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Il était une fois en Anatolie

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Il était une fois en Anatolie fait partie de ces films qu'on hésite à conseiller à ses amis. La violence des émotions que le film procure est de l'ordre de l'intime, et elles sont si fragiles, si précieuses, qu'on est pratiquement sûr que personne n'éprouvera les mêmes, au même moment. Un reflet dans un oeil, un regard caméra légèrement décentré, un petit bouton d'acné sur un visage parfait, le cinéma de Ceylan flatte le réel en l'ensorcelant, et sa matière est celle des songes. Il est donc tout à fait probable que certains d'entre vous y soient totalement insensibles (bien que parfaitement cinéphiles). Et puis ça dure 2h37, sans musique, en grande partie de nuit, et avec beaucoup de plans fixes.

De quoi s'agit-il ? De la recherche d'un cadavre par une petite équipe constituée de l'assassin présumé, de son frère débile, d'un médecin, d'un procureur, d'un policier et de quelques subalternes. Qui a été tué, par qui et pourquoi : le film ne se préocupe pas vraiment de ces questions, et nous non plus d'ailleurs. Il va s'agir de peser le poids des âmes, de mesurer la fragilité de nos destinées humaines dans le maelstom du temps qui s'écoule sans trêve, de méditer sur le corps, l'amour, le deuil, la responsabilité.

Plusieurs choses sont absolument remarquables dans le film. La façon de filmer la nature est renversante, offrant des images d'une beauté quasi hallucinante. La nuit y vit comme dans aucun autre film. Le jeu des acteurs ensuite, comme toujours chez Ceylan, est extraordinaire de précision. Le médecin rationnel et le procureur imbu de sa personne forment un couple magistral, que le film révèle petit à petit. Les personnages jouent une partition étrange et très séduisante où se mêlent sentiments dérisoires, tragédie grecque et circonstances cocasses. Ils ont souvent un petit côté doistoievskien (la conversation liminaire sur les yaourts, le sergent obsédé par les chiffres, le ramasseur de citrouilles, Clark Gable). 

Ceylan est un cinéaste hyper-doué, peut-être intrinséquement le plus brillant des réalisateurs en activité avec Malick. Il choisit des angles parfaits, des cadres sublimes, joue de la profondeur de champ comme nul autre (ce premier plan magnifique).

Allégorie magistrale de la puissance des forces qui nous entourent, thriller métaphysique et drame lunaire, Il était une fois en Anatolie s'ajoute à la liste déjà longue des films qui auraient pu prétendre à la Palme d'Or au Festival de Cannes 2011.

Ceylan sur Christoblog : Uzak.

 

4e

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fredastair 04/12/2011 22:59

Bien dit ! Même si, comme Gagor, je trouve que le film retombe un peu lorsqu'ils reviennent en ville : ça traînasse, alors qu'on frôlait le chef-d'oeuvre. En tout cas, l'un des deux-trois plus
beaux films de l'année facile.

Alain 01/12/2011 14:32

C'est en lisant ton article que j'ai eu envie de découvrir ce film. J'ai pu le voir au Balzac lors de mon dernier passage à Paris. 100% séduit, même si le terme me semble assez inapproprié. En tout
cas emballé par la virtuosité d'une telle mise en scène. Et par dessus tout par les regards, celui de l'enfant en particulier quand il jette la terre ou la pierre.

Chris 01/12/2011 23:46



C'est un film qui m'a un peu interloqué quand je l'ai vu, mais qui fait partie de ces rares films qui continuent à grandir en moi après que je les ai vu.



Gagor 21/11/2011 22:33

Dingue, pour sur! Mais trop étirée à mon goût, et je l'attendais tellement, cette scène, que du coup elle m'a passablement énervé, après 2 magnifiques heures de cinéma!

Gagor 21/11/2011 00:08

J'ai beaucoup apprécié le film, totalement hallucinant dans sa partie nocturne, traversé de réels instants de grâce, ou effectivement perlent des larmes de beauté à plusieurs reprises. En revanche,
dès qu'ils reviennent en ville, j'ai trouvé ça très long, avec un retour à la "norme" très brutal.

Chris 21/11/2011 06:43



Oui, mais la scène de l'autopsie redevient complètement dingue, non ?



Neil 17/11/2011 22:56


Et bien je fais partie de ceux qui n'ont éprouvé absolument aucune émotion pendant le film, pas même esthétique. Je le trouve remarquablement mis en scène, sa lumière et ses acteurs sont
excellents, mais je m'y suis ennuyé ferme durant deux heure et demi. Contrairement au Malick qui m'a emporté, je suis resté totalement hermétique à celui-ci.


Chris 18/11/2011 21:26



J'avais bien ta critique en tête avant d'y aller. Moi je suis entré dedans dès le premier plan, et j'ai été plusieurs fois au bord des larmes tellement je trouvais ça beau... du coup j'ai acheté
le coffret Ceylan avec tous ses films...