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Christoblog

Articles avec #j'aime

L'inconnue

L'inconnue est un film intrigant et souvent fascinant, mais contrairement à ce qu'affirme plusieurs critiques, il n'est pas du tout difficile à suivre ou à comprendre.

L'intrigue est assez simple en réalité : un homme (méconnaissable Niels Schneider) se retrouve dans un corps de femme (à peine reconnaissable Léa Seydoux). Il recherche son enveloppe corporelle, la retrouve, et ... va ensuite de surprise en surprise.

Arthur Harari se tient à plusieurs principes assez clairs : ses personnages essayent de gérer leur situation de façon la plus rationnelle possible (et cet aspect est très bien vu), ils sont hébétés par ce qui leur arrive, et pas vraiment à l'aise dans leur nouveau corps.

Le film n'est ni horrifique, ni comique : il préfère mettre efficacement en scène un vertige métaphysique, et parvient à colorer cette épopée de l'étrange d'un gris profondément mélancolique. En cela il constitue presque un manifeste philosophico-poétique, servi par deux acteurs qui semblent étrangers à leur enveloppe corporelle.

Un beau et grand moment de cinéma.

Arthur Harari sur Christoblog : Diamant noir - 2016 (**) / Onoda - 2021 (****)

 

3e

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Girl

Il y a beaucoup de choses intéressantes dans le premier film, en tant que réalisatrice, de l'actrice Shu Qi, égérie (entre autre) de Hou Hsiao-Hsien.

En vrac : une sensibilité à fleur de peau, une direction d'acteur intense, des idées originales, une belle densité dans certaines scènes particulièrement oppressantes.

Malgré ces qualités, Girl est toutefois une oeuvre difficile d'accès.

Son introduction d'abord, comprend des passages oniriques dont on ne comprend pas vraiment le sens (saut dans le passé, vision de la mère ?) et qui perturbent notre compréhension. Ce point est d'autant plus troublant que le film devient ensuite tout à fait normal, dans une veine quasi naturaliste.

Il faut également être préparé à des séquences dérangeantes donnant à voir la violence d'un père alcoolique dans tout ce qu'elle a de plus horrible. Cette ambiance doloriste pourra profondément déranger les spectateurs les plus sensibles : on attend durant plus de deux heures que le destin délivre finalement cette femme et ses deux filles de leur calvaire.

Malgré ces réserves, je termine plutôt sur une note positive cette chronique partagée : le style dense et la sensibilité de Shu Qi méritent d'être découverts.

 

2e

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Soudain

Aucun cinéaste n'est capable de proposer quelque chose d'équivalent, même de loin, à ce que réussit parfaitement Ryusuke Hamaguchi ici : faire émerger du quotidien des moments de pure grâce, multiplier les conversations sur des sujets difficiles sans paraître pompeux, proposer de grands sentiments sans qu'il soit question d'amour, mélanger préoccupations triviales et considérations philosophiques.

Soudain ménage des moments de cinéma exceptionnels, qui surgissent souvent après une longue mise en place anodine qui pourra peut-être paraître longue à certains. C'est le contraste entre les préoccupations de la vie quotidienne (les enfants, les contraintes de la vie professionnelle, la solitude subie) et la grâce de l'inattendu qui rend ce film si précieux.

La mise en scène de Hamaguchi, discrète et fluide, est splendide. On n'oubliera pas de sitôt le sublime travelling sur le parvis de la bibliothèque François Miterrand ou la lumière irréelle du lever de soleil à Kyoto.

Dans ce concerto maîtrisé de bout en bout, deux solistes renversent la table : la soprano Tao Okamoto et l'alto Virginie Efira, qui rivalisent de finesse et de beauté, dissemblables et proches à la fois, illustrant à la perfection la rencontre de deux âmes.

C'est magnifique.

Ryusuke Hamaguchi sur Christoblog : Passion - 2008 (***) / Senses - 2018 (***) / Asako I&II - 2019 (**) / Drive my car - 2021 (****) / Contes du hasard et autres fantaisies - 2021 (***) / Le mal n'existe pas - 2023 (**)

 

4e

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De la Comédie-Française

Il y a quelque chose de profondément réjouissant dans ce film : c'est le contraste entre le statut des comédiens (parmi les meilleurs) et la façon dont ils ne se prennent pas au sérieux.

De fait, l'écriture de Bertrand Usclat et Martin Darondeau exploite à fond ce contraste, en en multipliant les chatoiements : les blagues sont convenues mais le cadre est somptueux, le sourire affleure en permanence mais ce sont les larmes qui montent à la fin du film, la narration est très rapide mais l'histoire du lieu est multi-centenaire.

De la Comédie-Française est donc un film légèrement dense, ou profondément léger. Tout y est charmant et bien pesé, de bon goût jusque dans les quiproquos à base de slips abandonnés.

Le casting est épatant, avec deux mentions spéciales : Pauline Clément est exceptionnelle d'enthousiasme raisonné et Laurent Stocker magnifique en cocu infatué.

Une grande petite comédie, et sûrement un des meilleurs moments de cinéma de l'année, qui magnifie la magie du théâtre et celui de la troupe du Français.

 

3e

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Fjord

Dans le nouveau film de Cristian Mungiu, deux parties sont renvoyées dos à dos : une famille traditionnaliste roumaine farouchement chrétienne et les services de protection de l'enfance de l'état norvégien.

Ces derniers sont montrés sous leur plus mauvais jour : kafkaïens, sans contre-pouvoir, et aux prérogatives qui semblent abusives (la Norvège est la championne d'Europe des retraits d'enfants injustifiés suivant les statistiques de la cour européenne des droits de l'homme).

Cet état de fait rend le film légèrement bancal et ne maintient pas son point de vue strictement à mi-chemin des deux points de vue : c'est un peu dommage car cela nuit un peu à son équilibre, tout en suscitant des polémiques inutiles.

En ce qui concerne les qualités cinématographiques de Fjord, nous sommes dans du haut niveau : l'écriture est fine et détaillée, la composition des plans particulièrement élégante (sans atteindre la qualité du plan de groupe sidérant qui éclairait R.M.N.), le développement de l'intrigue suffisamment complexe pour que l'on soit tenus en haleine jusqu'à la fin.

La direction d'acteurs est une nouvelle fois impeccable avec un couple au top niveau, Sebastian Stan impressionnant d'opacité résolue, Renate Reinsve parfaite en mère offensée.

Il manque toutefois un petit quelque chose pour que l'exercice de style parfaitement maîtrisé soit un chef d'oeuvre : peut-être un peu plus d'ambiguïté morale, une âpreté plus radicale, un éclair de poésie (que le thème de la marche sur l'eau semble vouloir apporter sans y parvenir tout à fait) ou une accélération surprenante de la narration.

Une Palme d'or correcte, mais pour moi bien inférieure à celles de ces trois dernières années.

Cristian Mungiu sur Christoblog : 4 mois, 3 semaines, 2 jours - 2007 (****) / Au-delà des collines - 2012 (***) / Baccalauréat - 2016 (***) / R.M.N. - 2022 (***)

 

3e

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Maigret et le mort amoureux

A l'occasion de sa sortie en DVD chez Pyramide.

Le cinéma de Pascal Bonitzer, écrit avec minutie jusqu'à en être théâtral, est parfois très plaisant (Le tableau volé), et parfois désagréablement artificiel (Cherchez Hortense).

Nous sommes ici un peu entre les deux. Les dialogues sont ciselés, la direction d'acteur impeccable. Denis Podalydès campe un Maigret plus vrai que nature (si je puis dire), raide et attentif, le visage oscillant entre l'impassibilité qu'on lui prête habituellement et quelques éclairs d'amusement ou de surprise bienvenus.

Les autres rôles sont magnifiquement interprétés par des acteurs chevronnés, souvent rompus à la pratique théâtrale : l'excellente Anne Alvaro, les toujours délicieux Olivier Rabourdin et Laurent Poitrenaux, le délicat et imbuvable Micha Lescot. La transposition temporelle du roman au début du XXIème siècle fonctionne par ailleurs assez bien.

L'intrigue, par contre, est assez faible, et la mise en scène neutre de Bonitzer n'aide pas à la rendre plus palpitante. 

On observe donc avec gourmandise les performances d'acteurs sans être captivé par l'évolution de l'histoire, qui s'écoule avec tranquillité jusqu'à une fin évasive, et légèrement décevante.

Pascal Bonitzer sur Christoblog : Cherchez Hortense - 2012 (*) / Tout de suite maintenant - 2015 (**) / Le tableau volé - 2024 (***)

 

2e

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In waves

Cette version moderne de Love story (en gros, l'amour fauché par la maladie) joue avec une certaine réussite la carte du mélodrame assumé.

Le roman graphique autobiographique de AJ Dungo est adapté par la réalisatrice française Phuong Mai Nguyen dans une palette de couleur pastel assez agréable à regarder, et qui donne à sentir l'ivresse du surf avec brio.

Le film comprend des allers-retours temporels qui n'apportent pas grand-chose à son propos, et des passages oniriques en 2D qui ont le mérite d'apporter de la variété, sans qu'on en comprenne vraiment le sens.

Au final, on passe un assez bon moment, en appréciant plutôt les qualités formelles du film que sa capacité à nous émouvoir véritablement. J'ai été un peu étonné qu'il fasse l'ouverture de la Semaine de la Critique 2026 : il y a probablement plus original dans la production de l'animation "pour adulte" contemporaine.

 

2e

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La bataille de Gaulle - partie 2 : J'écris ton nom

Dans cette deuxième partie, on retrouve nombre des qualités de la première : des apports historiques passionnants, et parfois méconnus (le plan américain pour l'Europe d'après-guerre, par exemple), une intrigue qui englobe plusieurs destinées, des reconstitutions de guerre très réussies.

La particularité de cet opus est d'être plus politique. On entre ici dans le détail de la lutte entre les deux composantes françaises de résistance au nazisme : la France Libre de De Gaulle et les forces du général Giraud. Le rôle essentiel que joua Jean Moulin en faveur de De Gaulle, en créant le Conseil National de la Résistance, est très bien montré également.

On découvre aussi l'attitude de président Roosevelt (très bon Campbell Scott), pas franchement amène avec les résistants français, et dont l'attitude entre en résonance avec l'actualité.

Il faut saluer ici le travail du réalisateur Antonin Baudry, qui sera parvenu en cet été 2026 à amener plus de 2,5 millions de spectateurs en salle, pour se plonger dans une oeuvre de plus de cinq heures, complexe et (presque) sans pathos.

Il faudra aussi lui reconnaître une formidable capacité à diriger une brochette d'acteurs parfois aux antipodes de leurs rôles habituels, comme par exemple Thierry Lhermitte qui campe un Giraud formidable.

 

3e

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André is an idiot

Certains écrivent sur leur mort, d'autres font des films sur le sujet.

Avec l'aide du documentariste Anthony Benna, c'est ce qu'a décidé de faire André Ricciardi, publicitaire à succès et ado attardé, qui apprend qu'il est atteint d'un concert du colon, déjà généralisé.

La première partie du film est sidérante d'impertinence : André semble prendre son pronostic à la rigolade, et cela donne des séquences farcies d'humour noir, qui nous laissent indécis : faut-il rire de tout cela ou commencer à pleurer ? Tout cela est-il une blague et y a t'il un happy end caché ?

Eh bien non, il n'y en a pas : André est vraiment idiot de ne pas avoir fait sa coloscopie de contrôle, et il se dirige bel et bien vers une mort prochaine.

Dans son dernier tiers, lorsque la maladie devient génératrice de douleurs insupportables, la caméra s'éloigne évidemment d'André, donnant au film une tonalité bien différente, plus classique dans sa tristesse profonde, qui rend la début du film encore plus émouvant (la rencontre avec son épouse est par exemple rétrospectivement déchirante).

Une expérience hors du commun, pleine de trouvailles amusantes et originales, tels ses petits films d'animation qui parsèment le film : André is an idiot est un film dont on se souvient longtemps. Seul bémol au film le doublage en français (qui n'en est pas vraiment un puisque les voix françaises se superposent aux vois originales) gâche un peu le plaisir. 

 

2e

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La bataille de Gaulle - partie 1 : L'âge de fer

On pouvait craindre beaucoup de choses à propos de ce film : qu'il soit une hagiographie éhontée, qu'il étouffe l'histoire au profit de l'anecdote, qu'il joue le spectaculaire ou la sensiblerie à l'excès, ou qu'il verse dans la caricature facile.

Le réalisateur Antonin Baudry évite à peu près tous ces pièges, construisant une oeuvre complète et ambitieuse, qui donne à voir la figure du Général sans l'embellir (son côté psycho-rigide est rendu à l'écran sans atténuation), tout en creusant la complexité de l'époque.

L'attitude de Churchill, tantôt romantique, tantôt froidement pragmatique, est ainsi restituée avec beaucoup de finesse, tout comme les innombrables trahisons qui parsemèrent la première partie de la guerre.

Le film alterne les passages plutôt intimistes (très bel arc narratif autour du personnage de Fernand) et les moments beaucoup plus spectaculaires, comme la bataille de Bir Hakeim, reconstituée avec une maestria assez rare dans le cinéma français.

Le tout est bien balancé, servi par une mise en scène qui n'hésite pas à se montrer parfois imaginative, et un casting quatre étoile, parmi lequel il faut mentionner la prestation de Simon Abkarian en De Gaulle, impeccable de sobriété.

J'ai été happé par ce film sans prétention, mais pas sans ambition, et n'ai qu'une hâte : voir le second opus.

 

3e

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Kika

Voici un très beau deuxième film de la réalisatrice Alexe Poukine, qui nous donne à voir un magnifique personnage de jeune femme.

Kika (excellente Manon Clavel) quitte son compagnon qu'elle n'aime plus et dont elle a eu une fille, pour David, dont elle tombe enceinte.

David meurt soudainement, et Kika se retrouve complètement fauchée. C'est une des plus grandes qualités du film de montrer la précarité quotidienne d'une famille monoparentale : le retour (compliqué) chez les parents, les ami(e)s compatissant(e)s mais impuissant(e)s, les ersatz bout de chandelle. 

Et puis un jour, Kika découvre par hasard que vendre ses culottes sales peut lui rapporter beaucoup d'argent. De fil en aiguille, elle s'intègre dans le petit monde des hommes masochistes et finit par y gagner sa vie, ce qui permet à Alexe Poukine de dresser de très beaux portraits d'hommes à la fois désespérés et touchants.

Kika est un très beau film générationnel qui offre de très délicats instantanés, avec une spontanéité séduisante et une sensibilité à fleur de peau qui apparait comme unique dans le cinéma français.

Un film à découvrir.

 

3e

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ChaO

Sorti subrepticement en mai de cette année, ce beau film du studio japonais novateur Studio 4°C est un véritable bijou, susceptible de raviver chez les amateurs d'anime les frissons qu'ont provoqué les films des studios Ghibli.

Tout ici est original : la narration un peu punk, l'animation par moment baroque, le propos décalé. Le spectateur, suivant ses goûts et son habitude des productions japonaises, pourra être tour à tour intrigué, charmé, choqué et ému.

Pour ma part j'ai adoré le déferlement de couleurs au service d'une comédie romantique renversant le principe de La belle et la bête (un beau jeune homme se voit contraint un-e poisson extrêmement laid). La mise en scène est d'une rare intelligence, les trouvailles fourmillent.

Un film à découvrir.

 

3e

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L'objet du délit

A l'image de son titre bizarre, le nouveau film d'Agnès Jaoui semble chercher longtemps son "ton".

Lors d'une longue première partie, l'impression générale que donne le film est de renvoyer dos à dos deux groupes irréconciliables.

D'un côté les boomers blasés et en grande partie impuissants, qui ne comprennent pas les enjeux de la modernité, qui tremblent parfois de se voir rattraper par une affaire "MeToo opéra", très méprisants vis à vis des plus jeunes. D'un autre les jeunes woke, pour la plupart écervelé(e)s, érigeant leurs exigences sous forme de phallus dans le décor de la pièce. La jeune metteuse en scène, jouée par Claire Chust, est même ridiculisée.

On se dit à se moment-là que Jaoui n'aime vraiment pas ses personnages, et la vision du film est assez difficile à supporter, jusqu'à ce que point de vue change à l'occasion d'une agression sexuelle, qui n'en est d'ailleurs pas vraiment une.

Agnès Jaoui semble alors retrouver un regain d'énergie, jouant plusieurs partitions mineures de comédie romantique, de déclaration d'amour à l'art vivant et de comédie sociale. L'objet du délit redevient alors aimable, même s'il ne fait pas oublier qu'il ne traite en profondeur aucun des problèmes qu'il survole.

Un peu d'indulgence m'amène à dire qu'au final l'expérience n'était pas si désagréable, même si certains pourront reprocher à Agnès Jaoui sa manière de sous-estimer le sujet du harcèlement sexuel.

 

2e

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The plague

Rien de bien original dans le propos du premier film du jeune Américain Charlie Polinger, qui nous propose une histoire de harcèlement dans un groupe de jeunes garçons en stage de .... water-polo.

Ce qui fait l'intérêt de cette première oeuvre, c'est l'incroyable maestria de la mise en scène, extrêmement précise, punchy et résolument moderne. 

Le montage, la direction d'acteur et l'élégance des mouvements de caméra rendent la proposition tout à fait plaisante à suivre, si l'on n'est pas gêné par le sadisme débonnaire de ces jeunes mâles qui chassent en meute.

Quelque part entre Sa majesté des mouches et Black Swan (les aspects presque fantastiques, les mutilations corporelles), The plague est un coup de maître qui place Polinger dans le club des cinéastes à suivre absolument.

A noter que le casting des ados, emmené par le magnétique Everett Blunk, contribue grandement à la qualité de ce film, à la fois sensoriel et cérébral.

A voir absolument si vous le pouvez.

 

3e

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Cocotte

Drôle de film que cet essai du Hongrois György Pálfi, qui tente la même prouesse que Jerzy Skolimowski dans EO : nous raconter les turpitudes de l'espèce humaine à travers un regard animal. Il s'agit ici d'une poule, alors que le Polonais donnait le premier rôle à un âne.

Le début du film est construit comme un survival. Notre valeureuse poule noire (c'est à sa couleur qu'elle doit à la fois sa survie et ses déboires) doit échapper à mille dangers une fois en liberté. Pêle-mêle : un renard, des véhicules lancés à pleine vitesse, une manifestation (!?), un marché, un chien. 

Alors qu'elle trouve refuge auprès d'un vieil homme dans une taverne grecque à l'abandon, elle doit alors subir une vicissitude de plus : le viol du coq de la basse-cour, symbole de l'oppression millénaire du patriarcat gallinacé (et pas seulement). 

Alors que le spectateur séduit, et en partie égaré, se demande où cette aimable fable va le conduire, le film prend une teinte dramatique à travers le sort de malheureux êtres humains, victimes d'un tragique concours de circonstances, initié par notre aimable volatile (joué par huit poulets différents, il faut le préciser).

Cocotte prend alors une tournure plus traditionnelle, et donc un peu moins intéressante, avant de virer à la tragédie grecque et de se terminer comme un film (très) noir.   

Une expérience intéressante et un film hors du commun.

 

2e

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L'inconnu du Nord Express

Dans la filmographie d'Alfred Hitchcock, certains films paraissent quasiment mathématiques. L'inconnu du Nord Express fait partie de ceux-ci.

Il y a en effet dans la progression de l'intrigue une rigueur implacable qui semble devoir acculer le "gentil" (joué par le lisse Farley Granger) à se compromettre moralement, poussé dans ses retranchements par l'un des plus beaux méchants hitchcockiens, interprété par le formidable Robert Walker, qui disparaîtra malheureusement peu après avoir tourné ce film.

Le film est passionnant dans sa première partie, lors de laquelle le mal semble pouvoir corrompre l'esprit droit du jeune champion de tennis. On est alors littéralement happé par l'engrenage qui semble imparable. A partir du moment où le dilemme moral est résolu, le film devient plus quelconque et perd un peu de son intérêt, d'autant plus que la scène finale du manège n'a pas très bien vieilli, comme celle du match de tennis.

Un très bon cru cependant, avec de grands moments de mise en scène (l'ouverture qui, génialement, ne filme que les pieds des protagonistes).

Alfred Hitchcock sur Christoblog : Rebecca - 1940 (***) / Sueurs froides - 1958 (***)

 

3e

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La Vénus électrique

Le festival de Cannes ne pouvait guère rêver meilleure ouverture. Le nouveau film de Salvadori, bourré de charme et d'invention, est en effet un chant d'amour au simulacre, à l'illusion, à l'imposture, et donc d'une certaine façon, au cinéma.

L'action se passe dans les années 20, et il faut d'abord dire que la reconstitution de cette période est très réussie, à la fois réaliste et rêvée, comme si les décors étaient très légèrement phosphorescents.

Le milieu de la peinture et de la fête foraine, associés à l'esprit de l'époque, permettent au scénario un peu bizarre (un homme croit communiquer avec sa femme décédée à travers une fausse spirite) de se développer sans que l'on crie à l'irréalisme.

Les acteurs et actrices adoptent d'ailleurs un jeu très légèrement forcé, qui s'adapte parfaitement au contexte. Anais Demoustier est à l'aise avec toutes les facettes de son personnage mutin, Gilles Lellouch est bluffant et semble sorti d'une caricature de l'époque, Pio Marmaï n'a jamais joué aussi finement et Vimala Pons est toujours capable de mettre le feu à l'écran avec un simple sourire. Tout ce petit monde s'en donne à coeur joie, semblant prendre un grand plaisir à composer des tableaux de natures très différentes, tour à tour burlesques (la suspension d'Antoine à la corde !), sentimentaux o intrigants.  

L'écriture du film est formidable de subtilité et de précision, et La Vénus électrique est bourrée de trouvailles tant au niveau de la mise en scène (les formidables plans d'Antoine découvrant la vérité à la fête foraine) que de l'écriture et du montage (les incessants allers-retours entre époques par le biais de la formidable trouvaille du journal intime). 

Une réussite à tout point de vue, et pour moi le meilleur film de Pierre Salvadori. 

 

4e

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Plus fort que moi

Voilà bien le genre de film que seuls les Anglais savent produire à la perfection, mélange idéal de destin individuel, de tableau social, de comédie de moeurs et de feel-good movie. On pense à Billy Elliot, The full monty, La part des anges, Ali & Ava, Pride et tellement d'autres ....

On suit ici le destin de John Davidson, atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, de l'adolescence à l'âge adulte. Ses extrêmes difficultés (dans les années 80 la maladie n'est pas vraiment connue), le quasi-abandon de ses parents, ses heureuses rencontres et sa façon de finalement réussir da vie.

Le film de Kirk Jones est rondement mené, parfaitement écrit, monté avec un rythme très agréable, et bénéficie d'un double avantage décisif : un casting parfait (Robert Aramayo en tête, bluffant et ne donnant jamais l'impression de surjouer) et une belle reconstitution des différentes périodes traversées.

On oscille constamment entre larmes et rires, les deux arrivant parfois simultanément. Dans le genre du feel-good movie qui fait réfléchir avec ambition, c'est un must.

 

3e

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Une jeunesse indienne

Le Covid a inspiré quelques films en Occident, mais l'originalité de celui-ci est de donner à voir ce qu'a pu représenter l'épidémie dans un pays comme l'Inde, sur la base d'un récit à la fois picaresque et éprouvant, à la Dickens.

Mais avant que la maladie viennent percuter leur destinée, on commence par suivre deux amis dans leur rêve de d'ascension sociale. 

Cette première partie est intéressante par ce qu'elle montre de la société indienne (racisme, précarité, faible protection sociale), mais le film révèle tout son potentiel dans une deuxième partie qui réserve son lot de scènes sidérantes (quais de gare bondés, ostracisme sans pitié envers les malades). Les scènes se déroulant dans une usine textile où les ouvriers sont abandonnés à eux-mêmes en pleine épidémie sont impressionnantes.

Le réalisateur, Neeraj Ghaywan, montre ici un véritable talent pour raconter une histoire de façon romanesque, voire (un peu trop ?) mélodramatique, et pour rendre ses personnages attachants : il faudra suivre ses prochains films.

 

2e

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La corde au cou

Après sept ans d'absence, Gus Van Sant revient plutôt en forme avec cette histoire de pauvre gars un peu dérangé, preneur d'otage du courtier qui l'a ruiné.

Au rayon des qualités du film, il faut signaler la parfaite reconstitution de l'année 1977, le groove jazzy de la bande-son et du personnage d'animateur radio joué par Coleman Domingo, la réalisation classieuse qui s'ingénie entre autre à reconstituer les images télé d'époque, le sous-texte politique qui densifie le film et enfin l'interprétation parfaite de Bill Skasgård et Dacre Montgomery.

Du côté des faiblesses, j'ai trouvé que le film traînait un peu en longueur (pas beaucoup de vraie tension) et peinait à proposer une évolution psychologique des personnages (à l'exemple de la dispensable dernière scène dans le magasin de muffins).

Le résultat est toutefois convaincant, en particulier parce que l'issue de l'enlèvement n'est pas jouée d'avance et maintient un petit suspense jusqu'au bout. L'image est de toute beauté aussi.

 

2e

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