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Laurence anyways

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/80/49/20129801.jpgPeu de films peuvent prétendre laisser un souvenir qui s'améliore à ce point avec le temps.

Disons-le tout net, pendant la projection, ce sont surtout les défauts du film qui m'ont sauté aux yeux : quelques hésitations des acteurs, des scènes qui s'étirent sans justification, des kitscheries à répétition, une narration qui s'emberlificote, une BO et une bande-son souvent poseuse.

Et puis, à l'usage, le temps passant, il faut bien reconnaître qu'on ressort marqué par le film et impressionné par le souffle romanesque qui le traverse. Le mérite en revient à l'interprétation incroyable de Suzanne Clément (prix d'interprétation à Un certain Regard cette année). L'actrice est sublime, tour à tour forte, faible, brisée, reconstruite, en colère, amoureuse : elle utilise un spectre d'une variété incroyable, tout en maintenant une densité de jeu exceptionnelle. Monia Chokri (sa soeur) est également très bonne, tout comme Nathalie Baye qui campe une mère capable d'une cruauté effarante.

J'ai été beaucoup moins convaincu par la prestation de Melvil Poupaud, dont la greffe québécoise tarde à prendre dans le film. J'ai eu beaucoup de mal à croire en son histoire, et j'ai trouvé son jeu parfois approximatif. Le film se déroulant, cette impression s'est heureusement progressivement estompée, au fur et à mesure que le personnage prend de l'assurance dans sa nouvelle vie.

Quant à la mise en scène de Xavier Dolan, j'en viens à penser qu'il faut la prendre dans son ensemble et l'aimer telle qu'elle est, en entier, ou pas. Après trois films, force est de constater que les mêmes tics se reproduisent de films en films : personnages filmés de derrière, ralentis, gros plans (en particulier sur les visages), incrustations bizarres, scènes oniriques, montage cut sur une BO jouée très fort, pluie d'objets, etc.

Après réflexion, j'ai décidé d'aimer son style, qui ici sert en plus habilement un propos à forte charge émotionnelle. Dolan devra chercher dans l'avenir à s'entourer de professionnels en qui il pourra avoir confiance : un vrai monteur professionnel l'aurait probablement aidé à construire son film de façon plus efficace. Il semble pour l'instant s'enfermer dans la posture d'une jeune artiste complet, démiurge omnipotent régnant sur son grand oeuvre.

Mises à part ces quelques réserves, Laurence anyways constitue le premier jalon d'une importance significative dans la carrière du jeune québécois, qu'on sent irrésistible.

Xavier Dolan sur Christoblog : J'ai tué ma mère / Les amours imaginaires

 

3e

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Claire 12/09/2012 07:34

Compliqué d'écrire sur ce film, dont les tiroirs débordent...Mais force est de constater qu'après deux mois, on y pense encore, et on se le remémore avec précision.

Chris 13/09/2012 19:24



J'aurais pu écrire trois critiques très différentes de ce film : une mauvaise à certains moments du film, une moyenne à la sortie, et une très bonne aujourd'hui...



pierreAfeu 22/07/2012 10:46

Me voilà d'accord avec toi et Mymp, c'est incroyable ! Je n'ai même pas vu les défauts du film en le voyant. C'est foisonnant et gonflé et ça fonctionne.

Chris 31/08/2012 23:34



Absolument, et plus le temps passe, plus je trouve que c'est un bon film.



heavenlycreature 21/07/2012 11:12

Pareil Chris. En en sortant hier soir, ce sont les défauts qui m'ont d'abord traversé l'esprit et puis ce matin, je me rend compte que certaines scènes me hantent... j'y repense... c'est donc que
c'est vachement bien !

Chris 31/08/2012 23:35



Oui, c'est un film jalon.



mymp 09/07/2012 17:56

Mouais, t’as aimé parce que j’ai dit que j’avais aimé en disant que t’allais pas aimer parce que j’avais aimé, du coup tu aimes exprès pour dire que t’as pas aimé en fait, sinon t’étais trop
prévisible en disant que t’aimais pas. C’est clair ?!

Chris 09/07/2012 19:25



Bien sûr, c'est clair. Conclusion : si tu avais pronostiqué que je n'aime pas Faust, j'aurais fait une critique dithyrambique !