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L'inconnu du lac

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/97/45/89/20530353.jpgA Cannes, peu de films firent autant parler d'eux que L'inconnu du lac, d'Alain Guiraudie, présenté dans la section Un certain regard et récompensé par le prix de la mise en scène.

Le sujet comme le traitement donnaient tous deux naissance à de nombreuses rumeurs : relations homosexuelles explicites (avec doublure porno), thriller et assassin en série, monstre lacustre de 10 mètres de long.

Il est amusant de constater que tout cela est en partie vrai, mais ne rend pas du tout justice à ce que le film est vraiment.

Un lac artificel, quelque part dans le Sud, lieu de drague et de baise entre homos naturistes. Franck, jeune homme solaire dévorant la vie, y vient tous les jours. Il tombe amoureux de Michel, sorte de Freddy Mercury à la moustache de Magnum, qui a (malheureusement) un amant, très Village People au demeurant. Un soir, Franck voit Michel zigouiller son mec dans le lac, chouette opportunité pour se glisser dans les bras de Michel, même si celui-ci est donc un assassin. Parallèlement à cette romance à haut risque, Franck discute avec Henri, un petit gros hétéro, qui vient sur la plage sans qu'on sache vraiment pourquoi, si ce n'est qu'on devine chez lui une immense solitude et des tendances dépressives.

De tout cela, Guiraudie fait une sorte de tragédie grecque, quéquettes à l'air. Unicité de lieu (la caméra ne quittera jamais les rives du lac), unicité de temps (même si le film se déroule sur plusieurs jours, la répétition mécanique des mêmes scènes rituelles d'arrivée ne fait de cette série qu'un long continuum), unicité d'action (puisque la vrai problématique du film est : Michel va-t-il tuer quelqu'un d'autre, et qui ?). Dans le rôle du choeur, on pourra ranger cet inspecteur à la fois burlesque et opiniâtre, qui trouve les mots justes pour désigner la terrible solitude de tous les protagonistes. Dans celui des faunes et des satyres, les hommes qui errent dans les bois du plaisir ne manquent pas de figures admirables, comme celui qui observe les autres en se masturbant, personnage presque comique, ou quelques anonymes réduits à leur statuts (statues ?) d'observateurs marmoréens. Dans le lac roderait une Chimère menaçante, silure colossal.

Je ne dévoilerai pas ici la fin de cet étonnant huis clos en plein air, exercice de style dont les intentions sont floues et la réalisation remarquable, si ce n'est pour révéler qu'elle est aussi prenante que le film le laisse espérer.

Une expérience hors du commun.

 

3e

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monsieur prudhomme 24/08/2013 23:29

Les scènes de sexe sont d'une crudité très dérangeante. Je ne dirais pas que cela m'a choquė, mais au moins mis mal a l'aise. Une fois cette impression désagréable dissipée il reste une fable
extrêmement sombre et tragique. J'ai le même sentiment que toi : avoir apprécié les qualités du film en y repensant après coup.

Marcozeblog 17/06/2013 00:03

Le film semble faire l'unanimité parmi les blogueurs que je visite. Pourtant, je n'ai pas été convaincu. J'ai aimé le docu sur la vie sexuels des vacanciers mais le thriller m'a semblé tiré par les
cheveux, burlesque comme tu utilise ce mot dans ton billet.

Chris 17/06/2013 22:27



Je te rassure, pendant le film j'ai été très partagé, il m'a même énervé par moment. C'est à la réflexion, en y repensant et en faisant une sorte de travail de reconstruction mentale que j'ai
corrigé mon jugement... au final c'est la cohérence et l'originalité du sujet qui me font pencher du bon côté...



ffred 12/06/2013 19:47

Eh ben ça spoile ! Freddie Mercury, Village People c'est bien des remarques d'hétéro ça... ;-) PS : on dit pas "unité de lieu" ?

Chris 17/06/2013 22:29



Ben je ne vois pas comment je pourrais faire des remarques d'homo...