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Dans la cour

On pouvait craindre beaucoup de choses à la lecture du script et du casting du nouveau film de Pierre Salvadori : des numéros d'acteurs un peu vains, une sorte de surenchère dans le misérabilisme psychologique, une petite chose parisienne étriquée à la mesure d'une cour d'immeuble, un succédanné d'esprit grolandais avec le snobisme chic que cela comprend.

Et puis non. Dans la cour évite tous les pièges évidents qui le guettaient : il est superbement réalisé, bien rythmé, et les acteurs sont tous formidables. Kervern est parfait en dépressif conciliant et de bonne volonté, Deneuve montre des choses qu'elle n'avait jamais montré (et avec quel brio !), les second rôles sont tous parfaits (Pio Marmai continuellement défoncé, Feodor Atkine en mari rationnel). Le scénario est suffisamment malin pour nous entraîner vers une fin guère prévisible.

Pierre Salvadori tient sur la durée un équilibre délicat entre comédie douce-amère et drame psychologique, sur un mode à la fois réaliste et poétique. Tout y précis, concis, délicat, mesuré. Du bel ouvrage.

 

3e    

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pila 27/05/2014 18:16

je partage moins ton enthousiasme : film que j'ai très vite oublié et de plus le réalisateur semble hésiter entre le très loufoque (cf. la crainte de l'effondrement de l'immeuble) et à d'autres moments une sorte d'hyper réalisme, le tout ne m'a pas enthousiasmé

pierreAfeu 29/04/2014 10:46

Tout n'est pas précis, concis, mesuré... Beaucoup de ratés et d'imperfections (la fin est nulle, et pas qu'elle). On passe un bon moment parce que c'est en effet bien réalisé, parce que certaines scènes sont vraiment réussies, parce que le casting est bon (mais Pio Marmai ne sert strictement à rien), et parce que Deneuve est au top. Juste un gentil film, quoi.

Bellin 29/04/2014 10:44

Dans cette cour, que du bonheur ! Je me retrouve tout à fait dans ton commentaire. A la fin, plutôt que le happy-end impossible, une parabole poétique : Deneuve convalescente arrosant le rosier qui a pris une belle ampleur et embellit tout le mur (lézardé ?!). Oui, "du bel ouvrage" et une morale qui fait du bien en ces temps de crise : vive l'empathie... vive la vie... qui vient qui va... un seul jour à la fois.
Question subsidiaire (qui n'a presque rien à voir) : le même jour où j'ai dégusté (le matin au calme) l'opus de Salvadori, coincé entre deux RV l'après-midi, sans autre film à l'affiche dans le coin, j'ai enduré "Captain America" et cette épreuve épuisante m'a plongé dans des abimes de réflexion : qui plébiscite ce genre de somptueux et tonitruant navet ? Mais aujourd'hui, cette débauche de trucages n'étonne même plus, non ? Même un samedi soir, est-ce un divertissement de choix ? Pour qui ? Pour quoi ? Tellement gros, tellement niais, tellement creux, tellement etc. .... Mais, bien sûr, je ne vais pas en dégoûter les bouffeurs de pop-corn qui, entre deux cascades, jettent un œil à leur portable qui s'affiche (une autre plaie dans les salles !).

Décidément, le "7ème Art", c'est l'art du grand écart !