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Christoblog

Articles avec #je n'aime pas

Pourquoi j'ai pas mangé mon père

Le dessin animé de Jamel Debbouze prouve une nouvelle fois que si nous pouvons rivaliser avec les américains en terme de technique, nous sommes loin de leur niveau en terme de scénario.

Visuellement, le film est très convenable. Les références sont nombreuses (la savane du Roi Lion, les personnages rigolos de L'âge de glace, les anachronismes de Madagascar), le film ne brille pas par son originalité en terme de décors et de mise en scène, mais il est bien réalisé.

La motion capture a visiblement fasciné Jamel, qui se regarde jouer avec délectation, et qui resuscite Louis de Funés d'une façon un peu vaine. Je me demande bien ce que peuvent penser les jeunes spectateurs (qui ne connaissent pas le modèle original) de cette façon de jouer parfois incompréhensible et bien souvent irritante.

Si la technique est correcte, l'histoire est assez convenue, bien pensante et manquant cruellement d'originalité. Jamel y expose grossièrement des pistes pour que l'humanité se sente mieux : accepter la différence, accueillir l'étranger et être gentil. C'est bel et bon, mais cela ne suffit pas à remplir 1h35. 

On ne rit pas beaucoup et on se demande où est passée l'insolence braque du trublion qu'on voit habituellement sur scène. Les blagues de Jamel sont ici fort convenues et relativement peu amusantes, comme si les sept longues années nécessaires à la réalisation du film avait usé son énergie comique.

Peut-être pour les enfants, à la rigueur.

 

2e 

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American sniper

Il faut probablement, pour apprécier un tant soit peu le dernier film d'Eastwood, accepter l'a priori suivant : le film est tiré d'une autobiographie de soldat héroïque.

Il est donc vain de lui reprocher ses aspects patriotiques à l'extrême (ceux qui doutent du bien-fondé de la guerre sont expédiés au second plan, manu militari), ou sa bienveillance complaisante vis à vis du héros (il ne se trompe jamais, et choisit le bon enfant à tuer).

Une fois posé cet état de fait qui désamorce la plupart des polémiques concernant American Sniper, que reste-t-il ? Un film de guerre lambda comme on en a vu tant, mois palpitant que Zero dark thirty, moins réaliste que Démineurs, moins intéressant que des films méconnus sur l'Iraq comme Battle for Haditha ou Dans la vallée d'Ellah.

Eastwood est un cinéaste classique, et sa façon de faire des films est tellement prévisible que cela en devient risible, comme lorsqu'on suit cette balle qui part dans Sadr City pour tuer à plus de 1600 mètres. C'est du solide, du déjà vu, du vieillot. 

Le film n'est pas désagréable à regarder pour autant, les scènes de guerre étant réalistes au possible. Faut-il aller le voir ? Probablement non, sauf à tenir absolument à ne pas être surpris.

 

2e

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Réalité

Une petite fille nommée Réalité veut regarder la cassette vidéo (VHS !) que son père à trouvé dans les viscères d'un sanglier qu'il vient d'abattre. Un loser convainc son ami producteur de financer son film, à condition d'enregistrer le plus beau gémissement de l'histoire du cinéma. Un présentateur télé revêtu d'un costume de rat est persuadé d'avoir un terrible eczéma, qui s'avère être à l'intérieur.  

Si ces pitchs ne vous accrochent pas, vous serez certainement peu sensible à Réalité, la dernière fantaisie de Quentin Dupieux, objet aussi inclassable que les précédents opus de celui qu'on appelle Mr. Oizo, quand il pratique la musique électro plutôt que le cinéma.

Dans une Los Angeles à la fois luxueuse et désertique, Alain Chabat promène sa nonchalance tranquille avec une grande classe, jouant la lucidité perdue dans un océan de délire inquiétant. On pense évidemment souvent au réalisateur de Twin peaks, et plus particulièrement à Mulholand Drive. C'est à la fois l'horizon et la limite du film : ses rêves intriqués et ses dialogues absurdes évoquent systématiquement l'oeuvre de David Lynch, sans jamais parvenir à l'égaler, ni même à l'approcher.

Malgré ses réserves, Réalité est sans conteste le meilleur film de Quentin Dupieux à ce jour. Intrigant et séduisant dans toute sa première partie, il patine dans la deuxième et semble ne pas savoir comment se terminer. La chute est à l'image de cette deuxième partie : ratée si on n'a pas aimé, ouverte si on veut être gentil.

A vous de voir.

 

2e

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Les merveilles

Si je faisais un concours des films qui m'ont le plus ennuyé, Les merveilles disposerait de sérieux atouts.

D'abord, je l'avoue, j'ai dormi durant sa projection à Cannes. Alors, allez-vous me dire, de quel droit puis-je juger le film ? Mais à l'inverse, le film ne m'a-t-il pas lui-même anesthésié, sachant que même à Cannes, je m'endors rarement ?

J'ai dormi. Mais pour mon excuse, on voit des gens dormir dans Les merveilles. On voit aussi des gens manger, et participer à une émission de télé. On voit aussi (il me semble) des abeilles et Monica Belluci en animatrice égyptienne. Mais je n'en suis pas certain, tant le projet d'ensemble m'a échappé.

Le grain de l'image est très moche. Je me souviens avoir pensé que je voyais les films super 8 d'une lointaine tante italienne un peu défoncée, en ne comprenant rien à ce que je voyais : des phares dans la nuit, un trampoline, des artisans charcutiers.

Il y avait peut-être un sens à toutes ces images projetées vers moi. Mais lequel, je ne sais pas trop : au milieu de ma torpeur n'a surnagé qu'un inénarrable ennui, baigné dans un océan d'incompréhension ensommeillée.

Bonne nuit.

  

1e

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It follows

Difficile de comprendre l'engouement incroyable de la critique pour cette petite série B, certes très bien réalisée, mais fort peu originale.

Vous avez sûrement entendu parler de l'intrigue. Une jeune fille couche avec un garçon, et à partir de ce moment, il y a toujours une sorte de zombie qui cherche à la tuer, sauf si elle couche avec un autre garçon, auquel cas elle refile la malédiction au malheureux partenaire. Et si ce dernier est zigouillé avant d'avoir couché, les méchants zombies (que seules les victimes voient, évidemment) remontent d'un cran dans cette macabre chaîne de Saint-Antoine, pour s'attaquer au maillon précédent.

On voit donc immédiatement toute la subtilité du truc : sexe=mort, sexe=transmission du mal.

Le début du film est assez sympa. La mise en scène cotonneuse de David Robert Mitchell est inquiétante juste comme il faut, même si le tableau de cette Amérique pavillonaire désertée par les adultes a déjà été souvent montrée.

Les choses se gâtent quand la mort en marche est montrée à l'écran. A partir de ce moment, le film ne se distingue pas vraiment d'un autre film de zombie / slasher : même ralentis expressifs, même effets de surprises lourdingues, même teint cadavérique chez les agresseurs, même bande-son inquiétante... J'ai franchement eu l'impression d'avoir vu ce type de scènes mille fois : l'agresseur rôde, il fait un trou dans le mur, tout le monde hurle, et .... c'est un copain qui passe la tête par le trou ! Quelle surprise et quels frissons ! Damned, on a eu vachement peur !

Le ridicule du film atteint son paroxysme dans une scène de piscine dans laquelle tous les stéréotypes du film d'horreur semble réunis : bâtiment inquiétant (limite hanté, tu vois), orage opportun, idée stupide (on jette des sèche-cheveux dans l'eau pour tuer un mort-vivant), trucages approximatifs (on ne voit jamais l'empreinte du corps se dessiner dans l'eau), et tic auteuriste (le nuage de sang façon Kubrick).

Le film n'apporte donc pas grand-chose au genre, si ce n'est une mise en scène assez élégante, un pitch rigolo et une atmosphère particulière. On est très loin de la perfection visuelle et de l'originalité d'un Morse, par exemple.

A réserver donc au fan de "la mère qui se transforme en nymphomane hystérique en zigouillant son fils", ou à celui qui kiffe "les hommes invisibles qu'on repère en jetant une serviette dessus".

 

2e

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Phoenix

Mêmes qualités et même défauts dans ce film que dans Barbara, le film précédent de Christian Petzold. 

Le début est intrigant, instillant cette délicieuse incertitude qui fait le sel du bon cinéma : on ne comprend pas exactement ce qu'on voit, et on attend le plan suivant avec impatience. Ce brillant début se situe exactement à mi-chemin du Hitchcock de Vertigo et du cinéma de Fassbinder.

Malheureusement, comme dans Barbara, le film finit par ployer sous le poids trop lourd de son formalisme forcené. Le scénario devient peu crédible (pour ma part je n'ai jamais vraiment adhéré à la situation : je ne crois pas qu'on puisse ne pas reconnaître quelqu'un à travers sa voix, son regard, sa démarche). 

J'ai donc décroché du film dans sa deuxième partie. Tout me semblait factice : décors de carton pâte, jeu artificiellement composé des acteurs, péripéties commandées et costumes amidonnés. Raté.

 

2e

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The smell of us

Larry Clark accumule dans The smell of us une succession de scènes choquantes.

Certains présentent le film comme un tableau quasi-documentaire sur les skaters bourgeois du Trocadéro, mais le film est plutôt une succession de fantasmes en tous genres : alcool, fétichisme, prostitution homosexuelle (ou pas), relations sexuelles intergénérationnelles, racket, violence, humiliation, inceste, transe technoïde, suicide, addiction au smartphone, rapports sexuels en public (et filmés, bien sûr), jeux vidéos... Le cinéaste, en dressant son petit catalogue des horreurs vécues par la jeunesse contemporaine, n'évite pratiquement aucun poncif. Pour vous dire : on y brûle aussi une voiture !

Au lieu d'être subtilement transgressif, The smell of us est inutilement démonstratif. Il est aussi très laid. Le contenu - notamment psychologique - est tellement faible que Larry Clark tente d'habiller son film en multipliant les effets d'image inutiles (par exemple en insérant des images de smartphone).

En voyant Larry Clark lui-même sucer avec avidité les doigts de pied de son interprète principal, ou en observant la façon dont il aime filmer à l'envi les caleçons de ses jeunes acteurs, on ne peut s'empêcher de penser que le cinéma est peut-être (aussi) une façon pour lui d'assouvir ses pulsions. Le spectateur lambda se sentira malheureusement exclu de cette démonstration d'onanisme cinématographique, tant le film manque totalement d'ambition en matière de narration et d'intérêt pour ses personnages.

Que les Cahiers du Cinéma consacrent 30 pages à cet essai obsessionnel franchement raté confirment que cette revue est malheureusement redevenue ce qu'on avait espéré qu'elle n'était plus : un conservatoire de la bien-pensance pseudo avant-gardiste, qui n'aime jamais autant un film que lorsque ce dernier ignore son spectateur.

 

 1e 

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Foxcatcher

Tout est beau et bien fait dans Foxcatcher. La mise en scène est très agréable. La direction artistique est parfaite : les décors sont par exemple exceptionnels, dans la pauvreté comme dans l'opulence. La bande-son est excellente.

Sorte d'anti-Rocky baigné dans une lumière bleue-grise assez étrange, le film de Bennett Miller est à la fois diablement intéressant et un peu froid.

Alors qu'il raconte l'ascension d'un champion de lutte, il évite soigneusement les poncifs du film de boxe (genre The fighter, où il est aussi question de deux frères), pour se concentrer sur les relations ambigues qui se nouent entre le jeune lutteur et son mentor, un petit peu comme dans Ma vie avec Liberace : fascination / dépendance / initiation. Il y est aussi question de recherche du père. 

On est donc plus proche de The servant que de Million dollar baby.

Steve Carrell (sur)joue à mon goût le type coincé, menton en l'air, visage comme un masque, posture très raide, démarche mécanique.  Le couple Tatum / Ruffalo est par contre remarquable, et le véritable intérêt du film se loge dans les relations entre ces trois personnages.

S'il ne s'agit pas du chef d'oeuvre annoncé ici ou là, Foxcatcher est tout de même un beau morceau de cinéma à découvrir.

 

2e

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L'affaire SK1

Symbole d'une nouvelle qualité française un peu poussive, L'affaire SK1 ne présente pas beaucoup d'intérêt en terme cinématographique. 

Frédéric Tellier fait partie de ces réalisateurs laborieux qui n'hésitent pas à nous offrir un travelling vertical sur la Tour Eiffel quand celle-ci entre dans le champ de la caméra, comme le ferait n'importe quel touriste chinois en goguette sur le Trocadéro.

La plupart des acteurs et actrices sont mauvais (William Nadylam est catastrophique en avocat de Guy Georges) ou moyen (Raphael Personnaz est transparent, comme souvent, Olivier Gourmet et Michel Vuillermoz assurent tout juste, dans leur registre habituel). Une exception toutefois dans la grisaille du casting : l'extraordinaire prestation de Adama Niane, qui joue le tueur, et qui parvient à la fois a nous terrifier et à nous intriguer. 

Le film, s'il ne présente que peu d'intérêt en tant qu'objet cinématographique, excite un peu notre curiosité quant au fait divers qu'il représente. Le début de la traque est en particulier étonnante, avec ces coïncidences incroyables qui égarent les enquêteurs (le meurtre de Dijon, la présence de Reboul sur les différents lieux de crime). 

Petit à petit, la curiosité s'émousse cependant, la répétitivité des meurtres générant un certain ennui, ce qui contraint le réalisateur à faire le choix d'un montage "cache-misère", qui tente sans grand succès de dynamiser le film par un montage temporel alterné. On est évidemment très loin des vertiges métaphysiques que générait le Zodiac de Fincher, sur un sujet comparable.

Malgré tous ces défauts, L'affaire SK1 ne parvient pas à être totalement inintéressant : le portrait qu'il dessine de Guy Georges est suffisamment frappant pour marquer l'esprit du spectateur. A voir si vous avez le temps.

 

2e

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Invincible

La morale du deuxième film d'Angelina Jolie est simpliste.

L'américain est bon, résistant, courageux, loyal, intelligent, en un mot : invincible. Le japonais est vil, pervers, lunatique, sadique, faible : c'est un salopard. Et les requins aussi sont méchants.

C'est un peu court, surtout que le film ne présente aucun trait vraiment original. Les images sont d'une beauté tapageuse et un peu factice comme dans l'Odyssée de Pi, on y croise le fantôme du Clint Eastwood sportif période Invictus (rigolo : c'est quasiment le même titre), la partie centrale du film est une redite de All is lost en moins bien, les japonais dans la forêt évoquent furieusement Furyo, etc...

On ne peut même pas dire qu'on se laisse prendre par l'histoire (sauf peut-être lors de la première scène), tellement celle-ci paraît avoir été déjà racontée mille fois sous plusieurs formes différentes. 

Où est passée la réalisatrice exigeante qui signait il y a quelques années un film audacieux et original sur un sujet complexe (Au pays du sang et du miel) ? En tout cas, elle n'est aucunement présente dans ce pensum longuet, long calvaire doloriste autocélébrateur.

 

 1e 

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Captives

Difficile de dire ce qui est le plus mauvais dans ce film : le méchant qui surjoue effrontément (Kevin Durand), le scénario incroyablement décousu, le montage alambiqué sans raison.

Le sentiment éprouvé à la vision de Captives est celui d'un grand gâchis : Egoyan fut un très bon réalisateur et il use ici son talent sur une bonne idée (un réseau de pervers qui prendraient son plaisir à voir la souffrance des autres) honteusement mal exploitée.

Le film a ceci d'étonnant qu'il parvient à échouer comme rarement à installer une quelconque tension. Il tente de masquer les faiblesses criardes de son scénario (les relations amoureuses des deux flics, le vraie consistance du réseau, son chef) par des tentatives pitoyables de maquillages temporels.

C'est un vrai mystère que ce film à la mise en scène faible et poussive ait été en sélection officielle à Cannes dernier. Sur un sujet voisin, le Prisoners de Denis Villeneuve, loin d'être un chef-d'oeuvre, était bien plus réussi.

 

1e 

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La French

Un film qui fait vieux, avec des acteurs pas tout jeunes, pour une histoire des années 70/80. 

La French est un produit hors d'âge, qui joue sur tous les tons la po(au)se vintage.

C'est franchement pas affriolant, comme un dimanche après-midi chez Drucker qui enquêterait sur le milieu marseillais.

Dujardin n'est pas très bon (mais peut-il l'être ?), Lellouche est un peu plus crédible.

A porter au crédit du film : de très bons seconds rôles, un caractère documentaire instructif pour les jeunes générations, une jolie photographie de Marseille. A décharge : le reste.

Engoncé dans sa mollesse intrinsèque, le film parvient à susciter plus l'ennui curieux que le dégoût, ce qui n'est déjà pas si mal.

 

2e  

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Qu'Allah bénisse la France

Ce soir 2 décembre, salle comble à l'UGC Lille pour le premier film d'Abd al Malik. 

Avant d'en venir aux réactions de la salle, mieux vaut le dire tout de suite : le film est une nouvelle preuve que les bons sentiments ne font pas les bons films.

Rien à redire quant aux intentions d'Abd al Malik : montrer les jeunes de la cité, l'islam et le rap (quel programme !) sous un jour différent, et fondamentalement plus optimiste. Tiré de son autobiographie romancée, le film porte la forte d'empreinte de son créateur et de ses idées : la France républicaine, la France des idées et des grands intellectuels, cette France là peut sauver un jeune délinquant, fut-il strasbougeois d'origine congolaise.

En guise d'illustration à ces nobles propos, le film ne propose qu'une série de poncifs cinématographiques d'un intérêt très médiocre : plans approximatifs, ellipses brutales qui sentent le manque de moyens, dialogues pauvrement écrits, manque de rythme, acteurs parfois peu inspirés, romance à l'eau de rose. Difficile de descendre plus le film qui a un fond sympathique, mais disons pour être clair que je ne suis pas sûr qu'il ait trouvé un chemin en salle si le réalisateur ne s'appelait pas Abd al Malik.

Lors des questions en fin de séance, le réalisateur n'a laissé que quelques miettes aux deux acteurs présents, trustant la parole et assénant son message républicain devant un public applaudissant à chacune de ses interventions. La surprise vint comme souvent d'un spectateur qui s'interrogea sur le moment précis lors duquel le film passe du noir et blanc à la couleur .... alors que ce dernier est intégralement en noir et blanc ! Grand moment de solitude pour le spectateur (daltonien ?), mais révélateur du rapport que chacun d'entre nous peut entretenir avec l'écran de cinéma !

A la toute fin, à la demande d'une spectatrice, Abd al Malik a offert un petit slam à la salle, et tout à coup, il y eut plus de magie dans l'air que pendant toute la soirée.

 

1e 

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Eden

Si vous voulez en savoir plus sur la French Touch, n'allez pas voir Eden. Si vous voulez être passionné par une histoire, ou ressentir des émotions fortes, non plus. Si vous voulez par contre connaître la vie du frère de la réalisatrice, alors dans ce cas, ce film est fait pour vous.

Pas évident sûrement pour Sven Love, le frère de Mia Hansen-Love de se voir ainsi projeté à l'écran : incapable de garder une fille, ne sachant pas gérer son budget, obligé à près de 40 ans à enchaîner les petits boulots... Tout cela n'est pas très intéressant si on n'est pas de la famille, il faut le dire. Les dialogues sont pauvres, la direction d'acteur très approximative, la mise en scène quelconque. Félix de Givry, qui joue le personnage principal, est pour moi un inconnu, et gagne à le rester.

Le film ne présente donc pratiquement aucun intérêt, si ce n'est de guetter les apparitions successives de guest stars plus ou moins prestigieuses : Greta Gerwig, Vincent Macaigne, Golshifteh Farahani, Laura Smet. 

Eden est creux et ennuyeux, il ne fait pas honneur à la scène électro française, ni au cinéma hexagonal.

 

1e

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Interstellar

Prenez 2 minutes bien choisies d'un film de Christopher Nolan, et vous pourrez croire avoir affaire à un grand cinéaste.

Une course folle dans un champ de maïs à la poursuite d'un drone égaré, une planète constituée uniquement d'eau et balayée par des vagues géantes, un homme qui flotte dans un espace tridimensionnel constitué des mêmes images du passé : on voit bien que Nolan possède un puissant sens de l'image évocatrice, associé à une grande maîtrise technique.

Le problème est que Nolan est un piètre scénariste, et qu'il s'acharne à vouloir écrire ses films. Interstellar, après un début prometteur, vire donc durant ses longues deux dernières heures (le film dure 2h49mn) au n'importe quoi métaphysico-sentimental.

Le personnage joué (platement) par Matthew McConaughey peut ainsi traverser un trou noir pour franchir les années-lumières et se retrouver dans le passé, par hasard, à discuter en morse avec sa petite fille à travers une bibliothèque (?!?). 

Le ridicule parcourt ainsi une bonne partie du film, l'irisant d'une palette de défauts impressionnante : la platitude et l'approximation, le manque d'imagination (les décors des planètes sont beaux mais manquent d'originalité), l'emploi excessif de stétéotypes éculés (le vieux savant en chaise roulante, l'ordinateur rigolo), une sentimentalité larmoyante, des dialogues à la limite du ridicule, une sous-utilisation éhontée de magnifiques thèmes de SF (on pense au traitement du sujet des différents écoulements du temps dans l'Hypérion de Dan Simmons par exemple), des chutes de rythme incessantes, un réalisme des scènes d'espace qui est loin de valoir celles de Gravity, des seconds rôles pitoyables (Matt Damon !), des suspenses de séries Z, etc.

On sort du film sous l'emprise d'une profonde et triste lassitude.

 

1e

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Bande de filles

Comment Céline Sciamma, réalisatrice du remarquable Tomboy, a-t-elle pu s'égarer aussi largement ?Une explication possible : elle a été tellement fascinée par ses actrices qu'elle a oublié d'en écrire une fiction, hésitant constamment entre le documentaire énamouré et la chronique socialisante.

Au commencement, l'idée est pourtant excellente : donner à voir l'énergie électrisante des jeunes filles blacks de banlieue qui conjuguent féminité et codes de gang, désir d'émancipation et respect de la famille. Le parti-pris de suivre le personnage joué par l'étonnante Karidja Touré dans ses mues successives est aussi un axe prometteur. 

Le fait que le résultat sonne tout du long assez faux illustre par défaut la magie du cinéma : les bonnes idées ne font pas les bons films. Bandes de filles s'avère assez ennuyeux, on ne croit guère à ce qu'on voit, et le manque de crédibilité phagocyte progressivement le film comme un lierre toxique. Ajoutez à cette impression générale d'artificialité quelques mauvais choix de montage, et le film apparaît finalement être un soufflé qui ne monte pas, sorte de photographie sur papier glacé de quatre jeunes filles dont on aura bien eu du mal à cerner les vraies personnalités.

Dommage pour Céline Sciamma, qui promettait beaucoup. A revoir.

 

1e

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Magic in the moonlight

Woody se répète. Un titre et une ambiance qui renvoient à Midnight in Paris, la magie qui renvoie à Scoop, la photographie de Darius Khondji qui rappelle (entre autre) celle de To Rome with love, etc. 

On pourrait continuer longtemps la litanie des resucées inutiles pour ce film, dont au final je pense qu'il ne sert à rien.

Ni vraiment désagréable, ni vraiment moche, il n'est pas non plus particulièrement agréable ou spirituel. Pour tout dire, on s'attend à voir tout ce qu'on voit, et aussi tout ce qu'on ne voit pas. Les retournements de situations sont particulièrement insipides, et l'évolution de l'intrigue est aussi excitante qu'un épisode des Feux de l'amour

La lumière de Darius Khondji est trop belle, le jeu d'Emma Stone trop mutin et celui de Colin Firth trop taquin. On s'ennuie souvent et il faut vraiment chercher la jolie petite bête (la révélation de la prière, Dieu est finalement bien inspiré) pour trouver un petit intérêt à ce film qui appartient à une autre époque, un autre siècle.

 

2e

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The tribe

The tribe est la plus grande imposture vue récemment. Qu'il ait obtenu toute une série de récompenses à la Semaine de la Critique indique la faiblesse de cette section du Festival de Cannes, dans laquelle la posture est si importante.

Myroslav Slaboshpytskiy filme des sourds-muets orphelins délinquants sans sous-titre. C'est beaucoup. C'est trop. Ce faisant, il nous contraint à la position de spectateur voyeur, et il réduit le handicap des acteurs à un certain type de réification : les personnages ne sont plus des êtres humains, mais des concepts agités devant une caméra complaisante. 

L'impression que le film m'a donné lors de sa projection à Cannes était extrêmement désagréable. Le réalisateur me semblait manquer de respect à la fois vis à vis de ses spectateurs, de son sujet, de ses acteurs et même de ses références. Slaboshpytskiy ne manque pas de convoquer la violence la plus crue, un peu à la manière d'un Tarantino ou d'un Winding Refn, mais sans l'hystérie joyeuse du premier, et sans l'ambition plastique du second.

Les femmes sont tout au long du film manipulées comme des objets, les scènes de sexe sont mises en scène comme des photos de calendrier porno soft (cf ci-dessus), bref, tout est emprunté, artificiel et pernicieusement calculé. 

D'émotions il n'est pas question ici, Slaboshpytskiy préfère manipuler les grosses ficelles du cinéma d'auteur formaté festival. Un véritable petit catalogue d'horreurs est ainsi proposé : violences, combats, avortement sauvage (on est si loin de la sécheresse émouvante de 4 mois 3 semaines 2 jours), prostitution, meurtre sanglant. 

The tribe est poseur, artificiel, vain, et son réalisateur est un manipulateur primé. 

 

1e

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Saint-Laurent

J'aime beaucoup Bonello depuis notre rencontre à Nantes, pour la projection de L'Apollonide, un soir de septembre 2011.

Las ! Son Saint-Laurent m'a laissé de marbre. Je m'attendais, après avoir visionné la soupe tiède de Jalil Lespert (Yves Saint-Laurent), à acter une nette différence entre le produit d'un habile faiseur et l'oeuvre d'un véritable artiste.

Ce n'est pas le cas, le film ne vaut guère mieux que celui de Lespert. Il lui ressemble même beaucoup : mêmes touches impressionnistes, même montage qui multiplie les flashbacks, même non-choix d'un "point de vue". 

Alors qu'on pouvait attendre que Bonello se démarque de son concurrent, on retrouve dans son film les mêmes anecdotes et les mêmes personnages : défilés (moins bien filmés chez Bonello), Bouddha, amant de Lagerfeld, villa à Marrakech.

Le Bonello est peut-être un peu mieux mis en scène, les mouvements de caméra sont un peu plus fluides, la direction artistique un peu plus classe.

Mais en fait, la question est : Yves Saint-Laurent méritait-il deux films ? Et même un seul ? Oui, si on avait vu la puissance créatrice de l'artiste plutôt que les drogues ou les partouzes...

Le film de Bonello (et cela me fait mal de le dire) est raté, creux et sans intérêt. 

Niney et Ulliel commettent finalement la même erreur : copier n'est pas incarner.

 

 2e

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L'institutrice

En apprenant dans un article que Nadav Lapid est un fan de Carlos Reygadas (Post tenebras lux), j'ai mieux compris pourquoi j'avais éprouvé ce sentiment de frustration en regardant L'institutrice.

A l'évidence l'israelien a le même talent que son collègue mexicain, mais il a aussi les mêmes chevilles qui enflent - dans une proportion toutefois moindre que Reygadas, qui aux dernières nouvelles ne pouvait plus chausser que des moonboots.

Mais revenons à nos moutons. Un petit garçon (qui serait à l'image de Nadav Lapid lui-même, en toute modestie) écrit de magnifiques poésies à 5 ans. Son institutrice le défend. Ou l'utilise. 

Sur cette base plutôt intéressante, Lapid construit un portrait de femme subtilement dépressive, à la sexualité hésitante et aux buts incertains. Il confronte la figure hiératique de l'actrice Sarit Larry (impressionnante) à une gamme de situation assez convenues, mais souvent incroyablement bien filmées.

L'institutrice est baignée dans une lumière d'une pureté solaire, et certains de ses mouvements de caméra sont sublimes. Lapid se moque un peu du scénario, et joue, parfois avec brio, à se faire plaisir.

Ses exploits esthétiques ne sauvent pourtant pas le film qui sombre lentement dans une marre d'ennui glacé.

 

2e

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