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Christoblog

Articles avec #j'aime

Alter ego

Il y a un défi un peu fou au coeur du nouveau film de Bruno Lavaine et Nicolas Charlet : faire jouer à Laurent Lafitte deux rôles de sosies parfaits (un homme médiocre, un autre parfait) que personne ne reconnait comme tels dans le film.

Ce dispositif improbable crée une connivence avec le personnage d'Alex : seuls lui et nous spectateurs réalisons ce que la situation a de grotesque. 

Une fois le postulat posé, Alter ego est dans un premier temps un grand présentoir de toutes les mesquineries et grands travers de l'âme humaine (ou masculine ?) : jalousie, faiblesse, manipulation, tromperie, mensonge. Les situations s'enchaînent tambour battant, multipliant les grands moments de gênance (j'utilise à dessein de nouveau mot entré dans le petit Robert en 2023, qui décrit parfaitement ce qu'on ressens en voyant le film).

Et puis dans sa dernière partie, le scénario millimétré de Nicolas & Bruno se décale tout à coup dans un registre encore plus barré, proche des délires de Quentin Dupieux (en mieux) et flirtant avec le fantastique. 

On ne sait plus exactement ce qu'on est en train de regarder mais on se laisse entraîner dans un tourbillon de scènes surprenantes et choquantes, toujours servies par un art supérieur de l'écriture, jusqu'à la pirouette finale, délicieuse et improbable.

L'ensemble constitue un bon moment de cinéma pour peu qu'on apprécie les comédies stylisées et loufoques, et semble pousser tout droit Laurent Laffitte vers un deuxième César du meilleur acteur consécutif.

 

3e

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Le gâteau du président

Il nous parvient rarement des films des pays arabes du Moyen-Orient, mais lorsque c'est le cas (le saoudien Wadjda, le jordanien Inchallah un fils), ces films partagent souvent les mêmes caractéristiques : une grande finesse d'écriture, une attention délicate portée aux femmes et aux enfants, un tableau "en creux" de la société du pays concerné.

Dans le gâteau du président, on suit ainsi une petite fille adorable qui est tirée au sort pour confectionner un gâteau d'anniversaire pour Sadam Hussein. Elle est très pauvre, et n'a pas les moyens d'acheter les ingrédients nécessaires : va s'en suivre une épopée picaresque qui sera prétexte à décrire à la fois de beaux sentiments humains (un amour naissant, l'affection de la grand-mère qui se sent partir) et une société iraquienne des années 80 figée dans un culte de la personnalité atrocement omniprésent.

Malgré quelques maladresses d'interprétation, ce premier film de Hasan Hadi, Caméra d'or au dernier festival de Cannes, convainc par la beauté de ses images (fantastique décor lacustre au début et à la fin du film), la délicatesse de son écriture et la variété des sentiments qu'ils génèrent chez le spectateur (du rire à l'émotion, en passant par la surprise ou l'effroi).

Une très belle découverte.

 

3e

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Woman and child

Quelques mois après le formidable Un simple accident, revoilà le cinéma iranien sur nos écrans, avec le nouveau film de Saeed Roustaee, auteur du formidable Leïla et ses frères.

On retrouve ici la patte du réalisateur : un effet choral, des dilemmes moraux (que serait le cinéma iranien sans cela ?), des rebondissements abondants (presque trop), un beau portrait de femme en lutte avec le patriarcat traditionnel et une réalisation nerveuse.

On est littéralement happé par le scénario, un peu plus fouillis que d'habitude chez ce réalisateur, mais qui ne révèle ici sa saveur que sur la longueur du film.

En accompagnant le parcours de cette femme blessée, le spectateur aura l'occasion d'explorer de nombreux sentiments, en même temps que les personnages du film : culpabilité, désir de vengeance, besoin de justice. Il aura aussi une bonne vision de la société iranienne contemporaine et de ses problèmes, corruption et patriarcat en tête de liste. 

Woman and child se termine sur un plan de toute beauté, ourdi de jeux de transparence et d'ouvertures, baignant dans une atmosphère (enfin) apaisée, dans laquelle la sororité apporte un peu de douceur.

 

3e

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Les dimanches

La réalisatrice espagnole Alauda Ruíz de Azúa (connue en France pour la série Querer), signe ici un très beau film, qui aborde un thème peu abordé dans le cinéma contemporain : la vocation religieuse d'une jeune fille de dix-sept ans qui décide de rejoindre une communauté de religieuses.

Le scénario du film décrit très finement l'environnement de la  jeune Ainara : un père veuf en grande difficulté financière qui voit d'un bon oeil sa fille embrasser une vocation qui ne lui coûte rien, une tante athée révulsée par la décision de sa nièce et qui trompe son compagnon (adorable par ailleurs), une grand-mère tolérante, un garçon séduisant qui pourrait devenir son petit ami.

La question de l'appel de Dieu (de toute façon difficilement matérialisable à l'écran) devient ainsi presque secondaire, et l'accent est mis sur les réactions familiales que la décision de la jeune fille entraîne.

Un autre point fort de Les dimanches est aussi de nous faire entrer dans la communauté religieuse en même temps qu'Ainara, et d'en éprouver à la fois la dureté et la spiritualité. Finalement le film ménage les convictions de chacun, et sa subtilité est probablement son grand intérêt.

La composition de la jeune actrice Blanca Soroa, dont c'est le premier film, est remarquable. La "sainteté" affleure souvent à la surface de son visage, induisant par moment chez le spectateur le curieux sentiment d'assister à un documentaire sur le sujet.

 

3e

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A normal family

Rattrapage Canal+

Voici un film coréen dont le point de départ est un dilemme moral qu'on croirait issu du cinéma iranien, tellement il fait penser aux films de Farhadi, de Rasoulof ou de Roustaee.

Deux couples découvrent par hasard que leurs enfants respectifs ont commis un crime. Que faire ? Faut il les dénoncer à la police ?

Sur ce postulat intéressant, le cinéaste Hur Jin-Ho, peu connu en France, dresse un tableau d'une grande causticité, qui met en scène de nombreux travers de la société coréenne : la conformité sociale, l'exigence excessive vis à vis des enfants, la place des femmes. 

Il dessine aussi des personnages aux contours psychologiques très différents, dont la confrontation induit des tensions qui nourrissent la progression dramaturgique du film, jusqu'à un final qui nous prend subtilement par surprise.

Malgré une certaine artificialité, dûe à la fois aux choix du réalisateur et à la nature même de la société coréenne, j'ai eu du plaisir à suivre cette histoire délicieusement cruelle.

 

2e

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Marty supreme

Les films des frères Safdie nous avaient habitué à ce tourbillon incessant d'images, de discours et de péripéties qui semble constitutif de leur cinéma.

Pour ce premier essai en solo (il s'est brouillé avec son frère, paraît-il), Josh Safdie garde le meilleur des films précédents (une incroyable faculté à propulser chaque scène vers la suivante, dans une escalade continue d'adrénaline et de brio), et y ajoute cette fois-ci une dose de tendresse supplémentaire, associée à une dramaturgie plus construite, moins foutraque, qui culmine ici dans un climax japonais de toute beauté.

Marty supreme est basé sur une histoire très solide, celle d'un petit juif new-yorkais qui se rêve champion mondial d'un sport qui vient à peine de naître, le tennis de table. Outre son ambition dévorante, Marty possède deux caractéristiques qui vont générer de nombreuses aventures : une confiance en lui qui dépasse le sens commun (et lui causera de nombreuses désillusions) et une capacité à argumenter avec conviction sur n'importe quel sujet.

De tout cela naît toute une série d'évènements à forte intensité émotionnelle, qui nous font rire et réfléchir. Dans ce récit don quichottesque, Timothée Chalamet joue une partition parfaite, incarnant avec une conviction qui force le respect un individu à la fois profondément horripilant et immensément attachant. Nul doute que l'oscar du meilleur acteur l'attend en récompense de sa prestation.

Ajoutons à cela une galerie de personnages secondaires haut en couleurs et très subtilement dessinés (le couple de puissants incarné par Gwyneth Paltrow et Kevin O'Leary est par exemple glaçant), et vous obtiendrez le meilleur film de ce début d'année, et à coup sûr un des meilleurs de 2026.

Remarquable et jouissif.

Benny et Josh Safdie sur Christoblog : Good time - 2017 (***) / Uncut gems - 2020 (***)

 

4e

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Aucun autre choix

On peut penser ce qu'on veut du cinéma de Park Chan-Wook, une chose au moins n'est pas discutable : c'est son incroyable inventivité en terme de mise en scène, et même plus généralement de cinéma.

Impossible de lister ici tous les effets imaginés par le cinéaste coréen dans ce nouveau film, mais en voici un petit aperçu : mouvements de caméra étranges, éclairages complètement flippés, surimpressions en tout genre (avec une prédilection pour les formes circulaires), visions oniriques (le fils dans le bonsaï), jeux de transparence avec toutes sortes d'écrans et de surfaces réfléchissantes, enchaînement de plans surprenants, cadrage aventureux, gros plans anatomiques...

Cette virtuosité féconde, habituelle chez le cinéaste, se double ici d'un travail sur le scénario de même nature. Les tours et détours de l'intrigue nous proposent en effet un florilège de résonances : dialogues qui se répètent, coups de théâtre qui se répondent, motifs qui reviennent (la petite fille ne parle pas, le personnage principal doit écrire les phrases qu'il veut dire).

C'est à un véritable ping-pong moral que se livrent les protagonistes, réussissant d'ailleurs à nous égarer nous-mêmes (serions nous prêts à tout pour sauver nos proches ? pourquoi éprouvons de la sympathie pour un triple assassin ? le mal est-il au final omniprésent, ne demandant qu'à apparaître quand le vernis de la civilisation s'effrite ?).

Ajoutons à cela que la toile de fond du film évoque habilement de nombreux sujets plus ou moins importants dans la société coréenne (le capitalisme, la robotisation, la soif de réussir, l'alcoolisme, la guerre du Viet-Nam, l'ego masculin malmené), et on obtiendra une oeuvre dense, qu'on aura plaisir à voir si on aime le grotesque macabre et le second degré déjanté. Et si on ne cherche pas de sens particulier à ce tableau grinçant.  

Aucun autre choix, bien supérieur au premier film tiré du roman de Donald Westlake (Le couperet de Costa-Gavras, à qui le film est dédié ), nous rappelle que Park Chan-Wook est bien l'un des meilleurs réalisateurs du moment.

Park Chan-Wook sur Christoblog : Thirst - 2009 (***) / Stoker - 2012 (***) / Mademoiselle - 2016 (****) / Decision to leave - 2022 (**)

 

3e

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Amour apocalypse

La force principale de ce joli film d'Anne Emond, c'est l'énergie qui se dégage du couple principal.

Patrick Hivon est vraiment l'acteur québécois qui irradie le plus l'écran, mélange idéal de masculinité envahissante et de fragilité attendrissante (on l'a vu chez Mona Choukri et dans la série de Xavier Dolan, La nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé). L'association avec l'Américaine Piper Perabo (qu'on connaît surtout grâce à Yellowstone), est très réussie.

Le propos de cette comédie romantique est amusant : il mêle les enjeux climatiques actuels (le personnage masculin est - ô combien - eco-anxieux) à la rencontre lentement foudroyante de deux solitudes quarantenaires.

Aux différents chaos que le film met en scène (climatique, émotionnel, mais aussi sociétal à travers une galerie de seconds rôles admirablement dessinés) Anne Emond superpose une finesse de dialogue remarquable et une attention aux émotion qui fait mouche. Certains personnages (la stagiaire nymphomane, l'oncle complotiste, la petite fille karatéka) sont délicieux.

Le résultat est surprenant, finement écrit et très goûteux. 

 

2e

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F1 Le film

Si F1 Le film ne brille pas par l'originalité de son scénario (un vieux briscard cabossé vient en aide d'un jeune talent arrogant), il apporte un éclairage particulièrement intéressant sur le monde de la F1, très instructif pour le néophyte.

Il est en effet très rare que le sport de haut niveau soit montré de façon satisfaisante au cinéma. Pour tout dire, je ne vois aucun exemple de ce type, dans lequel le sentiment d'immersion soit parfait. 

C'est donc ici le cas, probablement parce que le film est supervisé (et produit) par Lewis Hamilton. La mise en scène de Joseph Kosinski rend à merveille l'ivresse de la piste, grâce à des caméras embarquées très impressionnantes, mais aussi toutes les complexités qui entourent le cirque de la F1 : omniprésence de la technologie de pointe, aspects tactiques à adapter en permanence en fonction des aléas de courses, techniques collectives et importance des normes.

Le résultat est visuellement très abouti et j'ai regardé avec une sorte de plaisir enfantin ce blockbuster qu'on pourrait qualifier de divertissement chimiquement pur : des sensations fortes, des joies simples, des émotions plaisantes, des rebondissements qui relancent l'intrigue et une absence totale d'éléments perturbants.

Le duo Javier Bardem / Brad Pitt fait des étincelles, et pour ajouter au plaisir certains décors sont incroyables, notamment lors des étapes à Las Vegas et Abu Dhabi.

Une réussite.

Joseph Kosinski sur Christoblog : Tron : l'héritage - 2011 (*)-  Oblivion - 2013 (**) / Top gun : maverick - 2022 (**)

 

2e

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The mastermind

Le cinéma de Kelly Reichardt est toujours aussi insaisissable : il semble vouloir raconter quelque chose (un braquage de Pieds Nickelés dans les années 1970), mais se transforme progressivement en portrait d'un "homme sans qualité", errant à travers les États Unis sans but et sans passion.

Reichardt en profite pour donner, comme à son habitude, une sorte de leçon de cinéma minimaliste : comment dessiner par petites touches un tableau réaliste d'une certaine époque, comment y imposer des choix esthétiques forts qui contribuent à désincarner l'intrigue, à la rendre presque métaphysique.

Les oeuvres de Reichardt me laissent parfois indifférents, vous le savez certainement si vous me lisez depuis plusieurs années, mais j'ai ici plutôt apprécié sa façon de nous raconter une période, avec pas mal d'humour et une direction artistique très cohérente (un formidable camaïeu d'ocre, d'orange et de marron, une pétillante musique jazzy).

La prestation de Josh O'Connor, en personnage opaque et sans affect, n'est pas pour rien dans ma mansuétude. Il est pour moi l'un des meilleurs acteurs en activité.

A voir si vous aimez la lenteur, et l'understatement érigé en esthétique. 

Kelly Reichardt sur Christoblog : La dernière piste - 2011 (**) / Certaines femmes - 2016 (**) / First cow - 2020 (**) / Showing up - 2023 (**)

 

2e

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Dreams

Le cinéma de Michel Franco est souvent cruel, et certains diraient même sadique. Dans ce film il se contente d'être brillamment méchant. 

Le propos est simple : Jennifer, riche américaine,  et Fernando, pauvre danseur mexicain, vivent une idylle passionnée à Mexico, où Jennifer dirige une fondation pour une partie de son temps. Lorsque Fernando vient la rejoindre à San Francisco (en passant la frontière illégalement), les choses se gâtent.

Si l'attraction mutuelle est toujours aussi forte, la différence de classe sociale, teintée évidemment d'un racisme sous-jacent, pose à l'évidence un problème, que Jennifer a toutes les peines à résoudre.

Les développements de l'intrigue sont assez maigres, mais le film vaut surtout pour trois éléments : la sensualité ébouriffante qui se dégage de ce couple et de leurs ébats, la classe impériale de Jessica Chastain et l'élégance racée de la mise en scène.

L'ensemble de ces éléments rendent Dreams éminemment agréable à regarder, si l'on est pas réfractaire au caractère froid du cinéma de Michel Franco.

Michel Franco sur Christoblog : Después de Lucia - 2012 (**) / Chronic - 2015 (*) / Memory - 2024 (****)

 

3e

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Promis le ciel

Le deuxième film de la Tunisienne Erige Sehiri est un joli portrait de groupe.

Il vaut surtout pour la sensibilité avec laquelle sont peints les différents caractères de cette communauté de femmes noires, résidant en Tunisie et se serrant les coudes.

Aïssa Maïga est magnétique, et joue avec une belle ambiguïté son personnage de pasteur évangéliste accueillant des migrantes. Mais c'est surtout l'actrice non-professionnelle Deborah Christelle Lobe Naney qui crève l'écran, irriguant le film de son énergie communicative.

La photographie est très belle, la mise en scène tout à fait plaisante (avec de très beaux gros plans de visages) et j'ai pris plaisir à suivre le sort de ces immigrées sub-sahariennes, avec ou sans papier, unies par de fragiles liens de sororité menacés par le durcissement du climat social autour d'elle.

Un autre point positif est le point de vue de Sehiri sur la situation : elle parvient à éviter l'écueil d'un angélisme béat, comme celui d'une noirceur excessive qui tenterait de nous extorquer au forceps des sentiments de pitié.

Malgré le manque d'enjeux narratifs, un bon moment de cinéma.

Erige Sehiri sur Christoblog : Sous les figues - 2022 (**)

 

2e

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Baise-en-ville

J'ai beaucoup ri en regardant Baise-en-ville, d'un rire sain et apaisé, non pas déclenché par un tableau cruel ou vulgaire comme c'est parfois le cas, mais simplement engendré par des situations cocasses et délicieusement décalées.

Dans le nouveau film de Martin Jauvat,  tout est en effet un peu "à côté de la plaque" : le personnage de Sprite bien sûr, mais aussi la palette de couleurs (du rose à foison !), la nature du job qu'il décroche, sa manière de trouver des logements pour une nuit en banlieue, et last but not least, la formidable prof d'auto-école jouée par une impayable Emmanuelle Bercot.

Le film fourmille de mille trouvailles amusantes, de la confiscation de la bonde comme outil de contrôle parental (!) à un check personnalisé d'anthologie.

Après son beau premier film attendrissant mais imparfait, Grand Paris, Jauvat confirme ici son statut de petit prodige de la comédie française, quelque part entre un Buster Keaton Gen Z et un Pierre Richard de banlieue, installant dans le paysage son personnage de vingtenaire naïf et idéaliste, qui cherche à s'insérer dans un monde trop dur pour lui.

Un film qui fait du bien. 

Martin Jauvat sur Christoblog : Grand Paris - 2023 (**)

 

3e

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La grazia

Dans ce beau film, Paolo Sorrentino place ses tics habituels (les décors dépouillés, les petits personnages réduits à des silhouettes esseulées, les scènes baroques) au service d'un portrait tout en subtilité. 

L'acteur Toni Servillo joue parfaitement l'intériorité de ce personnage hors norme, un président de la république italienne, juriste de formation, qui n'aime que le droit et déteste les manoeuvres politiciennes. 

Outre le fait d'être la plupart du temps silencieux, il a de plus du mal à prendre des décisions. Aussi, lorsque deux demandes de grâce arrivent sur son bureau, en plus d'un projet de loi sur l'euthanasie, est-il bien gêné.

De ces dilemmes moraux très personnels (il est démocrate chrétien) vont découler de nombreuses scènes cocasses, qui réservent plusieurs morceaux de bravoure dont un repas extraordinaire avec les chasseurs alpins.

Tout cela est mené avec délicatesse et finesse, mettant en scène de belles relations : par exemple entre le président et son garde du corps.

La grazia permet de s'amuser tout en réfléchissant à des sujets profonds (le deuil, le mandat politique, la justice, le sens de la vie).

Un film sympathique, intelligent et humble, une fois n'est pas coutume, pour ce cabotin invétéré de Sorrentino. 

Paolo Sorrentino sur Christoblog : This must be the place - 2011 (***) / La grande belleza - 2013 (***) / Youth - 2015 (**) / La main de Dieu - 2021 (***) / Parthenope - 2025 (**)

 

3e

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Le retour du projectionniste

Si vous ne deviez voir qu'un seul documentaire cette année, je vous conseillerais bien celui-ci.

Vous y découvrirez d'abord la vie en Azerbaïdjan, ses paysages sauvages et ses habitants qui semblent placides en toute circonstance.

Vous verrez ensuite naître sous vos yeux la belle amitié entre un jeune homme cinéphile et un vieux monsieur qui fut projectionniste et qui a perdu son fils. Les deux compères vont essayé de réparer un vieux projecteur et d'organiser une séance dans leur village : y parviendront-ils ? C'est bien sûr le suspense qu'entretient ce thriller sinueux et délicieux, aux images splendides.

Tout est doux dans ce court et beau film (1h20), qui flirte entre documentaire et fiction : la mise en scène est tellement travaillée qu'on imagine mal que certaines scène n'aient pas été "construites".

Il est parfois très touchant (le voyage à la ville sur les traces du fils), parfois burlesque (la recherche de réseau dans la neige), toujours instructif (le poids des traditions).

C'est enfin un formidable chant d'amour envers le cinéma, et sa magie. A ne pas rater !

 

3e

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Diamanti

Etonnant film que ce Diamanti qui n'hésite pas jouer la carte du mélodrame à l'ancienne, avec grand renfort d'effets en tout genre, aussi bien de nature visuelle que scénaristique. 

On est au début un peu déboussolé devant ce qui apparaît être une avalanche de kitscheries diverses, et puis finalement le parti pris de l'émotion pure finit par nous atteindre et je dois avouer que la scène de la robe finale m'a arraché - pratiquement à mes dépends -  une petite larme.

Si le film finit par fonctionner au forceps, c'est principalement grâce à ses actrices très inspirées et aussi parce qu'il s'intéresse à un métier d'art en en montrant toutes les coutures, si je puis dire : celui de costumière (voilà que je me laisse gagner par le mauvais goût du film).

Un des autres points forts de Diamanti est de ne pas rechigner à nous faire rire, en nous présentant des archétypes poussés à l'extrême, ou en exploitant pleinement des situations visuellement comiques.

Le tout est baigné dans une sorte de féminisme diffus et bon enfant, parfaitement dans l'air du temps, puisque le casting du film ne comprend quasiment que des actrices, qui sont d'ailleurs réunies par le réalisateur dans une sorte de mise en abyme étonnante lors de laquelle Özpetek leur présente son film : une incongruité égotique qui laisse perplexe (comme la dernière scène, d'ailleurs).

Succès colossal au box office italien 2025 (plus de 2 millions de spectateurs), Diamanti mérite d'être vu car il ne ressemble à rien de ce qu'on peut voir en France : seul Ozon pourrait faire ici un film aussi candidement kitsch.

 

2e

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L'affaire Bojarski

Rien de tel pour bien lancer le box-office 2026 que ce film français, qui devrait plaire à un large public.

Rien de vraiment génial ici, mais une qualité d'artisan consciencieux qui rend L'affaire Bojarski très plaisant à regarder.

Le principal mérite du film est probablement la qualité de son écriture. Le scénario a en effet le double mérite de prendre le temps d'installer les personnages pour qu'on s'y attache, et de maintenir un rythme soutenu dans sa deuxième partie pour que notre attention soit au plus haut jusqu'à la fin.

L'interprétation de Reda Kateb est d'un très haut niveau, on croit totalement à son personnage. Et comme la direction artistique est parfaite, le reste du casting très solide et la mise en scène efficace, j'ai été véritablement captivé par cette histoire de faussaire à proprement parler extraordinaire, que je ne connaissais pas.

Un exemple rare d'une "nouvelle qualité française" dont le propre serait de raconter sans fioriture une très belle histoire avec de gros moyens et un savoir-faire évident dans tous les métiers qui concourent à la réussite d'une oeuvre cinématographique.

Une belle surprise de la part d'un réalisateur, Jean-Paul Salomé, qui ne m'avait jamais vraiment convaincu jusqu'à présent.

Jean-Paul Salomé sur Christoblog : Je fais le mort - 2013 (**) / La syndicaliste - 2022 (**)

 

3e

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Sinners

J'ai découvert le réalisateur américain Ryan Coogler lors de la projection mémorable de son premier film à Cannes, en 2013, dans la section Un certain regard, Fruitvale station.

J'avais alors eu la sensation de voir l'éclosion d'un cinéaste qui allait compter dans le cinéma américain.

Je suis donc très heureux de constater treize ans plus tard que Coogler vient de signer un des plus grand succès au box office de l'année 2025 (plus d'un million de spectateurs en France, 148 millions de $ aux USA).

Cela fait plaisir de voir triompher un film de qualité, abordant de nombreux thèmes dont on ne penserait pas a priori qu'ils puissent constituer un tout harmonieux : ségrégation raciale dans le Sud des Etats-Unis, puissance de la musique (soul, blues, irlandaise), culture hoodoo, tableau de la communauté noire et ... film de vampire !

Tout cela marche étonnamment bien, grâce à un casting impressionnant (l'acteur fétiche de Coogler, Michael B. Jordan joue à lui tout seul deux jumeaux) et à une mise en scène nerveuse et efficace, un peu old school : les scènes dans la voiture, visiblement tournées en studio sur fond vert, rappellent les techniques des années 60 !

J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre les péripéties proposées par Sinners, souvent étonnantes : la scène de transe musicale est particulièrement impressionnante.

Dernier point, la façon dont sont montrés les vampires est intéressante, avec une séquence d'après générique de fin à ne pas rater.

Une réussite.

Ryan Coogler sur Christoblog : Fruitvale station - 2014 (***)

 

3e

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Rebuilding

Apparaît parfois sur nos écrans une pépite américaine, souvent passée par le festival de Sundance, et donnant à voir de grands espaces et de belles personnes.

Il y a quelques années, en 2015, nous découvrions ainsi une grande cinéaste, Chloe Zhao, avec son très beau premier film, Les chansons que mes frères m'ont apprises.

Cette année, c'est un jeune réalisateur de 32 ans originaire du Colorado, Max Walker-Silverman, qui nous ravit avec son deuxième film (le premier, A love song, n'est pas sorti en France).

Dans Rebuilding, il ne se passe pas grand-chose. Dusty a perdu son ranch dans un gigantesque incendie et se retrouve hébergé dans une caravane de fortune, sur un terrain vague, en compagnie d'autres sinistrés. Que va-t-il faire ?

Le film se résume a peu près à filmer les états d'âme de Dusty, magnifiquement interprété par le formidable Josh O'Conor, et ses allers-retours entre la caravane, la maison de son ex-femme et de sa fille, la bibliothèque de la ville et le site brûlé de son ranch.

Pas grand-chose donc sur le papier, mais Walker-Silverman possède ce grand talent de remplir chaque plan d'une foule de nuances et d'une bonne rasade d'humanité. On est donc tour à tour dubitatif, surpris, inquiet, ému, enthousiasmé, par la paisible évolution intérieure de Dusty.

Comme tout le casting est parfait, les paysages du Colorado sublimes et la mise en scène d'une grande fluidité, on passe un excellent moment, reposé par cette histoire dans laquelle tout le monde fait de son mieux pour améliorer la vie des autres (c'est rare !). 

Je prends les paris qu'on entendra parler dans l'avenir de Max Walker-Silverman.

 

4e

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Presence

Cette première collaboration entre Soderbergh et le scénariste David Koepp est aussi convaincante que la seconde (The insider).

On retrouve ici la même intelligence dans le déroulement de l'histoire, associée à une concision appréciable (le film dure 1h25).

Le point de vue de ce film de fantôme pas comme les autres est très intéressant. La caméra se met tout simplement à la place du fantôme qui "accueille" la nouvelle famille emménageant dans la maison qu'il occupe, et qui se réfugie bien volontiers dans le placard de la jeune fille.

Petit à petit on devine l'histoire de ce fantôme, tout en observant avec plaisir la façon dont la famille réagit à sa présence (ses interventions sont discrètes, sauf dans un cas bien particulier que je ne peux déflorer ici).

Le tout file à vive allure vers une résolution spectaculaire qu'on ne voit pas vraiment venir, malgré les nombreux indices semés intelligemment tout au long du film. 

Techniquement, le film est intégralement tourné avec un objectif à très courte focale (grand angle), ce qui surprend un peu au début. On finit par s'habituer au procédé lorsqu'on a compris que cela reflète la vision d'un être surnaturel.

Une réussite qui plaira même à ceux qui n'aime pas les films de fantômes.

Steven Soderbergh sur Christoblog : Che (l'Argentin) - 2009 (*) /  Contagion - 2011 (*) / Effets secondaires - 2013 (****) / Ma vie avec Liberace - 2013 (***) / Logan Lucky - 2017 (**) / The insider - 2025 (**)

 

2e

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