Christoblog

La chasse

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/74/11/20271614.jpgDifficile d’imaginer que le cinéaste du prodigieux Festen (un de mes films préférés des années 90) soit le même qui ait commis l’indigeste La Chasse.

Dans le tourbillon cannois de cette année, le film de Vinterberg avait grandement contribué, avec Des hommes sans loi, Sur la route et quelques autres, à me faire considérer la sélection 2012 comme plate et académique.

L’idée développée par le film est rebattue : un innocent instituteur (Mon Dieu, quel beau métier que se dévouer pour l’éducation de la petite enfance !) se voit accusé injustement par une petite fille d’attouchements.

Celle dernière est tout simplement jalouse et aimerait plus d’attention de la part de son maître, la petite garce. Elle connait les détails de l’anatomie masculine par la faute de son grand frère qui mate des films porno, le pervers. Tous les habitants vont progressivement prendre leur distance avec l’innocent, méprisant par là-même la présomption du même nom, les salauds.

Les méchants voisins iront même jusqu’à exécuter le chien de l’accusé, sous la pluie, ce qui s’avèrera particulièrement cruel puisque l’infortuné devra enterrer la pauvre bestiole sous un déluge, et sous les yeux de son fils. Bouh, c'est trop triste.

Le film accumule les poncifs en tout genre comme vous pouvez vous en rendre compte en lisant les quelques lignes précédentes, sans jamais arriver à faire naître la tension, ni causer un trouble moral qui irait au-delà de « des quidams peuvent devenir méchants et injustes quand ils sont cons et nombreux», ce qui n’est ni nouveau ni passionnant.

Il manque au scénario un peu de méchanceté, un soupçon de violence ou de perversité (il aurait été à l’évidence bien plus efficace de faire douter le spectateur de l’innocence de l’instituteur, et de ne révéler celle-ci qu’à la fin).

Le jury cannois, pas à une aberration près cette année, accorda le prix d’interprétation masculine à Mads Mikkelsen. On se demande bien pourquoi, tant l’envie de botter le cul de ce dernier en lui hurlant de se révolter (ce que chacun ferait bien naturellement dans sa situation) vous étreint tout au long de ce pensum laborieux.

 

1e

Commenter cet article

Freda 12/12/2012 21:45

Merci. Je viens de sortir de cet infâme film. Prise d'otage du spectateur dégueulasse mais tellement fade, que nous ne sommes jamais dupes. Les ficelles de Vinterberg sont des câbles rouillés
sensés nous manipuler. Tout y est convenu, attendu, aucune distance sur ce sujet qui aurait pu être éclairant. Rien que du grotesque, obscur, qui voile les esprits plus qu'il ne les éveille.

Chris 16/12/2012 12:27



Absolument d'accord !!



mymp 15/11/2012 17:11

J'hésitais pas trop pour aller le voir, puis j'ai hésité, puis maintenant plus du tout : pas envie de le voir. Je vais pas dire que c'est ta critique qui m'a définitivement convaincu, parce
qu'après tu fanfaronnerais, mais les avis négatifs ou moyens m'en ont dissuadé, c'est sûr. Je le sens gros comme une maison que le film va me saouler… Je vais sagement attendre le DVD.

Chris 19/11/2012 18:03



Bonne idée.



FabR 15/11/2012 12:04

ne idée rebattue ? Combien de films traitent-ils de ce sujet (un homme accusé à tort de pédophilie. Hormis "Présumé coupable", je ne vois pas. Vinterberg ne fait à aucun moment passer la petite
fille pour "une garce" (elle revient très vite sur ses déclarations, c'est plutôt la directrice de la garderie qui se monte le bourrichon et les autres adultes, mère en tête, qui veulent se
convaincre qu'elle n'a pas menti). Le frère n'est pas présenté comme un pervers, mais plutôt comme un ado typique, pas très fin, qui fanfaronne avec ses amis en regardant du porno. Les autres
habitants ne passent pas forcément pour des salauds, même si leur attitude est discutable. Que l'exécution du chien ne t'émeuve pas, soit.

Si ce sont des poncifs, c'est que la réalité est tout aussi cliché. Vinterberg s'est inspiré de faits réels, notamment de l'affaire d'Outrau. Si tu te souviens bien, l'opinion publique, les médias,
et les voisins des innocents accusés sont loin d'avoir été tendre avec les innocents accusés. Il y en a même un qui s'est suicidé, ce qui limite la portée de ton argument selon lequel quiconque se
retrouverait dans cette situation se révolterait "bien naturellement".

Tu aurais voulu plus de violence et de méchanceté ? Je le trouve assez violent physiquement et moralement. (Les derniers plans sont, esthétiquement, assez doux, mais ce qu'ils disent sans paroles
laisse bien amer)?

Il aurait fallu plus de perversité ? Créer un suspense autour de la possible culpabilité de cet employé de garderie (il n'est pas instituteur) aurait été plus efficace. J'en doute. En tous cas,
cela aurait été un autre film (et des voix se seraient élevées pour reprocher ce procédé "püthassier"). Et ce n'était pas le projet de Vinterberg, qui voulait faire l'antithèse de Festen.

Quant au prix d'interprétation, il est amplement mérité. Cela aurait été aux membres du jury que j'aurais botté le cul s'ils l'avaient décerné à Trintignangnan.

ffred 15/11/2012 07:19

Même si tu y vas un peu fort, je pense à peu près la même chose que toi. Convenu et manquant de mordant...Mikkelsen est pas mal mais de là à avoir un prix d'interprétation... comme toi je me suis
demandé pendant tout le film pourquoi il ne se défendait pas plus s'il était vraiment innocent...