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Still the water

Le nouveau film de Naomi Kawase commence doucement. Des plans fixes, un garçon mutique. 

Pour tout dire, on peut craindre de s'ennuyer ferme à ce moment-là. Mais Still the water se diversifie progressivement en s'attachant à plusieurs personnages : la mère mourante, le père magnifique, l'autre mère toujours absente. On comprend tout doucement pourquoi le jeune garçon est si silencieux. Kawase filme d'une façon admirable les personnages féminins : la jeune fille est un miracle de calme détermination. 

Les critiques insistent beaucoup sur le caractère panthéiste du film (fonds marins, vagues, plage, forêt, mangrove, excellemment filmés) mais c'est surtout la façon dont la jeune fille contamine petit à petit le garçon qui en fait la valeur. La communion ultime dans l'océan est une des plus scènes de cinéma vue cette année.

Le film de Kawase, dense et poétique, présente bien d'autres intérêts : une superbe musique, un caractère quasi documentaire sur la spiritualité des habitants de cette île, une scène spectaculaire pendant un typhon.

Un film (encore un !) qui a fait honneur à la belle sélection officielle du dernier Festival de Cannes.

 

3e  

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Clem 25/10/2014 01:07

Merci pour cette excellente critique qui résume parfaitement l'esprit du film. Une lenteur poétique qui n'est absolument pas synonyme d'ennui mais qui cache plutôt une intensité admirable, une spiritualité, bref, du grand cinéma comme on l'aime. La réalisation est irréprochable et certaines scènes (comme celle du typhon) sont fascinantes comme rarement. Un de mes gros coups de cœur de l'année !

Chris 25/10/2014 23:43

Merci de me lire et de me laisser tous ces commentaires !

Federic 13/10/2014 10:14

J'ai été aussi profondément déçu par "Still The Water" (de Naomi Kawase, dont seul le magnifique Shara m'avait enthousiasmé): Je reste imperméable, et pourtant "que d'eau" :) à sa poésie panthéiste imprégnée d'un hymne à la nature. La Spiritualité est très indigeste et est plombée de surcroit par une fin interminablement bavarde. Qu'on est loin des chefs d'œuvre du plus grands des auteurs traitant du spirituel: Andreï Tarkovski! C'est trop démonstratif et caricatural... J'adore pourtant le cinéma japonais et ne peux m'empêcher de repenser aux films d'Ozu qui avait ce génie de traduire par le cadre, le silence, la retenue, l'épure tous les sentiments humains (merveilleux Voyage à Tokyo qui évoquait l'éphémère passage sur notre Terre, et notre rapport a la vieillesse et a la mort. La poésie épurée d'OZU est aux antipodes de celle, ampoulée de Naomi Kawase.

Bellin 07/10/2014 14:57

Merci, Chris, pour tes précisions rassurantes. Du coup, pour en avoir le regard net, j'ai couru revoir ce film dans une AUTRE salle. Cette fois, rien à voir ! Donc, je confirme : 1/ L'image est lumineuse et la photographie irréprochable. 2/ Cette œuvre est sublime. En fait, typiquement le film qu'on revoit dans la foulée et avec un profit (comme on réécoute son CD préféré ou qu'on savoure le soir les restes réchauffés, encore meilleurs !). J'ai donc revu " Still the water " avec un plaisir immense, de l’émotion, de la joie. Le tout bercé ou chahuté sur mon siège par les éléments, surtout le vent et les flots. Magnifique bande son également redécouverte (merci à la technique au top). Une expérience cinématographique en doublé que je recommande... à tous les possesseurs de Carte permanente ! Car sincèrement il faut bien une seconde vision pour découvrir ce diamant rare sous toutes ses facettes, 4 précisément : nature - mort - amour - vie. Le quarté gagnant de Naomi Kawase !

Bellin 04/10/2014 17:24

Ce film est à la fois complexe et simple, fort et doux : typhon dans les cœurs, pas uniquement sur l’île d’Amami ! Pour l’apprécier – ce que je n’ai réussi qu’à moitié, je vais m’en expliquer – il faut le découvrir avec une grande disponibilité et pas au moment de la digestion (ce que j’ai fait hélas), car c’est long et lent. Mais ce qui a assombri mon plaisir (c’est le cas de le dire !), ce n’est pas la lenteur du récit mais une photographie constamment sombre et monochrome (camaïeu de gis, de vert, de bleu dans une sorte de semi-pénombre). Ce procédé, sans doute voulu par la réalisatrice, m’a semblé incohérent avec le thème puisqu’il s’agit d’un poème panthéiste et lumineux, un hymne à la Nature et à la Vie intimement entremêlées. D’après ce que j’ai cru comprendre - exégèse personnelle non garantie -, Naomi Kawase a tenté d’opérer un double exorcisme : se réconcilier avec la vie (la réalisatrice a perdu sa mère adoptive juste avant le tournage) et avec la mer qui l’a terrorisée depuis sa plus tendre enfance. A cet égard, la longue séquence de la mort d’Isa, face à l’arbre des ancêtres (la mourante est chaman), face à la mer mugissante à l’approche du typhon, est inoubliable de sérénité, de fraternité et même de joie. Inoubliable ! Ça donne presque envie pour soi-même le jour où… La mort n’est donc que passage, la nature ouvre ses bras comme une seconde mère. D’ailleurs la fin de la monstrueuse vague, celle qui fait la joie des surfeurs, dispense joie et énergie – ce dont manque le jeune héros quasi mutique – qui a peur non seulement de nager, mais d’aimer. Dernière image d’une grande force poétique (enfin le bleu semble l’emporter !) : les jeunes amants dénudés et enamourés improvisent un magnifique ballet aquatique, leur danse en l’honneur de la Nature apaisée et de la Vie renaissante. Main dans la main. Magnifiques noces ! Mais, j’y reviens tant ça m’a turlupiné tout au long de la projection, pourquoi cette grisaille dans le grain de l’image, à la limite du flou et du terne ? Décidément, je ne m’explique pas ce procédé (cette défaillance ?) qui dessert le propos lumineux de la réalisatrice. As-tu remarqué, Chris, cette bizarrerie ? Si oui, comment l’expliques-tu ? Je n’ose incriminer la qualité du matériel de projection… J'ajoute que ce film aurait amplement mérité un prix à Cannes.

Chris 05/10/2014 17:40

Non, je n'ai pas remarqué cette monochronie dont tu parles, même si le vert et le bleu prédominent. J'ai vu le film à Cannes, dans le Grand Théâtre Lumière, dans des conditions parfaites, et pour la petite histoire, à une quinzaine de mètre de Naomi Kawase absolument superbe dans un kimono d'apparat et dotée d'une coiffure splendide à base de vraies plantes (du lierre ou quelque chose comme ça). Longue standing ovation (> 10 mn) et beaucoup de larmes. Bref, mon souvenir du film est lié à ce moment-là...