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Christoblog

Articles avec #je n'aime pas

Fantastique

Il est rare qu'un documentaire, a fortiori sur un sujet qui concerne l'Afrique, trouve le chemin des salles françaises.

Il faut donc saluer la distribution de ce film de la Belge Marjolijn Prins, qui dresse le portrait de la petite Fanta, 14 ans et contorsioniste, tentée par l'aventure d'un spectacle avec le cirque Amoukanama.

Les images sont belles, la vie quotidienne en Guinée est bien rendue, les scènes domestiques avec la mère de Fanta sont assez jolies. Malheureusement le film n'a pas grand-chose à raconter et Fanta est tellement silencieuse qu'on ne sait jamais trop ce qu'elle pense : il faut donc meubler, même si le film ne dure que 1h et 11mn, ce qui amène la réalisatrice à insérer des images un peu ésotériques, flirtant avec le fantastique.

Du fait de sa pauvreté narrative, je n'ai pas été enthousiasmé par le film, qui de plus m'a laissé un doute désagréable sur le véritable libre-arbitre de la petite fille, à la fois vis à vis du cirque et du tournage.

A vous de voir, Fantastique semble plaire au public lorsqu'il est présenté en festival. 

 

2e

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Connemara

Dans Connemara, Alex Lutz applique toute une série de procédés de mise en scène, un peu artificiels.

En vrac : des effets de flous, de profondeurs de champ variables, d'image en partie masquée, de pensées intérieures en voix off, de sons issus d'autres scènes plaqués sur ce qu'on est en train de regarder, de superposition de musique extradiégétique et de dialogues à peine audibles. Bref, il fait oeuvre d'auteur (au pire sens du terme, celui qui veut impressionner), alors que le sujet lui-même requérait à mon sens la plus grande sobriété.  

En frimant ainsi pour raconter le retour d'une transfuge de classe dans les Vosges, Alex Lutz dénature son sujet : une modestie contenue aurait mieux servi son propos. En ce sens la comparaison avec le génial Partir un jour joue en nette défaveur de Connemara :  les deux films partagent ne nombreux points commun (une intellectuelle revient dans sa région natale et re-tombe amoureuse de son petit ami d'enfance, joué par Bastien Bouillon - avec une scène de patinoire), mais le film d'Amélie Bonnin semblait beaucoup plus respecter le milieu modeste qu'il décrivait que ne le fait celui d'Alex Lutz.

Même si Bastien Bouillon et Mélanie Thierry donnent de leur personne avec conviction (et avec une certaine sensualité), le film échoue curieusement à générer de véritables émotions. Tout y parait compassé et artificiel, sans relief et sans chair, peuplé de personnages creux et factices (le mari d'Hélène et ses filles, Christophe adolescent).

Un raté presque total.

 

1e

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Un jour avec mon père

Un jour avec mon père est un film nigérian assez pointu : se déroulant dans les années 1990, il fait référence à d'obscurs évènements politiques qui vous laisseront totalement à côté du chemin si vous n'êtes pas un fin connaisseur du pays.

Sa construction est aussi très recherchée, à l'image des premières scènes, qui, associées à la dernière, semblent indiquer que tout le film n'est peut-être qu'un rêve.

Si on n'est pas très attaché à comprendre le sens d'une oeuvre, on pourra peut-être apprécier le style du réalisateur Akinola Davies Jr, qui emprunte beaucoup de codes au cinéma d'auteur européen : couleurs délavées, tournage en 35mm, gros plans signifiants, écrans blancs.

J'ai trouvé pour ma part que malgré ses qualités (on est parfois happé par une atmosphère ou un plan), le film manquait d'énergie et se perdait un peu dans l'ambition de son écriture sophistiquée. L'acteur principal britannique, Sope Dirisu, a une belle présence (on peut le voir dans la série Gangs of London). 

A voir éventuellement.

 

2e

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Avignon

J'ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi cette comédie romantique sans aucune originalité a eu d'aussi bonnes critiques.

Rien n'y est en effet très bon. Le scénario est paresseux, les péripéties convenues, les acteurs inconsistants.

Baptiste Lecaplain y joue avec une médiocrité épanouie un rôle de ravi de la crèche amoureux, dans un style aimablement consensuel qui nous rappelle son premier métier, animateur de colonie de vacance. Alison Wheeler est un peu plus piquante, sans être exceptionnelle.

Ce doit être le décor que fournit le Festival d'Avignon qui a poussé à cette mansuétude : les rédacteurs ont dû prendre du plaisir à retrouver l'ambiance du Festival et l'animation de ses rues.

Pourtant, dans ce film qui parle de théâtre, la magie de la représentation n'est absolument pas présente, ni dans la pièce de boulevard, ni dans le Cid. Ce qui est montré à l'écran de la scène est convenu, triste et plat : l'effervescence créatrice d'Avignon n'est pas du tout restituée.

Avignon est une petite chose proprette sans aspérité, une sorte de Plus belle la vie à prétexte culturel, de laquelle on sort instantanément amnésique.

 

1e

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Le son des souvenirs

Dans le projet du cinéaste sud-africain Oliver Hermanus, il y avait beaucoup de choses intéressantes : un duo d'acteurs au sommet de la hype (Paul Mescal / Josh O'Connor), un sujet touchant (une histoire d'amour gay sur le long terme dans l'Amérique du début du XXème siècle), une toile de fond passionnante (la collecte de chansons folkloriques traditionnelles).

Las ! L'assemblage final de tous ces bons ingrédients est insipide. On s'ennuie à suivre cette romance tout juste sortie de la naphtaline, qui ne parvient pas à donner de la profondeur aux interactions entre les deux personnages principaux.

L'aspect documentaire sur la recherche de chansons est de loin le point le plus intéressant du film, mais il ne parvient pas non plus à nous captiver, par manque d'approfondissement.

La réalisation est propre, les paysages magnifiques, et on se demande au final comment il est possible avec autant d'atouts d'arriver à ne générer aucune vraie émotion. Un coup de maître en matière de ratage.

 

2e

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Hamnet

J'ai tellement adoré les trois premiers films de Chloé Zhao qu'écrire ce texte va me faire un mal de chien, mais l'honnêteté intellectuelle m'oblige à le faire.

Hamnet est terriblement raté de bout en bout.

La première partie nous montre un jeune professeur fauché et sa femme se rencontrer, faire des enfants, puis en perdre un. Rien d'original là-dedans, on a vu cela mille fois, en beaucoup plus émouvant et surtout en moins larmoyant. Dans Hamnet tous les éléments sont en effet pointés dans le même sens : essayer de nous arracher des larmes à tout prix, ne reculant devant aucun procédé, aussi vulgaire soit-il.

Nous avons donc droit à un jeu très appuyé de Jessie Buckley, une musique horripilante de Max Richter, des effets d'un symbolisme douteux (ouh, le trou noir prémonitoire au pied de l'arbre dans la forêt) et une esthétique intasgrammable à base de feuilles bien vertes et de jolis faucons.

Quand commence la deuxième partie, on se demande bien quel est l'intérêt d'avoir accolé la petitesse de cette existence à l'immense talent du grand William. Le film tente une réponse bien maladroite, qui frôle le révisionnisme historique, puisque le rapport entre la pièce Hamlet et le fils décédé de Shakespeare est pour le moins factuellement vaporeux (Hamlet est vraisemblablement plutôt en rapport avec Amleth, un personnage médiéval de Saxo Grammaticus, dont l'histoire est très similaire à celle racontée par Shakespeare).

Bref, tout cela ne serait peut-être pas rédhibitoire si dans cette partie Hamnet ne parvenait pas à des sommets d'irréalisme et de tentatives indécentes d'extraction lacrymale forcée, à travers un dispositif d'une artificialité sidérante.

Le jeu de Jessie Buckley, qui tente d'imiter une sorte d'orgasme mystique dans lequel son deuil semble se dissoudre, franchit alors les limites du ridicule. 

Il n'y a qu'une lettre de différence entre les titres Hamlet et Hamnet, mais il y a un monde entre les deux oeuvres : celui qui sépare le génie intemporel de la médiocrité larmoyante. 

Il ne me reste plus qu'à attendre le prochain Chloé Zhao avec impatience (et inquiétude).

Chloé Zhao sur Christoblog : Les chansons que mes frères m'ont apprises - 2015 (****) / The rider - 2017 (****) / Nomadland - 2021 (****)

 

1e

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Magellan

J'aurais beaucoup aimé apprécier ce film. Le sujet, la renommée du réalisateur philippin Lav Diaz, le point de vue du réalisateur sur l'invasion "vue des autochtones", les partis pris esthétiques : tout me semblait séduisant et excitant.

Mais j'ai été très déçu tout du long de ce (très) long film, 2h43.

Le manque de moyens explique en partie ce sentiment. Pour les parties maritimes par exemple, le sentiment d'immersion est nul. On n'éprouve jamais le sentiment d'oppression que devrait générer une épopée qui traverse la moitié du globe sur les océans. On a l'impression que la pire des tempêtes est signifiée par des seaux d'eau renversés sur la tête des acteurs.

Les partis pris de scénario et de mise en scène n'aident pas beaucoup non plus à générer du plaisir ou de l'admiration chez le spectateur : on ne comprend pas vraiment ce qu'on voit, le contexte n'est jamais précisé (par exemple dans la première partie à Malacca), la caméra est souvent fixe et les plans parfois inutilement rallongés. Le tout respire un hiératisme esthétisant et poseur.

On s'ennuie donc ferme à suivre le personnage sur le fond très antipathique de Magellan, qui ne semble vraiment humain que dans son rapport avec sa femme, puis son fantôme (des effets fantastiques qui ne fonctionnent pas et qui tranchent avec le réalisme de la reconstitution).

Mieux vaut relire la biographie impeccable de Stephan Zweig.

 

1e

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Here - Les plus belles années de notre vie

A partir d'une idée originale et intrigante (poser sa caméra à un endroit et ne plus la bouger de tout le film), Robert Zemeckis construit une oeuvre qui alterne le moyen et le moins bon.

Au rayon des relatives satisfactions, il faut signaler la qualité du jeu du duo Tom Hanks / Robin Wright qu'on a plaisir à retrouver trente ans après Forrest Gump, l'ivresse ponctuelle de sentir la matérialité du temps qui passe dans cette maison plus que centenaire, quelques trouvailles de mise en scène qui jouent avec la contrainte de fixité de la caméra (un écran LED qui permet une variation infinie de ce qu'on voit par la fenêtre, quelques jeux de miroirs qui permettent de voir derrière la caméra, un système d'incrustation original dans l'enchaînement des scènes).

En ce qui concerne les points faibles du film, il y en a malheureusement beaucoup. Pour commencer, toutes les séquences qui ne concernent pas la famille principale sont très ennuyeuses et piteusement réalisées : les dinosaures de la préhistoire, les amérindiens amoureux, les premiers habitants de la maison dont on ne connaîtra pas l'évolution. On est aussi troublé par le processus de de-aging qui rajeunit le couple principal : cela introduit un je ne sais quoi d'artificiel dans l'image.

Les mésaventures de toute cette petite famille manquent aussi de relief. Les peines et les bonheurs s'enchaînent (mort, maladie, mariage, naissance, problèmes financiers) sans grande excitation et sans générer beaucoup d'émotions, comme si le dispositif adopté gelait notre empathie.

Bien tenté, donc, mais pas totalement réussi.

 

2e

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Father mother sister brother

Drôle d'idée que de donner le Lion d'or de la Mostra de Venise à cette oeuvre de Jarmush, somme toute mineure.

Dans ce film à sketch, le premier est le meilleur, et le seul vraiment intéressant, selon moi. Une fille et un fils rendent visite à leur père, joué par un Tom Waits égal à lui-même, c'est à dire roublard et inquiétant.

Adam Driver (probablement le meilleur acteur en activité) et l'excellente Mayim Bialik rendent cette réunion génialement gênante. On perçoit la plupart des non-dits et l'évolution de la conversation est très bien menée.

La deuxième partie est nettement moins bonne. Elle vaut surtout pour son casting de luxe (Charlotte Rampling, Vicky Krieps, Cate Blanchett) et la façon dont Jarmusch parsème des éléments qui résonnent avec la première partie, à la manière d'un Hong Sang-Soo, à qui j'ai énormément pensé. En vrac : une même expression (Bob's your uncle), le fait de trinquer (et se demander si on peut trinquer avec n'importe quoi), des Rolex, des harmonies de couleur dans les vêtements, etc.

Contrairement à la première partie, on ne perçoit pas vraiment les états d'âme des trois protagonistes, on ne comprend pas réellement leur relation, et le film semble progressivement tourner alors au procédé.

Quant à la troisième partie, elle n'a à proprement parler aucun intérêt. Les deux acteurs sont insignifiants et la situation (un frère et soeur viennent de perdre leur parent dans un accident) est sans originalité. Jarmusch ne nous épargne aucun cliché, y compris l'examen ému de vieilles photos, dans un Paris de carte postale dans lequel il y a toujours une place pour se garer devant le bar où l'on veut aller boire un coup. 

Un ensemble inégal, donc, et au final décevant.

 

2e

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L'engloutie

Format 4:3, absence d'éclairage artificiel, musique introductive à base d'onomatopées : dès les premières images on sent que le voyage proposé sera de type "auteuriste, âpre et sans concession ".

Et ce sera effectivement le cas. 

Si le film commence comme une plongée naturaliste dans une micro-communauté d'altitude en 1899, il évolue progressivement vers un fantastique lo-fi, bizarrement sexuel (utiliser une stalactite comme godemiché, vraiment ?) et comme sabordé par une mise en scène peu imaginative (l'avalanche comme métaphore du plaisir sexuel féminin).

Le manque d'impact, le casting hasardeux (on ne croit pas un instant à Samuel Kircher en montagnard du XIXème siècle), la fin approximative et la longueur excessive du film (1h37) rendent cette variation brouillonne sur le thème de la sorcière plutôt antipathique.

Récemment, le cinéma italien a proposé des portraits de jeunes femmes confrontées à la nature dans les siècles passés autrement plus enthousiasmants : je pense au splendide Piccolo Corpo de Laura Samani dans un genre fantastique, ou dans une veine plus réaliste au beau Vermiglio de Mauro Delpero.

C'est raté. 

 

1e

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Laurent dans le vent

Laurent est un jeune qui cherche sa place. Sans domicile, sans métier, psychologiquement instable, il échoue dans la station de ski des Orres.

Ce deuxième film du trio de réalisateurs Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon dresse donc le portrait de Laurent et de ses rencontres : une vieile femme grabataire, un géant qui veut fonder des colonies viking en Sibérie, une chèvre magique, Béatrice Dalle qui ramasse des plantes.

Baptiste Pérusat fournit une belle performance d'acteur, avec une candeur inquiétante qui peut rappeler par moment le Terence Stamp de Théorème.

Il y a dans ce (trop) long essai d'une heure quarante beaucoup du cinéma de Guiraudie. En vrac, la fluidité sexuelle, la mort, les bizarreries, le choc de solitudes dans une nature plus grande que l'homme, des personnages opaques et souvent légèrement antipathiques, une atmosphère qui flirte avec le fantastique.

Mais le résultat n'a pas la fantaisie grinçante du réalisateur du merveilleux Miséricorde. Il lui manque un surcroît de méchanceté, un grain de folie ou une bonne dose d'humour pour vraiment captiver. 

J'avoue m'être ennuyé, même si le film met en évidence la capacité du trio de réalisateurs à capter avec sensibilité les sentiments d'une jeunesse déboussolée et comme hors du monde.

 

2e

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La condition

Il y a beaucoup de choses intéressantes dans La condition

La reconstitution d'époque (le début du XXième siècle) est tout d'abord admirable. Les décors, les vêtements, la vie quotidienne, les rapports entre classes font l'objet d'une reconstitution minutieuse, baignée par une photographie admirable. On se retrouve vraiment immergé dans l'époque : ébloui par la flamme d'une bougie, fasciné par l'arrivée d'une automobile.

Le casting ensuite est très bon. Swann Arlaud sait comme personne d'autre jouer le machisme ordinaire, subtil mélange de tendresse, de violence instinctive, de frustration sexuelle, de mépris de classe et de personnalité névrosée. Les deux femmes sont également parfaites : Louise Chevillotte excellente en bourgeoise emmurée dans son temps et Galatea Bellugi qui confirme son talent brut découvert dans l'excellent Chien de la casse

Mais malgré toutes ces qualités, l'ennui n'a pas tardé pas à gagner le spectateur que je suis : peut-être par la faute d'un scénario extrêmement balisé, qui semble suivre scrupuleusement son programme initial jusqu'à un dénouement que l'on voit arriver de loin. Les quelques pas-de-côté de l'intrigue dans la dernière partie du film ne suffisent pas à ressusciter un intérêt qui s'est déjà bien délité durant la première heure.

Jérôme Bonnell sur Christoblog : Le temps de l'aventure - 2013 (*) / A trois on y va - 2014 (**)

 

2e

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La voix de Hind Rajab

Pari osé que tente ici Kaouther Ben Ania : habiller d'images de fiction les véritables enregistrements téléphoniques qui documentent le supplice enduré par une petite fille enfermée dans une voiture prise dans les tirs de l'armée israélienne à Gaza.

Si au départ la frontière entre fiction et réalité est assez claire, elle se brouille progressivement pour aboutir à une mise en abyme qui m'a laissé perplexe : les acteurs sont filmés en train de jouer des scènes réelles qu'on voit simultanément sur l'écran d'un téléphone portable.

Tous ces artifices de mise en scène aboutissent finalement à nous perdre et à désamorcer l'émotion que nous devrions éprouver, égarés que nous sommes entre les injonctions à compatir à la situation tragique de la petite fille réelle (photos bien émouvantes à l'appui), l'effort intellectuel de comprendre ce que nous voyons et le léger agacement que nous éprouvons face aux crises de nerf à répétition des acteurs jouant ceux qui ont traité les appels de la petite fille (mais dont la souffrance est à mille lieues de celle qui se joue sur le terrain).

Le film erre dans une sorte de no man's land décharné, situé entre le "thriller huis-clos téléphonique" à la façon du film danois The guilty et reconstitution sans véritable enjeu narratif, tant au final l'intrigue est atrocement simple.

On est loin de la richesse et des nuances du film précédent de Ben Ania, Les filles d'Olfa.

Kaouther Ben Ania sur Christoblog : Les filles d'Olfa - 2023 (****)

 

2e

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Ce que cette nature te dit

C'est le vingt-deuxième film de Hong Sang-Soo que je critique sur ce blog, et il me faut constater que l'excitation du début se mue petit à petit en lassitude.

J'espérais, au vu des retours presse et de la longueur inhabituelle du film (1h48), que le réalisateur coréen retrouve l'ampleur narrative de ses débuts, ou au moins la vigueur des expérimentations formelle de son milieu de carrière.

Malheureusement, l'objet du film est très ténu (un jeune poète est présenté à sa belle famille) et si on retrouve par moment le sel du cinéma de HSS (des fissures dans les conversations qui semblent dévoiler d'insondables abysses), l'ensemble est plutôt ennuyeux et manque de relief.

Il reste la petite musique habituelle, toujours agréable à retrouver : les bouteilles d'alcool, la force de caractère des femmes, les glissements subtils de ton, les questions métaphysiques qui surgissent aux détours d'une phrase ou d'un souvenir.

La façon de filmer la nature est atone et on se demande ce que le titre peut bien vouloir dire. Quant aux essais formels, ils se traduisent ici à proposer progressivement une image de plus en plus floue aux spectateurs, procédé déjà utilisé par le cinéaste, mais qui ne me convainc pas.

Pour conclure, le film est plus dense que les derniers, ce qui laisse penser que l'état de santé de Hong Sang-Soo s'est amélioré - et c'est tant mieux, mais le résultat n'est pas totalement convaincant.

Hong Sang-Soo sur Christoblog : Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (**) / Le pouvoir de la Province de Kangwon - 1998 (**) / La vierge mise à nu par ses prétendants - 2000 (***) / Turning gate - 2003 (***) / La femme est l'avenir de l'homme - 2003 (***) / Conte de cinéma - 2005 (**) / Les femmes de mes amis - 2009 (**) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives (Matins calmes à Séoul)  - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Hill of freedom - 2014 (***) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**) / Yourself and yours - 2017 (**) / Le jour d'après - 2017 (**) / La caméra de Claire - 2017 (***) / Hotel by the river - 2020 (***) / Juste sous vos yeux - 2021 (***) / La romancière, le film et le heureux hasard - 2022 (**) / De nos jours - 2023 (**) / La voyageuse - 2024 (***)

 

2e

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France, une histoire d'amour

Rien ne va dans ce film de Yann Arthus-Bertrand.

Ce n'est pas que les initiatives montrées partout à travers la France soient inintéressantes, mais on voit mal le rapport qu'elles entretiennent entre elles, des abattoirs mobiles aux employés de MacDo qui occupent leur restaurant, des maisons en bois aux bienfaits du contact des chevaux : l'accumulation sonnent comme un catalogue décousu de pratiques politiquement correctes (au sens des Carnets de campagne de France Inter).

Mais le plus gênant dans ce road-trip de la bienveillance, c'est la naïveté de ravi de la crèche qu'Arthus-Bertrand transporte d'un bout à l'autre de la France, s'extasiant devant tant de bonté et de grandeur d'âme, tout en manifestant une proximité exagérée avec ses interlocuteurs (accolade de rigueur), et en pratiquant une sorte de harcèlement paternaliste vis-à-vis de ses collaborateurs.

De cette auto-célébration pataude on ne retient donc pas grand-chose, si ce n'est peut-être que le "maître" devrait un peu plus réfléchir, et un peu moins considérer sa moustache comme digne d'être filmée.

 

1e

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A house of dynamite

Le nouveau film de Kathryn Bigelow a beaucoup fait parler de lui : l'idée de filmer les 15 minutes précédant l'impact d'un tir nucléaire sur le sol des États Unis a quelque chose d'inédit et de cinématographiquement excitant.

Le début du film est d'ailleurs captivant : on suit quelques personnages dans leur compréhension progressive de la catastrophe imminente, et on essaye de comprendre comment chacun dans son rôle appréhende la suite des évènements. 

Après une bonne vingtaine de minutes, le film reprend le déroulement de la narration au début, en s'intéressant à d'autres personnages, puis réitère une dernière fois le procédé en filmant le président des USA.

Ce procédé accumulatif, qui peut lasser, deviendrait passionnant s'il nous donnait à reconsidérer nos visions précédentes. Malheureusement, la redite n'apporte pas grand-chose au film : autrement dit, il serait possible de monter en parallèle les trois parties sans que cela nuise à la compréhension du film.

Ce constat étant fait, A house of dynamite présente des qualités (notamment la découverte de certaines procédures, comme celle qui détermine la liste des fonctionnaires devant rejoindre la base sécurisée) mais aussi certains défauts (des afféteries récurrentes de mise en scène, une certaine uniformité de réaction des protagonistes, une dramatisation excessive pour un des personnages) qui ne m'ont pas permis d'être emporté par le propos, loin de susciter les mêmes émotions qu'une série comme 24 heures chrono, qui parvenait à nous faire éprouver physiquement les affres du temp réel.

Un film qu'on oublie rapidement après l'avoir vu.

Kathryn Bigelow sur Christoblog : Démineurs - 2008 (*) / Zero dark thirty - 2012 (***) / Detroit - 2017 (****)

 

2e

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Dossier 137

A rebours de la plupart des critiques et spectateurs de Dossier 137, je n'ai pas aimé le dernier film de Dominik Moll.

Il représente pour moi l'exact opposé de  La nuit du 12, que j'ai beaucoup aimé : autant ce dernier était surprenant, nous entraînant dans autant de pistes qui étaient des impasses (mais riches en rencontres humaines), autant le scénario de Dossier 137 m'a semblé formaté et convenu.

Chacun y joue un rôle qui lui est dévolu dès le début du film et qui n'évoluera pas d'un iota : Léa Drucker peaufine son personnage de sainte laïque qu'elle tenait déjà dans L'intérêt d'Adam, les flics mis en cause sont des monstres de mauvaise foi, la mère de la victime ne fait pas confiance aux institutions, l'employée de l'hôtel craint pour son emploi, etc.

Chacun est bien dans la catégorie qui lui est spontanément assignée dans l'inconscient collectif sans que la réalité puisse faire dérailler le propos de Dominik Moll, dont on sent qu'il est conscient de manier un flacon de nitroglycérine. Le résultat est tiédasse et gentillet, à l'image des chatons qui envahissent l'écran. Il n'est pas parcouru par le frisson de la fiction, ni par les délices de l'ambiguïté et encore moins par les plaisirs de la surprise.

Dossier 137, dans sa volonté de didactisme appliqué, n'hésite pas à mettre en oeuvre des procédés à la limite de la crédibilité : n'est ce pas une coïncidence extraordinaire que la policière de l'IGPN retrouve la mère de la victime dans les rayons d'un supermarché de Saint-Dizier ?

Si j'ai été en partie séduit par l'exposition soignée des détails de l'enquête (par ailleurs déjà vus mille fois dans d'autres contexte), je n'ai donc pas adhéré au sens du film, restant extérieur à l'intrigue (jusqu'à ce dernier plan, singeant la réalité, profondément manipulateur à mon sens), et lui trouvant un petit air vieillot et bien-pensant, façon Dossiers de l'écran du nouveau millénaire.

Une déception pour moi, qui apprécie habituellement le cinéma délicat et nuancé de Dominik Moll.

Dominik Moll sur Christoblog : Seules les bêtes - 2019 (***) / La nuit du 12 - 2022 (***)

 

2e

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Springsteen : deliver me from nowhere

A s'attacher à une période très spécifique de la vie de Springsteen (quelques mois de dépression et de grande inspiration), le film de Scott Cooper se heurte très rapidement à sa propre limite : il n'est pas facile de maintenir l'intérêt du spectateur pendant deux heures, alors qu'il ne se passe pratiquement rien à l'écran.

Il aurait fallu approfondir les deux sujets intéressants du film : la prééminence de la vision d'artiste sur le diktat de l'industrie (celui-ci est assez bien traité, mais on aurait aimé en savoir encore plus) et les sources profondes de l'inspiration quand elle est d'une telle puissance (le sujet n'est abordé que par le biais d'anecdotes, comme le film Badlands, la musique d'Alan Vega ou les écrits de Flannery O'Connor).

A défaut d'explorer plus profondément ces sujets, le scénario, écrit laborieusement, se voit dans l'obligation d'inventer une histoire d'amour d'une pauvreté affligeante, qui gâte le film par l'accumulation de scènes à l'eau de rose qu'elle nous impose.

Parmi les points faibles du travail de Scott Cooper, il faut également signaler la superficialité des personnages secondaires : les membres du E Street Band sont inexistants, la mère (dont on sait qu'elle est solaire quand on a lu l'autobiographie de Springsteen, Born to run) est réduit à un personnage de souffrance, et la figure de Jon Landau, véritable saint au service de la création - on ne le soulignera jamais assez, n'est pas aussi développé qu'on aurait pu le souhaiter.

Mon avis, en tant que cinéphile ET en tant que connaisseur de la carrière du Boss est donc partagé : d'un côté je reconnais que le traitement lo-fi qu'a choisi le réalisateur est bien en phase avec le processus de création du chef d'oeuvre dépouillé qu'est Nebraska, de l'autre il me faut avouer que plusieurs passages (l'accélération en voiture, certains flashbacks, la scène de sexe) m'ont semblé beaucoup trop clichés. 

Peut-être aurait-il fallu des parti-pris de mise en scène encore plus radicaux pour donner à sentir ce que le travail de Springsteen a eu de véritablement génial dans cette période, à l'image de ce qui reste pour moi le meilleur film inspiré par un musicien : le film Control, sur la courte vie de Ian Curtis.

Dernier point, Jeremy Allen White joue comme à son habitude avec une expressivité proche de la moule en fin de vie, ce qui en l'espèce n'est pas très gênant, puisque sur les photos de la période on voit bien que Bruce arbore en continu une moue boudeuse et figée, assez proche de celle que White possède naturellement.

A vous de voir, mais le plus important reste tout de même d'écouter ce classique intemporel qu'est le disque Nebraska.

 

2e

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Lumière pâle sur les collines

En voyant ce film en mai dernier à Cannes, je me suis dit que je ne comprenais rien à ce que je regardais : que sont devenus les maris japonais et anglais de la narratrice, qui est exactement Sachiko, les deux personnages féminins principaux sont elles une seule et même personne ?

Le film, s'il laisse deviner certains éléments, ne les explicitent pas, ce qui a généré chez moi une grande frustration. Il semble que le roman d'Ishiguro, dont le film est tiré, ménage le même type d"incertitude floue.

Lumière pâle sur les collines est donc inutilement alambiqué. Ces qualités passent du coup au second rang : une jolie photographie, avec toutefois un peu trop d'effets numériques, et aussi une belle délicatesse dans la direction d'acteur.

Les sujets abordés sont eux aussi intéressants, sans être suffisamment développés : les séquelles de la bombe à Nagasaki, les conséquences de la seconde guerre mondiale sur la psyché japonaise, la sororité comme résistance.

Ishikawa s'affirme de film en film comme le réalisateur de la confusion des personnalités. Il se perd malheureusement ici dans les ornementations d'un scénario inutilement obscur.

Kei Ishikawa sur Christoblog : A man - 2022 (**)

 

2e

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La mort n'existe pas

Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un film d'animation aussi mauvais.

Un groupe de jeunes terroristes veut tuer un couple de bourgeois. L'une d'entre eux/elles se défile, mais va se voir donner une seconde chance par le fantôme de son amie, décédée lors de cet acte de bravoure et/ou acte de terrorisme.

Je n'ai pas compris où voulait nous emmener Félix Dufour-Laperrière, tant le propos de son film est confus, entre contact fusionnel avec la nature, apologie de l'action violente, âgisme révolutionnaire et anti-capitalisme vaporeux.

Quant à l'animation, elle est d'une laideur effroyable : papiers-peints en fond d'écran, grands aplats monochromes, visages des personnages articulés comme des automates, 2D sommaire. C'est le degré zéro de l'animation, sous couvert de poésie sous ecstasy.

La mort n'existe pas comporte également son lot de fixettes malaisantes, comme par exemple un goût prononcé pour le sang (lièvre dépecé, corps perforés), le tout baignant dans une atmosphère new age qui prône une mystique révolutionnaire mâtiné de rêve de vie de famille avec le beau Marc (bizarre, non ?).

Une catastrophe à tout point de vue.

 

1e

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