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Christoblog

Articles avec #je n'aime pas

La voix de Hind Rajab

Pari osé que tente ici Kaouther Ben Ania : habiller d'images de fiction les véritables enregistrements téléphoniques qui documentent le supplice enduré par une petite fille enfermée dans une voiture prise dans les tirs de l'armée israélienne à Gaza.

Si au départ la frontière entre fiction et réalité est assez claire, elle se brouille progressivement pour aboutir à une mise en abyme qui m'a laissé perplexe : les acteurs sont filmés en train de jouer des scènes réelles qu'on voit simultanément sur l'écran d'un téléphone portable.

Tous ces artifices de mise en scène aboutissent finalement à nous perdre et à désamorcer l'émotion que nous devrions éprouver, égarés que nous sommes entre les injonctions à compatir à la situation tragique de la petite fille réelle (photos bien émouvantes à l'appui), l'effort intellectuel de comprendre ce que nous voyons et le léger agacement que nous éprouvons face aux crises de nerf à répétition des acteurs jouant ceux qui ont traité les appels de la petite fille (mais dont la souffrance est à mille lieues de celle qui se joue sur le terrain).

Le film erre dans une sorte de no man's land décharné, situé entre le "thriller huis-clos téléphonique" à la façon du film danois The guilty et reconstitution sans véritable enjeu narratif, tant au final l'intrigue est atrocement simple.

On est loin de la richesse et des nuances du film précédent de Ben Ania, Les filles d'Olfa.

Kaouther Ben Ania sur Christoblog : Les filles d'Olfa - 2023 (****)

 

2e

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Ce que cette nature te dit

C'est le vingt-deuxième film de Hong Sang-Soo que je critique sur ce blog, et il me faut constater que l'excitation du début se mue petit à petit en lassitude.

J'espérais, au vu des retours presse et de la longueur inhabituelle du film (1h48), que le réalisateur coréen retrouve l'ampleur narrative de ses débuts, ou au moins la vigueur des expérimentations formelle de son milieu de carrière.

Malheureusement, l'objet du film est très ténu (un jeune poète est présenté à sa belle famille) et si on retrouve par moment le sel du cinéma de HSS (des fissures dans les conversations qui semblent dévoiler d'insondables abysses), l'ensemble est plutôt ennuyeux et manque de relief.

Il reste la petite musique habituelle, toujours agréable à retrouver : les bouteilles d'alcool, la force de caractère des femmes, les glissements subtils de ton, les questions métaphysiques qui surgissent aux détours d'une phrase ou d'un souvenir.

La façon de filmer la nature est atone et on se demande ce que le titre peut bien vouloir dire. Quant aux essais formels, ils se traduisent ici à proposer progressivement une image de plus en plus floue aux spectateurs, procédé déjà utilisé par le cinéaste, mais qui ne me convainc pas.

Pour conclure, le film est plus dense que les derniers, ce qui laisse penser que l'état de santé de Hong Sang-Soo s'est amélioré - et c'est tant mieux, mais le résultat n'est pas totalement convaincant.

Hong Sang-Soo sur Christoblog : Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (**) / Le pouvoir de la Province de Kangwon - 1998 (**) / La vierge mise à nu par ses prétendants - 2000 (***) / Turning gate - 2003 (***) / La femme est l'avenir de l'homme - 2003 (***) / Conte de cinéma - 2005 (**) / Les femmes de mes amis - 2009 (**) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives (Matins calmes à Séoul)  - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Hill of freedom - 2014 (***) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**) / Yourself and yours - 2017 (**) / Le jour d'après - 2017 (**) / La caméra de Claire - 2017 (***) / Hotel by the river - 2020 (***) / Juste sous vos yeux - 2021 (***) / La romancière, le film et le heureux hasard - 2022 (**) / De nos jours - 2023 (**) / La voyageuse - 2024 (***)

 

2e

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France, une histoire d'amour

Rien ne va dans ce film de Yann Arthus-Bertrand.

Ce n'est pas que les initiatives montrées partout à travers la France soient inintéressantes, mais on voit mal le rapport qu'elles entretiennent entre elles, des abattoirs mobiles aux employés de MacDo qui occupent leur restaurant, des maisons en bois aux bienfaits du contact des chevaux : l'accumulation sonnent comme un catalogue décousu de pratiques politiquement correctes (au sens des Carnets de campagne de France Inter).

Mais le plus gênant dans ce road-trip de la bienveillance, c'est la naïveté de ravi de la crèche qu'Arthus-Bertrand transporte d'un bout à l'autre de la France, s'extasiant devant tant de bonté et de grandeur d'âme, tout en manifestant une proximité exagérée avec ses interlocuteurs (accolade de rigueur), et en pratiquant une sorte de harcèlement paternaliste vis-à-vis de ses collaborateurs.

De cette auto-célébration pataude on ne retient donc pas grand-chose, si ce n'est peut-être que le "maître" devrait un peu plus réfléchir, et un peu moins considérer sa moustache comme digne d'être filmée.

 

1e

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A house of dynamite

Sur Netflix

Le nouveau film de Kathryn Bigelow a beaucoup fait parler de lui : l'idée de filmer les 15 minutes précédant l'impact d'un tir nucléaire sur le sol des États Unis a quelque chose d'inédit et de cinématographiquement excitant.

Le début du film est d'ailleurs captivant : on suit quelques personnages dans leur compréhension progressive de la catastrophe imminente, et on essaye de comprendre comment chacun dans son rôle appréhende la suite des évènements. 

Après une bonne vingtaine de minutes, le film reprend le déroulement de la narration au début, en s'intéressant à d'autres personnages, puis réitère une dernière fois le procédé en filmant le président des USA.

Ce procédé accumulatif, qui peut lasser, deviendrait passionnant s'il nous donnait à reconsidérer nos visions précédentes. Malheureusement, la redite n'apporte pas grand-chose au film : autrement dit, il serait possible de monter en parallèle les trois parties sans que cela nuise à la compréhension du film.

Ce constat étant fait, A house of dynamite présente des qualités (notamment la découverte de certaines procédures, comme celle qui détermine la liste des fonctionnaires devant rejoindre la base sécurisée) mais aussi certains défauts (des afféteries récurrentes de mise en scène, une certaine uniformité de réaction des protagonistes, une dramatisation excessive pour un des personnages) qui ne m'ont pas permis d'être emporté par le propos, loin de susciter les mêmes émotions qu'une série comme 24 heures chrono, qui parvenait à nous faire éprouver physiquement les affres du temp réel.

Un film qu'on oublie rapidement après l'avoir vu.

Kathryn Bigelow sur Christoblog : Démineurs - 2008 (*) / Zero dark thirty - 2012 (***) / Detroit - 2017 (****)

 

2e

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Dossier 137

A rebours de la plupart des critiques et spectateurs de Dossier 137, je n'ai pas aimé le dernier film de Dominik Moll.

Il représente pour moi l'exact opposé de  La nuit du 12, que j'ai beaucoup aimé : autant ce dernier était surprenant, nous entraînant dans autant de pistes qui étaient des impasses (mais riches en rencontres humaines), autant le scénario de Dossier 137 m'a semblé formaté et convenu.

Chacun y joue un rôle qui lui est dévolu dès le début du film et qui n'évoluera pas d'un iota : Léa Drucker peaufine son personnage de sainte laïque qu'elle tenait déjà dans L'intérêt d'Adam, les flics mis en cause sont des monstres de mauvaise foi, la mère de la victime ne fait pas confiance aux institutions, l'employée de l'hôtel craint pour son emploi, etc.

Chacun est bien dans la catégorie qui lui est spontanément assignée dans l'inconscient collectif sans que la réalité puisse faire dérailler le propos de Dominik Moll, dont on sent qu'il est conscient de manier un flacon de nitroglycérine. Le résultat est tiédasse et gentillet, à l'image des chatons qui envahissent l'écran. Il n'est pas parcouru par le frisson de la fiction, ni par les délices de l'ambiguïté et encore moins par les plaisirs de la surprise.

Dossier 137, dans sa volonté de didactisme appliqué, n'hésite pas à mettre en oeuvre des procédés à la limite de la crédibilité : n'est ce pas une coïncidence extraordinaire que la policière de l'IGPN retrouve la mère de la victime dans les rayons d'un supermarché de Saint-Dizier ?

Si j'ai été en partie séduit par l'exposition soignée des détails de l'enquête (par ailleurs déjà vus mille fois dans d'autres contexte), je n'ai donc pas adhéré au sens du film, restant extérieur à l'intrigue (jusqu'à ce dernier plan, singeant la réalité, profondément manipulateur à mon sens), et lui trouvant un petit air vieillot et bien-pensant, façon Dossiers de l'écran du nouveau millénaire.

Une déception pour moi, qui apprécie habituellement le cinéma délicat et nuancé de Dominik Moll.

Dominik Moll sur Christoblog : Seules les bêtes - 2019 (***) / La nuit du 12 - 2022 (***)

 

2e

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Springsteen : deliver me from nowhere

A s'attacher à une période très spécifique de la vie de Springsteen (quelques mois de dépression et de grande inspiration), le film de Scott Cooper se heurte très rapidement à sa propre limite : il n'est pas facile de maintenir l'intérêt du spectateur pendant deux heures, alors qu'il ne se passe pratiquement rien à l'écran.

Il aurait fallu approfondir les deux sujets intéressants du film : la prééminence de la vision d'artiste sur le diktat de l'industrie (celui-ci est assez bien traité, mais on aurait aimé en savoir encore plus) et les sources profondes de l'inspiration quand elle est d'une telle puissance (le sujet n'est abordé que par le biais d'anecdotes, comme le film Badlands, la musique d'Alan Vega ou les écrits de Flannery O'Connor).

A défaut d'explorer plus profondément ces sujets, le scénario, écrit laborieusement, se voit dans l'obligation d'inventer une histoire d'amour d'une pauvreté affligeante, qui gâte le film par l'accumulation de scènes à l'eau de rose qu'elle nous impose.

Parmi les points faibles du travail de Scott Cooper, il faut également signaler la superficialité des personnages secondaires : les membres du E Street Band sont inexistants, la mère (dont on sait qu'elle est solaire quand on a lu l'autobiographie de Springsteen, Born to run) est réduit à un personnage de souffrance, et la figure de Jon Landau, véritable saint au service de la création - on ne le soulignera jamais assez, n'est pas aussi développé qu'on aurait pu le souhaiter.

Mon avis, en tant que cinéphile ET en tant que connaisseur de la carrière du Boss est donc partagé : d'un côté je reconnais que le traitement lo-fi qu'a choisi le réalisateur est bien en phase avec le processus de création du chef d'oeuvre dépouillé qu'est Nebraska, de l'autre il me faut avouer que plusieurs passages (l'accélération en voiture, certains flashbacks, la scène de sexe) m'ont semblé beaucoup trop clichés. 

Peut-être aurait-il fallu des parti-pris de mise en scène encore plus radicaux pour donner à sentir ce que le travail de Springsteen a eu de véritablement génial dans cette période, à l'image de ce qui reste pour moi le meilleur film inspiré par un musicien : le film Control, sur la courte vie de Ian Curtis.

Dernier point, Jeremy Allen White joue comme à son habitude avec une expressivité proche de la moule en fin de vie, ce qui en l'espèce n'est pas très gênant, puisque sur les photos de la période on voit bien que Bruce arbore en continu une moue boudeuse et figée, assez proche de celle que White possède naturellement.

A vous de voir, mais le plus important reste tout de même d'écouter ce classique intemporel qu'est le disque Nebraska.

 

2e

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Lumière pâle sur les collines

En voyant ce film en mai dernier à Cannes, je me suis dit que je ne comprenais rien à ce que je regardais : que sont devenus les maris japonais et anglais de la narratrice, qui est exactement Sachiko, les deux personnages féminins principaux sont elles une seule et même personne ?

Le film, s'il laisse deviner certains éléments, ne les explicitent pas, ce qui a généré chez moi une grande frustration. Il semble que le roman d'Ishiguro, dont le film est tiré, ménage le même type d"incertitude floue.

Lumière pâle sur les collines est donc inutilement alambiqué. Ces qualités passent du coup au second rang : une jolie photographie, avec toutefois un peu trop d'effets numériques, et aussi une belle délicatesse dans la direction d'acteur.

Les sujets abordés sont eux aussi intéressants, sans être suffisamment développés : les séquelles de la bombe à Nagasaki, les conséquences de la seconde guerre mondiale sur la psyché japonaise, la sororité comme résistance.

Ishikawa s'affirme de film en film comme le réalisateur de la confusion des personnalités. Il se perd malheureusement ici dans les ornementations d'un scénario inutilement obscur.

Kei Ishikawa sur Christoblog : A man - 2022 (**)

 

2e

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La mort n'existe pas

Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un film d'animation aussi mauvais.

Un groupe de jeunes terroristes veut tuer un couple de bourgeois. L'une d'entre eux/elles se défile, mais va se voir donner une seconde chance par le fantôme de son amie, décédée lors de cet acte de bravoure et/ou acte de terrorisme.

Je n'ai pas compris où voulait nous emmener Félix Dufour-Laperrière, tant le propos de son film est confus, entre contact fusionnel avec la nature, apologie de l'action violente, âgisme révolutionnaire et anti-capitalisme vaporeux.

Quant à l'animation, elle est d'une laideur effroyable : papiers-peints en fond d'écran, grands aplats monochromes, visages des personnages articulés comme des automates, 2D sommaire. C'est le degré zéro de l'animation, sous couvert de poésie sous ecstasy.

La mort n'existe pas comporte également son lot de fixettes malaisantes, comme par exemple un goût prononcé pour le sang (lièvre dépecé, corps perforés), le tout baignant dans une atmosphère new age qui prône une mystique révolutionnaire mâtiné de rêve de vie de famille avec le beau Marc (bizarre, non ?).

Une catastrophe à tout point de vue.

 

1e

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L'intérêt d'Adam

Une gentille infirmière se rebelle contre sa méchante hiérarchie pour aider une mère instable psychologiquement et son enfant.

Oui, vous avez raison, c'est une situation qu'on a l'impression d'avoir vu mille fois et qu'on verra mille fois supplémentaires encore, probablement filmée avec le même "sentiment de temps réel en milieu hospitalier" qu'on a découvert il y a trente ans déjà dans la série Urgences, et qui n'a vraiment plus rien d'original.

Le film de la Belge Laura Wandel ne cherche pas vraiment à dépasser ce portrait de bonne samaritaine tourné comme il se doit avec la caméra à l'épaule : l'auréole de sainteté qui semble étinceler au-dessus de la tête le Léa Drucker aurait pourtant méritée d'être challengée.

Son attitude n'est en effet pas exempte de critiques potentielles. Ne protège-t-elle pas injustement une mère toxique qui constitue une véritable menace pour son enfant (elle a déjà failli le tuer, et semble tout à fait prête à recommencer) ? N'outrepasse-t-elle pas allègrement les limites déontologiques de son métier ? Ne consacre-t-elle pas trop de temps à une seule patiente alors que beaucoup d'autres ont besoin d'elle ? Pourquoi prend-elle toutes ces décisions irrationnelles ? Ne devrait-elle pas confronter son opinion à celles de ses collègues, comme cela est préconisé en milieu hospitalier ?

En bref, il y avait sûrement beaucoup de films intéressants à faire autour de ce sujet, mais aucun de ceux-ci n'existe dans L'intérêt d'Adam, pâle décalque sur grand écran d'une collection de clichés usuels sur l'hôpital, qui ne prend à aucun moment la peine de caractériser psychologiquement ses personnages, ni d'installer une vraie tension dramatique.

Une grande déception.

 

1e

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Oui

Pour commencer, il me faut dire que Nadav Lapid est à la fois un cinéaste doué et un fin (et acide) observateur des évolutions de la société israélienne. 

On peut donc, si on regarde ses films comme des sortes de  témoignages, y trouver un intérêt.

Ces précautions étant prises, je dois avouer que Oui m'a profondément déplu. Le film m'est en effet apparu comme un fouillis peu maîtrisé, accumulant les effets, les tics, les essais approximatifs. Si Nadav Lapid n'était pas par ailleurs si réservé et humble, on pourrait juger cette manière extrêmement prétentieuse : on a l'impression qu'il s'agit d'en "mettre plein les yeux", plutôt que de prendre soin de son spectateur.

Les thématiques se superposent dans le film sans se fondre entre elles (deuil des parents, difficulté de vivre en couple, d'être un artiste, culpabilité face aux destructions de Gaza, horreur du 7 octobre, nostalgie du passé). Tout cela ne fait pas un film, d'autant plus que les modalités choisies, en gros un montage épileptique et des situations grotesques, ne favorisent pas l'empathie.

Pour aller un peu plus loin, Oui comporte trois parties. Dans la première, La belle vie, on suit un couple danseuse/clown complètement déjanté faire leur travail dans des fêtes délirantes.  On pense à certaines scènes de La grande belleza, la démesure baroque et hédoniste en moins, la morbidité masochiste en plus. C'est long, lourd et insupportable de vacuité repue.

Dans la deuxième partie, Le chemin, il est question d'un amour d'enfance et de la mort d'une mère. Le film s'adoucit et devient légèrement plus intéressant. Dans la dernière partie, La nuit, onirique et sadique, on suit un magnat russe se faire lécher les chaussures par sa cour (entre autres choses).

J'ai déjà dit de Nadav Lapid qu'il était un brillant intellectuel et un cinéaste imaginatif, qui fait des films peu aimables sur des personnages antipathiques. C'est ici encore plus vrai, et Oui dure 2h30, qui m'ont parues très, très longues.

Je le déconseille donc fermement, sauf si vous prenez plaisir à souffrir et réfléchir en même temps.

Nadav Lapid sur Christoblog : L'institutrice - 2014 (**) / Synonymes - 2019 (**) / Le genou d'Ahed - 2021 (**)

 

1e

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Libre échange

Le nouveau film de Michael Angelo Covino met en scène le même duo d'acteurs que son film précédent, à savoir lui-même et son alter ego mal dégrossi, Kyle Marvin.

Malheureusement, le ton de comédie douce amère qui faisait le charme de The climb est ici abandonné pour celui d'une pétaradante chronique qui frôle le burlesque, dopée par les prestations très physiques de Dakota Johnson et Adria Arjona.

Après un début plutôt drôle, Libre échange se mue en une chronique poussive de l'apprentissage de l'amour libre par deux couples américains bien sur eux : les choses ne vont pas se bien passer (quelle surprise !), la nature humaine, ou plutôt la jalousie masculine, reprenant vite le dessus sur les bonnes intentions libertaires.

Le film s'avère être une sorte de vaudeville épicé, dans lequel les péripéties s'accumulent sans vraiment imprimer notre mémoire, comme une sorte de codicille modernisé à tout un pan de la culture de l'adultère, de Marivaux à Woody Allen. La psychologie des personnages est ramenée à des sentiments basiques sans aucune profondeur.

On s'ennuie un peu, on ne rit pas beaucoup, et à la fin du film, dont une des qualités est tout de même d'être parfaitement rythmé, on oublie quasi instantanément ce qu'on vient de voir.

Michael Angelo Covino sur Christoblog : The climb - 2020 (***)

 

2e

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Renoir

Le cinéma de la réalisatrice japonaise Chie Hayakawa a quelque chose d'évanescent : son pointillisme teinté de fantastique crée de douces atmosphères vaporeuses, et parfois malsaines.

Renoir dresse ainsi le portrait de Fuki, petite fille de onze ans abandonnée à elle-même : son père est en train de mourrir, et sa mère est absente.

Fuki s'occupe comme elle peut, écrit des textes dans lesquels elle rêve de tuer ses parents, se fait des amis, tombe amoureuse d'un pédophile, et regarde la télé. Toutes ces activités sont placées sur un même plan, filmées avec sensibilité, mais sans relief, ne générant aucune empathie.

Vous l'avez compris, malgré d'indéniables qualité de mise en scène, je n'ai pas trop accroché à ce tableau vaporeux d'une époque peu avenante (les années 80 au Japon), desservi par une écriture approximative.

 

2e

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La femme qui en savait trop

J'aime beaucoup le cinéma iranien, dont je ne rate pratiquement aucun film visible en France, et j'apprécie aussi beaucoup le talent de scénariste de Jafar Panahi.

J'étais donc conditionné à aimé le film de Nader Saeivar, habituel collaborateur de Panahi.

Malheureusement, malgré quelques qualités caractéristique des films iraniens (une attention aux détails de la vie quotidienne, une minutieuse exploration de la psychologie des personnages, un suspense autour d'un cas de conscience), j'ai trouvé qu'ici la sauce ne prenait pas, principalement par la faute d'un scénario "à trous", qui par ailleurs ne ménage aucune surprise. 

Il y a dans La femme qui en savait trop (un titre qui ne correspond pas vraiment au contenu du film) beaucoup de carences dans ce qui est raconté : que devient la fille après la mort de sa mère ? pourquoi est elle à l'hôpital ? pourquoi personne ne parle du corps de la femme ? peut on vraiment confondre le cadavre d'un homme et d'une femme ? ... je pourrais multiplier presque à l'infini les faiblesses d'une narration qui perd de ce fait finalement en intensité.

Restent un merveilleux portrait de femme (Maryam Boubani, très convaincante), le beau personnage du fils, impressionnant par sa densité de bêtise servile, et un tableau nécessaire de la précarité de la condition féminine en Iran.

Le dernier plan du film, outre le fait qu'on ne comprend pas ce la fille met dans la bouteille, est franchement maladroit par son onirisme benêt.

Une déception.

 

2e

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Marco, l'énigme d'une vie

En visionnant Marco, l'énigme d'une vie, je n'ai pu m'empêcher de penser à un autre film espagnol récent, L'affaire Nevenka.

Les deux films ont en effet de nombreux points commun : ce sont des reconstitutions soignées de faits réels, se situant dans un passé proche, mettant en scène des personnages masculins peu reluisants, se développant sur le temps long, et sans effet de mise en scène particuliers.

Mais si Iciar Bollain nous faisait partager les épreuves traversées par Nevenka comme dans une palpitante fiction, les deux réalisateurs Aitor Arregi et Jon Garaño  ne parviennent pas ici à faire décoller vraiment leur film, qui jusqu'à la fin n'arrive pas à paraître autre chose qu'un documentaire-fiction scolaire, certes très bien fait mais ne générant aucune empathie.

Dans cette histoire incroyable d'un Espagnol ayant prétendu faussement avoir été déporté dans un camp de concentration, il nous manque quelques clés psychologiques pour que le film soit vraiment captivant : on ne comprendra jamais vraiment pourquoi Enric Marco a inventé cette histoire.

Reste tout de même l'intérêt documentaire de l'histoire à propos de la déportation de nombreux Espagnols durant la seconde guerre mondiale, qui justifie qu'on regarde tout de même Marco, l'énigme d'une vie.

 

2e

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Miroir N°3

Le cinéma de Christian Petzold n'est pas ma tasse de thé. Je n'accroche pratiquement jamais à sa façon de filmer froide et désincarnée, à la distance qu'il impose de toute force entre ses personnages et nous.

Mais si ces procédés m'exaspèrent quand ils s'appliquent à une dense matière romanesque (comme dans le dernier Ondine), je dois dire qu'ils se marient plutôt bien à la forme de conte minimaliste que prend Miroir N°3.

J'ai été d'abord plutôt charmé par la plate froideur du réalisateur allemand, qui donne à voir un mal-être qu'on devine pesant chez Laura. Malheureusement, à partir de l'accident, les incohérences manifestes du récit m'ont beaucoup gêné : pourquoi Laura ne prévient elle personne ? pourquoi ne s'étonne-t-elle pas quand son hôte l'appelle Yelena ? pourquoi à l'inverse pète-t-elle un plomb quand elle comprend pour qui on la prend - alors que la situation est évidente depuis le début pour tous ?

Le film déroule son programme cahin-caha vers une fin peu surprenante, dans une sorte d'atonie émotionnelle qui ne favorise pas l'empathie. Restent les points forts habituels de Petzold (jeu d'acteur intéressant, mise en scène élégante), mais qui ne parviennent pas à me convaincre complètement, une fois de plus.

Christian Petzold sur Christoblog : Barbara - 2012 (**) / Phoenix - 2014 (**) / Ondine - 2020 (*)

 

2e

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Alpha

J'ai été un ardent défenseur des deux premiers films de Julia Ducourneau, Grave et Titane.

Cela m'est d'autant plus douloureux de devoir constater qu'Alpha, malgré toutes ses bonnes intentions et son ambition, est en grande partie raté.

Pour commencer, le sujet traité est beaucoup moins original que ceux des deux premiers opus. Alpha raconte en effet les conséquences bien connues qu'entraîne l'apparition s'une maladie mal connue : incrédulité, ostracisme, attente angoissée des résultats de test, peurs irraisonnées, méconnaissance des modes de transmission. Bref, autant de choses déjà vues dans les nombreuses oeuvres consacrées au Sida. De ce point de vue, le film n'est pas très fort, et même parfois maladroit. 

Ensuite, le mode de narration qu'a choisi Ducourneau n'aide pas à entrer dans l'histoire. Le scénario mélange en effet plusieurs époques, à peine discernables quand on découvre le film pour la première fois, ce qui génère beaucoup de confusion (le meilleur indice pour se repérer dans ce méli-mélo temporel semble être ... la coiffure de Golshifteh Farhani). Bref, on y comprend pas grand-chose durant une bonne partie du film.

La direction artistique est plutôt moche et la bande-son affreuse, mélange hétéroclite de pop mielleuse et de classique plombant.

L'ensemble de ces points faibles conduira le spectateur presque à coup sûr vers un ennui poli mais profond, tout juste troublé par quelques scènes esthétiquement réussies (la transformation des corps en marbre) et la performance de Tahar Rahim, comme souvent sidérante d'engagement.

C'est mollement raté.

Julia Ducourneau sur Christoblog : Grave - 2016 (****) / Titane - 2021 (****)

 

2e

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Eddington

Le nouveau film d'Ari Aster, jusqu'à présent surtout connu pour des films de genre (Hérédité, Midsommer), commence comme un ancien film des frères Coen : personnages déjantés, ambiance cartoonesque, humour et violence mélangées.

J'ai été plutôt séduit par cette entame amusante, qui passe en revue beaucoup des problèmes de l'Amérique (et plus généralement du monde contemporain) : omniprésence des écrans, complotisme, extrémismes en tous genres, écologie, nouvelles technologies, sort des populations indigènes, sumprématisme blanc, emprise des sectes. 

Malheureusement, Eddington commence à bégayer vers son mitant, et la qualité du jeu de Pedro Pascal et de Joaquin Phoenix ne suffit plus à masquer le manque d'inspiration d'un scénario qui perd progressivement son fil. Au final, Aster renvoie dos à dos racisme et anti-racisme, progressisme et complotisme, dans une sorte de vortex idéologique qui semble avoir perdu tout sens moral : la gêne que génère cet anarchisme intellectuel n'est pas atténuée par la démesure un peu sotte de l'assaut final, qui franchit la frontière séparant spectaculaire et ridicule. Son anti-héros tout puissant n'a pas de contre-point à sa hauteur, ce qui au final déséquilibre le film.

C'est donc indigeste, et raté.

Aris Aster sur Christoblog : Midsommer - 2019 (***)

 

2e

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Once upon a time in Gaza

Ce nouveau film des frères Nasser, tourné en Jordanie, nous projette dans la vie quotidienne de Gaza, loin de toute actualité politique.

Passé le début du film, dont on ne comprendra la teneur que bien plus tard, on suit tout d'abord un couple d'amis dissemblables et attachants : un étudiant rêveur et une petite frappe à la grande gueule (et au grand coeur).

Entre polar noir et chronique sociale tendre, le film semble chercher sa voie. Sa petite musique jazzy, son rythme nonchalant et son absence totale de propos politique déstabilisent le spectateur, qui sera encore plus surpris de découvrir l'évolution de l'histoire dans la deuxième partie.

Once upon a time est à l'évidence tourné avec peu de moyens : c'est à la fois son charme et sa limite. Suivant votre humeur vous pourrez être séduit par la fable morale piquante qu'il nous propose, ou déçu par ses faiblesses d'écriture et son rythme velléitaire.

Comme le film est court (1h30) et la proposition originale, le risque que vous prenez n'est toutefois pas très grand.

Les frères Nasser sur Christoblog : Gaza mon amour - 2021 (**)

 

2e

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Enzo

Voici le film "de Laurent Cantet, réalisé par Robin Campillo", suite à la mort de son ami.

Le résultat est étonnamment situé exactement à mi-chemin des univers des deux réalisateurs : fine chronique sociale et rapports de classe intra-familiaux côté Cantet, trouble homoérotique et éveil des désirs physiques (sexe, danse) côté Campillo. 

Le début d'Enzo bénéficie de cette ambigüité pour installer une ambiance à la fois solaire et inquiétante, qui attise le désir du spectateur.  Malheureusement, une fois le cadre posé, le film piétine un peu dans son entre-deux thématique : les personnages des parents et du frère sont sacrifiés et dessinés de façon caricaturale, le sujet de la guerre en Ukraine est survolé et semble servir de faire-valoir, le jeu limité d'Eloy Pohu ne contribue pas à développer son personnage de façon intéressante. Dans sa deuxième partie, Enzo pêche par manque d'incarnation et de réalisme (la scène de la chute).

Je suis donc devenu assez rapidement extérieur au film lui-même, regardant avec indifférence le témoignage d'affection de Campillo pour son pote, estimable, mais un peu artificiel. 

 

2e

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Loveable

Loveable m'amène à me poser une question simple : peut-on faire un bon film avec un personnage principal antipathique ?

Et ma réponse est résolument négative dans ce cas d'espèce. Les états d'âme de Maria sont très communs : elle a du mal à gérer ses enfants et sa vie professionnelle. OK. C'est probablement le sort de plus de la moitié de la population mondiale féminine, mais dans le cas de Maria, cela semble insurmontable. 

Assez terrible en tout cas pour décider de partir (puis le regretter), de regarder dans le vide pendant plusieurs minutes (des heures en temps ressenti par le spectateur), d'aller voir une psy (qui l'invite à dormir, à court d'arguments thérapeutiques peut-être), de régler quelques comptes avec sa mère (très mal jouée), de se faire larguer une deuxième fois (par un mari trop beau et trop lisse pour être crédible, même si on lui donne instinctivement raison), puis de rembarrer une amie sincère.

J'ai personnellement voué une sincère animosité envers le personnage joué par l'actrice Helga Guren, jamais à court d'expédients grotesques (grimaces devant le miroir, torsions acrobatique de la bouche et dos tristement vouté), servis il est vrai par un scénario et une mise en scène ne reculant devant aucune facilité (artiste de rue chantant "Ne me quitte pas" juste après la scène de séparation, scènes rejouées maladroitement, fin ouverte irrésolue).

C'est une catastrophe dont je ne m'explique pas le succès critique. Pas aimable, du tout.

 

1e

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