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Articles avec #jake gyllenhaal

Okja

Okja ne sortira pas en salle, et c'est bien triste. Pour ceux qui, comme moi, pensent que le média cinéma ne peut se concevoir sans l'expérience du collectif, du grand écran et de l'extérieur, la nouveauté n'est pas plaisante.

On peut penser que les réalisateurs qui se dirigeront vers Netflix comprendront progressivement que leur propre intérêt n'est pas de travailler à la mort de leur activité : Bong Joon-ho affirme que Netflix lui a laissé toute liberté pour réaliser son film, mais quel intérêt si le grand public n'a pas accès à Okja ?   

Heureusement, je suis persuadé que le modèle Netflix n'est pas destiné à triompher : son audience se rendra finalement compte qu'elle est prisonnière, l'effet de mode passera et les auteurs ne se priveront pas aussi facilement de la reconnaissance associée à une sortie en salle (ainsi que d'une sélection au Festival de Cannes, par exemple, pour les plus talentueux d'entre eux). 

Mais revenons au film. Le dernier opus de Bong Joon-ho est à la limite du film pour enfant. Le début de Okja, dans la forêt coréenne, est très réussie : images époustouflantes, travail hyper réaliste et réussite totale de la première scène d'action le long de la falaise. Le second degré à la sauce coréenne (avec une bonne dose d'auto-dérision) est manié à la perfection par le réalisateur, même si ce n'est pas toujours très fin. La façon dont la mode des selfies est croquée est délicieuse.

L'attaque par les terroristes écolos très politiquement corrects est à mourir de rire. Elle marque, avec la course poursuite remarquable dans le supermarché, l'apogée du film, qui dans sa deuxième partie perd petit à petit en consistance.

Comme si souvent pour les cinéastes du monde, le talent du coréen semble se diluer dans le mauvais goût et les conventions une fois qu'il s'exerce aux USA. Même si Tilda Swinton et le reste du casting fait de son mieux (à l'exception notable de Jake Gyllenhaal qui signe ici sa pire prestation), le film ronronne tout à coup. Les scènes coréennes donnaient l'impression d'être ouvertes sur la ville, celles de New York semblent enfermées dans une sorte de cour miniature sclérosante.

Je résume. Deux films dans Okja : le premier coréen, très bon, le second américain, médiocre.

 

2e

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Nocturnal animals

J'avais beaucoup reproché à Tom Ford dans son précédent film  (A single man), de privilégier la forme au fond.

Dans Nocturnal animals, il me semble que c'est bien l'inverse qui se passe : il utilise sa brillante façon de filmer pour rendre passionnant un scénario intelligemment construit.

Pour résumer succinctement (et sans spoiler), le principe du film est de rendre intéressante une vie somme toute quelconque en l'entremêlant avec le récit d'une fiction (terrifiante) écrite par un des personnages : c'est un procédé qui me semble assez original, et qui place le film quelque part entre Hitchcock et Almodovar.

Au service de l'exercice, de style Tom Ford parvient à mettre : une direction d'acteur irréprochable (excellente prestation de Michael Shannon par exemple), une photographie admirable et un sens du montage redoutablement efficace (par exemple dans la scène nocturne des voitures, un vrai morceau de bravoure).

Du coup, le film est passionnant à regarder, nous entraînant dans un labyrinthe dont on ne distingue pas facilement l'issue. Le contraste entre les couleurs chaudes du Texas fantasmé et les couleurs froides de la métropole est un ravissement visuel.

Je ne comprends pas trop la frilosité de la critique à l'encontre du film. Son seul point faible  se situant peut-être dans la grossièreté de certaines coutures dans le montage alterné fiction / réalité, et dans la répétitivité des séquences "Amy Adams émerge de sa lecture en jetant ses lunettes de surprise".  

Pour ma part, je le recommande aux amateurs de films étranges et romanesques.

Tom Ford sur Christoblog : A single man - 2009 (*)

 

3e

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Everest

Baltasar Kormakur est décidément friand de récit dramatique tourné dans le froid : après avoir filmé le calvaire d'un marin islandais dans l'eau glaciale (Survivre), le voici qui raconte une expédition virant à la catastrophe en 1996 sur l'Everest.

Le film est en 3D (je ne crois pas qu'on puisse le voir en 2D) et une fois de plus, il faut bien avouer que le procédé n'apporte rien au film. Au contraire, la 3D accentue l'aspect artificiel de certains décors. 

L'aspect documentaire est pourtant le point le plus intéressant du film : l'approche du camp de base est joliment filmé, l'envahissement de l'Everest par des agences de voyage peu scrupuleuses est intéressante, et les péripéties ont un aspect un peu sec qui évite (presque) tout sentimentalisme. 

Dans Everest, pas de péripéties classiques et téléphonées (adieux émouvants entre alpinistes, corps suspendus au bout d'une corde), on se concentre sur l'essentiel : on meurt en tombant à l'arrière-plan.

Le film parvient ainsi à donner une sensation assez réaliste de ce qu'est une course en Himalaya, en ménageant sa part de grand spectacle. Pas facile de dire au début du film qui s'en tirera, et qui y restera, ce qui constitue en soi une qualité.

A noter que le film est tiré d'un livre de John Krakauer, présent dans l'expédition, et qui écrivit aussi le livre adapté par Sean Penn dans Into the wild.

Du beau spectacle au casting XXL, plutôt honnête à défaut d'être super-spectaculaire.

 

2e

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Prisoners

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/362/21036200_20130904173936565.jpgPendant les 2h33 que dure le nouveau film de Denis Villeneuve, je n'ai pas beaucoup arrêté de penser au sublime film de David Fincher, Zodiac. Les rapprochements potentiels sont en effet nombreux : meurtrier insaisissable, ambiance grise, policier laborieux et solitaire joué dans les deux films par Jake Gyllenhaal, fausses pistes...

Disons-le, la comparaison s'avère défavorable à Prisoners sur tous les plans. La mise en scène de Fincher est plus ample, plus fluide, moins tape-à-l'oeil que celle de Villeneuve. Le scénario est aussi infiniment plus ambitieux dans Zodiac, donnant à sentir le temps qui passe, sans céder à la faiblesse de donner au film un (relatif) happy end.

Cette comparaison étant faite, Prisoners n'est pas désagréable à regarder, bénéficiant d'une superbe photo grisâtre (il ne fait JAMAIS beau dans le film), et ménageant doucement un suspense bien pépère. 

Denis Villeneuve fait moins d'erreurs de goût que dans son précédent film (Incendies), mais sa mise en scène reste toutefois marquée par des tics un peu faciles (le sifflet, les voitures qui arrivent et repartent). C'est  le jeu des acteurs qui rend le film au final plutôt agréable, tous les rôles étant convaincants.

A voir si vous avez le temps.

 

2e

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