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Une chambre en ville

Richard Berry, Dominique Sanda et Danielle Darrieux. Collection Christophe L.Continuant d'explorer la filmographie de Jacques Demy, je me plonge avec délice en ce début d'année dans le remarquable Une chambre en ville.

Le film est exceptionnel à plus d'un titre. Il constitue d'abord un des plus anciens projets de Demy (1963), qui faillit le réaliser en 1975 avec Deneuve et Depardieu. Il est ensuite, avec Lola, LE film de Demy sur sa ville, Nantes, qui en constitue le décors naturel. Il est enfin un nouveau pari complètement fou qui rappelle Les Parapluies de Cherbourg : complètement chanté, avec des couleurs absolument extraordinaires et une histoire digne des grands opéras.

On ne peut qu'être fasciné par l'audace de Demy qui met dans la bouche de Danièle Darrieux les phrases chantées "Tu me prends pour une conne" ou "J'emmerde les bourgeois", dans celle de Piccoli affublé de cheveux roux et d'un costume vert Babar "Tu es ma petite pute", dans celle de Dominique Sanda lui répondant "Salaud, ordure, SS" et dans celle de Richard Berry répliquant à la grande Darrieux "J'en ai rien à foutre".
Ce qui surprend, comme toujours chez Demy, c'est que le résultat de ces visions de coloriste, de metteur en scène et de musicien ne sont jamais mièvres, alors que chez n'importe qui d'autre, elle le seraient. Sûrement cela vient-il de ce mélange constant de trivialité / perversité / romantisme / sentiments que Demy distille dans ces films, associé à un montage très nerveux.
Dominique Sanda est nue sous sa robe, le spectre de l'inceste envahit Peau d'âne, les 2 héros des TF1 Films ProductionParapluies s'ignorent dans une dernière scène terrible : rien n'est rose, le noir rôde.

En 1982, la sortie du film causa une sorte de bataille d'Hernani, 80 critiques de grands journaux se liguant pour se payer une tribune dans le Monde incitant les Français à aller voir le film : « Le film à voir aujourd'hui, c'est Une chambre en ville » (sous-entendu plutôt que L'As des As) et Belmondo y répondant avec une vindicte qui ne l'honore pas dans "Une lettre ouverte aux coupeurs de têtes".

Le film prête enfin à toute une interprétation sociologique (il se passe durant les grandes grèves ayant secoué les chantiers navals de Nantes en 1955) assez inhabituelle chez Demy : l'ouvrier, le "métallo" y est écrasé par le patron, mais en plus il est interdit d'amour (et de sexe) avec la bourgeoise.

Un film étonnant, ébouriffant, un coup de génie visionnaire, que tout le monde devrait avoir vu.

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4e

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pierreAfeu 05/01/2011 12:50

Te voilà donc plus royaliste que le roi, je m'en doutais ! ;-)

Chris 04/01/2011 22:40

1 - moi aussi
2 - un Nantais qui n'aime pas Demy, alors que moi qui le suis d'adoption, pff ... tout fout le camp
3 - Nobody's perfect

Sinon le lancement du compte à rebours pour le Festival d'hiver va être lancé dans les jours qui viennent. Tiens, le film australien est parti, je vais peut-être le remplacer par un film Kirghize, je me tâte.

pierreAfeu 04/01/2011 19:56

Mon cher Chris :
1- Jean-Marc Ayrault est un ami (n'est-il pas l'ami de tous les nantais ?)
2- Je suis né à Nantes et, à moins d'être polygame, de gruger les alloc ou de conduire en niqab, je ne vois pas pourquoi je serais expulsé.
3- Mon conjoint étant vendéen d'origine, je ne vivrai pas cela comme une (trop) grosse punition.

Je continuerai dans cette voie si ça me chante, c'est ma liberté de pensée. Mais je respecte la tienne.

Et sinon, ça approche le Festival d'hiver, non ?

Chris 04/01/2011 07:17

Mon cher Pierre, si tu continues comme ça :
1 - je te dénonce à la municipalité de Nantes
2 - tu seras expulsé de la ville
3 - on t'obligeras à vivre en Vendée

D'autre part tu remarqueras que mes billets sur Demy ne sont pas de simples panégyriques mais tentent de mettre en évidence quelques caractéristiques de fond de l'oeuvre de Demy (merci Anna de l'avoir remarqué).

Comme je compte bien commenter l'intégrale cette année, on n'a pas fini de s'engueuler si tu persistes dans cette voie....

Anna 04/01/2011 01:55

Oui! Quel film sublime!
J'aime beaucoup ce que tu dis sur le style Demy, ce mélange de trival et d'élégance, de kitsch et de subtilité. Et cette noirceur qui pointe toujours derrière l'"en chanté". Une chambre en ville est certainement son film le plus désespéré, un opéra tragique où les amoureux préfèrent se tuer plutôt que d'accepter un sort médiocre (comme le faisaient ceux des Parapluies de Cherbourg).
Bonne année cher Chris!