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Christoblog

Sinners

Rattrapage Canal+

J'ai découvert le réalisateur américain Ryan Coogler lors de la projection mémorable de son premier film à Cannes, en 2013, dans la section Un certain regard, Fruitvale station.

J'avais alors eu la sensation d'avoir vu l'éclosion d'un cinéaste qui allait compter dans le cinéma américain.

Je suis donc très heureux de constater treize ans plus tard que Coogler vient de signer un des plus grand succès au box office de l'année 2025 (plus d'un million de spectateurs en France, 148 millions de $ aux USA).

Cela fait plaisir de voir triompher un film de qualité, abordant de nombreux thèmes dont on ne penserait pas a priori qu'ils puissent constituer un tout harmonieux : ségrégation raciale dans le Sud des Etats-Unis, puissance de la musique (soul, blues, irlandaise), culture Hoodoo, tableau de la communauté noire et ... film de vampire !

Tout cela marche étonnamment bien, grâce à un casting impressionnant (l'acteur fétiche de Coogler, Michael B. Jordan joue à lui tout seul deux jumeaux) et à une mise en scène nerveuse et efficace, un peu old school : les scènes dans la voiture, visiblement tournées en studio, rappellent les films des années 60 !

J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre les péripéties proposées par Sinners, souvent étonnantes par leur originalité (la scène de transe musicale est particulièrement impressionnante).

Dernier point : la façon dont sont montrés les vampires est intéressante, avec une séquence d'après générique de fin à ne pas rater.

Une réussite.

Ryan Coogler sur Christoblog : Fruitvale station - 2014 (***)

 

3e

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Father mother sister brother

Drôle d'idée que de donner le Lion d'or de la Mostra de Venise à cette oeuvre de Jarmush, somme toute mineure.

Dans ce film à sketch, le premier est le meilleur, et le seul vraiment intéressant, selon moi. Une fille et un fils rendent visite à leur père, joué par un Tom Waits égal à lui-même, c'est à dire roublard et inquiétant.

Adam Driver (probablement le meilleur acteur en activité) et l'excellente Mayim Bialik rendent cette réunion génialement gênante. On perçoit la plupart des non-dits et l'évolution de la conversation est très bien menée.

La deuxième partie est nettement moins bonne. Elle vaut surtout pour son casting de luxe (Charlotte Rampling, Vicky Krieps, Cate Blanchett) et la façon dont Jarmusch parsème des éléments qui résonnent avec la première partie, à la manière d'un Hong Sang-Soo, à qui j'ai énormément pensé. En vrac : une même expression (Bob's your uncle), le fait de trinquer (et se demander si on peut trinquer avec n'importe quoi), des Rolex, des harmonies de couleur dans les vêtements, etc.

Contrairement à la première partie, on ne perçoit pas vraiment les états d'âme des trois protagonistes, on ne comprend pas réellement leur relation, et le film semble progressivement tourner alors au procédé.

Quant à la troisième partie, elle n'a à proprement parler aucun intérêt. Les deux acteurs sont insignifiants et la situation (un frère et soeur viennent de perdre leur parent dans un accident) est sans originalité. Jarmusch ne nous épargne aucun cliché, y compris l'examen ému de vieilles photos, dans un Paris de carte postale dans lequel il y a toujours une place pour se garer devant le bar où l'on veut aller boire un coup. 

Un ensemble inégal, donc, et au final décevant.

 

2e

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L'engloutie

Format 4:3, absence d'éclairage artificiel, musique introductive à base d'onomatopées : dès les premières images on sent que le voyage proposé sera de type "auteuriste, âpre et sans concession ".

Et ce sera effectivement le cas. 

Si le film commence comme une plongée naturaliste dans une micro-communauté d'altitude en 1899, il évolue progressivement vers un fantastique lo-fi, bizarrement sexuel (utiliser une stalactite comme godemiché, vraiment ?) et comme sabordé par une mise en scène peu imaginative (l'avalanche comme métaphore du plaisir sexuel féminin).

Le manque d'impact, le casting hasardeux (on ne croit pas un instant à Samuel Kircher en montagnard du XIXème siècle), la fin approximative et la longueur excessive du film (1h37) rendent cette variation brouillonne sur le thème de la sorcière plutôt antipathique.

Récemment, le cinéma italien a proposé des portraits de jeunes femmes confrontées à la nature dans les siècles passés autrement plus enthousiasmants : je pense au splendide Piccolo Corpo de Laura Samani dans un genre fantastique, ou dans une veine plus réaliste au beau Vermiglio de Mauro Delpero.

C'est raté. 

 

1e

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Rebuilding

Apparaît parfois sur nos écrans une pépite américaine, souvent passée par le festival de Sundance, et donnant à voir de grands espaces et de belles personnes.

Il y a quelques années, en 2015, nous découvrions ainsi une grande cinéaste, Chloe Zhao, avec son très beau premier film, Les chansons que mes frères m'ont apprises.

Cette année, c'est un jeune réalisateur de 32 ans originaire du Colorado, Max Walker-Silverman, qui nous ravit avec son deuxième film (le premier, A love song, n'est pas sorti en France).

Dans Rebuilding, il ne se passe pas grand-chose. Dusty a perdu son ranch dans un gigantesque incendie et se retrouve hébergé dans une caravane de fortune, sur un terrain vague, en compagnie d'autres sinistrés. Que va-t-il faire ?

Le film se résume a peu près à filmer les états d'âme de Dusty, magnifiquement interprété par le formidable Josh O'Conor, et ses allers-retours entre la caravane, la maison de son ex-femme et de sa fille, la bibliothèque de la ville et le site brûlé de son ranch.

Pas grand-chose donc sur le papier, mais Walker-Silverman possède ce grand talent de remplir chaque plan d'une foule de nuances et d'une bonne rasade d'humanité. On est donc tour à tour dubitatif, surpris, inquiet, ému, enthousiasmé, par la paisible évolution intérieure de Dusty.

Comme tout le casting est parfait, les paysages du Colorado sublimes et la mise en scène d'une grande fluidité, on passe un excellent moment, reposé par cette histoire dans laquelle tout le monde fait de son mieux pour améliorer la vie des autres (c'est rare !). 

Je prends les paris qu'on entendra parler dans l'avenir de Max Walker-Silverman.

 

4e

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Presence

Rattrapage Canal+

Cette première collaboration entre Soderbergh et le scénariste David Koepp est aussi convaincante que la seconde (The insider).

On retrouve ici la même intelligence dans le déroulement de l'histoire, associée à une concision appréciable (le film dure 1h25).

Le point de vue de ce film de fantôme pas comme les autres est très intéressant. La caméra se met tout simplement à la place du fantôme qui "accueille" la nouvelle famille emménageant dans la maison qu'il occupe, et qui se réfugie bien volontiers dans le placard de la jeune fille.

Petit à petit on devine l'histoire de ce fantôme, tout en observant avec plaisir la façon dont la famille réagit à sa présence (ses interventions sont discrètes, sauf dans un cas bien particulier que je ne peux déflorer ici).

Le tout file à vive allure vers une résolution spectaculaire qu'on ne voit pas vraiment venir, malgré les nombreux indices semés intelligemment tout au long du film. 

Techniquement, le film est intégralement tourné avec un objectif à très courte focale (grand angle), ce qui surprend un peu au début. On finit par s'habituer au procédé lorsqu'on a compris que cela reflète la vision d'un être surnaturel.

Une réussite qui plaira même à ceux qui n'aime pas les films de fantômes.

Steven Soderbergh sur Christoblog : Che (l'Argentin) - 2009 (*) /  Contagion - 2011 (*) / Effets secondaires - 2013 (****) / Ma vie avec Liberace - 2013 (***) / Logan Lucky - 2017 (**) / The insider - 2025 (**)

 

2e

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Les échos du passé

Le premier film de Mascha Shilinski a eu une destinée remarquable : prêt pour la Berlinale en février 2025, on dit qu'il a été "réservé" par le festival de Cannes pour la compétition officielle dès ce moment-là, ce qui est extrêmement rare.

Et pour dire la vérité, c'est un film exceptionnel, qui ne ressemble pas à grand-chose de connu (la référence qui en serait le plus proche est probablement Terrence Malik) et qui est d'une beauté assourdissante.

Le contenu est complexe à saisir : il s'agit de l'histoire de quatre femmes dans la même ferme, à quatre époques différentes. La difficulté est que la réalisatrice allemande ne donne aucun repère temporel sur ce qu'on est en train de voir : on passe donc la première heure du film à tenter de comprendre quelles sont ces quatre époques, et surtout à se demander si les personnages que l'on voit aux différentes époques sont les mêmes, à des âges différents.

Les échos du passé est un film qui réussit l'exploit d'être à la fois très intellectuel et très sensoriel. Chaque séquence est en effet un exercice de style, plus ou moins réussi, mais dévoilant la plupart du temps un talent évident.

Sur le fond, le propos est en grande partie désespérant. Il s'agit pour résumer d'un catalogue de tout ce que les hommes peuvent faire de mal aux femmes : mariage forcé, exploitation sexuelle, stérilisation forcée, viol. De toute cette souffrance découle d'autres thématiques tout aussi noires : le suicide, la mort, la mutilation. Tout cela rend la vision du film éprouvante.

Les échos du passé se caractérise enfin par des qualités techniques parfois époustouflantes (le travail sur le son est incroyable) et des détails qui se répondent mystérieusement entre époques (un doigt dans le nombril, la phrase "c'est chaud", les fantômes, les mouches...).

Vous l'avez compris, ce film, qui parfois se perd un peu dans sa propre complexité, révèle une réalisatrice de grand talent, dont on guettera la suite de la carrière avec attention. Quant à savoir s'il s'agit d'un très bon film, je vous laisse juge.

 

3e

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Laurent dans le vent

Laurent est un jeune qui cherche sa place. Sans domicile, sans métier, psychologiquement instable, il échoue dans la station de ski des Orres.

Ce deuxième film du trio de réalisateurs Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon dresse donc le portrait de Laurent et de ses rencontres : une vieile femme grabataire, un géant qui veut fonder des colonies viking en Sibérie, une chèvre magique, Béatrice Dalle qui ramasse des plantes.

Baptiste Pérusat fournit une belle performance d'acteur, avec une candeur inquiétante qui peut rappeler par moment le Terence Stamp de Théorème.

Il y a dans ce (trop) long essai d'une heure quarante beaucoup du cinéma de Guiraudie. En vrac, la fluidité sexuelle, la mort, les bizarreries, le choc de solitudes dans une nature plus grande que l'homme, des personnages opaques et souvent légèrement antipathiques, une atmosphère qui flirte avec le fantastique.

Mais le résultat n'a pas la fantaisie grinçante du réalisateur du merveilleux Miséricorde. Il lui manque un surcroît de méchanceté, un grain de folie ou une bonne dose d'humour pour vraiment captiver. 

J'avoue m'être ennuyé, même si le film met en évidence la capacité du trio de réalisateurs à capter avec sensibilité les sentiments d'une jeunesse déboussolée et comme hors du monde.

 

2e

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L'amour qu'il nous reste

Le réalisateur islandais Hlynur Pálmason continue de nous surprendre.

Après l'atmosphérique et mélancolique Un jour si blanc et l'épique Godland, il nous propose ici une chronique en demi-teinte qui ne ressemble à rien de connu : il s'agit de suivre pendant un an le quotidien d'une famille dont les parents se séparent (ou pas, on ne sait pas trop).

Le film dessine en creux un tableau tendre de l'amour : la trace de celui qui unissait deux adultes, et qui rechigne à s'effacer complètement, confronté à celui bien réel qui unit les parents aux enfants. 

Cette chronique délicate est joliment enchâssée dans les décors toujours extrêmement photogéniques de la campagne islandaise. Elle se teinte de multiples teintes irisées, n'hésitant à proposer de nombreuses digressions délicieuses et pince-sans rire, souvent à la limite d'un grotesque poétique (comme la visite du galeriste, ou l'épisode de la flèche).

La mise en scène tente beaucoup de choses (scènes fantasmées, enchaînement rapide de petites vignettes, gros plans), qui toutes semblent très justes pour conter les sentiments.

Une réussite qui ravira ceux qui n'attendent pas d'un film qu'il raconte forcément une histoire.

Hlynur Palmason sur Christoblog : Un jour si blanc - 2020 (**) / Godland - 2022 (**)

 

3e

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Une enfance allemande

Le dernier film de Fatih Akin est une nouvelle preuve de la versalité féconde du réalisateur allemand.

La violence qui exsudait de ses derniers films (In the fade, ou le très malsain Golden glove) laisse ici place à la tendresse d'une chronique d'enfance à la facture ultra-classique.

L'originalité du film est de raconter trois heures de la vie du petit Nanning, 12 ans, membre des jeunesses hitlériennes, confronté aux affres de l'enfance (avoir des amis, plaire à sa mère qui ne se nourrit plus depuis la mort d'Hitler, affronter la nature hostile, tomber amoureux) en pleine année 1945.

Le contexte n'apparaît qu'au second plan, ce qui est tout à fait original : on est d'abord captivé par les mésaventures cocasses du petit garçon, on est ensuite frappé par la façon dont son monde va s'écrouler prochainement.

L'île d'Arum, île frisonne en mer du Nord, constitue un décor saisissant, avec ses marées violentes, ses landes sauvages, sa langue spécifique, ses particularités culturelles et ses ciels infinis. Elle constitue à elle seule une raison d'aller voir le film, tant la photographie lumineuse de Karl Walter Lindenlaub lui rend merveilleusement hommage.

J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre cette histoire qui trouve le ton juste pour raconter l'enfance (quelque part entre Pagnol et Stand by me) dans un cadre fascinant à plus d'un titre. 

Fatih Akin sur Christoblog : Head on - 2004 (****) / De l'autre côté - 2007 (***) / Soul kitchen - 2009 (***) /  In the fade - 2017 (**)

 

3e

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