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Christoblog

Articles avec #j'aime

Cocotte

Drôle de film que cet essai du Hongrois György Pálfi, qui tente la même prouesse que Jerzy Skolimowski dans EO : nous raconter les turpitudes de l'espèce humaine à travers un regard animal. Il s'agit ici d'une poule, alors que le Polonais sonnait le premier rôle à un âne.

Le début du film est construit comme un survival. Notre valeureuse poule noire (c'est à sa couleur qu'elle doit à la fois sa survie et ses déboires) doit échapper à mille dangers une fois en liberté. Pêle-mêle : un renard, des véhicules lancés à pleine vitesse, une manifestation (!?), un marché, un chien. 

Alors qu'elle trouve refuge auprès d'un vieil homme dans une taverne grecque à l'abandon, elle doit alors subir une vicissitude de plus : le viol du coq de la basse-cour, symbole de l'oppression millénaire du patriarcat gallinacé (et pas seulement). 

Alors que le spectateur séduit, et en partie égaré, se demande où cette aimable fable va le conduire, le film prend une teinte dramatique à travers le sort de malheureux êtres humains, victimes d'un tragique concours de circonstances, initié par notre aimable volatile (joué par huit poulets différents, il faut le préciser).

Cocotte prend alors une tournure plus traditionnelle, et donc un peu moins intéressante, avant de virer à la tragédie grecque et de se terminer comme un film (très) noir.   

Une expérience intéressante et un film hors du commun.

 

2e

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L'inconnu du Nord Express

Dans la filmographie d'Alfred Hitchcock, certains films paraissent quasiment mathématiques. L'inconnu du Nord Express fait partie de ceux-ci.

Il y a en effet dans la progression de l'intrigue une rigueur implacable qui semble devoir acculer le "gentil" (joué par le lisse Farley Granger) à se compromettre moralement, poussé dans ses retranchements par l'un des plus beaux méchants hitchcockiens, interprété par le formidable Robert Walker, qui disparaîtra malheureusement peu après avoir tourné ce film.

Le film est passionnant dans sa première partie, lors de laquelle le mal semble pouvoir corrompre l'esprit droit du jeune champion de tennis. On est alors littéralement happé par l'engrenage qui semble imparable. A partir du moment où le dilemme moral est résolu, le film devient plus quelconque et perd un peu de son intérêt, d'autant plus que la scène finale du manège n'a pas très bien vieilli, comme celle du match de tennis.

Un très bon cru cependant, avec de grands moments de mise en scène (l'ouverture qui, génialement, ne filme que les pieds des protagonistes).

Alfred Hitchcock sur Christoblog : Rebecca - 1940 (***) / Sueurs froides - 1958 (***)

 

3e

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La Vénus électrique

Le festival de Cannes ne pouvait guère rêver meilleure ouverture. Le nouveau film de Salvadori, bourré de charme et d'invention, est en effet un chant d'amour au simulacre, à l'illusion, à l'imposture, et donc d'une certaine façon, au cinéma.

L'action se passe dans les années 20, et il faut d'abord dire que la reconstitution de cette période est très réussie, à la fois réaliste et rêvée, comme si les décors étaient très légèrement phosphorescents.

Le milieu de la peinture et de la fête foraine, associés à l'esprit de l'époque, permettent au scénario un peu bizarre (un homme croit communiquer avec sa femme décédée à travers une fausse spirite) de se développer sans que l'on crie à l'irréalisme.

Les acteurs et actrices adoptent d'ailleurs un jeu très légèrement forcé, qui s'adapte parfaitement au contexte. Anais Demoustier est à l'aise avec toutes les facettes de son personnage mutin, Gilles Lellouch est bluffant et semble sorti d'une caricature de l'époque, Pio Marmaï n'a jamais joué aussi finement et Vimala Pons est toujours capable de mettre le feu à l'écran avec un simple sourire. Tout ce petit monde s'en donne à coeur joie, semblant prendre un grand plaisir à composer des tableaux de natures très différentes, tour à tour burlesques (la suspension d'Antoine à la corde !), sentimentaux o intrigants.  

L'écriture du film est formidable de subtilité et de précision, et La Vénus électrique est bourrée de trouvailles tant au niveau de la mise en scène (les formidables plans d'Antoine découvrant la vérité à la fête foraine) que de l'écriture et du montage (les incessants allers-retours entre époques par le biais de la formidable trouvaille du journal intime). 

Une réussite à tout point de vue, et pour moi le meilleur film de Pierre Salvadori. 

 

4e

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Plus fort que moi

Voilà bien le genre de film que seuls les Anglais savent produire à la perfection, mélange idéal de destin individuel, de tableau social, de comédie de moeurs et de feel-good movie. On pense à Billy Elliot, The full monty, La part des anges, Ali & Ava, Pride et tellement d'autres ....

On suit ici le destin de John Davidson, atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, de l'adolescence à l'âge adulte. Ses extrêmes difficultés (dans les années 80 la maladie n'est pas vraiment connue), le quasi-abandon de ses parents, ses heureuses rencontres et sa façon de finalement réussir da vie.

Le film de Kirk Jones est rondement mené, parfaitement écrit, monté avec un rythme très agréable, et bénéficie d'un double avantage décisif : un casting parfait (Robert Aramayo en tête, bluffant et ne donnant jamais l'impression de surjouer) et une belle reconstitution des différentes périodes traversées.

On oscille constamment entre larmes et rires, les deux arrivant parfois simultanément. Dans le genre du feel-good movie qui fait réfléchir avec ambition, c'est un must.

 

3e

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Une jeunesse indienne

Le Covid a inspiré quelques films en Occident, mais l'originalité de celui-ci est de donner à voir ce qu'a pu représenter l'épidémie dans un pays comme l'Inde, sur la base d'un récit à la fois picaresque et éprouvant, à la Dickens.

Mais avant que la maladie viennent percuter leur destinée, on commence par suivre deux amis dans leur rêve de d'ascension sociale. 

Cette première partie est intéressante par ce qu'elle montre de la société indienne (racisme, précarité, faible protection sociale), mais le film révèle tout son potentiel dans une deuxième partie qui réserve son lot de scènes sidérantes (quais de gare bondés, ostracisme sans pitié envers les malades). Les scènes se déroulant dans une usine textile où les ouvriers sont abandonnés à eux-mêmes en pleine épidémie sont impressionnantes.

Le réalisateur, Neeraj Ghaywan, montre ici un véritable talent pour raconter une histoire de façon romanesque, voire (un peu trop ?) mélodramatique, et pour rendre ses personnages attachants : il faudra suivre ses prochains films.

 

2e

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La corde au cou

Après sept ans d'absence, Gus Van Sant revient plutôt en forme avec cette histoire de pauvre gars un peu dérangé, preneur d'otage du courtier qui l'a ruiné.

Au rayon des qualités du film, il faut signaler la parfaite reconstitution de l'année 1977, le groove jazzy de la bande-son et du personnage d'animateur radio joué par Coleman Domingo, la réalisation classieuse qui s'ingénie entre autre à reconstituer les images télé d'époque, le sous-texte politique qui densifie le film et enfin l'interprétation parfaite de Bill Skasgård et Dacre Montgomery.

Du côté des faiblesses, j'ai trouvé que le film traînait un peu en longueur (pas beaucoup de vraie tension) et peinait à proposer une évolution psychologique des personnages (à l'exemple de la dispensable dernière scène dans le magasin de muffins).

Le résultat est toutefois convaincant, en particulier parce que l'issue de l'enlèvement n'est pas jouée d'avance et maintient un petit suspense jusqu'au bout. L'image est de toute beauté aussi.

 

2e

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Romería

Projeté (sans doute un peu brutalement) dans le feu ardent de la compétition à Cannes en 2025, ce joli film délicat de la Catalane Carla Simón est agréable à découvrir.

Le point de départ est séduisant : une jeune fille dont les parents sont morts du SIDA revient à Vigo pour obtenir un document attestant son ascendance.

Elle est accueillie par ses oncles et tantes, et des grands-parents odieux. Elle va découvrir petit à petit le sort de ses parents, et par le biais de très beaux passages oniriques, va même revivre à l'époque de ses parents. Romería est émaillé de trouvailles plaisantes et poétiques (une vengeance piquante, un carnet qui s'anime), mais il manque au film, en grande partie autobiographique, une dimension narrative plus accentuée.

La jeune actrice Llúcia Garcia, dont c'est le premier film, est formidable : elle ne peut empêcher son visage de rayonner, même quand elle tente de rester complètement impassible.

Une réalisatrice à suivre, qui a obtenu l'Ours d'or avec son film précédent, Nos soleils.  

 

2e

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Pris au piège

Le nouveau film de Darren Aronofsky est un agréable exercice de style.

Le principe du film est bien connu : un jeune (et beau) innocent se retrouve fortuitement en possession d'un objet très précieux que plusieurs gangs de méchants convoitent.

Le programme est donc attendu, et consiste comme prévu en une série de scènes d'action impressionnantes, ponctuée par de petites vignettes plus calmes, lors desquelles le spectateur attendri est appelé à découvrir que notre héros a aussi un coeur (c'est à dire une amoureuse, et une mère supportrice des Giants).

Aronofsky propose une mise en scène extrêmement effcicace et un montage à la fois nerveux et plaisant. Mais le véritable intérêt du film se trouve à mon avis dans le fait que la violence est ici montrée dans une crudité très réaliste : les personnages se font vraiment mal en se battant (au point par exemple de perdre un rein) et nous ressentons physiquement cette violence.

Les différents milieux new-yorkais décrits sont aussi très bien croqués, à l'image de ces Juifs orthodoxes sanguinaires.

Un bon moment pourvu qu'on aime les cavalcades folles et les gros calibres.

 

2e

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Un poète

Ce film étonnant est assez traditionnel dans son déroulement : un professeur maladroit aide une jeune élève douée à préparer un concours de poésie, avant de vivre un retour de bâton qui met en évidence une pittoresque lutte des classes, qui m'a rappelé le cinéma italien des années 70.

C'est par son ton que Un poète se distingue. Simon Mesa Soto propose un essai tout à fait original qui donne au film des airs de faux documentaire tourné à la va-vite, caméra à l'épaule et 16mm au gros grain à l'écran.

L'autre point fort du film c'est la dégaine de l'acteur principal, non professionnel, l'impayable Ubeimar Rios, dôs voûté, dents de guingois et regard vide. Sa médiocrité criante, ses mauvais choix récurrents et son égarement congénital rendent le personnage d'Oscar à la fois attendrissant et grotesque : on prend un plaisir un peu coupable à suivre cette comédie humaine dans laquelle tout le monde semble mesquin et aimable à la fois.

Une belle surprise et un cinéaste à suivre.

 

2e

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Les voyages de Tereza

L'action de ce film se déroule dans un Brésil très légèrement dystopique, dans lequel les vieillards sont conviés à rejoindre une "colonie" dont on peut penser qu'ils ne reviennent jamais.

Lorsque Tereza, soixante-quatorze ans, est à son tour invitée à quitter sa simple baraque, elle se rebelle et décide de réaliser son rêve de toujours : voler dans les airs.

Vont s'en suivre un chapelet d'errances tour à tour poétiques et picaresques, marquées par de belles rencontres et de curieuses aventures.

Le film doit beaucoup d'une part à sa charismatique actrice principale, Denise Weinberg, et à la nature brésilienne d'autre part : on découvre une Amazonie rarement aussi bien filmée au cinéma, aquatique, industrielle et magique à la fois. On y croise aussi bien un escargot à la bave bleue que des combats à mort de poissons, sur lesquels on parie. 

La caméra de Gabriel Mascaro se révèle habile et caressante : elle rend à merveille le mélange de douceur et d'âpreté qui émane du personnage de Tereza, septuagénaire qui décide de commencer une nouvelle vie avec toute la force d'une deuxième jeunesse.

Un très beau film, qui n'a pas eu l'accueil qu'il aurait mérité dans les salles. 

 

3e

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Planètes

Il est rare de voir un film dont on se dit qu'il rebat les cartes de ce qu'est capable de produire l'art cinématographique.

C'est l'exploit que réalise pourtant l'étonnant Planètes de Momoko Seto. Imaginez : il s'agit de suivre l'odyssée de quatre akènes de pissenlit à travers le cosmos.

Le film est sans dialogue, et pourtant on ne s'ennuie pas une seule seconde. Les images sont d'abord parfois sidérantes, mélange de prises de vues réelles et d'animation. Le résultat est souvent féerique, donnant à voir la nature comme on ne l'envisage jamais : une limace filmée en gros plan apparaît ainsi comme le monstre le plus incroyable que l'imagination puisse nous proposer.

L'écriture du film est par ailleurs assez fine. Les quatre akènes ont ainsi chacun leur personnalité (c'est un jeu que d'apprendre à les identifier) et leurs aventures permet de conjuguer une progression d'ordre picaresque et la possibilité de quelques réflexions générales d'ordre écologiques qui, bien qu'un peu convenues, n'en restent pas moins pertinentes.

C'est un voyage poétique original que propose donc Planètes, qui mérite d'être découvert.

 

2e

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Pillion

Pillion est un film vertigineux, qui donne à voir une relation de domination / soumission épanouie (et sans violences physiques, il faut le signaler) dans le milieu des bikers gays britanniques.

Pour celui qui est totalement étranger à ce type d'attirance, le processus qui pousse à un tel niveau de servitude volontaire a quelque chose de profondément mystérieux. Disons-le, Pillion le donne à voir dans toute sa crudité, et plus d'un spectateur pourra être choqué par les scènes extrêmement crues de sexe - mention spéciale pour une scène de pique-nique mémorable.

Pour rendre une telle histoire crédible, il faut des interprètes exceptionnels. Harry Melling en amoureux transi et soumis est formidable, mais c'est surtout Alexander Skarsgård qui crève l'écran, viking sculptural et mutique.

Le réalisateur Harry Lighton parvient habilement à nous intéresser à cette comédie romantique originale, qui nous montre que ce type de couple n'échappe pas à un certain nombre de poncifs concernant les couples en général (jalousie, présentation aux parents, délitement). Il conclut son film joliment, distillant une réflexion intéressante sur les relations entre sentiment et rôle joué dans la relation qui unit les deux personnages.

Une réussite, qui pourra choquer (à Cannes de nombreux spectateurs sont sortis de la salle pendant la projection).

 

2e

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Alter ego

Il y a un défi un peu fou au coeur du nouveau film de Bruno Lavaine et Nicolas Charlet : faire jouer à Laurent Lafitte deux rôles de sosies parfaits (un homme médiocre, un autre parfait) que personne ne reconnait comme tels dans le film.

Ce dispositif improbable crée une connivence avec le personnage d'Alex : seuls lui et nous spectateurs réalisons ce que la situation a de grotesque. 

Une fois le postulat posé, Alter ego est dans un premier temps un grand présentoir de toutes les mesquineries et grands travers de l'âme humaine (ou masculine ?) : jalousie, faiblesse, manipulation, tromperie, mensonge. Les situations s'enchaînent tambour battant, multipliant les grands moments de gênance (j'utilise à dessein de nouveau mot entré dans le petit Robert en 2023, qui décrit parfaitement ce qu'on ressens en voyant le film).

Et puis dans sa dernière partie, le scénario millimétré de Nicolas & Bruno se décale tout à coup dans un registre encore plus barré, proche des délires de Quentin Dupieux (en mieux) et flirtant avec le fantastique. 

On ne sait plus exactement ce qu'on est en train de regarder mais on se laisse entraîner dans un tourbillon de scènes surprenantes et choquantes, toujours servies par un art supérieur de l'écriture, jusqu'à la pirouette finale, délicieuse et improbable.

L'ensemble constitue un bon moment de cinéma pour peu qu'on apprécie les comédies stylisées et loufoques, et semble pousser tout droit Laurent Lafitte vers un deuxième César consécutif de meilleur acteur.

 

3e

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Le gâteau du président

Il nous parvient rarement des films des pays arabes du Moyen-Orient, mais lorsque c'est le cas (le saoudien Wadjda, le jordanien Inchallah un fils), ces films partagent souvent les mêmes caractéristiques : une grande finesse d'écriture, une attention délicate portée aux femmes et aux enfants, un tableau "en creux" de la société du pays concerné.

Dans le gâteau du président, on suit ainsi une petite fille adorable qui est tirée au sort pour confectionner un gâteau d'anniversaire pour Sadam Hussein. Elle est très pauvre, et n'a pas les moyens d'acheter les ingrédients nécessaires : va s'en suivre une épopée picaresque qui sera prétexte à décrire à la fois de beaux sentiments humains (un amour naissant, l'affection de la grand-mère qui se sent partir) et une société iraquienne des années 80 figée dans un culte de la personnalité atrocement omniprésent.

Malgré quelques maladresses d'interprétation, ce premier film de Hasan Hadi, Caméra d'or au dernier festival de Cannes, convainc par la beauté de ses images (fantastique décor lacustre au début et à la fin du film), la délicatesse de son écriture et la variété des sentiments qu'ils génèrent chez le spectateur (du rire à l'émotion, en passant par la surprise ou l'effroi).

Une très belle découverte.

 

3e

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Woman and child

Quelques mois après le formidable Un simple accident, revoilà le cinéma iranien sur nos écrans, avec le nouveau film de Saeed Roustaee, auteur du formidable Leïla et ses frères.

On retrouve ici la patte du réalisateur : un effet choral, des dilemmes moraux (que serait le cinéma iranien sans cela ?), des rebondissements abondants (presque trop), un beau portrait de femme en lutte avec le patriarcat traditionnel et une réalisation nerveuse.

On est littéralement happé par le scénario, un peu plus fouillis que d'habitude chez ce réalisateur, mais qui ne révèle ici sa saveur que sur la longueur du film.

En accompagnant le parcours de cette femme blessée, le spectateur aura l'occasion d'explorer de nombreux sentiments, en même temps que les personnages du film : culpabilité, désir de vengeance, besoin de justice. Il aura aussi une bonne vision de la société iranienne contemporaine et de ses problèmes, corruption et patriarcat en tête de liste. 

Woman and child se termine sur un plan de toute beauté, ourdi de jeux de transparence et d'ouvertures, baignant dans une atmosphère (enfin) apaisée, dans laquelle la sororité apporte un peu de douceur.

 

3e

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Les dimanches

La réalisatrice espagnole Alauda Ruíz de Azúa (connue en France pour la série Querer), signe ici un très beau film, qui aborde un thème peu abordé dans le cinéma contemporain : la vocation religieuse d'une jeune fille de dix-sept ans qui décide de rejoindre une communauté de religieuses.

Le scénario du film décrit très finement l'environnement de la  jeune Ainara : un père veuf en grande difficulté financière qui voit d'un bon oeil sa fille embrasser une vocation qui ne lui coûte rien, une tante athée révulsée par la décision de sa nièce et qui trompe son compagnon (adorable par ailleurs), une grand-mère tolérante, un garçon séduisant qui pourrait devenir son petit ami.

La question de l'appel de Dieu (de toute façon difficilement matérialisable à l'écran) devient ainsi presque secondaire, et l'accent est mis sur les réactions familiales que la décision de la jeune fille entraîne.

Un autre point fort de Les dimanches est aussi de nous faire entrer dans la communauté religieuse en même temps qu'Ainara, et d'en éprouver à la fois la dureté et la spiritualité. Finalement le film ménage les convictions de chacun, et sa subtilité est probablement son grand intérêt.

La composition de la jeune actrice Blanca Soroa, dont c'est le premier film, est remarquable. La "sainteté" affleure souvent à la surface de son visage, induisant par moment chez le spectateur le curieux sentiment d'assister à un documentaire sur le sujet.

 

3e

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A normal family

Voici un film coréen dont le point de départ est un dilemme moral qu'on croirait issu du cinéma iranien, tellement il fait penser aux films de Farhadi, de Rasoulof ou de Roustaee.

Deux couples découvrent par hasard que leurs enfants respectifs ont commis un crime. Que faire ? Faut il les dénoncer à la police ?

Sur ce postulat intéressant, le cinéaste Hur Jin-Ho, peu connu en France, dresse un tableau d'une grande causticité, qui met en scène de nombreux travers de la société coréenne : la conformité sociale, l'exigence excessive vis à vis des enfants, la place des femmes. 

Il dessine aussi des personnages aux contours psychologiques très différents, dont la confrontation induit des tensions qui nourrissent la progression dramaturgique du film, jusqu'à un final qui nous prend subtilement par surprise.

Malgré une certaine artificialité, dûe à la fois aux choix du réalisateur et à la nature même de la société coréenne, j'ai eu du plaisir à suivre cette histoire délicieusement cruelle.

 

2e

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Marty supreme

Les films des frères Safdie nous avaient habitué à ce tourbillon incessant d'images, de discours et de péripéties qui semble constitutif de leur cinéma.

Pour ce premier essai en solo (il s'est brouillé avec son frère, paraît-il), Josh Safdie garde le meilleur des films précédents (une incroyable faculté à propulser chaque scène vers la suivante, dans une escalade continue d'adrénaline et de brio), et y ajoute cette fois-ci une dose de tendresse supplémentaire, associée à une dramaturgie plus construite, moins foutraque, qui culmine ici dans un climax japonais de toute beauté.

Marty supreme est basé sur une histoire très solide, celle d'un petit juif new-yorkais qui se rêve champion mondial d'un sport qui vient à peine de naître, le tennis de table. Outre son ambition dévorante, Marty possède deux caractéristiques qui vont générer de nombreuses aventures : une confiance en lui qui dépasse le sens commun (et lui causera de nombreuses désillusions) et une capacité à argumenter avec conviction sur n'importe quel sujet.

De tout cela naît toute une série d'évènements à forte intensité émotionnelle, qui nous font rire et réfléchir. Dans ce récit don quichottesque, Timothée Chalamet joue une partition parfaite, incarnant avec une conviction qui force le respect un individu à la fois profondément horripilant et immensément attachant. Nul doute que l'oscar du meilleur acteur l'attend en récompense de sa prestation.

Ajoutons à cela une galerie de personnages secondaires haut en couleurs et très subtilement dessinés (le couple de puissants incarné par Gwyneth Paltrow et Kevin O'Leary est par exemple glaçant), et vous obtiendrez le meilleur film de ce début d'année, et à coup sûr un des meilleurs de 2026.

Remarquable et jouissif.

Benny et Josh Safdie sur Christoblog : Good time - 2017 (***) / Uncut gems - 2020 (***)

 

4e

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Aucun autre choix

On peut penser ce qu'on veut du cinéma de Park Chan-Wook, une chose au moins n'est pas discutable : c'est son incroyable inventivité en terme de mise en scène, et même plus généralement de cinéma.

Impossible de lister ici tous les effets imaginés par le cinéaste coréen dans ce nouveau film, mais en voici un petit aperçu : mouvements de caméra étranges, éclairages complètement flippés, surimpressions en tout genre (avec une prédilection pour les formes circulaires), visions oniriques (le fils dans le bonsaï), jeux de transparence avec toutes sortes d'écrans et de surfaces réfléchissantes, enchaînement de plans surprenants, cadrage aventureux, gros plans anatomiques...

Cette virtuosité féconde, habituelle chez le cinéaste, se double ici d'un travail sur le scénario de même nature. Les tours et détours de l'intrigue nous proposent en effet un florilège de résonances : dialogues qui se répètent, coups de théâtre qui se répondent, motifs qui reviennent (la petite fille ne parle pas, le personnage principal doit écrire les phrases qu'il veut dire).

C'est à un véritable ping-pong moral que se livrent les protagonistes, réussissant d'ailleurs à nous égarer nous-mêmes (serions nous prêts à tout pour sauver nos proches ? pourquoi éprouvons de la sympathie pour un triple assassin ? le mal est-il au final omniprésent, ne demandant qu'à apparaître quand le vernis de la civilisation s'effrite ?).

Ajoutons à cela que la toile de fond du film évoque habilement de nombreux sujets plus ou moins importants dans la société coréenne (le capitalisme, la robotisation, la soif de réussir, l'alcoolisme, la guerre du Viet-Nam, l'ego masculin malmené), et on obtiendra une oeuvre dense, qu'on aura plaisir à voir si on aime le grotesque macabre et le second degré déjanté. Et si on ne cherche pas de sens particulier à ce tableau grinçant.  

Aucun autre choix, bien supérieur au premier film tiré du roman de Donald Westlake (Le couperet de Costa-Gavras, à qui le film est dédié ), nous rappelle que Park Chan-Wook est bien l'un des meilleurs réalisateurs du moment.

Park Chan-Wook sur Christoblog : Thirst - 2009 (***) / Stoker - 2012 (***) / Mademoiselle - 2016 (****) / Decision to leave - 2022 (**)

 

3e

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Amour apocalypse

La force principale de ce joli film d'Anne Emond, c'est l'énergie qui se dégage du couple principal.

Patrick Hivon est vraiment l'acteur québécois qui irradie le plus l'écran, mélange idéal de masculinité envahissante et de fragilité attendrissante (on l'a vu chez Mona Choukri et dans la série de Xavier Dolan, La nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé). L'association avec l'Américaine Piper Perabo (qu'on connaît surtout grâce à Yellowstone), est très réussie.

Le propos de cette comédie romantique est amusant : il mêle les enjeux climatiques actuels (le personnage masculin est - ô combien - eco-anxieux) à la rencontre lentement foudroyante de deux solitudes quarantenaires.

Aux différents chaos que le film met en scène (climatique, émotionnel, mais aussi sociétal à travers une galerie de seconds rôles admirablement dessinés) Anne Emond superpose une finesse de dialogue remarquable et une attention aux émotion qui fait mouche. Certains personnages (la stagiaire nymphomane, l'oncle complotiste, la petite fille karatéka) sont délicieux.

Le résultat est surprenant, finement écrit et très goûteux. 

 

2e

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