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Christoblog

A house of dynamite

Sur Netflix

Le nouveau film de Kathryn Bigelow a beaucoup fait parler de lui : l'idée de filmer les 15 minutes précédant l'impact d'un tir nucléaire sur le sol des États Unis a quelque chose d'inédit et de cinématographiquement excitant.

Le début du film est d'ailleurs captivant : on suit quelques personnages dans leur compréhension progressive de la catastrophe imminente, et on essaye de comprendre comment chacun dans son rôle appréhende la suite des évènements. 

Après une bonne vingtaine de minutes, le film reprend le déroulement de la narration au début, en s'intéressant à d'autres personnages, puis réitère une dernière fois le procédé en filmant le président des USA.

Ce procédé accumulatif, qui peut lasser, deviendrait passionnant s'il nous donnait à reconsidérer nos visions précédentes. Malheureusement, la redite n'apporte pas grand-chose au film : autrement dit, il serait possible de monter en parallèle les trois parties sans que cela nuise à la compréhension du film.

Ce constat étant fait, A house of dynamite présente des qualités (notamment la découverte de certaines procédures, comme celle qui détermine la liste des fonctionnaires devant rejoindre la base sécurisée) mais aussi certains défauts (des afféteries récurrentes de mise en scène, une certaine uniformité de réaction des protagonistes, une dramatisation excessive pour un des personnages) qui ne m'ont pas permis d'être emporté par le propos, loin de susciter les mêmes émotions qu'une série comme 24 heures chrono, qui parvenait à nous faire éprouver physiquement les affres du temp réel.

Un film qu'on oublie rapidement après l'avoir vu.

Kathryn Bigelow sur Christoblog : Démineurs - 2008 (*) / Zero dark thirty - 2012 (***) / Detroit - 2017 (****)

 

2e

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Dossier 137

A rebours de la plupart des critiques et spectateurs de Dossier 137, je n'ai pas aimé le dernier film de Dominik Moll.

Il représente pour moi l'exact opposé de  La nuit du 12, que j'ai beaucoup aimé : autant ce dernier était surprenant, nous entraînant dans autant de pistes qui étaient des impasses (mais riches en rencontres humaines), autant le scénario de Dossier 137 m'a semblé formaté et convenu.

Chacun y joue un rôle qui lui est dévolu dès le début du film et qui n'évoluera pas d'un iota : Léa Drucker peaufine son personnage de sainte laïque qu'elle tenait déjà dans L'intérêt d'Adam, les flics mis en cause sont des monstres de mauvaise foi, la mère de la victime ne fait pas confiance aux institutions, l'employée de l'hôtel craint pour son emploi, etc.

Chacun est bien dans la catégorie qui lui est spontanément assignée dans l'inconscient collectif sans que la réalité puisse faire dérailler le propos de Dominik Moll, dont on sent qu'il est conscient de manier un flacon de nitroglycérine. Le résultat est tiédasse et gentillet, à l'image des chatons qui envahissent l'écran. Il n'est pas parcouru par le frisson de la fiction, ni par les délices de l'ambiguïté et encore moins par les plaisirs de la surprise.

Dossier 137, dans sa volonté de didactisme appliqué, n'hésite pas à mettre en oeuvre des procédés à la limite de la crédibilité : n'est ce pas une coïncidence extraordinaire que la policière de l'IGPN retrouve la mère de la victime dans les rayons d'un supermarché de Saint-Dizier ?

Si j'ai été en partie séduit par l'exposition soignée des détails de l'enquête (par ailleurs déjà vus mille fois dans d'autres contexte), je n'ai donc pas adhéré au sens du film, restant extérieur à l'intrigue (jusqu'à ce dernier plan, singeant la réalité, profondément manipulateur à mon sens), et lui trouvant un petit air vieillot et bien-pensant, façon Dossiers de l'écran du nouveau millénaire.

Une déception pour moi, qui apprécie habituellement le cinéma délicat et nuancé de Dominik Moll.

Dominik Moll sur Christoblog : Seules les bêtes - 2019 (***) / La nuit du 12 - 2022 (***)

 

2e

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L'étranger

Autant le dire d'entrée, j'étais moyennement chaud à l'idée de cette adaptation du roman de Camus.

Les lointains souvenirs que j'en gardais ne laissaient pas augurer d'un intérêt cinématographique : l'opacité cotonneuse de la psychologie de Meursault et son atonie émotionnelle ne risquaient-elles pas de générer plus d'ennui que d'intérêt ? Les interrogations philosophique du texte pouvaient-elles être transposées à l'écran ?

Eh bien, j'avais tort. François Ozon trouvent des moyens propres à l'art cinématographique pour nous faire ressentir des émotions. Le tableau de l'Algérie coloniale est d'abord très réussi. La puissance de l'été, la force du soleil et de la mer, sont ensuite remarquablement rendus à l'écran, comme la sensualité des deux corps de Benjamin Voisin et Rebecca Marder, insolents de beauté. 

Tous ces aspects sensoriels apportent un plus à l'écriture de Camus et font bien ressentir la primauté  exclusive que Meursault donne au corps et plus généralement aux sens, ce qu'il exprime d'ailleurs à plusieurs occasions dans le film. 

Ozon modernise et personnalise aussi son propos : les Arabes ne sont plus simplement à l'arrière plan (la maîtresse de Raymond obtient un prénom, la victime de Meursault une tombe) et le meurtre se teinte d'un homo-érotisme marqué. Mais ces innovations ozoniennes se fondent admirablement dans cette belle adaptation (cette belle interprétation serait d'ailleurs peut-être plus juste).

Un beau film.

François Ozon sur Christoblog : 8 femmes - 2001 (**) Swimming pool - 2003 (**) / Angel - 2007 (*) Potiche - 2010 (***) / Dans la maison - 2012 (**) /  Jeune et jolie - 2013 (*) / Une nouvelle amie - 2014 (***/  Frantz - 2016 (***/ L'amant double - 2017 (**) Grâce à Dieu - 2019 (****) / Eté 85 - 2020 (**) / Tout s'est bien passé - 2021 (**) / Peter von Kant - 2022 (**) / Mon crime - 2023 (**) / Quand vient l'automne - 2024 (**)

 

3e

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Les aigles de la République

Les aigles de la République est un film qui plaira à coup sûr à tous les cinéphiles curieux d'ailleurs et friands de suspense.

On commence en effet par découvrir un milieu qui nous est peu habituel : les coulisses du cinéma égyptien et les turpitudes de la haute société égyptienne, qui constitue une sorte de cour autour du général Sissi. 

Ce voyage est passionnant et mystérieux. Il faut dire que notre guide, le fabuleux acteur Fares Fares, est comme d'habitude exceptionnel, séduisant et antipathique à la fois.

Lorsque l'étau se resserre autour de ce dernier, qui se voit obligé de jouer le président/dictateur dans un film hagiographique qui lui est consacré, on sent que les chose vont se compliquer, mais on se sait pas vraiment de quelle façon ni à quel point. L'association de l'ego surdimensionné de l'acteur et de sa compromission est évidemment explosive.

Nous ne serons pas déçu par la deuxième partie du film, menée très efficacement par le réalisateur Tarik Saleh, qui fait une nouvelle fois preuve ici de son punch habituel, qui donne à son cinéma un petit côté américain, oscillant brillamment entre comédie, chronique caustique et tragédie.

Le seul petit bémol que j'apporterai est la faiblesse de la composition de Lyna Khoudri, qui paraît ici ne pas avoir les épaules pour endosser un costume trop grand pour elle : l'âpreté du contexte et la puissance du reste du casting semble la laisser comme désorientée.

Pour le reste on ne s'ennuie pas une seconde, et plusieurs scènes (celle du défilé par exemple) valent à elles seules de déplacement. Saleh a bénéficié ici de moyens impressionnants, les décors sont magnifiques et le sentiment d'immersion total. Un des must de cette fin d'année.

Tarik Saleh sur Christoblog : Le Caire confidentiel - 2017 (***) / La conspiration du Caire - 2022 (**)

 

3e

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L'inconnu de la Grande Arche

L'architecture est ces derniers temps pourvoyeuse de très bons sujets de film.

Après l'ambitieux The brutalist, voici la très intéressante chronique qui raconte comment un inconnu, le Danois Otto von Spreckelsen, a remporté le concours lancé par François Mitterrand, qui a abouti à la construction de la Grande Arche de la Défense.

Le film de Stéphane Demoustier est à la fois instructif (on découvre que le résultat final est assez différent du projet initial), profond (la résilience obsessionnelle des créateurs est magnifiquement illustrée) et émouvant (la solitude de l'architecte est poignante).

L'inconnu de la Grande Arche est certes d'une facture très classique, mais sa qualité réside principalement dans le casting en tout point parfait. Claes Bang est extraordinaire, et Xavier Dolan, Michel Fau, Swann Arlaud et Sidse Babett Knudsen sont tous très convaincants.

On approche de nombreux sujets dont la variété est un véritable intérêt : la rouerie de Mitterrand, la lourdeur de l'administration française (déjà !), les sublimes carrières de Carrare.

Le tout donne furieusement envie de visiter ce bâtiment emblématique mais au final assez mal connu.

Une réussite.

Stéphane Demoustier sur Christoblog : La fille au bracelet - 2020 (***) / Borgo - 2024 (***)

 

3e

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Deux procureurs

Voici un film typique du cinéma de Sergei Loznitsa : exigeant, mais générant de grandes satisfactions intellectuelles et esthétiques si on prend la peine d'être patient et attentif.

Le héros Alexander, jeune procureur idéaliste, pense être doté d'une autorité qui lui permettra de surmonter tous les obstacles pour faire prévaloir ce en quoi il croit : la simple application du Droit.

Bien sûr les choses ne sont pas si simples, et dans cette Union Soviétique de 1937, la machine bureaucratique est plus puissante que tout autre élément. Dans cette farce triste rôde l'ombre de Kafka, et notre jeune diplômé, de couloir en escalier, et de bureau en salle d'attente, va se heurter à plus fort que lui.

La méticulosité implacable avec laquelle Loznitsa dissèque les rouages de la machine est certes glaçante, mais elle est aussi virtuose dans sa mise en scène et sa direction artistique, proche de la perfection.

Une des réussites du film est de donner à la terreur stalinienne de multiples visages fort différents : les personnages bas-de-plafond de la prison, la jovialité inquiétante de l'ex-camarade, l'impassibilité surnaturelle du procureur général. Entre ces séquences, la petite musique burlesque contribue à donner au film son caractère de "théâtre de l'horreur quotidienne". 

Bien sûr, les parallèles avec la Russie actuelle ne manquent pas, mais le film tient debout sans ces connexions avec la réalité contemporaine, tant son propos semble universel : il ne fait pas bon être du côté de la justice quand on vit dans une dictature.

La direction d'acteur est exceptionnelle. A voir donc, comme tous les films de Loznitsa.

 

3e

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Springsteen : deliver me from nowhere

A s'attacher à une période très spécifique de la vie de Springsteen (quelques mois de dépression et de grande inspiration), le film de Scott Cooper se heurte très rapidement à sa propre limite : il n'est pas facile de maintenir l'intérêt du spectateur pendant deux heures, alors qu'il ne se passe pratiquement rien à l'écran.

Il aurait fallu approfondir les deux sujets intéressants du film : la prééminence de la vision d'artiste sur le diktat de l'industrie (celui-ci est assez bien traité, mais on aurait aimé en savoir encore plus) et les sources profondes de l'inspiration quand elle est d'une telle puissance (le sujet n'est abordé que par le biais d'anecdotes, comme le film Badlands, la musique d'Alan Vega ou les écrits de Flannery O'Connor).

A défaut d'explorer plus profondément ces sujets, le scénario, écrit laborieusement, se voit dans l'obligation d'inventer une histoire d'amour d'une pauvreté affligeante, qui gâte le film par l'accumulation de scènes à l'eau de rose qu'elle nous impose.

Parmi les points faibles du travail de Scott Cooper, il faut également signaler la superficialité des personnages secondaires : les membres du E Street Band sont inexistants, la mère (dont on sait qu'elle est solaire quand on a lu l'autobiographie de Springsteen, Born to run) est réduit à un personnage de souffrance, et la figure de Jon Landau, véritable saint au service de la création - on ne le soulignera jamais assez, n'est pas aussi développé qu'on aurait pu le souhaiter.

Mon avis, en tant que cinéphile ET en tant que connaisseur de la carrière du Boss est donc partagé : d'un côté je reconnais que le traitement lo-fi qu'a choisi le réalisateur est bien en phase avec le processus de création du chef d'oeuvre dépouillé qu'est Nebraska, de l'autre il me faut avouer que plusieurs passages (l'accélération en voiture, certains flashbacks, la scène de sexe) m'ont semblé beaucoup trop clichés. 

Peut-être aurait-il fallu des parti-pris de mise en scène encore plus radicaux pour donner à sentir ce que le travail de Springsteen a eu de véritablement génial dans cette période, à l'image de ce qui reste pour moi le meilleur film inspiré par un musicien : le film Control, sur la courte vie de Ian Curtis.

Dernier point, Jeremy Allen White joue comme à son habitude avec une expressivité proche de la moule en fin de vie, ce qui en l'espèce n'est pas très gênant, puisque sur les photos de la période on voit bien que Bruce arbore en continu une moue boudeuse et figée, assez proche de celle que White possède naturellement.

A vous de voir, mais le plus important reste tout de même d'écouter ce classique intemporel qu'est le disque Nebraska.

 

2e

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