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Christoblog

Articles avec #je n'aime pas

Mars express

Le principal intérêt du film d'animation de Jérémie Périn est le monde du futur qu'il décrit : on a envie de se promener à l'infini dans ce décor dans lequel chaque détail mérite l'attention.

Il y a bien sûr les paysages superbes de cette ville construite sous cloche sur Mars, tantôt dépouillés, tantôt très urbains, mais aussi mille merveilles technologiques qui donnent lieu à de belles idées de mise en scène ou de scénario (répliques d'êtres humains, créatures à moitié robotiques, fantômes d'humains décédés revivant dans des machines, reconstitutions vidéos en 3D, chat qui peut changer de peau...).

Cet environnement est particulièrement réussi, tant du point de vue de sa cohérence que de son aspect esthétique, vraiment de toute beauté. L'animation est très réussie. 

Pour le reste, Mars express ne présente quasiment pas d'intérêt. Il propose une histoire qui reprend l'ambiance des grands romans noirs américains (j'ai pensé très fort à Dashiell Hammet), appliquée à des thématiques inspirées d'Asimov et de Philip K. Dick. Quelques jours après avoir vu le film, j'ai quasiment tout oublié de ses péripéties.

Difficile de le conseiller, même si je ne regrette pas de l'avoir vu : à vous de voir, en fonction de votre appétence pour la SF d'une part, et pour les films d'animation pour adulte d'autre part.

 

2e

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Ça tourne à Séoul ! Cobweb

Tout ce qui me déplait dans le cinéma de Kim Jee-Woon est ici présent : une écriture foisonnante au point de nous perdre, une lourdeur pachydermique dans l'utilisation des effets et globalement une inaptitude totale à la concision et à l'efficacité.

Ces désagréments, qui rendaient par exemple J'ai rencontré le diable quasiment non regardable, sont ici atténués par le pittoresque du sujet : le tournage compliqué d'une série B par un metteur en scène raté (parfait Song Kang-Ho, comme d'habitude, dont on ne sait dire s'il est nul ou s'il est génial).

Par un étrange jeu de miroir, les élans maladroits et le style ampoulé de Kim Jee-Woon entrent bien en résonance avec les manières de faire du principal personnage du film. Si la première partie de Cobweb est tout à fait confuse (c'est l'habitude de la maison), la fin est plus intéressante et la scène finale du "film qui est tourné dans le film" est un moment enthousiasmant. On y voit à la fois le produit final et la façon dont le tournage a eu lieu, comme dans Coupez !, et l'effet produit est aussi amusant que dans le film d'Hazanavicius.

Il manque toutefois au film un petit quelque chose pour que ce retour de Kim Jee-Woon, qui avait quasiment disparu des radars depuis 2010, soit vraiment réussi.

Kim Jee-Woon sur Christoblog : 2 soeurs - 2003 (*) / A bittersweet life - 2005 (**) / Le bon, la brute et le cinglé - 2008 (**) / J'ai rencontré le diable - 2010 (*)

 

2e

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The old oak

Dès le début du nouveau Ken Loach, on voit bien qu'on ne va pas assister à un festival de nuances : il y a un très méchant bien raciste à maillot de foot qui agresse une très gentille syrienne, (sans voile et aux magnifiques yeux verts) et lui casse son appareil photo, hérité de son père décédé dans les geôles d'Assad. Heureusement, un très gentil tenancier de bar va lui réparer. 

Voilà, le ton est donné : la finesse ne sera pas de la partie. Les très grosses ficelles manipulées pour nous tirer quelques larmes fonctionnent parfois (la séance photo), et parfois non (le petit chien tout mimi qui apparaît quand notre tenancier au coeur d'or va se suicider- et en plus il porte une petit médaillon sur lequel figure le mot "mana", ami), snif. 

Sans être indigne, le film est beaucoup trop démonstratif pour être digeste. La volonté de faire passer à tout prix un message humaniste obère toute complexité et rend le scénario insipide, rappelant ainsi les derniers films des Dardenne, sauf qu'ici le film se termine sur une note d'optimiste, ce qui est plus agréable.

A voir si vous voulez une cure de bons sentiments, à tendance lacrymale.

Ken Loach sur Christoblog : Looking for Eric - 2009 (***) /  La part des anges - 2012 (***) / Jimmy's hall - 2014 (**) / Moi, Daniel Blake - 2016 (***) / Sorry we missed you - 2018 (****)

 

2e

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De nos jours

Le cinéma de Hong Sang-Soo devient au fil du temps de plus en plus dépouillé, tirant même vers l'épure.

Deux situations : un écrivain reçoit un admirateur, et une ancienne actrice une débutante. Les conversations alternées présentent quelques similitudes.

On y parle de tout et de rien, en révélant le moins possible de ce qu'on pense, tout en buvant du soju et en jouant à chifourmi (sûrement la meilleure scène du film). L'ensemble ne tient debout que de justesse, par la grâce d'une intonation curieusement émouvante, la disparition fortuite d'un chat ou l'exposition improbable d'une collection de pantoufles.

On peut être saisi par la grâce de ce dispositif minimal, ou comme moi être plutôt déçu que le talent d'écriture de HSS se dilue dans ce qui apparaît comme une improvisation minimale, une sorte de haïku qui s'apparente à une conversation pour initiés, dont toute saillie est absente.

Hong Sang-Soo est apparu à Cannes 2023 très diminué, souffrant énormément des yeux. On espère qu'il reviendra un jour avec des oeuvres plus ambitieuses.

 

2e

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Club zéro

Rien ne va dans le nouveau film de Jessica Hausner.

S'il est entendu qu'il s'apparente plus à un conte qu'à un récit réaliste, il n'en demeure pas moins que l'école qui sert de décor au film est tellement invraisemblable qu'on a beaucoup de mal à entrer dans le film. La décoration, les costumes, les locaux : tout est froid, stylisé, désincarné à l'extrême (le cours de mandarin, le trampoline, la danse). 

On ne s'identifie évidemment à aucun personnage (la profondeur psychologique est nulle), mais plus grave, on se désintéresse assez vite de ce que l'on voit. 

Les dialogues semblent une compilation de tous les sujets à la mode, sans que l'on saisisse jamais où veut en venir la réalisatrice. S'il s'agit de dénoncer les excès de certaines théories, alors le film est très maladroit. S'il s'agit de dénoncer les abus d'une classe dominante, cela a été fait mille fois. 

Je me demande si le sujet du film n'est pas tout simplement de filmer des décors stylés comme une maison de poupée.

Une petite chose prétentieuse sans intérêt, qui pète plus haut que son cul, et qui ne me réconcilie pas avec la réalisatrice autrichienne, déjà coupable du calamiteux Little Joe.

Jessica Hausner sur Christoblog : Litlle Joe - 2019 (*)

 

1e

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Le règne animal

En opposition à la plupart des avis et critiques, je n'ai pas été enthousiasmé par le deuxième film de Thomas Cailley.

Si les premières scènes sont assez réussies, je trouve que Le règne animal s'égare assez vite, hésitant maladroitement entre plusieurs intentions. 

Le premier style auquel s'essaye le film est le body horror adolescent, dans lequel un jeune corps se transforme en monstre. C'est un sujet particulièrement à la mode (le film malaysien Tiger stripes, également à Cannes cette année, traite par exemple du même sujet) mais que Cailley ne maîtrise pas à mon sens. Il peine à faire ressentir le véritable malaise qui s'empare de la victime, ce que réussissait parfaitement le Teddy des frères Boukherma, dont on a parfois l'impression de voir une redite (les griffes sous les ongles, les bosses sous la peau, les poils).

Il faut dire qu'Anthony Bajon est un acteur mille fois meilleur que le transparent Paul Kircher, dont l'éternel moue boudeuse m'horripile ici autant que dans Le lycéen.

Le règne animal est aussi le portrait d'un couple père poule / enfant confronté à une catastrophe extraordinaire, comme l'est d'ailleurs le récent Acide. Mais dans les deux cas, le papa est un peu à la remorque de l'action, et comme dans le film de Just Philippot, les scènes les plus spectaculaires dans lesquelles le paternel essaye de sauver son enfant, qui devraient être des climax, sont assez mal filmées (les trucages avec l'homme oiseau sont faiblards et la course dans le champ de maïs trop longue et sans enjeu dramatique).

Dans sa valse hésitation, le film fait un peu semblant d'être une romance (Adèle Exarchopoulos erre comme un personnage en quête d'auteur) et la relation avec la mère est trop sommairement traitée pour être intéressante (on peine d'ailleurs à l'identifier).

Le ton n'est jamais vraiment établi, tour à tour poétique, voire mystique (la nature, les écailles, les plumes), humoristique, angoissant, et même sociétal (le harcèlement, l'acceptation de la différence).

Il manque au film les moyens de son ambition, trop grande pour les capacités de Thomas Cailley et son équipe : le vertige métaphysique du franchissement de la frontière entre l'homme et  l'animal n'est que le prétexte à fournir des jolies images, au lieu de constituer le coeur vibrant du film, ce qu'il devrait être.

C'est donc raté.

Thomas Cailley sur Christoblog : Les combattants - 2014 (****)

 

2e

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Entre les lignes

J'ai vu ce film en 2021, au festival du Cannes, où il a été reçu de la pire des façons par l'ensemble de la critique. 

Il est d'ailleurs très rare qu'un film sorte plus de deux ans après sa présentation à Cannes : peut-être est-ce la durée qu'i faut pour faire oublier le mauvais souvenir, ou pour corriger le montage ?

Je peux dire en tout cas que dans sa version cannoise, c'est un des pire films qu'il m'a été donné de voir sur la Croisette. Le style est empoté, sirupeux, engoncé dans une reconstitution d'époque qui empeste le carton-pâte, à l'éclairage poudreux et aux images trop belles.

Olivia Colman et Colin Firth errent dans le cadre comme égarés dans un fiasco poussif. Ils n'articulent tous les deux que quelques mots, comme s'ils regrettaient d'être là.

Entre les lignes souffre d'un triple problème : d'écriture d'abord (les allers-retours entre époques ne se justifient pas), de rythme ensuite (les plans inutiles sont légions) et de mise en scène pour finir (il faut choisir un angle, ce qu'Eva Husson ne parvient pas à faire).

C'est Downton Abbey, en raté.

Eva Husson sur Christoblog : Bang gang - 2015 (*)

 

1e

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L'été dernier

Le sujet du nouveau film de Catherine Breillat est-il aussi scandaleux que ce qu'en disent la plupart des critiques ? 

Je ne trouve pas. Pour ce qui est de la relation amoureuse / sexuelle des deux protagonistes, il faut beaucoup d'imagination, me semble-t-il, pour la ressentir comme véritablement incestueuse : les deux sont à l'évidence consentants, expérimentés, et le lien d'autorité entre le jeune homme et sa toute nouvelle belle-mère (qui seul justifie l'infraction, car l'ado a largement la majorité sexuelle) n'est pas évidente.

La première partie de L'été dernier ne m'a donc pas vraiment convaincu, énième représentation de la naissance d'une relation estivale entre deux personnes que plusieurs éléments éloignent, sur fond de soleil écrasant, de baignade et de randonnée en deux roues. Une sorte de Call me by your name chez les bourgeois, mais dans lequel l'intensité des sentiments n'est pas réellement perceptible. La prestation de Samuel Kircher m'a parue très faible : le jeune acteur n'exprime en gros que deux émotions : la gouaille séductrice et la moue boudeuse.

La deuxième partie du film est plus intéressante et Léa Drucker y assez convaincante dans un rôle assez difficile. J'ai toutefois éprouvé l'impression curieuse de ne pas croire totalement à ce qui m'était proposé, comme si la volonté de démontrer l'emportait sur la vérité psychologique. Plusieurs passages m'ont semblé peu crédibles (le cambriolage par exemple). Les toutes dernières scènes m'ont semblé complètement artificielles, semblant ne vouloir que choquer au détriment d'une progression narrative raisonnée.

De la sensibilité et un vrai talent de mise en scène, gâchés par un manque d'incarnation rédhibitoire.

Catherine Breillat sur Christoblog : Romance - 1999 (*) 

 

2e

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Un métier sérieux

Un métier sérieux, peut-être, mais un film passablement ennuyeux.

Comme souvent, Lilti écrit une sorte de pensum qui coche toutes les cases de la bien-pensance à la mode Télérama, poursuivant son exploration des "métiers éprouvants pour lesquels on a pas assez de considération".

Les profs sont donc tous sympas, très unis et confrontés à toutes une série de personnes incapables (inspectrice distante, principal azimuthé, principal adjoint ridicule) et de circonstances contraires.

La dialectique qui préside à l'évolution de l'action est une dialectique de comptoir, comme il existe une psychologie de comptoir : les (rares) péripéties s'enchaînent sans surprise, dans le seul but apparent de valoriser de beau et noble métier d'enseignant.

On est donc nullement surpris, ni émus, sauf peut-être par la scène finale dans laquelle Adèle Exarchopoulos est seule dans sa salle de classe, comme un écho lointain de son personnage d'institutrice dans La vie d'Adèle.

Un métier sérieux est un film sensible, démonstratif et peu incarné, qui séduira probablement ceux et celles qui ont aimé Hippocrate et Première année.

Thomas Lilti sur Christoblog : Hippocrate - 2014 (**) / Première année - 2018 (**)

 

2e

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Le retour

Ce nouveau film de Catherine Corsini a dans un premier temps été marqué par une polémique qui a fait pschitt (une scène à connotation sexuelle - qui d'ailleurs ne figure pas dans le montage final - aurait été tournée avec une actrice mineure).

Le film est donc arrivé à Cannes 2023 avec une odeur de soufre, qui finalement s'avère totalement infondée, tant le film est relativement plat et inodore.

Le souci principal est que Corsini cherche ici à embrasser bien trop de sujets différents : chronique estivale, récit d'apprentissage, portrait de mère, réflexions sur le racisme et sur la Corse, drame familial, ascension sociale et transfuge de classe. Dans chacune de ces catégories, la réalisatrice ne parvient pas à réellement convaincre, même si au final le film n'est pas honteux, plus proche d'un film de télévision pour France 2 que d'un film de cinéma.

La satisfaction que procure Le retour réside principalement dans la prestation d'un casting convaincant, Aïssatou Diallo Sagna (qu'on avait découvert dans La fracture) en tête. La jeune Esther Gohorou, qui joue une adolescente électrique, indisciplinée, et lesbienne, est formidable.

Je n'ai pu m'empêcher de penser pendant le film à Un petit frère, beaucoup plus réussi, et qui possède beaucoup de points communs avec Le retour : une mère noire, élevant seule ses deux enfants, se débattant avec les difficultés du quotidien, et les problèmes sentimentaux.

Catherine Corsini sur Christoblog : Trois mondes - 2012 (**) / La belle saison - 2015 (***) / Un amour impossible - 2018 (****) / La fracture - 2021 (**)

 

2e

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Banel et Adama

Quelle déception ! Lors du dernier festival de Cannes, le premier film de Ramata-Toulaye Sy promettait du lourd : un premier film africain d'une jeune réalisatrice franco-sénégalaise, s'éloignant des clichés naturalistes sur l'Afrique sub-saharienne. On allait voir ce qu'on allait voir.

Malheureusement, si le film s'éloigne effectivement de tout naturalisme, c'est pour mieux re-créer toute une série de clichés sur l'Afrique, sur un mode poético-mystique qui ne convainc pas.

De cette histoire d'amour efflanquée et bancale, mâtinée de fantastique, il ne me reste pratiquement aucun souvenir, si ce n'est quelques belles images baignées d'une lumière très "National Geographic" et le souvenir confus de personnages antipathiques ou vaporeux, évoluant dans un réseau de thématiques très politiquement correctes (émancipation féminine, réchauffement climatique...).

Banel et Adama est un essai épuré qui relève de la fable, et qui aurait probablement pu faire l'objet d'un moyen-métrage stylisé. Il peine à remplir toute la durée d'un long-métrage, par manque de densité narrative et de profondeur psychologique. 

Deux points positifs sauvent le film : la beauté parfois sidérante de certaines images, et l'originalité du regard. 

 

2e

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Vers un avenir radieux

En 2021, Nanni Moretti s'était révélé sacrément mauvais perdant, en déclarant à propos de la Palme d'or, Titane : "Vieillir soudainement. Ca arrive. Surtout quand un de vos films participe à un festival. Et qu’il ne gagne pas. Et au lieu de ça, c’est un autre film qui gagne dont le premier rôle tombe enceinte d’une Cadillac. Tu vieillis d’un coup. Bien sûr."

Impossible pour moi de ne pas repenser à cette déclaration lors des scènes de Vers un avenir radieux dans lesquelles Moretti s'énerve contre un réalisateur tournant ce qu'il juge être des scènes de violences gratuites. 

A ce moment-là, le réalisateur italien semble effectivement tout à coup pencher du côté de la ringardise : sa charge grossière contre un cinéma spectaculaire et violent (qui est celui de Ducourneau, Bong Joon-Ho ou même Tarantino) tombe à plat, révélant probablement ce qu'il pense vraiment sous couvert d'un second degré bien commode.

Tout le dernier film de Moretti m'a paru triste, expression désabusée d'une longue boursouflure d'ego, ressassant des obsessions qui étaient charmantes à l'époque de Journal intime (les balades en deux roues dans le quartier, le communisme), mais sont devenues désormais plutôt énervantes. Comme un vieil oncle dont les plaisanteries entendues mille fois ne font plus rire. Avec le temps, le caractère acariâtre de Moretti, qui charmait à ses débuts par son caractère asocial et original, est devenu une rengaine sans grâce de vieil homme, ne proposant plus grand-chose de neuf.

L'autodérision n'est pas charmante quand elle n'est plus légère. 

Je ne mets pas la note la plus basse parce que je remémore les attachements passés, et que le ton Moretti fait encore ponctuellement mouche (comme lors de la scène chez l'ambassadeur), mais j'ai été déçu. 

Nanni Moretti sur Christoblog : Habemus papam - 2011 (*) / Mia madre - 2015 (****) / Tre piani - 2021 (**)

 

2e

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Omar la fraise

Omar la fraise commence plutôt bien. La plongée qu'il propose dans une Alger inaccoutumée, mix de petite délinquance décontractée et de convivialité exubérante, est plutôt agréable.

Dans ce contexte de pieds nickelés sans prétention on est prêt à beaucoup pardonner au couple Reda Kateb / Benoit Magimel, excellents tous les deux, y compris l'introduction d'une mièvre histoire d'amour. La formidable utilisation des décors naturels d'Alger donne beaucoup de charme au film d'Elias Belkeddar, qui prend parfois des airs de tragi-comédie à l'italienne.

Malheureusement, le fragile équilibre du film se délite assez rapidement, par la faute d'un scénario qui tourne en rond, puis choisit des voies totalement improbables, qui détruisent son charme. 

C'est dommage, car il y avait de quoi faire avec tous ces ingrédients un portrait doux-amer de malfrats à la petite semaine, dans un décor formidable.

On guettera avec attention le deuxième film d'Elias Belkeddar.

 

2e

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Asteroid city

Si vous avez trouvé comme moi que les derniers Wes Anderson commençaient à ressasser la même recette, alors n'allez surtout pas voir Asteroid city.

Le dernier opus de Wes Anderson apparaît en effet comme une compilation à bout de souffle de tout son cinéma précédent, dans lequel tous les effets bien connus sont égrenés d'une manière presque robotique : couleurs pastels jaunâtres, personnages hiératiques qui semblent manipulés comme le seraient des marionnettes, mise en abyme arty, effets de symétrie en veux-tu en voilà, split screen, discours verbeux, détails dans tous les coins du cadre, etc.

A quoi tout cela sert-il ? Voilà la question que je me suis posé tout au long du film, qui ne génère aucune émotion, n'intrigue pas, ne surprend pas, et en un mot, ennuie.

Même les dialogues, qui souvent chez Anderson font mouche, semblent ici tristement amidonnés, comme l'unique décor, dont l'artificialité géométrique m'a rebuté. On en vient à scruter sans grand intérêt les petits nouveaux entrant dans la famille, et en particulier Scarlett Johansson, assez fade en Marilyn de cire.

Tout cet attirail formel et froid illustre des thèmes qui ne m'ont pas intéressé (l'Amérique éternelle, la famille, le théâtre des années 50). Même l'extra-terrestre est tristounet.

Un raté total pour moi, que les plus passionnés des fans consacreront peut-être comme le summum de Wes Anderson, considérant que le "système" du cinéaste trouve ici sa réalisation la plus aboutie.

Wes Anderson sur Christoblog : La vie aquatique - 2003 (*) / A bord du Darjeeling Limited - 2007 (***) / Fantastic Mr. Fox - 2009 (****) / Moonrise kingdom - 2012 (****) / The grand Budapest hotel - 2013 (**)  / L'île aux chiens - 2018 (****) / The french dispatch - 2021 (**)

 

1e

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L'île rouge

Il y a beaucoup de films dans L'île rouge, qui me plaisent plus ou moins.

Le premier, et le plus important, est la vision par un enfant de sept ans de la vie familiale dans une base militaire française de Madagascar. Ce film-là est plutôt réussi. Les états d'âme des adultes, l'intrication de l'imaginaire et du réel, les subtils décalages liés à la sensibilité de l'enfant (que ses frères et son père traite ostensiblement de gonzesse) : tout cela est bien rendu par Campillo, qui règle ainsi quelques comptes avec son enfance.

Mais il y a dans L'île rouge beaucoup d'autres films, qui me plaisent moins et qui ne s'allient pas très bien avec le propos principal. En vrac : des aventures de Fantômette mises en image d'une façon assez laide, des incises sensorielles comme dans 120 battements par minute (le gravier, les paysages, l'oeil de crocodile), et enfin une parenthèse politique en fin de film qui ne semble pas connectée avec la première partie, ni par la forme, ni par le ton.

La mayonnaise n'a pas pris dans mon esprit et après avoir été agréablement surpris par le début du film, j'en suis progressivement sorti. Le jeu des acteurs, un peu artificiel à mon goût, et l'absence d'interaction avec la vie de la base militaire ont également contribué à me laissé en dehors du projet proposé.

Une déception.

Robin Campillo sur Christoblog : Eastern boys - 2013 (**) / 120 battements par minute - 2017 (**)

 

2e

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Jeanne du Barry

Dès les premières scènes de Jeanne du Barry, on est fixé sur un certain nombre de choses.

D'abord, on verra Maïwenn dans beaucoup de plans : le film est donc peut-être avant tout un portrait de la réalisatrice en courtisane. Deuxièmement, on va passer d'étape en étape au pas de course, sans trop s'encombrer de détails ou de préoccupations réalistes : la voix off est là pour rythmer la cadence. Et enfin, notre héroïne a une ambition dévorante, et ne rechigne à faire usage de ses atouts physiques pour parvenir à ses fins.

Jeanne du Barry se contente ensuite de dérouler tranquillement une histoire minimale sur les bases énoncées ci-dessus, avec un allant plutôt sympathique, quelques traits d'humour et un zeste d'émotion sur la fin. Tout cela est benoîtement réalisé, dans un style peu avare en mauvais goût, qui aurait peut-être plus convenu à une série sur France 2. Les différents personnages n'ont aucune profondeur psychologique.

Benjamin Lavernhe est aussi convaincant que Johnny Depp est momifié, comme à peine sorti du formol pour être roulé dans le talc. On apprend vaguement quelques trucs sur l'étiquette à la cour, et on se dit qu'un système à ce point sclérosé ne pouvait plus trop durer.

Les défauts du film (son académisme rieur, son absence de sensualité et de cruauté, la clarté excessive de sa ligne artistique, sa superficialité clinquante, son sentimentalisme à l'eau de rose) ont fait probablement son succès : les spectateurs s'amusent et ne sont dérangés par aucune aspérité. Tant mieux pour le cinéma français, décidément plutôt en forme en ce début 2023.

Maïwenn sur Christoblog : Polisse - 2011 (****) / Mon roi - 2015 (*) / ADN - 2021 (**)

 

2e

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Voyages en Italie

Le nouveau film de Sophie Letourneur est tout d'abord intéressant. On prend plaisir à suivre les errements du couple Letourneur / Katerine, qui bat de l'aile et va chercher à restaurer quelque peu sa relation à travers un voyage.

Les contrariétés de la vie quotidienne font l'objet d'un tableau cocasse, à l'image de la bande-son d'une conversation dans la cuisine envahie par les bruits d'un enfant qu'on ne verra jamais à l'écran. 

De la même façon, les premiers jours en Sicile sont assez amusants à suivre : tout le monde se reconnaitra plus ou moins dans les vicissitudes du couple en balade, complètement inexpérimenté en matière de voyage, accumulant piteux renoncements et échecs en mode mineur. Le parcours est émaillé de dialogues parfois drôles (mais qui par ailleurs sont presque tous dans la bande annonce...) et qui parfois laissent assez joliment percevoir les débuts d'un rapprochement qui n'aboutira cependant pas.

Malheureusement, les attraits de Voyages en Italie se délitent progressivement. Le film se répète de plus en plus, cherche une nouvelle respiration et finit par s'essouffler dans une parenthèse méta qui n'a pas beaucoup de sens (le couple se remémore la fin de son voyage dans son lit). 

Dommage, il y avait mieux à faire avec cette idée de filmer au plus près un couple avec le moins d'apprêt possible.

 

2e

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Showing up

Que raconte Showing up ? A vrai dire, pas grand-chose.

Y voit-on la puissance créatrice d'une artiste ? Pas vraiment : son quotidien est scrupuleusement décrit, certes, mais sans que l'on puisse réellement faire de rapport entre son vécu (les petites contrariétés de la vie quotidienne, d'affreuses chaussettes qu'elle porte en toutes circonstances, un problème de chaudière, les minuscules blessures d'égo) et ce qu'elle crée.

Y mesure-t-on les affres de la vie d'artiste ? Non, simplement ceux du quotidien d'une quidam. D'ailleurs, si le personnage joué par Michelle Williams était professeur de technologie, cela ne changerait pas réellement la teneur du film. Si ce n'est qu'elle parviendrait probablement à prendre une douche.

Est-ce que la mise en scène est remarquable ? Pas du tout. Kelly Reichardt applique ici son habituelle façon de filmer : une manière neutre, blanche pourrait-on dire, qui ne semble viser qu'à s'effacer devant le peu qui est montré.

Comme presque toujours devant les films de cette réalisatrice (sauf First cow, et le dernier volet de Certain Women), je suis donc désarçonné devant l'enthousiasme critique avec lequel est accueilli Showing up. En quoi filmer l'insignifiant de façon insignifiante peut-il être intéressant ? C'est un mystère pour moi, que je ne renonce toutefois pas à percer puisque je vais consciencieusement voir tous les films de Kelly Reichardt.

J'avais initialement envie d'utiliser le terme d'épure pour parler de ce film, mais il faudrait ici inventer un autre terme, qui correspondrait à ce que l'on obtient quand on simplifie une épure, quand on la réduit à sa plus simple expression, quand on renonce à tout artifice (de photo, de mise en scène) qui viserait à faire surgir la beauté à l'écran : écran blanc peut-être ?

Pour les amateurs d'eau tiède et de paysages de rien.

Kelly Reichardt sur Christoblog : La dernière piste - 2011 (**) / Certaines femmes - 2016 (**) / First cow - 2020 (**)

 

1e

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Burning days

Découvert lors du dernier Festival de Cannes dans la section Un certain regard, ce film du turc Emin Alper est un honnête thriller socio-politique.

Durant la projection je n'ai pu m'empêché de penser souvent à deux auteurs majeurs : Nuri Bilge Ceylan pour le portrait d'un intellectuel perdu dans la Turquie profonde (Winter sleep, Il était une fois en Anatolie), et Andrei Zvyaguintsev pour la lutte d'un juste contre les forces obscures en milieu hostile (Leviathan).

Malheureusement, même s'il est plaisant à regarder, il manque quelque chose à Burning days pour égaler ces prestigieuses références : de la densité dans la narration, un scénario un peu plus complexe, des personnages plus ambigus, un rythme plus soutenu.

Il y a une naïveté dans le personnage d'Emre qui empêche selon moi le film d'être vraiment passionnant : le destin tragique de son enthousiasme crédule est trop ostensiblement suggéré dès le début du film. Les intrigues manquent de finesse et de nuances, et j'ai trouvé la toute fin ratée.

Restent toutefois quelques très jolies scènes qui montre le grand talent du réalisateur (le dîner, et surtout la formidable séquence de la chasse au sanglier, qui reste dans la mémoire). A découvrir si vous aimez le cinéma turc.

 

2e

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Le bleu du caftan

Dans Le bleu du caftan, tout est joli : la photographie est tendre, les sentiments sont délicats.

Le film est si bien fait et l'histoire qu'il raconte est si édifiante... qu'on finit par s'ennuyer un peu.

Les acteurs sont formidables, avec une mention spéciale pour l'Israélien Saleh Bakri, très crédible en homosexuel qui tombe amoureux de son jeune apprenti sous les yeux de sa femme, jouée par la toujours impeccable Lubna Azabal.

Le bleu du caftan a un autre intérêt, celui de mettre en lumière la confection terriblement compliquée du véritable caftan marocain. Le bruissement des soieries et l'éclat des broderies contribuent à la sensualité de ce film sage, confortable et lénifiant comme la chaleur humide d'un hammam.

Vous l'avez compris, je ne suis pas totalement entré dans le projet de la réalisatrice Maryam Touzani, même si je lui reconnais de grandes qualités esthétiques : le ton d'onctueuse bienveillance de ce huis-clos a eu sur moi un effet repoussoir.

Maryam Touzani sur Christoblog : Adam - 2020 (**)

 

2e

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