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Au bord du monde

Itinéraire étonnant que celui de Claus Drexel, réalisateur de la comédie Affaire de famille (avec Miou-Miou et André Dussolier), qui ici prend un virage à 180° en tournant un documentaire sur les SDF qui hantent les plus beaux sites parisiens.

Au bord du monde, présenté à Cannes 2013 dans la sélection ACiD, est un film nécessaire et utile. Il donne la parole à ceux que l'on croise dans les rues en détournant souvent le regard, et cette parole est surprenante. Dans le cas de Wenceslas par exemple, le discours est très structuré, plein de vivacité et de jeux de mots. Pour d'autres, que plusieurs années de vie dans la rue ont usé, la parole est plus difficile, elle est sujette à de petits déraillements, ou à des répétitions qui montrent cruellement que l'équilibre psychologique se détériore. Pour d'autres encore, la situation est catastrophique, et à l'évidence des soins psychiatriques seraient nécessaires - heureusement que la caméra ne s'attarde pas trop sur ces derniers, car on se sent vis à vis d'eux un peu trop voyeur.

Le film est également très surprenant par le contraste entre des images absolument sublimes de Paris la nuit (Arc de triomphe, Notre Dame, Champs Elysées, Conciergerie) et celles de ces habitants nocturnes qui apparaîssent du coup comme des fantômes. Peut-être certains trouveront-ils la beauté revendiquée de certains plans choquante, au regard de la détresse des hommes et femmes rencontrés. Cet aspect "enfer au paradis" m'a paru plutôt servir le propos du film.

L'émotion peine toutefois à se développer pleinement, peut-être à cause d'un parti pris de plans fixes et larges qui ne s'approchent jamais des visages, ou de questions parfois un peu trop intrusives à mon goût. La sidération l'emporte sur l'empathie, ce qui n'enlève rien à l'intérêt du film, que je conseille, évidemment.

 

2e

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bannish 15/02/2014 12:48

Pas mieux ! Ce documentaire joue sur le contraste permanent entre la ville lumière et les gens de l'obscurité. Un travail extrêmement soigné (peut-être même trop) pour tenter à nouveau de dénoncer la folie d'une culture qui s'accomode du passage des plus faibles à pertes et profits, au motif pseudo-réaliste que tout système produit ses déchets. Quelqu'un disait récemment : "il n'est pas possible que le fait qu'une personne âgée réduite à vivre dans la rue meure de froid ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en bourse en soit une". Mais la cause est sans doute moins glamour et moins tendance que d'autres, et l'exclusion, la vraie, a sans doute de beaux jours devant elle.