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Eastern boys

Eastern boys est divisé en quatre parties distinctes aux noms bien pompeux comme "Sa majesté la rue" ou "Cette fête dont je suis l'otage". 

La première partie est somptueuse : la caméra filme de très loin le ballet de jeunes garçons qui draguent gare du Nord. Il faut être vigilant pour repérer dans le cadre ceux qui seront les personnages du film, et l'impression donnée est celle d'entomologistes qui regardent une fourmilière. 

La deuxième partie commence plutôt bien : Daniel, joué par l'excellent Olivier Rabourdin, qui a invité un des jeunes hommes à le rejoindre dans son appartement se fait envahir par une bande menée par un caïd charismatique, qu'on dirait tout droit sorti d'un film de Cronenberg. Cette partie comporte du très bon (l'ambiance étrange, un peu lynchienne) et du moyen (l'apathie de Daniel, difficilement explicable, et la longueur de la scène).

La troisième partie, elle, rompt avec l'unité de lieu et d'espace des trois autres, pour décrire l'amour naissant entre l'homme d'âge mûr et le jeune ado ukrainien. Ici encore, Robin Campillo alterne le surpenant (l'horreur racontée tranquillement dans les allées d'un supermarché) et le plus convenu (un drame sentimental gay inter-générationnel, des gros plans de porno soft).

La quatrième partie engendre une énième rupture de ton, en nous faisant pénétrer dans un hôtel bas de gamme, dans lequel toute la bande de jeunes est logée aux frais de la Préfecture. Daniel vient chercher le passeport de son jeune amant dont il souhaite favoriser l'intégration en France, et le film prend alors une tournure de thriller tourné comme une série TV française.

De ce tourbilllon de directions contradictoires je suis sorti un peu perplexe, agacé par certaines postures et charmé par des éclairs d'originalité. Si le film n'est pas totalement maîtrisé, il faut reconnaître qu'il est très prometteur.

Robin Campillo est l'auteur d'un premier film, Les revenants, qui est à l'origine de la série tournée par Fabrice Gobert (mais dans laquelle il n'a eu aucun rôle). La Gare du Nord était au centre du récent et très beau film de Claire Simon (ma critique).

 

 3e    

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Jul 26/04/2014 19:03

Moi j'ai passé un excellent moment! J'ai trouvé ce mélange des genres audacieux et réussi, sans manichéisme, conjuguant l'intime (le couple, la solitude, la rédemption) et le collectif (les enjeux sociaux, politiques, humains). "Très prometteur", en effet.

Bellin 21/04/2014 11:39

Personnellement, les ruptures de ton ne m'ont pas gêné, ni la lenteur de la narration. J'ai été surtout sensible à l'évolution d'une relation amoureuse, depuis le sexe tarifé à la va vite jusqu'à l'adoption qui inclura la confiance sur la durée. A mon avis, c'est "l'unité d'âme" de ce film prenant. Certes, l'apathie de Daniel durant la mise à sac de son appartement est étrange... Peut-être un réflexe de survie face à la violence déchaînée ? Ou bien la fascination devant une telle dévastation-déprise... avec l'accord intérieur de se vider de tout ce qui est accessoire, matériel, gadgets à la pelle ne pesant rien face à la seule recherche qui vaille, le seul trésor : l'amour. gratuit qui peut appeler à se construire. Les larmes inattendues du petit caïd à la fin vont dans le même sens : rescapé de la rafle policière, il a tout perdu dans la privation de sa bande (plus que de sa compagne et de son bébé). Plusieurs interprétations possibles de cette scène, version soft d"'Orange mécanique".
Très beau film qui m'a rappelé "L'homme blessé" de Chéreau.

PS Une réserve personnelle sur l'expression "porno soft", à mon avis réductrice et inadéquate ici.