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Nebraska

Ce n'est pas seulement parce que le dernier film d'Alexander Payne porte le même nom qu'un des meilleurs albums de Bruce Springsteen que je l'adore (et bien que le  film fasse au Boss un clin d'oeil que je vous laisse détecter). 

C'est aussi parce que tout en lui me plait. Son incroyable Noir et blanc, à la fois précis et parfois un peu délavé. Ses acteurs, dont la palette de jeu varie de la perfection au mythique (Bruce Dern, Prix d'interprétation mérité à Cannes !). Ses paysages stupéfiants de beauté. Ses péripéties qui allient humour, tendresse, causticité et pudeur.

Je prévois que bien peu partageront l'entièreté de mon enthousiasme, mais pour tout dire, je pense que j'ai avec Alexander Payne une relation très particulière : son cinéma ma parle directement au coeur, ses choix me paraissent évidents, en un mot comme en cent, je pense qu'il réalise le type de film que j'aurais moi-même réalisé si j'avais été cinéaste (voir ma critique de The descendants).

Il se trouve que dans la même matinée à Cannes l'année dernière j'ai vu Nebraska à 8h30 (c'était à ce moment-là ma Palme d'Or), puis La vie d'Adèle à 11h30 (re-Palme d'or) : il y a des jours comme cela où on ne regrette pas d'être sur la Croisette.

Je résume donc : images somptueuses, noir et blanc sublime, le film paraîtra lisse à beaucoup, qui ne verront pas la fabuleuse délicatesse de la palette de sentiments qu'il expose. Il constitue aussi une plongée dans l'Amérique profonde (culte de la bagnole, etc...). Enfin, il est d'une drôlerie macabre et réjouie, à l'image de cette scène sublime dans laquelle la mère soulève ses jupes au-dessus d'une tombe en déclarant : "Regarde ce que tu as raté". Hilarant, cruel, émouvant, Nebraska est un concentré de gouaille lucide, et comme toujours chez Payne, les sentiments les plus forts circulent avec une douce violence sous une surface limpide.

J'adore ce film.

 

4e

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Pierre 16/05/2014 08:51

bonjour,
J'ai vu le film hier (beaucoup aimé) par contre je n'ai pas capté le clin d'oeil à Springsteen,..quel est-il au juste? merci

Martine 08/04/2014 23:29

Je n'aurais pas pu décrire ce film mieux que vous tous... que puis-je ajouter de plus ? tout est dit...
C'est un régal... il ne manque rien... les images défilent, splendides... les acteurs que je ne connaissais pas, à part le fils ainé, sont magnifiques... j'ai une tendresse toute particulière pour la mère, son franc parler m'a fait mourir de rire... certaines réparties sont vraiment très cocasses....mais ce film c'est aussi et surtout un film d'amour... sans démonstration, tout en finesse....on ne voit pas, on devine... et on ressent....
C'est beau, émouvant, touchant... et oui souvent drôle.... j'ai adoré

Chris 10/04/2014 13:30

Merci pour ce commentaire qui me va droit au coeur....

Bellin 08/04/2014 14:15

Bonjour à tous ! Je reviens de la séance du matin, selon mes habitudes (c'est un pur bonheur à Paris : 5 personnes dans la salle !). Je le dis d'emblée : ce film m'a enchanté,ébloui, touché, sans doute à cause de ce mélange de cynisme parfois drôle et de tendresse bougonne. Un long périple dans les méandres parfois embourbés de l'âme humaine... A ce jour, je ne connais pas meilleure œuvre concernant les ravages du temps, bref, le vieillissement. Beaucoup de "fosssiles" décrits ici dans cette Amérique profonde, avec des vies délabrées (entre retour de guerre, manque d'argent, consolation par la bière, vies amoureuses en miettes...). Quelle leçon d'humanité ! C'est aussi une illustration de cet adage : l'amitié (l'amour filial), c'est d'abord le don de son temps. Les dollars peuvent attendre... Et c'est ce que réalise ce fils pour ce père pathétique parce que pitoyable mais qui, d'un seul regard à la fin (bravo l'acteur !) dira : merci. Peut-être "je t'aime, fils".
Dimanche dernier, une dame au "Masque et la Plume" n’avait pas aimé cette œuvre, évidemment "mineure" (!), car le cinéaste, selon elle, méprisait ses personnages. Du mépris ! Moi, je dirais plutôt de l'empathie mais dans la lucidité, sans apitoiement ni prêchi-prêcha. "Est-ce ainsi que les hommes vivent... " chantait Ferré. S 'attendait-elle, cette pro de la critique, à un road movie façon conte de fée ! Mais qu'y peut-on si l'humanité est telle : des vieillards aigris et monomaniaques (le trésor convoité !) et des fils maladroits car trop tôt sevrés de tendresse. Oui, c'est vrai, c'est touchant, c'est "monstrueux" mais jamais appuyé ni démonstratif, fluide au contraire, aéré, parfois poétique, avec ces magnifiques échappées en noir et blanc. Et la musique ! En parfaite symbiose avec l'image et les personnages.
Sur ce, je vais écouter le vieux Bruce que j'adore : Antlantic city, Johnny 99, State trooper...
Encore un mot : bravo pour ce blog consacré au 7ème Art. et libre de toute "pensée unique". Je viens de le découvrir et d'emblée me suis senti des affinités avec son auteur. Merci et à suivre !

dasola 06/04/2014 22:14

Bonsoir Chris, moi aussi, j'ai eu le coup de foudre pour ce film (en revanche les critiques du Masque et la Plume ne sont pas de cet avis, dommage pour eux). Bonne soirée.

bannish 06/04/2014 15:19

Je partage totalement; c’est un pur moment de bonheur cinématographique. Un road movie mélancolique et attachant, mais aussi croustillant et cocasse, sur un fond d’Amérique profonde filmée comme rarement auparavant. Tout y est : le tempo, le casting, les dialogues, la laideur, la beauté et la complexité humaine réunies. La très belle photo renforce l’unité d’une œuvre que l’interprétation des acteurs magnifie. On a vu des Palmes d’or moins brillantes ; et le moins qu’on pouvait faire était de primer Bruce Dern pour son interprétation monumentale. Jouissif du début à la fin. Incontournable.

Chris 06/04/2014 15:28

Content que ce film très springsteenien t'ai plu !