Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Christoblog

Wake up dead man

Depuis que Daniel Craig a quitté le costume de James Bond, il s'amuse, entre autre, à camper le détective Benoit Blanc, personnage décalé aux tenues à la fois surannées et très élégantes.

Ce troisième cluedo cinématographique de la série A couteaux tirés est particulièrement réussi. Rian Johnson met en scène une intrigue à l'ambiance gothique assumée, intrigue particulièrement retorse puisque du type "à chambre close", comme Le mystère de la chambre jaune.

Tout cela ne serait que gentiment anecdotique si le casting haut de gamme n'apportait un surcroît d'âme à Wake up dead man  en exposant une grande palette d'émotions : Josh O'Connor confirme être un des acteurs les plus intéressants du moment et Glenn Close est égale à elle-même, alors que les entourent rien moins que Jeremy Renner, Mila Kunis et Josh Broslin. Excusez du peu.

On suit les rebondissements de cette histoire complexe et parfois hilarante avec un plaisir enfantin, comme on descend une boîte de chocolat ou un paquet de Miami pik, goutant avec plaisir les décors celtiques et les ambiances noires. 

Rian Johnson sur Christoblog : Looper - 2012 (**) / Star wars - Les derniers Jedis (VIII) - 2017 (**) / A couteaux tirés - 2019 (***) / Glass Onion - 2022 (**)

 

3e

Voir les commentaires

Mektoub my love : canto due

C'est un petit miracle de retrouver, huit ans après, la bande de jeunes sétois qui irradiait Mektoub my love : canto uno de leur sensualité insolente. 

Ils n'ont pas vieilli, puisque le tournage a eu lieu dans la continuité du premier opus, et ce n'est qu'à cause de tous les aléas survenus depuis qu'on ne voit qu'aujourd'hui ce film. En vrac : la présentation de Mektoub my love : intermezzo à Cannes et la polémique du cunnilingus non simulé et figurant dans le film sans l'aval d'Ophélie Bau (le film n'est jamais sorti en salle), la faillite de sa compagnie de la production de Kechiche, son AVC qui le diminue beaucoup, et globalement l'accusation de male gaze qui plombe la réputation du cinéaste.

Le résultat est saisissant. On retrouve Amin, Toni, Ophélie, Céline et tout le groupe comme si on les avait quitté la veille. Kechiche excelle toujours à capter l'incroyable sensualité qui se dégage des corps, en y mêlant avec beaucoup de subtilité des considérations générales sur la vie.

La nouveauté géniale du film, c'est la présence d'un producteur américain et de sa femme, jouée par la jeune Jessica Pennington, ancienne actrice porno et incroyable de présence physique à l'écran, nouvelle découverte renversante du cinéaste pygmalion.

Le film s'étale, se distend, s'étire tout au long de ses deux heures et quatorze minutes, sans vraiment proposer d'intrigue, se contentant de capter comme aucun autre les bruissements de l'âme derrière un visage, un regard ou le mouvement d'une main.

Tout cela ne ressemble à rien d'autre, et semble toujours incarner la captation de la vie pure, teintée ici d'un côté farcesque dans sa dernière partie, à la fois drolatique et tragique, comme si Plus belle la vie s'invitait chez Cassavetes.

Le projet de Kechiche était de suivre ses personnages sur une dizaine de films, à l'image de Balzac dans la Comédie Humaine. Pas sûr que son état de santé et sa situation le permettent, et c'est bien dommage.

Abdellatif Kechiche sur Christoblog : La graine et le mulet - 2007 (***) / Vénus noire - 2010 (**) / La vie d'Adèle - 2013 (****) / Mektoub my love - canto uno - 2018 (****)

 

4e

Voir les commentaires

L'agent secret

L'agent secret est un très beau film, qui confirme que Kleber Mendonça Filho est un des plus grands cinéastes contemporains.

Wagner Moura y campe avec brio (prix d'interprétation à Cannes) un homme poursuivi pour de troubles raisons politiques par des tueurs à gage.

Il arrive dans Recife en plein carnaval et va nous entraîner dans un dédale d'évènements et de situations dont on ne comprendra pas tous les aboutissants, mais qui sont filmés avec une maestria incontestable. On y croise une logeuse énigmatique, un requin qui a avalé une jambe, un cadavre en décomposition et bien d'autres choses.

La mise en scène a un petit quelque chose de parfait et d'ample qui rappelle le cinéma du Nouvel  Hollywood. Il y a aussi dans le film de nombreuses références cinématographiques qui sont autant de clin d'oeil au public cinéphile (Belmondo, Les dents de la mer...).

Mendonça Filho n'hésite pas à aborder plusieurs genres dans ce qui constitue son film-somme, thriller, horreur, mélo social, tableau historique des années 70 : c'est à la fois une de ses forces si on en croit certaines critiques, mais peut-être aussi un léger frein pour crier au chef-d'oeuvre absolu, le résultat final pouvant paraître légèrement décousu.

Un beau et grand film à voir, qui nous fait respirer le Brésil à plein poumons.

Kleber Mendonça Filho sur Christoblog : Les bruits de Recife - 2012 (**) / Aquarius - 2016 (***) / Bacurau - 2019 (**)

 

3e

Voir les commentaires

La condition

Il y a beaucoup de choses intéressantes dans La condition

La reconstitution d'époque (le début du XXième siècle) est tout d'abord admirable. Les décors, les vêtements, la vie quotidienne, les rapports entre classes font l'objet d'une reconstitution minutieuse, baignée par une photographie admirable. On se retrouve vraiment immergé dans l'époque : ébloui par la flamme d'une bougie, fasciné par l'arrivée d'une automobile.

Le casting ensuite est très bon. Swann Arlaud sait comme personne d'autre jouer le machisme ordinaire, subtil mélange de tendresse, de violence instinctive, de frustration sexuelle, de mépris de classe et de personnalité névrosée. Les deux femmes sont également parfaites : Louise Chevillotte excellente en bourgeoise emmurée dans son temps et Galatea Bellugi qui confirme son talent brut découvert dans l'excellent Chien de la casse

Mais malgré toutes ces qualités, l'ennui n'a pas tardé pas à gagner le spectateur que je suis : peut-être par la faute d'un scénario extrêmement balisé, qui semble suivre scrupuleusement son programme initial jusqu'à un dénouement que l'on voit arriver de loin. Les quelques pas-de-côté de l'intrigue dans la dernière partie du film ne suffisent pas à ressusciter un intérêt qui s'est déjà bien délité durant la première heure.

Jérôme Bonnell sur Christoblog : Le temps de l'aventure - 2013 (*) / A trois on y va - 2014 (**)

 

2e

Voir les commentaires

La voix de Hind Rajab

Pari osé que tente ici Kaouther Ben Ania : habiller d'images de fiction les véritables enregistrements téléphoniques qui documentent le supplice enduré par une petite fille enfermée dans une voiture prise dans les tirs de l'armée israélienne à Gaza.

Si au départ la frontière entre fiction et réalité est assez claire, elle se brouille progressivement pour aboutir à une mise en abyme qui m'a laissé perplexe : les acteurs sont filmés en train de jouer des scènes réelles qu'on voit simultanément sur l'écran d'un téléphone portable.

Tous ces artifices de mise en scène aboutissent finalement à nous perdre et à désamorcer l'émotion que nous devrions éprouver, égarés que nous sommes entre les injonctions à compatir à la situation tragique de la petite fille réelle (photos bien émouvantes à l'appui), l'effort intellectuel de comprendre ce que nous voyons et le léger agacement que nous éprouvons face aux crises de nerf à répétition des acteurs jouant ceux qui ont traité les appels de la petite fille (mais dont la souffrance est à mille lieues de celle qui se joue sur le terrain).

Le film erre dans une sorte de no man's land décharné, situé entre le "thriller huis-clos téléphonique" à la façon du film danois The guilty et reconstitution sans véritable enjeu narratif, tant au final l'intrigue est atrocement simple.

On est loin de la richesse et des nuances du film précédent de Ben Ania, Les filles d'Olfa.

Kaouther Ben Ania sur Christoblog : Les filles d'Olfa - 2023 (****)

 

2e

Voir les commentaires

Fuori

Ce nouveau film de Mario Martone raconte une partie de la vie de l'autrice du roman culte L'art de la joie, Goliarda Sapienza, à une époque où son roman était refusé partout.

Mais de cette histoire littéraire, le film ne dit presque rien. Il préfère raconter l'histoire d'un groupe de femme enfermées en prison, et développant un grand élan de sororité.

Valeria Golino y joue une Goliarda très en retrait, presque invisible, dont on ne perçoit le talent et la violence intérieure que de loin en loin, comme si l'objet du film était de dessiner en creux le portrait d'un génie empêché et anesthésié. Sa relation d'amitié / amour avec Roberta (Matilda de Angelis) est très subtilement décrite.

La mise en scène de Martone est sobre et la photographie très agréable. Fuori donne également à voir un tableau intéressant de l'Italie des années 80, avec une attention aux détails et au second plan remarquable.

Le résultat est en dehors de tout canon narratif, le scénario zigzaguant de façon apparemment aléatoire, ce qui semble avoir empêché Fuori d'atteindre la reconnaissance critique lors de sa présentation au festival de Cannes 2025, et c'est bien dommage.   

Mario Martone sur Christoblog : Nostalgia - 2023 (***)

 

3e

Voir les commentaires

Ce que cette nature te dit

C'est le vingt-deuxième film de Hong Sang-Soo que je critique sur ce blog, et il me faut constater que l'excitation du début se mue petit à petit en lassitude.

J'espérais, au vu des retours presse et de la longueur inhabituelle du film (1h48), que le réalisateur coréen retrouve l'ampleur narrative de ses débuts, ou au moins la vigueur des expérimentations formelle de son milieu de carrière.

Malheureusement, l'objet du film est très ténu (un jeune poète est présenté à sa belle famille) et si on retrouve par moment le sel du cinéma de HSS (des fissures dans les conversations qui semblent dévoiler d'insondables abysses), l'ensemble est plutôt ennuyeux et manque de relief.

Il reste la petite musique habituelle, toujours agréable à retrouver : les bouteilles d'alcool, la force de caractère des femmes, les glissements subtils de ton, les questions métaphysiques qui surgissent aux détours d'une phrase ou d'un souvenir.

La façon de filmer la nature est atone et on se demande ce que le titre peut bien vouloir dire. Quant aux essais formels, ils se traduisent ici à proposer progressivement une image de plus en plus floue aux spectateurs, procédé déjà utilisé par le cinéaste, mais qui ne me convainc pas.

Pour conclure, le film est plus dense que les derniers, ce qui laisse penser que l'état de santé de Hong Sang-Soo s'est amélioré - et c'est tant mieux, mais le résultat n'est pas totalement convaincant.

Hong Sang-Soo sur Christoblog : Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (**) / Le pouvoir de la Province de Kangwon - 1998 (**) / La vierge mise à nu par ses prétendants - 2000 (***) / Turning gate - 2003 (***) / La femme est l'avenir de l'homme - 2003 (***) / Conte de cinéma - 2005 (**) / Les femmes de mes amis - 2009 (**) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives (Matins calmes à Séoul)  - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Hill of freedom - 2014 (***) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**) / Yourself and yours - 2017 (**) / Le jour d'après - 2017 (**) / La caméra de Claire - 2017 (***) / Hotel by the river - 2020 (***) / Juste sous vos yeux - 2021 (***) / La romancière, le film et le heureux hasard - 2022 (**) / De nos jours - 2023 (**) / La voyageuse - 2024 (***)

 

2e

Voir les commentaires

Vie privée

Pas très facile de formuler un avis sur le dernier film de Rebecca Zlotowski.

D'un côté, l'intrigue est plutôt plaisante et le récit mené correctement (une psychanalyste dont une patiente s'est suicidée se demande si cette dernière n'a pas été assassinée).

Les acteurs sont plutôt solides, Judie Forster assez impressionnante en soixantenaire dont la libido se réveille, Daniel Auteuil parfait en ex sympa, Virginie Efira magnétique en objet du désir. Mathieu Amalric est un peu moins convaincant, semblant à plusieurs moments surjouer. Certaines astuces du scénario sont très plaisantes (l'hypnotiseuse), d'autres complètement barrées (les vies antérieures). 

D'un autre côté, le film ne parvient pas totalement à décoller dans le registre de thriller hitchcokien dans lequel il semble vouloir creuser son sillon, par manque de précision dans l'écriture et de manque d'ambition dans la mise en scène. Les ruptures de ton perpétuelles n'aident pas non plus à entrer dans le film. 

Au final, j'opte pour un avis légèrement positif, l'intérêt de la tentative l'emportant sur les imperfections de sa réalisation.

 

2e

Voir les commentaires

France, une histoire d'amour

Rien ne va dans ce film de Yann Arthus-Bertrand.

Ce n'est pas que les initiatives montrées partout à travers la France soient inintéressantes, mais on voit mal le rapport qu'elles entretiennent entre elles, des abattoirs mobiles aux employés de MacDo qui occupent leur restaurant, des maisons en bois aux bienfaits du contact des chevaux : l'accumulation sonnent comme un catalogue décousu de pratiques politiquement correctes (au sens des Carnets de campagne de France Inter).

Mais le plus gênant dans ce road-trip de la bienveillance, c'est la naïveté de ravi de la crèche qu'Arthus-Bertrand transporte d'un bout à l'autre de la France, s'extasiant devant tant de bonté et de grandeur d'âme, tout en manifestant une proximité exagérée avec ses interlocuteurs (accolade de rigueur), et en pratiquant une sorte de harcèlement paternaliste vis-à-vis de ses collaborateurs.

De cette auto-célébration pataude on ne retient donc pas grand-chose, si ce n'est peut-être que le "maître" devrait un peu plus réfléchir, et un peu moins considérer sa moustache comme digne d'être filmée.

 

1e

Voir les commentaires

Pompei, sotto le nuvole

Je pensais retrouver dans ce nouvel opus de Gianfranco Rosi, auréolé d'un Grand Prix à Venise, la poésie magique qui produisit autrefois Fuocoamarre, Ours d'or à Berlin.

Malheureusement, si les images sont toujours aussi somptueuses (ici un noir et blanc caverneux et menaçant) et les visions toujours aussi saisissantes (les processions religieuses, les chevaux sur la plage), il manque ici le petit plus qui fait que la mayonnaise prend et nous emporte vers les cimes de l'émotion.

Chaque partie du film se regarde avec un plus ou moins d'intérêt. Le travail des archéologues japonais a un côté décalé et vertigineux. Les errements dans les archives archéologiques se suivent sans grand frisson. Les cours sauvages dans l'arrière boutique du libraire sont mignons sans être renversants. 

Tout cela se suit sans déplaisir, mais le film semble globalement toujours sur le point de démarrer, les images du train napolitain circulant de ville en ville ne parvenant à faire de l'ensemble un tout véritablement convaincant qui fasse sens.

Gianfranco Rosi sur Christoblog : Fuocoammare - 2016 (****) / In viaggio - 2022 (**)

 

2e

Voir les commentaires