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Louise Wimmer

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/89/77/19859577.jpg Louise Wimmer n'est pas une personne qui attire la sympathie. Presque 50 ans, plus d'appartement, un job de femme de ménage, elle dort dans une vieille Volvo break et se débrouille comme elle peut. Prendre le plateau repas d'une cliente qui s'en va, dans une cafétéria, pour se servir au buffet à volonté, syphonner les réservoirs des poids lourds, prendre sa douche dans une station service : elle use de tous les expédients qui la maintienne dans une condition de presque SDF.

 

Et si j'ai commencé cette critique par dire qu'elle n'est pas aimable, c'est parce que Louise est revêche, peu conciliante, et qu'elle parait même vaniteuse (refuser les avances d'un ami sincèrement épris, décliner les offres d'aide d'un amant de passage, s'inventer un domicile lors des démarches sociales, par fierté).

 

Louise Wimmer n'est pas un film aimable. Il ne s'y passe pas grand-chose, la mise en scène est sage et paraît peu exigeante. Cyril Mennegun explore des lieux tristes et peu séduisants : parking de gare, rue quelconque, station service, hôtel de passage, bar PMU. Autant de non-lieux issus d'une mythologie urbaine cafardeuse. Le film traîne une nonchalance studieuse et un peu rêveuse, que certains qualifieront de minimalisme.

 

On s'attend à plusieurs moments à un coup du sort, un accident de voiture, une agression nocturne, mais le film ne nous propose que des personnes attentionnées (le prêteur sur gage, la tenancière du PMU, l'ami, l'assistante sociale) ou de médiocres méchants (le patron de l'hôtel). Il ne nous éclaire pas plus sur le passé de Louise. L'espoir du film, sans cesse recommencé, semble consister à tenter de capter toutes les variations possibles des sentiments sur le visage et le corps de son (exceptionnelle) actrice. Jouissance, tristesse, désespoir, bonheur, colère, dédain, honte, espoir. Programme austère, temps de crise, ambition blafarde.

 

Louise Wimmer et Louise Wimmer ne sont pas aimables.

 

Et pourtant on les aime tous deux : elle, le personnage, qui rayonne comme la force brute de la vie (magnifiques derniers plans) et lui, le film, qui donne l'impression de voir la précarité au cinéma ... pour la première fois. Une femme qui se bat au bord du gouffre.

 

A voir absolument.

 

3e

 

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fredastair 28/01/2012 19:08

Pour rester dans la lancée de ta dernière phrase : absolument d'accord.

pierreAfeu 18/01/2012 11:32

Il manque vraiment quelque-chose au film pour qu'il fonctionne vraiment. On est presque toujours extérieur à ce qui se passe. Il y a un côté laborieux qui colle aux semelles et empêche le film de
n'être autre-chose qu'un docu-fiction.

Chris 19/01/2012 22:47



Un docu-fiction ? N'as-tu pas vu les partis-pris de réalisation (plans serrés, lieux confinés, focales longues, lieux anonymes) ? Enfin, on a tous le droit d'avoir un soir pas en forme...



Jérémy 11/01/2012 19:11

Ce n'est pas la première fois que j'ai l'impression de voir la "précarité au cinéma", mais j'ai trouvé ce premier film assez réussi aussi. L'actrice, assez incroyable, le porte littéralement et le
réalisateur en propose un portrait de femme assez singulier au cinéma. Et c'est sans doute dommage.

Chris 13/01/2012 19:14



Oui, tu as raison la précarité a déjà été montrée. J'ai aussi souvent pensé pendant le film au voleur de bicyclette, parce que la tentation de voler doit être grande quant on en est là.



Claire 10/01/2012 23:23

Tout à fait d'accord avec le caractère assez exceptionnel de ce film et de son actrice principale. Ce n'est toutefois pas la première fois que je vois très bien la précarité au cinéma, dans
"Rosetta" elle était captée autour d'Emilie Dequenne, et aussi dans "Sans toit ni loi", avec une Sandrine Bonnaire effrayante de jusqu'au-boutisme. Belle critique!

Chris 13/01/2012 19:19



J'ai souvent pensé pendant le film au voleur de bicyclette, parce que la tentation de voler doit être grande quant on en est là.



mymp 10/01/2012 20:14

Encore un téléfilm à tendance sociale vendu comme THE révélation... M'étonne que tu sois tombé dans ce piège à bobos (genre la crise pour les nuls qui ont une voiture) qui m'a laissé complètement
insensible, extérieur aux galères de Louise. Même Masiero m'a fait penser à une plaque de marbre, trop dans le même registre pendant tout le film. L'année dernière, presque au même moment, sortait
Angèle et Tony pour lequel j'avais les mêmes griefs (pour le film et pour l'actrice). En fait la vie, c'est un éternel recommencement de merde.

Chris 10/01/2012 22:13



Et ben alors, un petit coup de blues mymp ? Des problèmes au boulot ? C'est vrai que la folle expressivité des personnages du Cheval de Turin, c'était autre chose !