Voici un film coréen dont le point de départ est un dilemme moral qu'on croirait issu du cinéma iranien, tellement il fait penser aux films de Farhadi, de Rasoulof ou de Roustaee.
Deux couples découvrent par hasard que leurs enfants respectifs ont commis un crime. Que faire ? Faut il les dénoncer à la police ?
Sur ce postulat intéressant, le cinéaste Hur Jin-Ho, peu connu en France, dresse un tableau d'une grande causticité, qui met en scène de nombreux travers de la société coréenne : la conformité sociale, l'exigence excessive vis à vis des enfants, la place des femmes.
Il dessine aussi des personnages aux contours psychologiques très différents, dont la confrontation induit des tensions qui nourrissent la progression dramaturgique du film, jusqu'à un final qui nous prend subtilement par surprise.
Malgré une certaine artificialité, dûe à la fois aux choix du réalisateur et à la nature même de la société coréenne, j'ai eu du plaisir à suivre cette histoire délicieusement cruelle.
A l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 4x2 places pour découvrir le film portugais Justade Teresa Villaverde, qui sort sur les écrans ce mercredi.
Pour ce faire :
- répondez à la question suivante : quel film de Teresa Villaverde a-t-il été présenté au Festival de Cannes 1998 ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par iciavant le 27 février 20h
Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite les places envoyé par mail par le distributeur. NB : un des trois lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB oumon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).
Les films des frères Safdie nous avaient habitué à ce tourbillon incessant d'images, de discours et de péripéties qui semble constitutif de leur cinéma.
Pour ce premier essai en solo (il s'est brouillé avec son frère, paraît-il), Josh Safdie garde le meilleur des films précédents (une incroyable faculté à propulser chaque scène vers la suivante, dans une escalade continue d'adrénaline et de brio), et y ajoute cette fois-ci une dose de tendresse supplémentaire, associée à une dramaturgie plus construite, moins foutraque, qui culmine ici dans un climax japonais de toute beauté.
Marty supreme est basé sur une histoire très solide, celle d'un petit juif new-yorkais qui se rêve champion mondial d'un sport qui vient à peine de naître, le tennis de table. Outre son ambition dévorante, Marty possède deux caractéristiques qui vont générer de nombreuses aventures : une confiance en lui qui dépasse le sens commun (et lui causera de nombreuses désillusions) et une capacité à argumenter avec conviction sur n'importe quel sujet.
De tout cela naît toute une série d'évènements à forte intensité émotionnelle, qui nous font rire et réfléchir. Dans ce récit don quichottesque, Timothée Chalamet joue une partition parfaite, incarnant avec une conviction qui force le respect un individu à la fois profondément horripilant et immensément attachant. Nul doute que l'oscar du meilleur acteur l'attend en récompense de sa prestation.
Ajoutons à cela une galerie de personnages secondaires haut en couleurs et très subtilement dessinés (le couple de puissants incarné par Gwyneth Paltrow et Kevin O'Leary est par exemple glaçant), et vous obtiendrez le meilleur film de ce début d'année, et à coup sûr un des meilleurs de 2026.
Remarquable et jouissif.
Benny et Josh Safdie sur Christoblog : Good time - 2017 (***) / Uncut gems - 2020 (***)
On peut penser ce qu'on veut du cinéma de Park Chan-Wook, une chose au moins n'est pas discutable : c'est son incroyable inventivité en terme de mise en scène, et même plus généralement de cinéma.
Impossible de lister ici tous les effets imaginés par le cinéaste coréen dans ce nouveau film, mais en voici un petit aperçu : mouvements de caméra étranges, éclairages complètement flippés, surimpressions en tout genre (avec une prédilection pour les formes circulaires), visions oniriques (le fils dans le bonsaï), jeux de transparence avec toutes sortes d'écrans et de surfaces réfléchissantes, enchaînement de plans surprenants, cadrage aventureux, gros plans anatomiques...
Cette virtuosité féconde, habituelle chez le cinéaste, se double ici d'un travail sur le scénario de même nature. Les tours et détours de l'intrigue nous proposent en effet un florilège de résonances : dialogues qui se répètent, coups de théâtre qui se répondent, motifs qui reviennent (la petite fille ne parle pas, le personnage principal doit écrire les phrases qu'il veut dire).
C'est à un véritable ping-pong moral que se livrent les protagonistes, réussissant d'ailleurs à nous égarer nous-mêmes (serions nous prêts à tout pour sauver nos proches ? pourquoi éprouvons de la sympathie pour un triple assassin ? le mal est-il au final omniprésent, ne demandant qu'à apparaître quand le vernis de la civilisation s'effrite ?).
Ajoutons à cela que la toile de fond du film évoque habilement de nombreux sujets plus ou moins importants dans la société coréenne (le capitalisme, la robotisation, la soif de réussir, l'alcoolisme, la guerre du Viet-Nam, l'ego masculin malmené), et on obtiendra une oeuvre dense, qu'on aura plaisir à voir si on aime le grotesque macabre et le second degré déjanté. Et si on ne cherche pas de sens particulier à ce tableau grinçant.
Aucun autre choix, bien supérieur au premier film tiré du roman de Donald Westlake (Le couperet de Costa-Gavras, à qui le film est dédié), nous rappelle que Park Chan-Wook est bien l'un des meilleurs réalisateurs du moment.
La force principale de ce joli film d'Anne Emond, c'est l'énergie qui se dégage du couple principal.
Patrick Hivon est vraiment l'acteur québécois qui irradie le plus l'écran, mélange idéal de masculinité envahissante et de fragilité attendrissante (on l'a vu chez Mona Choukri et dans la série de Xavier Dolan, La nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé). L'association avec l'Américaine Piper Perabo (qu'on connaît surtout grâce à Yellowstone), est très réussie.
Le propos de cette comédie romantique est amusant : il mêle les enjeux climatiques actuels (le personnage masculin est - ô combien - eco-anxieux) à la rencontre lentement foudroyante de deux solitudes quarantenaires.
Aux différents chaos que le film met en scène (climatique, émotionnel, mais aussi sociétal à travers une galerie de seconds rôles admirablement dessinés) Anne Emond superpose une finesse de dialogue remarquable et une attention aux émotion qui fait mouche. Certains personnages (la stagiaire nymphomane, l'oncle complotiste, la petite fille karatéka) sont délicieux.
Le résultat est surprenant, finement écrit et très goûteux.
J'ai tellement adoré les trois premiers films de Chloé Zhao qu'écrire ce texte va me faire un mal de chien, mais l'honnêteté intellectuelle m'oblige à le faire.
Hamnet est terriblement raté de bout en bout.
La première partie nous montre un jeune professeur fauché et sa femme se rencontrer, faire des enfants, puis en perdre un. Rien d'original là-dedans, on a vu cela mille fois, en beaucoup plus émouvant et surtout en moins larmoyant. Dans Hamnet tous les éléments sont en effet pointés dans le même sens : essayer de nous arracher des larmes à tout prix, ne reculant devant aucun procédé, aussi vulgaire soit-il.
Nous avons donc droit à un jeu très appuyé de Jessie Buckley, une musique horripilante de Max Richter, des effets d'un symbolisme douteux (ouh, le trou noir prémonitoire au pied de l'arbre dans la forêt) et une esthétique intasgrammable à base de feuilles bien vertes et de jolis faucons.
Quand commence la deuxième partie, on se demande bien quel est l'intérêt d'avoir accolé la petitesse de cette existence à l'immense talent du grand William. Le film tente une réponse bien maladroite, qui frôle le révisionnisme historique, puisque le rapport entre la pièceHamletet le fils décédé de Shakespeare est pour le moins factuellement vaporeux (Hamlet est vraisemblablement plutôt en rapport avec Amleth, un personnage médiéval de Saxo Grammaticus, dont l'histoire est très similaire à celle racontée par Shakespeare).
Bref, tout cela ne serait peut-être pas rédhibitoire si dans cette partie Hamnet ne parvenait pas à des sommets d'irréalisme et de tentatives indécentes d'extraction lacrymale forcée, à travers un dispositif d'une artificialité sidérante.
Le jeu de Jessie Buckley, qui tente d'imiter une sorte d'orgasme mystique dans lequel son deuil semble se dissoudre, franchit alors les limites du ridicule.
Il n'y a qu'une lettre de différence entre les titres Hamlet et Hamnet, mais il y a un monde entre les deux oeuvres : celui qui sépare le génie intemporel de la médiocrité larmoyante.
Il ne me reste plus qu'à attendre le prochain Chloé Zhao avec impatience (et inquiétude).
Si F1 Le film ne brille pas par l'originalité de son scénario (un vieux briscard cabossé vient en aide d'un jeune talent arrogant), il apporte un éclairage particulièrement intéressant sur le monde de la F1, très instructif pour le néophyte.
Il est en effet très rare que le sport de haut niveau soit montré de façon satisfaisante au cinéma. Pour tout dire, je ne vois aucun exemple de ce type, dans lequel le sentiment d'immersion soit parfait.
C'est donc ici le cas, probablement parce que le film est supervisé (et produit) par Lewis Hamilton. La mise en scène de Joseph Kosinski rend à merveille l'ivresse de la piste, grâce à des caméras embarquées très impressionnantes, mais aussi toutes les complexités qui entourent le cirque de la F1 : omniprésence de la technologie de pointe, aspects tactiques à adapter en permanence en fonction des aléas de courses, techniques collectives et importance des normes.
Le résultat est visuellement très abouti et j'ai regardé avec une sorte de plaisir enfantin ce blockbuster qu'on pourrait qualifier de divertissement chimiquement pur : des sensations fortes, des joies simples, des émotions plaisantes, des rebondissements qui relancent l'intrigue et une absence totale d'éléments perturbants.
Le duo Javier Bardem / Brad Pitt fait des étincelles, et pour ajouter au plaisir certains décors sont incroyables, notamment lors des étapes à Las Vegas et Abu Dhabi.
Le cinéma de Kelly Reichardt est toujours aussi insaisissable : il semble vouloir raconter quelque chose (un braquage de Pieds Nickelés dans les années 1970), mais se transforme progressivement en portrait d'un "homme sans qualité", errant à travers les États Unis sans but et sans passion.
Reichardt en profite pour donner, comme à son habitude, une sorte de leçon de cinéma minimaliste : comment dessiner par petites touches un tableau réaliste d'une certaine époque, comment y imposer des choix esthétiques forts qui contribuent à désincarner l'intrigue, à la rendre presque métaphysique.
Les oeuvres de Reichardt me laissent parfois indifférents, vous le savez certainement si vous me lisez depuis plusieurs années, mais j'ai ici plutôt apprécié sa façon de nous raconter une période, avec pas mal d'humour et une direction artistique très cohérente (un formidable camaïeu d'ocre, d'orange et de marron, une pétillante musique jazzy).
La prestation de Josh O'Connor, en personnage opaque et sans affect, n'est pas pour rien dans ma mansuétude. Il est pour moi l'un des meilleurs acteurs en activité.
A voir si vous aimez la lenteur, et l'understatement érigé en esthétique.
A l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 2x2 places pour découvrir le film italien Diamanti de Ferzan Ozpetek.
Pour ce faire :
- répondez à la question suivante : combien de millions de spectateurs italiens ont été voir ce film en salle ?
- joignez votre adresse mail
- envoyez moi le tout par iciavant le 6 février 20 h
Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite par mail les places envoyé par le distributeur. NB : un des deux lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB oumon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).
Le cinéma de Michel Franco est souvent cruel, et certains diraient même sadique. Dans ce film il se contente d'être brillamment méchant.
Le propos est simple : Jennifer, riche américaine, et Fernando, pauvre danseur mexicain, vivent une idylle passionnée à Mexico, où Jennifer dirige une fondation pour une partie de son temps. Lorsque Fernando vient la rejoindre à San Francisco (en passant la frontière illégalement), les choses se gâtent.
Si l'attraction mutuelle est toujours aussi forte, la différence de classe sociale, teintée évidemment d'un racisme sous-jacent, pose à l'évidence un problème, que Jennifer a toutes les peines à résoudre.
Les développements de l'intrigue sont assez maigres, mais le film vaut surtout pour trois éléments : la sensualité ébouriffante qui se dégage de ce couple et de leurs ébats, la classe impériale de Jessica Chastain et l'élégance racée de la mise en scène.
L'ensemble de ces éléments rendent Dreams éminemment agréable à regarder, si l'on est pas réfractaire au caractère froid du cinéma de Michel Franco.