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Holy motors

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Probablement vaut-il mieux ne rien savoir d'Holy motors avant de le voir.

 

Je vais donc résister à la tentation de vous décrire brièvement de quoi il est question (ce qui aurait constitué de toute façon une gageure) pour vous parler des émotions que le film peut susciter.

 

Pour commencer, le film offre un fil conducteur à la fois complètement fou, mais montré comme s'il s'agissait d'un documentaire très réaliste. Un peu comme si vous appreniez que Dieu existait, et qu'un réalisateur vous montre son travail au quotidien, ses petits succès, ses corvées, ses rendez-vous. Ce contraste saisissant entre le rêve et la contingence, l'illusion et la routine, génère une auréole de merveilleux naturaliste qui illumine le film.

 

Holy motors propose également un chapelet de scènes inoubliables. Dans le domaine de la perfection visuelle, vous verrez des animaux électroniques s'accoupler dans un plan d'une beauté sidérante. Phénomène inhabituel chez Carax, vous rirez à la vue du personnage Merde dévorant deux doigts d'une attachée de presse qui aime mimer les guillements avec l'index et le majeur de chaque main. Intrigué, vous verrez un homme en tuer un autre, et réciproquement. L'imagination de Carax est une merveilleuse fête foraine qui vous offrira aussi un homme qui meurt, un joueur d'accordéon déchaîné, un sexe en érection, Kylie Minogue qui pousse la chansonnette, Eva Mendes recouvert d'une burka et des conversations entre limousines.

 

Le film est enfin admirablement servi par un Denis Lavant plus que jamais double de Carax à l'écran, et par une merveilleuse Edith Scob. Il fourmille de référence au cinéma de Carax lui-même et à d'autres cinéastes, Franju en particulier (Edith Scob fut l'héroïne de son film Les yeux sans visage).

 

Holy motors est une rêverie poétique d'une sensibilité extrême, une oeuvre fluide d'une maîtrise totale et sans conteste le film qui aurait mérité la Palme d'Or.

 

4e 

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Bannish 23/12/2012 12:27

Artiste culte, qu’ils disaient ; c’est tellement fort, tellement poétique, wesh ma gueule !

Qu’il est consternant de constater la facilité avec laquelle les meilleurs peuvent se faire collectivement retourner en se pâmant devant toutes flagorneries habilement présentées ; à mon désespoir
le plus total. C’est l’histoire du monde, les mêmes recettes servies encore et toujours, et qui fonctionnent. La manipulation est ici bien connue, celle du cinéaste « maudit » (ça marche aussi pour
le poète ou pour le chanteur) : procéder par fulgurances pédantes, absconses et auto centrées, additionner les équations les unes après les autres sans jamais tenter d’en résoudre une seule ;
causer, même en mode à-peu-près, de violence, et de sexe, et de mort, et faire aussi du « choquant », ça marche bien. Veiller à servir le tout sur une pellicule tristoune, en maniant délicatement
les rythmes et les silences, ceux qui rendent intelligent. Et surtout ne pas oublier ses 5 prières quotidiennes, en se prosternant, ou mieux, en se vautrant, devant le dieu cinéma qui n’en
demandait pas tant : éructations pré-pubères d’une alchimie quinquagénaire bien incapable d’ordonner le propos dès que la réalité devient trop proche, trop difficile. Plus rude est en effet la mise
en sens, et plus dure sera la chute. Leos Carax, cinéaste « maudit » (Alex Dupont de son vrai nom, né à Surennes ; oui, c’est tout de suite moins classe) est encore bien vivant, son film s’est bien
vendu, sa stratégie égotiste fonctionne comme-on-avait-dit, ce qui garantit son prochain film mais plus encore l’estime de soi tant convoitée ; un être humain fier de lui-même, c’est déjà ça.

A noter cependant quelques scènes très réussies, et la performance toujours bluffante de Denis Lavant, esclave des moindres désirs du sieur Dupont. Après le pitoyable Cronenberg, le pompeux Carax
confirme que 2012 n’était décidément pas pour moi l’année des maraudes en limousine.

Chris 23/12/2012 14:51



Je comprends ton point de vue. Moi-même ai une relation ambivalente à ce film. Je l'ai vu à Cannes, vierge d'absolument toute info le concernant, ce qui est très important, et comme beaucoup dans
la salle, j'ai été profondément surpris et déstabilisé par la façon dont le film démarrait. Et puis à chaque épisode qui se cloturait, j'étais littéralement fou d'impatience de connaître le
suivant. 


C'est pour ça que je suis si admiratif devant Holy Motors : c'est son pouvoir de surprendre, son aspect Shérazade des temps modernes, d'inventer une mythologie qui lui est propre, de contenir
plus de surprises que 100 films réunis.


Mais en même temps, le film m'énerve pas certains aspects, comme la complaisance de la scène d'ouverture, c'est très curieux...



heavenlycreature 25/07/2012 09:55

Oh la la que j'ai trouvé ça mauvais... hyper prétentieux et ennuyeux à mourir... A part peut-être deux ou trois passages qui peuvent être sauvés (les chansons et Eva Mendès).
Les chimpanzés, les limousines qui parlent, Edith Scob avec le masque pour rappeller le film de Franju c'est hyper lourd...
J'ai du mal à comprendre l'enthousiasme général...

Chris 31/08/2012 23:34



Je comprends ton incompréhension. C'est une oeuvre qu'on doit aller chercher et qui ne se donne pas...



Monsieur Prudhomme 15/07/2012 21:05

J'avoue que je n'ai pas été beaucoup ému par ce film. Seule la séquence des "effets spéciaux" m'a surpris et amusé. J'ai été gêné par le coté carton-pâte du maquillage et le coté grotesque et pour
tout dire assez laid de certaines scènes. D'ailleurs je me demande d'ailleurs si Eva Mendes a déjà été aussi mal filmée...
L'idée de départ est excellente et à certains moments la réalité et la fiction se mêlent tant que l'on ne sait plus si l'on regarde le film ou un film dans le film. Malheureusement l'ensemble ne
tient pas.

Chris 17/07/2012 19:58



Je partage ton avis finalement, la jubilation est intellectuelle ou n'est pas. Je vais essayer d'écrire un article là-dessus.



Calamity June 12/07/2012 09:55

Bonjour,

Je suis bien d'accord avec toi. Tu peux aller lire ma critique si tu le souhaites:
sur Kusanaki.fr !

Bonne continuation à toi !

ASBAF 10/07/2012 14:45

"Une auréole de merveilleux naturaliste qui illumine le film." Magnifique phrase passe-partout, je la ressortirai à l'occaz, elle peut fonctionner avec tous les films, c'est génial.

Chris 10/07/2012 18:56



Parfaitement, ça marche aussi bien pour Les enfants du paradis que pour King Kong !