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Christoblog

Promis le ciel

Le deuxième film de la Tunisienne Erige Sehiri est un joli portrait de groupe.

Il vaut surtout pour la sensibilité avec laquelle sont peints les différents caractères de cette communauté de femmes noires, résidant en Tunisie et se serrant les coudes.

Aïssa Maïga est magnétique, et joue avec une belle ambiguïté son personnage de pasteur évangéliste accueillant des migrantes. Mais c'est surtout l'actrice non-professionnelle Deborah Christelle Lobe Naney qui crève l'écran, irriguant le film de son énergie communicative.

La photographie est très belle, la mise en scène tout à fait plaisante (avec de très beaux gros plans de visages) et j'ai pris plaisir à suivre le sort de ces immigrées sub-sahariennes, avec ou sans papier, unies par de fragiles liens de sororité menacés par le durcissement du climat social autour d'elle.

Un autre point positif est le point de vue de Sehiri sur la situation : elle parvient à éviter l'écueil d'un angélisme béat, comme celui d'une noirceur excessive qui tenterait de nous extorquer au forceps des sentiments de pitié.

Malgré le manque d'enjeux narratifs, un bon moment de cinéma.

Erige Sehiri sur Christoblog : Sous les figues - 2022 (**)

 

2e

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Baise-en-ville

J'ai beaucoup ri en regardant Baise-en-ville, d'un rire sain et apaisé, non pas déclenché par un tableau cruel ou vulgaire comme c'est parfois le cas, mais simplement engendré par des situations cocasses et délicieusement décalées.

Dans le nouveau film de Martin Jauvat,  tout est en effet un peu "à côté de la plaque" : le personnage de Sprite bien sûr, mais aussi la palette de couleurs (du rose à foison !), la nature du job qu'il décroche, sa manière de trouver des logements pour une nuit en banlieue, et last but not least, la formidable prof d'auto-école jouée par une impayable Emmanuelle Bercot.

Le film fourmille de mille trouvailles amusantes, de la confiscation de la bonde comme outil de contrôle parental (!) à un check personnalisé d'anthologie.

Après son beau premier film attendrissant mais imparfait, Grand Paris, Jauvat confirme ici son statut de petit prodige de la comédie française, quelque part entre un Buster Keaton Gen Z et un Pierre Richard de banlieue, installant dans le paysage son personnage de vingtenaire naïf et idéaliste, qui cherche à s'insérer dans un monde trop dur pour lui.

Un film qui fait du bien. 

Martin Jauvat sur Christoblog : Grand Paris - 2023 (**)

 

3e

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La grazia

Dans ce beau film, Paolo Sorrentino place ses tics habituels (les décors dépouillés, les petits personnages réduits à des silhouettes esseulées, les scènes baroques) au service d'un portrait tout en subtilité. 

L'acteur Toni Servillo joue parfaitement l'intériorité de ce personnage hors norme, un président de la république italienne, juriste de formation, qui n'aime que le droit et déteste les manoeuvres politiciennes. 

Outre le fait d'être la plupart du temps silencieux, il a de plus du mal à prendre des décisions. Aussi, lorsque deux demandes de grâce arrivent sur son bureau, en plus d'un projet de loi sur l'euthanasie, est-il bien gêné.

De ces dilemmes moraux très personnels (il est démocrate chrétien) vont découler de nombreuses scènes cocasses, qui réservent plusieurs morceaux de bravoure dont un repas extraordinaire avec les chasseurs alpins.

Tout cela est mené avec délicatesse et finesse, mettant en scène de belles relations : par exemple entre le président et son garde du corps.

La grazia permet de s'amuser tout en réfléchissant à des sujets profonds (le deuil, le mandat politique, la justice, le sens de la vie).

Un film sympathique, intelligent et humble, une fois n'est pas coutume, pour ce cabotin invétéré de Sorrentino. 

Paolo Sorrentino sur Christoblog : This must be the place - 2011 (***) / La grande belleza - 2013 (***) / Youth - 2015 (**) / La main de Dieu - 2021 (***) / Parthenope - 2025 (**)

 

3e

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Magellan

J'aurais beaucoup aimé apprécier ce film. Le sujet, la renommée du réalisateur philippin Lav Diaz, le point de vue du réalisateur sur l'invasion "vue des autochtones", les partis pris esthétiques : tout me semblait séduisant et excitant.

Mais j'ai été très déçu tout du long de ce (très) long film, 2h43.

Le manque de moyens explique en partie ce sentiment. Pour les parties maritimes par exemple, le sentiment d'immersion est nul. On n'éprouve jamais le sentiment d'oppression que devrait générer une épopée qui traverse la moitié du globe sur les océans. On a l'impression que la pire des tempêtes est signifiée par des seaux d'eau renversés sur la tête des acteurs.

Les partis pris de scénario et de mise en scène n'aident pas beaucoup non plus à générer du plaisir ou de l'admiration chez le spectateur : on ne comprend pas vraiment ce qu'on voit, le contexte n'est jamais précisé (par exemple dans la première partie à Malacca), la caméra est souvent fixe et les plans parfois inutilement rallongés. Le tout respire un hiératisme esthétisant et poseur.

On s'ennuie donc ferme à suivre le personnage sur le fond très antipathique de Magellan, qui ne semble vraiment humain que dans son rapport avec sa femme, puis son fantôme (des effets fantastiques qui ne fonctionnent pas et qui tranchent avec le réalisme de la reconstitution).

Mieux vaut relire la biographie impeccable de Stephan Zweig.

 

1e

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Le retour du projectionniste

Si vous ne deviez voir qu'un seul documentaire cette année, je vous conseillerais bien celui-ci.

Vous y découvrirez d'abord la vie en Azerbaïdjan, ses paysages sauvages et ses habitants qui semblent placides en toute circonstance.

Vous verrez ensuite naître sous vos yeux la belle amitié entre un jeune homme cinéphile et un vieux monsieur qui fut projectionniste et qui a perdu son fils. Les deux compères vont essayé de réparer un vieux projecteur et d'organiser une séance dans leur village : y parviendront-ils ? C'est bien sûr le suspense qu'entretient ce thriller sinueux et délicieux, aux images splendides.

Tout est doux dans ce court et beau film (1h20), qui flirte entre documentaire et fiction : la mise en scène est tellement travaillée qu'on imagine mal que certaines scène n'aient pas été "construites".

Il est parfois très touchant (le voyage à la ville sur les traces du fils), parfois burlesque (la recherche de réseau dans la neige), toujours instructif (le poids des traditions).

C'est enfin un formidable chant d'amour envers le cinéma, et sa magie. A ne pas rater !

 

3e

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Diamanti

Etonnant film que ce Diamanti qui n'hésite pas jouer la carte du mélodrame à l'ancienne, avec grand renfort d'effets en tout genre, aussi bien de nature visuelle que scénaristique. 

On est au début un peu déboussolé devant ce qui apparaît être une avalanche de kitscheries diverses, et puis finalement le parti pris de l'émotion pure finit par nous atteindre et je dois avouer que la scène de la robe finale m'a arraché - pratiquement à mes dépends -  une petite larme.

Si le film finit par fonctionner au forceps, c'est principalement grâce à ses actrices très inspirées et aussi parce qu'il s'intéresse à un métier d'art en en montrant toutes les coutures, si je puis dire : celui de costumière (voilà que je me laisse gagner par le mauvais goût du film).

Un des autres points forts de Diamanti est de ne pas rechigner à nous faire rire, en nous présentant des archétypes poussés à l'extrême, ou en exploitant pleinement des situations visuellement comiques.

Le tout est baigné dans une sorte de féminisme diffus et bon enfant, parfaitement dans l'air du temps, puisque le casting du film ne comprend quasiment que des actrices, qui sont d'ailleurs réunies par le réalisateur dans une sorte de mise en abyme étonnante lors de laquelle Özpetek leur présente son film : une incongruité égotique qui laisse perplexe (comme la dernière scène, d'ailleurs).

Succès colossal au box office italien 2025 (plus de 2 millions de spectateurs), Diamanti mérite d'être vu car il ne ressemble à rien de ce qu'on peut voir en France : seul Ozon pourrait faire ici un film aussi candidement kitsch.

 

2e

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L'affaire Bojarski

Rien de tel pour bien lancer le box-office 2026 que ce film français, qui devrait plaire à un large public.

Rien de vraiment génial ici, mais une qualité d'artisan consciencieux qui rend L'affaire Bojarski très plaisant à regarder.

Le principal mérite du film est probablement la qualité de son écriture. Le scénario a en effet le double mérite de prendre le temps d'installer les personnages pour qu'on s'y attache, et de maintenir un rythme soutenu dans sa deuxième partie pour que notre attention soit au plus haut jusqu'à la fin.

L'interprétation de Reda Kateb est d'un très haut niveau, on croit totalement à son personnage. Et comme la direction artistique est parfaite, le reste du casting très solide et la mise en scène efficace, j'ai été véritablement captivé par cette histoire de faussaire à proprement parler extraordinaire, que je ne connaissais pas.

Un exemple rare d'une "nouvelle qualité française" dont le propre serait de raconter sans fioriture une très belle histoire avec de gros moyens et un savoir-faire évident dans tous les métiers qui concourent à la réussite d'une oeuvre cinématographique.

Une belle surprise de la part d'un réalisateur, Jean-Paul Salomé, qui ne m'avait jamais vraiment convaincu jusqu'à présent.

Jean-Paul Salomé sur Christoblog : Je fais le mort - 2013 (**) / La syndicaliste - 2022 (**)

 

3e

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Here - Les plus belles années de notre vie

A partir d'une idée originale et intrigante (poser sa caméra à un endroit et ne plus la bouger de tout le film), Robert Zemeckis construit une oeuvre qui alterne le moyen et le moins bon.

Au rayon des relatives satisfactions, il faut signaler la qualité du jeu du duo Tom Hanks / Robin Wright qu'on a plaisir à retrouver trente ans après Forrest Gump, l'ivresse ponctuelle de sentir la matérialité du temps qui passe dans cette maison plus que centenaire, quelques trouvailles de mise en scène qui jouent avec la contrainte de fixité de la caméra (un écran LED qui permet une variation infinie de ce qu'on voit par la fenêtre, quelques jeux de miroirs qui permettent de voir derrière la caméra, un système d'incrustation original dans l'enchaînement des scènes).

En ce qui concerne les points faibles du film, il y en a malheureusement beaucoup. Pour commencer, toutes les séquences qui ne concernent pas la famille principale sont très ennuyeuses et piteusement réalisées : les dinosaures de la préhistoire, les amérindiens amoureux, les premiers habitants de la maison dont on ne connaîtra pas l'évolution. On est aussi troublé par le processus de de-aging qui rajeunit le couple principal : cela introduit un je ne sais quoi d'artificiel dans l'image.

Les mésaventures de toute cette petite famille manquent aussi de relief. Les peines et les bonheurs s'enchaînent (mort, maladie, mariage, naissance, problèmes financiers) sans grande excitation et sans générer beaucoup d'émotions, comme si le dispositif adopté gelait notre empathie.

Bien tenté, donc, mais pas totalement réussi.

 

2e

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Sinners

J'ai découvert le réalisateur américain Ryan Coogler lors de la projection mémorable de son premier film à Cannes, en 2013, dans la section Un certain regard, Fruitvale station.

J'avais alors eu la sensation de voir l'éclosion d'un cinéaste qui allait compter dans le cinéma américain.

Je suis donc très heureux de constater treize ans plus tard que Coogler vient de signer un des plus grand succès au box office de l'année 2025 (plus d'un million de spectateurs en France, 148 millions de $ aux USA).

Cela fait plaisir de voir triompher un film de qualité, abordant de nombreux thèmes dont on ne penserait pas a priori qu'ils puissent constituer un tout harmonieux : ségrégation raciale dans le Sud des Etats-Unis, puissance de la musique (soul, blues, irlandaise), culture hoodoo, tableau de la communauté noire et ... film de vampire !

Tout cela marche étonnamment bien, grâce à un casting impressionnant (l'acteur fétiche de Coogler, Michael B. Jordan joue à lui tout seul deux jumeaux) et à une mise en scène nerveuse et efficace, un peu old school : les scènes dans la voiture, visiblement tournées en studio sur fond vert, rappellent les techniques des années 60 !

J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre les péripéties proposées par Sinners, souvent étonnantes : la scène de transe musicale est particulièrement impressionnante.

Dernier point, la façon dont sont montrés les vampires est intéressante, avec une séquence d'après générique de fin à ne pas rater.

Une réussite.

Ryan Coogler sur Christoblog : Fruitvale station - 2014 (***)

 

3e

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Father mother sister brother

Drôle d'idée que de donner le Lion d'or de la Mostra de Venise à cette oeuvre de Jarmush, somme toute mineure.

Dans ce film à sketch, le premier est le meilleur, et le seul vraiment intéressant, selon moi. Une fille et un fils rendent visite à leur père, joué par un Tom Waits égal à lui-même, c'est à dire roublard et inquiétant.

Adam Driver (probablement le meilleur acteur en activité) et l'excellente Mayim Bialik rendent cette réunion génialement gênante. On perçoit la plupart des non-dits et l'évolution de la conversation est très bien menée.

La deuxième partie est nettement moins bonne. Elle vaut surtout pour son casting de luxe (Charlotte Rampling, Vicky Krieps, Cate Blanchett) et la façon dont Jarmusch parsème des éléments qui résonnent avec la première partie, à la manière d'un Hong Sang-Soo, à qui j'ai énormément pensé. En vrac : une même expression (Bob's your uncle), le fait de trinquer (et se demander si on peut trinquer avec n'importe quoi), des Rolex, des harmonies de couleur dans les vêtements, etc.

Contrairement à la première partie, on ne perçoit pas vraiment les états d'âme des trois protagonistes, on ne comprend pas réellement leur relation, et le film semble progressivement tourner alors au procédé.

Quant à la troisième partie, elle n'a à proprement parler aucun intérêt. Les deux acteurs sont insignifiants et la situation (un frère et soeur viennent de perdre leur parent dans un accident) est sans originalité. Jarmusch ne nous épargne aucun cliché, y compris l'examen ému de vieilles photos, dans un Paris de carte postale dans lequel il y a toujours une place pour se garer devant le bar où l'on veut aller boire un coup. 

Un ensemble inégal, donc, et au final décevant.

 

2e

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L'engloutie

Format 4:3, absence d'éclairage artificiel, musique introductive à base d'onomatopées : dès les premières images on sent que le voyage proposé sera de type "auteuriste, âpre et sans concession ".

Et ce sera effectivement le cas. 

Si le film commence comme une plongée naturaliste dans une micro-communauté d'altitude en 1899, il évolue progressivement vers un fantastique lo-fi, bizarrement sexuel (utiliser une stalactite comme godemiché, vraiment ?) et comme sabordé par une mise en scène peu imaginative (l'avalanche comme métaphore du plaisir sexuel féminin).

Le manque d'impact, le casting hasardeux (on ne croit pas un instant à Samuel Kircher en montagnard du XIXème siècle), la fin approximative et la longueur excessive du film (1h37) rendent cette variation brouillonne sur le thème de la sorcière plutôt antipathique.

Récemment, le cinéma italien a proposé des portraits de jeunes femmes confrontées à la nature dans les siècles passés autrement plus enthousiasmants : je pense au splendide Piccolo Corpo de Laura Samani dans un genre fantastique, ou dans une veine plus réaliste au beau Vermiglio de Mauro Delpero.

C'est raté. 

 

1e

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Rebuilding

Apparaît parfois sur nos écrans une pépite américaine, souvent passée par le festival de Sundance, et donnant à voir de grands espaces et de belles personnes.

Il y a quelques années, en 2015, nous découvrions ainsi une grande cinéaste, Chloe Zhao, avec son très beau premier film, Les chansons que mes frères m'ont apprises.

Cette année, c'est un jeune réalisateur de 32 ans originaire du Colorado, Max Walker-Silverman, qui nous ravit avec son deuxième film (le premier, A love song, n'est pas sorti en France).

Dans Rebuilding, il ne se passe pas grand-chose. Dusty a perdu son ranch dans un gigantesque incendie et se retrouve hébergé dans une caravane de fortune, sur un terrain vague, en compagnie d'autres sinistrés. Que va-t-il faire ?

Le film se résume a peu près à filmer les états d'âme de Dusty, magnifiquement interprété par le formidable Josh O'Conor, et ses allers-retours entre la caravane, la maison de son ex-femme et de sa fille, la bibliothèque de la ville et le site brûlé de son ranch.

Pas grand-chose donc sur le papier, mais Walker-Silverman possède ce grand talent de remplir chaque plan d'une foule de nuances et d'une bonne rasade d'humanité. On est donc tour à tour dubitatif, surpris, inquiet, ému, enthousiasmé, par la paisible évolution intérieure de Dusty.

Comme tout le casting est parfait, les paysages du Colorado sublimes et la mise en scène d'une grande fluidité, on passe un excellent moment, reposé par cette histoire dans laquelle tout le monde fait de son mieux pour améliorer la vie des autres (c'est rare !). 

Je prends les paris qu'on entendra parler dans l'avenir de Max Walker-Silverman.

 

4e

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Presence

Cette première collaboration entre Soderbergh et le scénariste David Koepp est aussi convaincante que la seconde (The insider).

On retrouve ici la même intelligence dans le déroulement de l'histoire, associée à une concision appréciable (le film dure 1h25).

Le point de vue de ce film de fantôme pas comme les autres est très intéressant. La caméra se met tout simplement à la place du fantôme qui "accueille" la nouvelle famille emménageant dans la maison qu'il occupe, et qui se réfugie bien volontiers dans le placard de la jeune fille.

Petit à petit on devine l'histoire de ce fantôme, tout en observant avec plaisir la façon dont la famille réagit à sa présence (ses interventions sont discrètes, sauf dans un cas bien particulier que je ne peux déflorer ici).

Le tout file à vive allure vers une résolution spectaculaire qu'on ne voit pas vraiment venir, malgré les nombreux indices semés intelligemment tout au long du film. 

Techniquement, le film est intégralement tourné avec un objectif à très courte focale (grand angle), ce qui surprend un peu au début. On finit par s'habituer au procédé lorsqu'on a compris que cela reflète la vision d'un être surnaturel.

Une réussite qui plaira même à ceux qui n'aime pas les films de fantômes.

Steven Soderbergh sur Christoblog : Che (l'Argentin) - 2009 (*) /  Contagion - 2011 (*) / Effets secondaires - 2013 (****) / Ma vie avec Liberace - 2013 (***) / Logan Lucky - 2017 (**) / The insider - 2025 (**)

 

2e

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Les échos du passé

Le premier film de Mascha Shilinski a eu une destinée remarquable : prêt pour la Berlinale en février 2025, on dit qu'il a été "réservé" par le festival de Cannes pour la compétition officielle dès ce moment-là, ce qui est extrêmement rare.

Et pour dire la vérité, c'est un film exceptionnel, qui ne ressemble pas à grand-chose de connu (la référence qui en serait le plus proche est probablement Terrence Malik) et qui est d'une beauté assourdissante.

Le contenu est complexe à saisir : il s'agit de l'histoire de quatre femmes dans la même ferme, à quatre époques différentes. La difficulté est que la réalisatrice allemande ne donne aucun repère temporel sur ce qu'on est en train de voir : on passe donc la première heure du film à tenter de comprendre quelles sont ces quatre époques, et surtout à se demander si les personnages que l'on voit aux différentes époques sont les mêmes, à des âges différents.

Les échos du passé est un film qui réussit l'exploit d'être à la fois très intellectuel et très sensoriel. Chaque séquence est en effet un exercice de style, plus ou moins réussi, mais dévoilant la plupart du temps un talent évident.

Sur le fond, le propos est en grande partie désespérant. Il s'agit pour résumer d'un catalogue de tout ce que les hommes peuvent faire de mal aux femmes : mariage forcé, exploitation sexuelle, stérilisation forcée, viol. De toute cette souffrance découle d'autres thématiques tout aussi noires : le suicide, la mort, la mutilation. Tout cela rend la vision du film éprouvante.

Les échos du passé se caractérise enfin par des qualités techniques parfois époustouflantes (le travail sur le son est incroyable) et des détails qui se répondent mystérieusement entre époques (un doigt dans le nombril, la phrase "c'est chaud", les fantômes, les mouches...).

Vous l'avez compris, ce film, qui parfois se perd un peu dans sa propre complexité, révèle une réalisatrice de grand talent, dont on guettera la suite de la carrière avec attention. Quant à savoir s'il s'agit d'un très bon film, je vous laisse juge.

 

3e

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Laurent dans le vent

Laurent est un jeune qui cherche sa place. Sans domicile, sans métier, psychologiquement instable, il échoue dans la station de ski des Orres.

Ce deuxième film du trio de réalisateurs Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon dresse donc le portrait de Laurent et de ses rencontres : une vieile femme grabataire, un géant qui veut fonder des colonies viking en Sibérie, une chèvre magique, Béatrice Dalle qui ramasse des plantes.

Baptiste Pérusat fournit une belle performance d'acteur, avec une candeur inquiétante qui peut rappeler par moment le Terence Stamp de Théorème.

Il y a dans ce (trop) long essai d'une heure quarante beaucoup du cinéma de Guiraudie. En vrac, la fluidité sexuelle, la mort, les bizarreries, le choc de solitudes dans une nature plus grande que l'homme, des personnages opaques et souvent légèrement antipathiques, une atmosphère qui flirte avec le fantastique.

Mais le résultat n'a pas la fantaisie grinçante du réalisateur du merveilleux Miséricorde. Il lui manque un surcroît de méchanceté, un grain de folie ou une bonne dose d'humour pour vraiment captiver. 

J'avoue m'être ennuyé, même si le film met en évidence la capacité du trio de réalisateurs à capter avec sensibilité les sentiments d'une jeunesse déboussolée et comme hors du monde.

 

2e

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L'amour qu'il nous reste

Le réalisateur islandais Hlynur Pálmason continue de nous surprendre.

Après l'atmosphérique et mélancolique Un jour si blanc et l'épique Godland, il nous propose ici une chronique en demi-teinte qui ne ressemble à rien de connu : il s'agit de suivre pendant un an le quotidien d'une famille dont les parents se séparent (ou pas, on ne sait pas trop).

Le film dessine en creux un tableau tendre de l'amour : la trace de celui qui unissait deux adultes, et qui rechigne à s'effacer complètement, confronté à celui bien réel qui unit les parents aux enfants. 

Cette chronique délicate est joliment enchâssée dans les décors toujours extrêmement photogéniques de la campagne islandaise. Elle se teinte de multiples teintes irisées, n'hésitant à proposer de nombreuses digressions délicieuses et pince-sans rire, souvent à la limite d'un grotesque poétique (comme la visite du galeriste, ou l'épisode de la flèche).

La mise en scène tente beaucoup de choses (scènes fantasmées, enchaînement rapide de petites vignettes, gros plans), qui toutes semblent très justes pour conter les sentiments.

Une réussite qui ravira ceux qui n'attendent pas d'un film qu'il raconte forcément une histoire.

Hlynur Palmason sur Christoblog : Un jour si blanc - 2020 (**) / Godland - 2022 (**)

 

3e

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Une enfance allemande

Le dernier film de Fatih Akin est une nouvelle preuve de la versalité féconde du réalisateur allemand.

La violence qui exsudait de ses derniers films (In the fade, ou le très malsain Golden glove) laisse ici place à la tendresse d'une chronique d'enfance à la facture ultra-classique.

L'originalité du film est de raconter trois heures de la vie du petit Nanning, 12 ans, membre des jeunesses hitlériennes, confronté aux affres de l'enfance (avoir des amis, plaire à sa mère qui ne se nourrit plus depuis la mort d'Hitler, affronter la nature hostile, tomber amoureux) en pleine année 1945.

Le contexte n'apparaît qu'au second plan, ce qui est tout à fait original : on est d'abord captivé par les mésaventures cocasses du petit garçon, on est ensuite frappé par la façon dont son monde va s'écrouler prochainement.

L'île d'Arum, île frisonne en mer du Nord, constitue un décor saisissant, avec ses marées violentes, ses landes sauvages, sa langue spécifique, ses particularités culturelles et ses ciels infinis. Elle constitue à elle seule une raison d'aller voir le film, tant la photographie lumineuse de Karl Walter Lindenlaub lui rend merveilleusement hommage.

J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre cette histoire qui trouve le ton juste pour raconter l'enfance (quelque part entre Pagnol et Stand by me) dans un cadre fascinant à plus d'un titre. 

Fatih Akin sur Christoblog : Head on - 2004 (****) / De l'autre côté - 2007 (***) / Soul kitchen - 2009 (***) /  In the fade - 2017 (**)

 

3e

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Kogis, ensemble pour sauver la terre

Ce film nous présente de malheureux indiens colombiens, les Kogis, trimballés de façon artificielle tout au long du Rhône, sous le prétexte que leurs croyances ancestrales entrent en résonance avec les préoccupations écologistes du réalisateur Alexandre Bouchet.

Il y a quelque chose de gênant dans ce projet, qui rappelle d'une certaine façon la présentation de "sauvages" dans les expositions coloniales : nos pauvres Kogis sont filmés promenant leur désarroi silencieux (seul leur médiatique chef s'exprime, il a bien compris le cahier des charge occidental) dans des paysages qui à l'évidence ne leur évoquent rien, rencontrant des militants qui boivent leur parole comme s'ils rencontraient des mages omniscients.

Le film, faisant fi de toute approche ethnologique, prête aux Kogis toutes sortes de pouvoirs magiques. Ils seraient par exemple disposés à interpréter les pierres mégalithiques : on affuble donc les Kogis, ces bons sauvages, de capacités magiques, reproduisant ainsi des schémas de pensées aux relents post-coloniaux.

Le film nie enfin frontalement la nature même de la recherche scientifique, et donc de la recherche de la vérité. On entend des phrases comme  "La science peut elle s'ouvrir à d'autre regard ?" ou "La science s'est positionnée comme supérieure". Or il n'y a pas deux sciences, il y a qu'une science qui applique les méthodes de la raison, et elle n'a pas à s'ouvrir à des religions ou des croyances, qui ne relèvent pas du même registre.

Un film moralement et déontologiquement discutable.

 

1e

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