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Mon roi

Chez Maïwenn, le mauvais goût est érigé en style.

Quand le sujet s'y prête, que les acteurs sont collectivement à l'unisson du projet, et que l'humeur du spectateur est adaptée, la réussite peut être au rendez-vous (cf mon avis sur Polisse).

Quand le sujet nécessite un traitement délicat et subtil, comme c'est le cas ici, on avoisine la catastrophe.

Mon roi est horripilant par bien des aspects : c'est un cinéma de l'hystérie sur le fond, et du remplissage sur la forme.

Les personnages ne peuvent (ne doivent ?) s'exprimer que dans l'outrance. L'intensité du sentiment ne semble pouvoir se matérialiser que par la démesure des comportements. Ils pleurent, hurlent, se droguent, se soûlent, baisent sur les tables d'un restaurant, passent leur main à travers une vitre, se suicident, dans un même élan. Dans ce cinéma qu'on dirait réalisé sous l'influence d'une drogue euphorisante, il ne semble pas permis d'être subtil.

Vincent Cassel est ici laissé totalement en roue libre, cabotinant comme jamais, jouant avec insolence un rôle qui lui va bien : le phalocrate séducteur qu'on a envie d'étrangler cinq ou six fois dans le film.

Sur la forme, Maïwenn ne semble jamais en mesure de gérer la complexité de l'histoire qu'elle tente de raconter. Elle "remplit" donc son film de scènes redondantes, ou inutiles, à l'image des scènes tournées dans le Centre de rééducation spécialisé, qui ne présentent aucun intérêt. La façon dont elle insère artificiellement dans sa narration des jeunes de banlieue est ridicule. Pour ce qui est de la répétition, on peut carrément prévoir le déroulement de chaque scène à partir d'un archétype qui revient sans cesse : séduction, esbrouffe, on dérange les autres en rigolant, crise de nerfs, réconciliation sur l'oreiller. 

En sortant de la salle, j'avais l'impression d'avoir passé deux heures dans un tambour de machine à laver, à regarder des gens faire leur valises pour aller à l'hôpital. Un film épuisant, inutile, gênant.

 

1e

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Clem 29/11/2015 19:19

Une critique avec laquelle je ne peux qu'être à 100% d'accord ! Aucune subtilité et dieu que c'est stupide... On dirait que Maïwen a ouvert un livre de la psychologie pour les nuls afin de dresser un portrait de ses personnages, du pervers narcissique de seconde zone à l'hystérique la plus foirée de ces dernières années, rarement un film m'avait autant horripilé de par son inconsistance psychologique... Un vrai gâchis !

carole 10/11/2015 10:41

C'est drôle car tout ce que tu as détesté c'est ce que j'ai aimé dans ce film... j'ai aimé la façon dt la réalisatrice nous transmet le regard de cette femme qui sent le piège, lutte et rechute. J'ai trouvé tous les acteurs justes, mention spéciale à Cassel qui est tour à tour, pervers et hypersensible. J'aurai juste un bémol sur les longues scènes d'éclates avec les jeunes du centre de rééducation. J'étais dans le tambour de la machine avec les personnages sans avoir le temps de "voir" la mise en scène, ni le jeu. C'est fort !

Pierre 21/10/2015 18:53

encore un avis qui détonne vraiment des avis répandus et rencontrés dans ce que j'ai pu voir et entendre au cours du plan média de ce film ( c' à vous France 5, LGL canal +, RTL etc.); merci Internet et ton blog pour offrir souvent un éclairage différent.

Mais au sujet du "mauvais goût", je ne suis pas certain qu'il existe vraiment. Ou alors il est changeant selon la CSP des personnes qui jugent. Et c'est souvent condescendant.

:-) :-):-) :-):-) :-)
"Mon Roi" semble en effet sur un sujet vraiment délicat et subtil mais parfois on est soi-même si loin d'une réalité qu'on peut avoir beaucoup de mal à croire ce que l'on voit, refuser de croire ce que l'on voit en préférant nier la réalité, en refusant de croire que cela puisse être possible....un peu le wishful thinking Anglais.
Ce que tu trouves hystérique est peut-être la manière dont certains couples vivent.
Ce qui est outrance pour certains, peut n'être que passion et amour pour d'autres.
La démesure des comportements est souvent jugée démesurée par des gens plus (trop?) "raisonnables".
"Pleurer,hurler, baiser"...n'est ce pas un un peu vivre?

Mon commentaire est un peu Béatrice Dalle-iènne :-) :-) :-) :-) mais je me comprends.
Je suis aussi très très éloigné de ce que sembles décrire mais je n'avais pas non plus trop cru à la réalité de Juno ou de Requiem for a dream etc. qui m'on tous paru gênant et too much mais ce sont révélés assez vrais (malheureusement).

C'est vraiment très intéressant de lire et entendre des avis si opposés sur ce film. Je sais que ces pervers phalocrates existent et des couples vivent leur relation dans la démesure mais tu as raison, pourquoi aller voir cela?

Encore merci pour ta critique.