Christoblog

Saint-Laurent

J'aime beaucoup Bonello depuis notre rencontre à Nantes, pour la projection de L'Apollonide, un soir de septembre 2011.

Las ! Son Saint-Laurent m'a laissé de marbre. Je m'attendais, après avoir visionné la soupe tiède de Jalil Lespert (Yves Saint-Laurent), à acter une nette différence entre le produit d'un habile faiseur et l'oeuvre d'un véritable artiste.

Ce n'est pas le cas, le film ne vaut guère mieux que celui de Lespert. Il lui ressemble même beaucoup : mêmes touches impressionnistes, même montage qui multiplie les flashbacks, même non-choix d'un "point de vue". 

Alors qu'on pouvait attendre que Bonello se démarque de son concurrent, on retrouve dans son film les mêmes anecdotes et les mêmes personnages : défilés (moins bien filmés chez Bonello), Bouddha, amant de Lagerfeld, villa à Marrakech.

Le Bonello est peut-être un peu mieux mis en scène, les mouvements de caméra sont un peu plus fluides, la direction artistique un peu plus classe.

Mais en fait, la question est : Yves Saint-Laurent méritait-il deux films ? Et même un seul ? Oui, si on avait vu la puissance créatrice de l'artiste plutôt que les drogues ou les partouzes...

Le film de Bonello (et cela me fait mal de le dire) est raté, creux et sans intérêt. 

Niney et Ulliel commettent finalement la même erreur : copier n'est pas incarner.

 

 2e

Commenter cet article

ThOM PRN 18/02/2015 22:57

Une saloperie arty, superficielle et désincarnée. Je ne comprends pas l'enthousiasme autour de cette version. C'est poseur et sordide. À déconseiller.

Federic 13/10/2014 10:30

Waouh! Quelle claque Bertrand Bonello nous épate avec son Saint Laurent, un tres grand film de cinéma. Une oeuvre éminemment proustienne sur un createur de génie, fragile, au bord de la folie (creatrice et devastatrice) se nourrissant de la decadence des Seventies (drogues, alcool, debauche) pour mieux transcender ses oeuvres (YSL etait l'egal des plus grands peintres exposé de son vivant au Louvre, ses defilés etant une "collection de peintures"). Mise en scene prodigieusement intelligente et subtile (ecran splité à l'image des "robes Mondrian") references culturelles jamais ostentatoires mais savamment distillées (Ophuls, Visconti, De Sica) et Proust en "ombre" tutelaire: Saint Laurent parmi ses manequins semble naviguer à "l'ombre des jeunes filles en fleur". YSL à l'approche de la mort (incarné par Helmut Berger "Ludwig" de Visconti) explore cette recherche du Temps perdu, et devient Swann, tandis que Bascher (Louis Garrel fascinant) se metamorphose en Charlus. Acteurs et actrices magistraux (un casting parfait: Gaspard Ulliel, Louis Garrel, Jeremie Reynier, Lea Seydoux, Amina Casar, Aymeline Valade, et Helmut Berger); Mise en scene brillantissime, et reflexion sur la place de l'artiste dans son monde, du genie createur à la folie, des "effets de mode" au style, du Temps qui passe tout simplement: "Saint Laurent" c'est tout cela et bien plus encore...c'est un tres grand film d'auteur , une reflexion proustienne sur le Temps qui passe, sur l'Art...et c'est magistralement filmé: c'est cru (hard) ...on sombre dans la drogue, la debauche...la folie. Certains ont quitté la salle avant la fin; moi j'etais fasciné, scotché de la premiere a la deniere minute de ce long et magistal film (2h25) qui couvre essentiellement la periode 1968-1976... et les derniers jours de Saint Laurent, nostalgique, revoyant en flash back sa vie, faisant echo a Saint Laurent jeune, delirant et voyant en flash forward ce qu'allait etre sa mort... comme un jeu de miroir. Un chef d'oeuvre! Une oeuvre crepusculaire... (vision de serpents qui s'enroulent autour des corps...la mort et la decheance rôdent tout au long du film): CHEF D'OEUVRE! Merci Bertrand Bonnello pour ce film "Haute couture"

Bellin 01/10/2014 07:43

Ta meilleure question, Chris, (politiquement incorrecte !) : "YSL méritait-il deux films ? Et même un seul ?"
Beaucoup de snobisme intello, voire d'opportunisme médiatique, dans cette redondance sur pellicule glacée : le spectateur moyen se fout du business de la Haute Couture (majuscules, please !) et des créateurs géniaux, ces "beaux monstres" (dixit Yves) doublés d'enfants gâtés, créateurs le jour, camés la nuit. Comme je les plains, ces grands chéris incompris, comme ma garde-robe personnelle en est dévastée !... Pour en revenir au pensum de Bonello, plutôt pire que le premier opus, à mon avis un plat réchauffé et indigeste. Biopic morcelé, boursoufflé, se voulant inspiré mais brouillon et approximatif, suintant l'ennui et la déprime. Souvent interminable (tel travelling parfaitement gratuit dans l'énième night-club) ou snobinard : associer un récit de baise à la Passion selon St Matthieu de Bach ou convoquer un fantôme viscontien inexpressif. Pas un instant je ne me suis senti concerné ni ébloui ni ému par le prétendu génial has-been. Quel ennui ! Quelle froideur ! Quel vide ! Interprétation inégale (pauvre Garrel !). Comme tu le dis : " Copier n'est pas incarné."

A un moment, en panne d'inspiration, YSL soupire : "Est-ce que tout ça n'est pas dérisoire ?" Parfait résumé d'un "
chef-d’œuvre" déjà surfait.

PS J'ose à peine l'avouer car cette précision minera peut-être ma critique : épuisé et énervé, je suis sorti après 2 heures de projection (sur 2h 30). Franchement, ras le bol des partouzes et du néant. Tu nous diras, Chris, si les dernières 30 minutes rachètent cet immense ratage, comme la Résurrection après le Golgotha ? Mais je ne te promets pas de récidiver pour m'amender !