommy est aussi - et sûrement avant tout - une tornade émotionnelle provoquée par deux actrices et un acteur qui repoussent les limites de l'art de jouer : ils sont géniaux de bout en bout, Anne Dorval en tête. La première scène de violence est déjà un paroxysme de tension et d'émotion, qui sera suivi par bien d'autres. Dolan y réussit également quelque chose d'un peu nouveau pour lui : changer de style visuel fréquemment, pour coller au sujet de la scène.

Le seul petit bémol pour moi se situe vers la fin du film, que je trouve moins convaincante : la projection dans l'avenir est un peu naïve, la scène du parking inutilement longue, et le tout dernier plan ne m'a pas entièrement convaincu. C'est toutefois bien peu de choses pour un film qui aurait fait une belle Palme d'Or. 

Xavier Dolan sur Christoblog : Tom à la ferme (**) / Laurence anyways (***) / J'ai tué ma mère (**) / Les amours imaginaires (**)

 

4e

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Mozart 26/01/2015 18:14

Tout à fait d'accord avec Frédéric !! Ca fait du bien de lire quelqu'un qui ne cède pas aux sirènes de l'unanimisme ! Film hystérique oui totalement ! Film racoleur, outrancier et insupportable oui ! Dialogues et scénario à gerber oui ! Musique pathos aux moments clés, destinée à masquer le manque total d'émotion suscitée par le film oui ! Mise en scène racoleuse aux tics irritants oui (génial l'idée de filmer dans un cube pendant tout le film ... non non t'as pas compris c'est pour montrer l’oppression subie par le personnage principal ... ah ouais génial comme effet toc ... a quoi ça sert d'être passé au 16/9e !! )! Acteur principal insupportable oui ! Chef d'oeuvre non mille fois non !

Chris 30/01/2015 23:25

Je comprend parfaitement qu'on puisse ne pas aimer ce film, qui n'est pas aimable par tous. Je pense qu'il faut, comme pour La vie d'Adèle, avoir une disposition d'esprit spéciale.

anne 23/10/2014 18:56

Bravo au sieur Frédéric , je viens seulement de lire sa critique que j'approuve de A à Z

anne 23/10/2014 18:46

un film explosif .....on aime ou on n'aime pas, on reste ds la salle ou on ne supporte plus ce langage agressif , vulgaire grossier , continuel Moi je ne supporte pas , comme je ne supporte pas les pétarades bruyantes de certains jeunes ds les rues de ma banlieue .....je me suis dit , ça va passer , alors stoiïque je suis restée ....pas émue du tout , désolée . J'ai la même opinion que Alain Riou ds le masque et la plume .
ah oui j'oubliais de dire ma gêne ds les scènes de rire des 2 femmes , c'est tellement forcé !
trop c'est trop. Du mauvais cinéma .

Federic 13/10/2014 10:10

je pense que mon approches du cinéma doit être diamétralement à l'opposé de l'engouement médiatique: Je place l'"émotion" sans doute à un tout autre niveau, très éloigné de ce que je considère comme du pathos, de l'esbroufe, de la surenchère lacrymale.... de la sensiblerie au degré zero. «Production de l'émotion obtenue par une résistance à l'émotion.» «Emouvoir, non pas avec des images émouvantes, mais avec des rapports d'images qui les rendent à la fois vivantes et émouvantes" disait encore Bresson. Mommy répond pour moi plutôt à cette série de films dans l'air du temps, portés par ce gout de la "branchitude".

Frederic 12/10/2014 07:45

Bresson: "Films lents ou tout le monde galope et gesticule; films rapides ou l'on bouge à peine". Mommy est un film hyper hysterique sur un ado vulgaire et hyperactif dans un univers de maniaco depressif, pour un resultat "hyper chiant"... Xavier Dolan n'est pas un cinéaste mais un realisateur de vidéo-clip (c'est une succession de tubes pop' qui illustrent des situations chaotiques ou j'ai eu un mal absolu a suivre les dialogues (je ne parle pas du parlé québéquois; mais des sous titres qui nous revellaient la pauvreté des dialogues)... Les critiques dythirambiques nous vantent l'émotion que sucite ce "chef d'oeuvre". ...Mais c'est en fait l'expression la plus racoleuse du pathos au cinéma auquel j'ai assisté. Le pathos au theatre cela passe encore, mais ici tout est dans l'exces et la surrechère. Je pensais à Mamma Roma, mais là ou Anna Magnani magnifiait la "tragédie" mise en scene avec génie par Pier Paolo Pasolini, les acteurs de Xavier Dolan nous font subir un long et pathetique mélodrame familial sur des névrosés sans interet. Ne parlons pas de mise en scene, de talent de cineaste novateur... Image reduite au 1/3 (puis effet de suprise au bout d'1h30, l'ado "élargit l'écran); couleur jaunatre et verdatre délavée (tiens les critiques qui descendaient la lumiere de The Immigrant, ou le cadre dans Ida, trouvent ici que c'est le fruit d'une maîtrise exceptionnelle... je trouve cela assez malhonnête, et pour tout dire ce film est un pure objet de mode, tres "IN" et branché. Le cinéma de Xavier Dolan est une escroquerie, un point c'est tout. Il n'y a rien à sauver de ce catalogue de platitude et d'effets lacrymal qui va à l'encontre de ce que j'attends du cinéma. J'aime être surpris par un cineaste de talent qui me transporte en dehors des codes: Mais n'est pas John Cassavetes qui veut, et Anne Dorval ne rivalisera jamais avec l'admirable Gena Rowlands, hysterique géniale et bouleversante dans Une Femme sous influence....