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Ida

Il y a dans Ida une volonté de formalisme à outrance profondément désagréable. le réalisateur Pawel Pawlikowski multiplie les effets de style : format carré (1,37:1 exactement), photographie en noir et blanc, éclairages très travaillés, succession de plans rigoureusement fixes d'une quinzaine de secondes (la caméra ne bouge pas une seule fois pendant le film).

Ces poses de styliste boulimique s'accumulent, jusqu'à devenir une signature perpétuelle qui mange tout le cadre, puis toute l'histoire, et enfin toutes les émotions. Par exemple, la manie de ne jamais cadrer les personnages au milieu de l'écran, mais toujours décentrés, et le plus souvent vers le bas, devient une afféterie un peu précieuse et disons-le, ridicule, lorsqu'elle conduit à couper les visages en deux.

Tout est tellement fait pour paraître joli (les intérieurs, les paysages, le soleil, la musique) que le film dans son ensemble paraît vain et comme engoncé dans sa propre carapace de naphtaline.

Rien d'étonnant alors que Ida tourne à l'exercice de style, et donne l'impression fâcheuse de survoler des sujets pourtant essentiels : le massacre des juifs par la population polonaise elle-même lors de la seconde guerre mondiale, la vocation religieuse, la tentation de vivre sa vie d'être humain avant de se confier à Dieu, la solitude, les procès politiques, l'alcoolisme, le suicide.

A l'image de la scène lors de laquelle les corps sont déterrés, le film est trop propre, trop froid, trop désincarné pour laisser passer de vraies émotions. Il ne parvient au final qu'à être une collection d'images que certains jugeront peut-être admirablement composées, mais qui ne sont en fait que grossièrement arrangées pour séduire.

Ida n'est pas hideux, mais sans idées.

 

1e

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Anne 05/12/2014 14:47

Bonjour! Je viens de regarder "Ida" en DVD et j'ai trouvé votre avis sur "Allociné". En faite, je cherchais les avis des autres cinéphiles car nous n'étions pas tout à fait d'accord sur le film avec mon mari.
Cette recherche de beaux images, belles photos m'a également laissé une impression de beauté et froideur du minimalisme plutôt scandinaves. Il faut savoir que pendant ces années-là en Pologne et dans les autres pays du bloc soviétique tout était très moche. Et même si le poste de sa tante explique la présence d'une belle voiture, leur séjour dans un hôtel prestigieux et autres "élégances" des intérieurs et vestimentaires, cette beauté des lieux et des scènes est poussée à l'outrance. Ce côté esthétisant fait le film moins véridique et étouffe le sens par les beaux images.

Chris 05/12/2014 19:58

Merci pour votre commentaire. Nous sommes d'accord il me semble....

pierreAfeu 19/02/2014 10:30

Il y a un mouvement de caméra : un traveling arrière en caméra portée à la fin. Sinon, contre toute attente, nous sommes d'accord, notamment sur cette manière assez ridicule de cadrer...

ileana 17/02/2014 18:55

Tout à fait d'accord avec votre chronique. Désincarné, c'est bien dit.

Chris 17/02/2014 19:03

Merci !

bannish 15/02/2014 22:19

Je viens de le voir, et j'ai plutôt aimé. J'avais vu ta note, mais pas lu ton commentaire. Et je me demandais donc au sortir du film ce qui avait pu provoquer un tel rejet de ta part. A te lire, je peux comprendre; et d'autant mieux que lorsqu'on bloque sur l'intention excessive ou le côté maniéré d'un réalisateur ou d'un acteur, toute magie est exclue. Mais te comprendre ne signifie pas absoudre ton instruction à charge:) Tu aurais pu souligner aussi la description simple et très juste de la vocation religieuse incarnée par la jeune novice, ou l'excellente interprétation du personnage de Wanda, en dignitaire communiste déchue, déçue, dissoute. J'ai aimé également l'avant-scène finale : Lui : "tu viens avec nous à Gdansk, tu nous nous écouteras jouer, et on se balladera au bord de la mer"..; Elle : "Et, après ?"...Lui : "Après, on aura un chien, on se mariera, on aura des enfants,..." ...Elle : "Et, après ?"..Lui :"Après, ben on aura des problèmes, comme tout le monde". Et elle remit son voile.

Pour les assoiffés en quête d'absolu, les plaisirs du monde n'ont qu'un piètre relent d'éternité. En ça, le film pourrait aussi déranger aux entournures.

ffred 14/02/2014 22:49

Il y a un "de" de trop dans ta critique Chris...

ffred 15/02/2014 23:20

T'as corrigé ! ;-)

Chris 15/02/2014 20:45

Ben non, où ça ?
(Merci !)